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Référence : IMV060 3329184686020 - 1 CD 58:06 - ADD 24-bit - Enregistré au Cinéma "Le Dôme" de La Varenne-Saint-Hilaire (94) le 29 avril 1954 et diffusé sur Paris Inter le 19 mai 1954 - Notes en français et anglais En vente sur ce site depuis le 27 mai 2005
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Paroles et musique de Charles Trénet (sauf mentions contraires)
Retour à Paris (1947) / Mus. de Charles Trenet & Albert Lasry Boum (1938) Débit de l’eau, débit de lait (1943) / Par. de Ch. Trenet et Francis Blanche - Mus. Ch. Trenet & A. Lasry L’âme des poètes (1951) Mam’zelle Clio (1939) Dans les pharmacies (1952) Les bœufs (1951) / Par. de Pierre Dupont En avril à Paris (1953, création) / Mus. Ch. Trenet & Walter Eiger Paule sur mes épaules (1954, création) La jolie sardane (1952) Le Roi Dagobert (1949) / Mus. Ch. Trenet & André Cadou Le serpent python (1951) Y’a d’la joie (1937) / Mus. Ch. Trenet & Michel Emer La mer (1945)
Charles Trénet, chant
uelques jours avant de faire ses premiers pas sur la scène parisienne de l’Olympia, en mai 1954, Charles Trenet réservait à ses amis et fidèles de la Varenne-Saint-Hilaire, où il possédait une villa, un récital et intime, accompagné au seul piano. Charles Trenet rentre alors du Canada, qui lui a inspiré Dans les pharmacies, et commence son concert par sa chanson Revoir Paris, continue par ses succès (Mam’zelle Clio, Débit de l’eau débit de lait, L’âme des poètes, etc.) et propose même, chantées pour la premières fois en public, deux nouvelles compositions : En avril à Paris et Paule sur mes épaules.
Poète et vocaliste d’exception autant que pitre, Trenet introduit chaque chanson en blaguant avec le public. Il faut signaler à ce titre le numéro sur « J’ai deux grands bœufs » chanté sur l’"Air de la Calomnie" de Rossini, où ce chanteur qui était doté de la voix et de la tessiture d’un baryton, s’en donne à cœur joie dans la parodie lyrique au grand bonheur de son public. Au rappel, le grand Charles ne s’attarde pas, mais il régale tout de même l’assistance d’un bis très attendu : La mer…
Ce concert, qui paraît pour la première fois sur disque, est proposé tel que la radiodiffusion nationale l’a diffusé en mai 1954.
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Revoir Paris démarrait le plus souvent les récitals de Trenet en région parisienne (en province, Trénet la chantait plus tard). Elle date de son premier retour du Québec, en 1947. L’auditeur attentif remarquera que, tout au long de ce concert de La Varenne, le pianiste (que Trenet ne nomme pas sur la bande, pas plus que la fiche d’écoute de l’époque ne le mentionne, sans doute Albert Lasry qui dirige également son orchestre à l’époque), pendant les applaudissements, lui souffle quelques notes de la chanson qui suit, peut-être pour lui rafraîchir la mémoire, peut-être pour lui “ donner la note ”.
Boum (1938) est un grand succès de l’avant-guerre, au point que les chansonniers en firent une version politique avec le nom du président du conseil du Front Populaire, Blum, quand mon cœur fait Blum. L’interprétation de Boum semble ici un peu relâchée. Est-ce que Trenet en a assez de la chanter, est-ce qu’elle nécessite d’être placée plus loin dans le récital – car il faut être déjà “chauffé” pour l’interpréter – ou lui manque-t-il un accompagnement orchestré, comme celui de Wal-Berg pour la création au disque ? On a l’impression que Trenet s’en débarrasse. Pour Débit de l’eau, débit de lait (1943), Trenet se fend d’une longue introduction, histoire de donner un brin de réalisme à ce pur exercice d’assonances et de non-sens. Il oublie néanmoins de signaler que l’humoriste Francis Blanche, pas encore roi du canular téléphonique, est co-auteur de ce petit chef-d’œuvre (qui permet de vérifier la sûreté de la diction de Trenet, tant les accumulations de “b”, de “d” et de “l” rend la petite chanson périlleuse).
De la cocasserie la plus débridée on passe à la pure poésie : seul à son piano, au milieu d’amis et de voisins, Trenet n’a jamais aussi bien chanté L’Âme des poètes (1951), qui est l’une des plus belles chansons écrites sur la chanson, sur la force de la mémoire et celle de l’oubli qui menace cette discipline populaire. La petite ritournelle entre les couplets a été trouvée par Norbert Glanzberg (l’auteur, entre autres succès, de Padam, Padam) lors d’une tournée où il accompagnait Trenet au piano, mais il ne fut jamais crédité.
Avec Mam’zelle Clio (1939), partie de son répertoire d’avant-guerre, Trénet fait le pont avec Dans les pharmacies (1952), une chanson inspirée par les drugstores de la Belle province (on ne disait pas encore Québec). Trenet la débite à toute blinde.
Curieusement, l’un des grands moments de ce récital n’est pas une chanson de Trenet. C’est une charge contre un grand classique et un chef d’œuvre de la chanson française, Les Bœufs (J’ai deux grands bœufs dans mon étable ), signée en 1845 par Pierre Dupont (1821-1870), ami de Charles Baudelaire et auteur du Chant des ouvriers (Buvons à l’indépendance du monde), ici déplacé sur l’“Air de la Calomnie” de Rossini. Trenet se moque en même temps d‘une chanson typique du répertoire de fin de banquet et des travers de certains chanteurs lyriques. Une joyeuse entreprise de démolition pour le plus grand plaisir de ses auditeurs. Le tumulte est tel dans le cinéma de La Varenne que la bande s’interrompt.
C’est sans doute là que se situe le coup de ciseau regrettable qui nous prive de deux ou trois chansons qui ne pouvaient tenir dans la transmission radiophonique pour des contraintes horaires. Trenet a bien fait rire son public, c’est le moment de caser des chansons plus difficiles, plus poétiques, qu’il chante ici en public pour la première fois : En Avril à Paris (1953) et Paule sur mes épaules (1954). Un peu de régionalisme (et une incitation pour l’amateur à découvrir les racines catalanes et provençales des mélodies de Trenet) avec La jolie sardane (1952), et l’on se trouve de plain-pied avec la veine folklorisante de Trenet. L’auteur-compositeur a plusieurs fois repris des œuvres du folklore, le plus souvent en s’en moquant. Ici, c’est Le Roi Dagobert (1949) qui passe à la moulinette, que Trénet réintitule Le bon Roi Dagobert (Dada Gogo Bébert), mais ce qu’on pouvait prendre pour un acte de vandalisme se transforme bientôt en évocation émouvante, typique de ce don qu’avait Trenet de masquer une profonde mélancolie sous un aimable sautillement : c’est le portrait d’un vieux roi gâteux dans un monde qu’il ne comprend plus.
Le récital touche à sa fin, et toujours Trenet mêle ses nouveaux succès aux anciens : Le serpent python (1951) – une chanson qui est en même temps un dessin animé –précède Y’a d’la joie (1937). On sent que, pendant ce récital, Trenet s’est économisé un peu, pensant peut-être à son Olympia tout proche. Mais, entraîné par son public, et il se donne à fond pour cette dernière chanson inscrite au programme, ce Y’a d’la joie qui le lança (Jacques Canetti note dans ses Mémoires que le principe du passage à une tonalité plus élevée au final fut repris l’année d’après par beaucoup d’autres chanteurs) et l’inusable La Mer (1946) que le public du cinéma “Le Dôme” lui réclame expressément. Malgré les rappels, Trenet s’en tint là, comme à son habitude, lui qui n’aimait pas la comédie des rappels : Il faut les garder sur leur faim.
Il existe d’autres enregistrements de Charles Trenet en public, mais celui-ci a de particulier que Trenet ne chante pas cette fois devant le froid monstre anonyme d’une salle de spectacle qu’il faut dégeler. Il chante en petit comité devant ses amis et ses voisins. Dans une interview tardive il avouait qu’à ses débuts quelques critiques l’avaient épinglé parce qu’il en faisait trop : trop de voix, trop de bonds, trop de grimaces. Ici, dans ce “récital de proximité”, Trenet se pose un peu et gagne en naturel et en émotion vraie ce qu’il perd en effets. C’est cet éclairage intime, à la façon d’une répétition générale, qui donne à cet enregistrement une singularité rayonnante.
Hélène Hazera
(Extrait du très long texte du livret)
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