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n vous en a déjà dit assez long sur ce rigolo personnage que fut Karg-Elert dans trois précédentes présentations (AE10121 - AE10171 - AE10431), jetez-y un coup d’œil) pour ne pas nous répéter. Bouffi d’orgueil, mégalomane, fielleux avec les copains (surtout Reger qu’il semble avoir vomi de toutes ses tripes), il n’hésitait pas à écrire de superbes articles à sa propre gloire sous des noms d’emprunt.
Détail des pistes :
KARG-ELERT Sigfrid
Choral-Improvisations, op. 65
1 - 1 Livre I (Avent, Noël) - Ach bleib mit deiner Gnade (2mn 54s )
1 - 2 Livre I (Avent, Noël) - Aus meines Herzens Grunde (2mn 36s )
1 - 3 Livre I (Avent, Noël) - Alles ist an Gottes Segen (1mn 09s )
1 - 4 Livre I (Avent, Noël) - Es ist das Heil uns kommen her (2mn 31s )
1 - 5 Livre I (Avent, Noël) - Freu dich sehr, o meine Seele (1mn 55s )
1 - 6 Livre I (Avent, Noël) - Gelobet seist du, Jesu Christ (2mn 14s )
1 - 7 Livre I (Avent, Noël) - Lobt Gott, ihr Christen allzu gleich (1mn 57s )
1 - 8 Livre I (Avent, Noël) - Macht hoch die Tür (3mn 11s )
1 - 9 Livre I (Avent, Noël) - Mit Ernst, o Menschenkinder (2mn 36s )
1 - 10 Livre I (Avent, Noël) - Vom Himmel hoch (2mn 29s )
1 - 11 Livre I (Avent, Noël) - Valet will ich dir geben (3mn 16s )
1 - 12 Livre II (Passion) - An Wasserflüssen Babylon (4mn 10s )
1 - 13 Livre II (Passion) - An Wasserflüssen Babylon (5mn 54s )
1 - 14 Livre II (Passion) - Herr und Ältster deiner Kreuzgemeinde (2mn 41s )
1 - 15 Livre II (Passion) - Herzlich lieb hab ich dich, o Herr (3mn 20s )
1 - 16 Livre II (Passion) - (2mn 48s )
1 - 17 Livre II (Passion) - Herzlich tut mich verlangen (4mn 08s )
1 - 18 Livre II (Passion) - Herzliebster Jesu, was hast du verbrochen (2mn 05s )
1 - 19 Livre II (Passion) - Ich dank dir schon durch deinen Sohn (4mn 48s )
1 - 20 Livre II (Passion) - O Lamm Gottes, unschuldig (2mn 37s )
1 - 21 Livre II (Passion) - O Welt, ich muß dich lassen (2mn 07s )
1 - 22 Livre II (Passion) - Sollt ich meinem Gott nicht singen? (3mn 13s )
« J’ai enfin un certain nombre… de chorals-improvisations Op. 65, que je pense porter à une quarantaine environ. Ils sont conçus comme des pièces de concert des plus légères, des préludes de chorals tout à fait élégants, et des oeuvres fort précieuses pour l’enseignement dans les conservatoires et les groupes d’étude. Chaque pièce s’appuie sur un choral, dont la trace ne se retrouve parfois que sporadiquement. Le thème est tantôt à la basse, tantôt à la voix intermédiaire, tantôt augmenté, tantôt diminué, tantôt repris en motif d’accompagnement, etc. … L’esprit du cantique détermine complètement l'environnement général (contrairement aux ‘préludes de chorals’ empesés de ces innombrables donneurs de leçon qui voient leur salut dans Hesse, Krebs, Merkel, Palme, Fischer, etc.). Un soin particulier a été apporté au rendu acoustique, aux passages d’un clavier à un autre et à l’obtention d’une interprétation harmonique moderne. La difficulté technique est certes moindre que dans mes autres pièces pour orgue, mais j’ai volontairement évité d’adopter l’écriture molle inhérente à l’harmonium (sans structure claire et polyphonique). Avec ces ‘Improvisations’, je veux conquérir la future génération d’organistes… »Sigfrid Karg-Elert compte sur l’Opus 65 pour servir son image de marque en tant que compositeur pour orgue. Il travaille frénétiquement à développer de nouvelles idées formelles et laisse ainsi s’épanouir tout un microcosme de la composition basée sur le cantus firmus, tout en gardant le texte du choral pour ligne directrice. Si Reger retravaille des mélodies intégrales, Karg-Elert se sent souvent attiré par la fragmentation du cantus firmus pour aboutir à une simple harmonisation de la ligne mélodique, qui devient presque imperceptible. Alors qu’il œuvre déjà depuis deux ans à son Opus 65, il se plaint à son éditeur Simon :
« C’est trop difficile !! 4 sonates pour piano représentent moins de travail que deux de ces cahiers de préludes classiques et formels !! Dieu sait qu’il est rare que j’aie tant de difficultés – mais ceci ? Même ma soeur le voit et l’entend désormais de ses yeux et de ses oreilles, tandis que je fais péniblement mon chemin de note à note ! Un tel travail attendrirait même une pierre ! … L’idée, l’inspiration ne doit pas ici s’exprimer dans une ‘bouillie sentimentale’… mais elle doit absolument aboutir à la création d’un motif minimaliste qui pourtant portera, concentré en lui, tout le contenu spirituel du texte du cantique… Par exemple quelque chose comme… la pièce N° 13 (cette petite insolente, dans laquelle deux lignes en deux tonalités – sol majeur et si bémol majeur – courent côte à côte en parallèle) ; je deviens fou pour fignoler proprement ne serait-ce qu’une mesure… et avant d’avoir terminé 6 morceaux, un mois est passé. »Le sixième volume est enfin livré à la maison d’édition en novembre 1909. Des tractations ont lieu a posteriori quant à la forme du finale (N° 66). Karg-Elert campe fermement sur sa position ; il souhaite « concevoir, pour clore une oeuvre aussi considérable, une conclusion tout aussi brillante, et ne pas traiter la dernière pièce comme un simple choral, simplement pour économiser quelques pages. Cette pièce fera intervenir bombardes et trompettes {3} et sera un morceau de concert et une pièce somptueuse. » C’est ainsi qu’il finit par rallier Simon à son idée de « bouquet final ». Plusieurs sous-titres ajoutés aux morceaux individuels, ainsi que la présentation des lignes de texte mises en musique fournissent à l’interprète des indications claires quant à l’intention du compositeur. A l’occasion de la publication de l’œuvre, Karg-Elert décrit son Cycle de Chorals dans le périodique « Orgel » en 1910, sous le nom de son ami Hanns Avril : « … Exception faite de quelques redites, chaque morceau présente un traitement technique différent… Dans ces chorals-improvisations,… Karg-Elert s’écarte, le plus souvent, très nettement de Reger. Lorsque les deux compositeurs se rejoignent presque, le grand Sebastian n’est jamais loin, lui qui les a tous deux enrichis de la même façon. »
« Le compositeur s’est acquitté de sa tâche en lui donnant un caractère sacré et sérieux. Les morceaux sont l’expression d’un sentiment religieux profond et sont inspirés par les richesses inestimables du livre de cantiques protestant… C’est véritablement l’esprit de Bach qui vit dans ces pièces, modernisé dans sa formulation. Chacune d’entre elles révèle un travail minutieux réalisé avec un art qui rappelle souvent celui des vieux maîtres Buxtehude et Pachelbel… »Karg-Elert semble décidément satisfait de ses Chorals-Improvisations, comme le montre la sélection musicale qu’il effectue pour son propre mariage : « … Pour la célébration à l’église, le chœur chantera le ‘Trauungsgesang’ (Chant nuptial) de l’Op. 82, dédié à mon épouse, et l’organiste jouera le somptueux ‘Symphonischer Choral’ (Choral Symphonique) Op. 65 N° 56 pendant la cérémonie. Enfin pour la sortie de l’église, retentiront les bombardes et les trompettes du finale puissant de l’Op. 65 N° 66 {8}. C’est ainsi que je veux entrer dans ma nouvelle vie. » De même, il joindra l’Opus 65 aux Opus 78 et 87 lorsqu’il constituera son dossier de candidature pour le poste d’organiste de la Cathédrale de Berlin. Le Français Alexandre Guilmant, à qui est dédié l’Opus 65, exprimera sa gratitude pour cette attention par le biais de Simon : « J’aime beaucoup la musique de ce compositeur, car il y a de la Mélodie, une écriture excellente et un sentiment poétique, qui ne se trouve pas toujours dans la musique d’orgue. » Alfred Sittard, organiste virtuose attaché à la Michaelkirche de Hambourg, s’empresse d’inclure ces nouveaux Chorals-Improvisations dans son programme de concert. Dès 1909, E. Schnorr von Carolsfeld décrit Karg-Elert comme « l’homme de l’avenir » : « Il se montre dans tout son être comme un compositeur mûr et affranchi, à la sensibilité moderne, s’exprimant dans une langue noble et convaincante […]. De judicieuses indications de phrasé et des commentaires quant au choix des jeux facilitent l’interprétation […]. » Ou, ailleurs : « L’auditeur a une compréhension immédiate de cette musique, contrairement à celle de Reger, qui cause de grosses difficultés à son auditoire. » Plus tard, en 1915, Gerard Bunk, organiste à l’église St. Reinoldi de Dortmund, écrira, tout aussi enthousiaste : « Chaque organiste […] devrait sans conteste posséder cet Opus […] – ces œuvres sont d’une grande valeur artistique. » En 1926, Karg-Elert fait à son ami organiste londonien Godfrey Sceats un récit extrêmement enjolivé de la genèse de l’œuvre – et il semble que sa mémoire lui joue quelques tours :
« Je vécus à l’époque les heures les plus exaltantes de mon existence, tandis que m’assaillaient la force colossale de l’indicible parole biblique et les versets imposants, et même écrasants de notre puissant livre de cantiques luthérien (Paul Gerhardt, Tersetegen, Silesius, Hermann, Luther entre autres). Quelle béatitude de reposer ainsi dans la main de Dieu. […] J’ignorais s’il était matin, midi, soir ou nuit, je lisais, lisais, lisais, l’Ancien et le Nouveau Testament et notre livre de cantiques et je composais incessamment, ce qui dura tout une année. Je n’ai pu en retranscrire que le vingtième […] Les mélodies allaient et venaient comme des oiseaux dans les cieux. Nombre d’entre elles disparurent pour toujours, comme un bonheur rêvé. Je ‘n’élaborais’ pas, ni ‘n’échafaudais’, mais me contentais de ‘capter’ ce que m’apportait l’inspiration. »En Angleterre, toutefois, la situation semble fort différente. Près de vingt ans plus tard, Sceats rapporte : « Dr. Harvey Grace [organiste de la Cathédrale de Chichester, en Angleterre] once said, when Reger’s Choral Preludes were published we took off our hats, but when Karg-Elert’s Choral-Improvisations were published we threw them into the air with delight. » (Dr. Harvey Grace déclara un jour que lorsque les Préludes de Chorals de Reger furent publiés, nous ôtâmes nos chapeaux, mais lorsque les Chorals-Improvisations de Karg-Elert parurent, nous les jetâmes en l’air de joie.) Il est grand temps, aujourd’hui, de réhabiliter l’intégralité de ces « merveilles de musique fonctionnelle destinée aux offices religieux » (Wolfgang Stockmeier), y compris dans le pays d’origine du compositeur. Le premier enregistrement intégral de l’Opus 65 commencé ici suit la chronologie des volumes individuels.
Et plus loin : « Ô quel bonheur puéril m’animait alors… Guilmant, Bossi, Straube, Widor m’écrivaient des lettres d’un enthousiasme fabuleux… et même le plus fanatique des apôtres de Reger [probablement Straube] reconnaissait en 1907 : ‘Sur le plan de la profondeur, de la minutie, du contenu et de la richesse de la forme, vous dépassez de loin les Préludes de Chorals de Reger.’ »
Non sans amertume, Karg-Elert ajoute néanmoins : « Mais ces voix se sont ensuite faites de plus en plus discrètes et aujourd’hui, pratiquement personne ne connaît cette œuvre, car il est de ‘bon ton’ de n’invoquer que Reger. »
Elke Völker
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