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aintenant que l’aimable lecteur connaît – s’il a lu mon long topo sur les œuvres symphoniques complètes de cet improbable outsider postromantique que fut Rued Langgaard, il ne lui reste plus qu’à se plonger dans le monde tout aussi extravagant de sa musique pour orgue. Comme dans certaines de ses symphonies, le compositeur se laisse aller à des formes amples et généreuses, avec connotations religieuses en tous genres, dans un langage parfois obscur voire ésotérique, parfois délibérément railleur – un parallèle avec Kirkegaard, toutes proportions gardées, ne semble pas complètement idiot – : il convient sans aucun doute de se ménager plusieurs écoutes avant d’en découvrir les arcanes.
Car Messis dure carrément deux heures, la plus longue œuvre du répertoire d’orgue jamais écrite à ce jour. Ecrite en 1935-37, une époque de doutes et d’errements, elle semble concentrer tout Langgaard ; le compositeur y décrit la fin du Monde, mais pas dans une vision apocalyptique. De l’âge d’or, l’enfance perdue, le monde d’hier, il passe au temps des moissons (car le titre Messis vient du latin qui signifie précisément « moisson » ; rien à voir avec la messe, dont l’étymologie renvoie au « message, envoi », ni avec le Messie, provenant de l’hébreu Mashia'h, « onction » ; on retrouve ce Messis dans le mois Messidor), en passant la Crucifixion, les enfers (représentés par les notes si bécarre-la-ré-mi bémol, en notation allemande HADES, le nom du maître des enfers selon la mythologie grecque), la vie chrétienne, la mort, le Graal, pour finir avec un envoi musical sur les notes sol-la-ré-mi, en notation germanique GADE… le nom du principal compositeur danois de l’époque romantique, Niels Gade.
Ainsi qu’on le voit, Langgaard ne s’encombre pas de formalisme, préférant laisser errer son imagination à travers un extravagant cosmos personnel, touchant au postromantique, au classique, au moderniste, à l’improvisation notée, à la raillerie, au grandiose, au minimal confidentiel, tout, tout et encore tout. Pas étonnant que les responsables de la cathédrale de Copenhague, où le compositeur donna les deux premières parties de la trilogie, lui refusèrent le droit de présenter la dernière : réception publique et critique particulièrement froide. Sans doute l’époque n’était-elle pas prête à recevoir un tel don musical…
Détail des pistes :
LANGGAARD Rued
In ténebras exteriores, BVN 334
1 - 1 Blev begravet (6mn 29s )
1 - 2 Dodsriget (3mn 57s )
1 - 3 Forbarm dig (3mn 30s )
1 - 4 Kom i hu at du har faet dit gode (5mn )
Messis pour orgue, BVN 228
1 - 5 Messis, BVN 228a : Anskriget (6mn 13s )
1 - 6 Messis, BVN 228a : Vager! (6mn 03s )
1 - 7 Messis, BVN 228a : Hostens tid (12mn 03s )
1 - 8 Messis, BVN 228a : Korsfæstelsen (13mn 21s )
2 - 1 Juan, BVN 228b : Præludium (4mn 28s )
2 - 2 Juan, BVN 228b : Sonate (12mn 40s )
2 - 3 Juan, BVN 228b : Rondo (9mn 52s )
2 - 4 Juan, BVN 228b : Nocturne og fuga (9mn 08s )
2 - 5 Juan, BVN 228b : Postludium (6mn 08s )
2 - 6 Begravet i helvede, BVN 228c : Blev begravet (2mn 36s )
2 - 7 Begravet i helvede, BVN 228c : I dodsriget (6mn 15s )
2 - 8 Begravet i helvede, BVN 228c : Forbarm dig (6mn 08s )
2 - 9 Begravet i helvede, BVN 228c : Kom i hu! Du har faet dit gode! (6mn 07s )
2 - 10 Postludium til Messis, BVN 228d (5mn 34s )
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