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  • Talila & Ben Zimet

    Chants yiddish

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Référence : BEE004 3760002130040 - 1 CD 74:52 - DDD - Enregistrement "live" en octobre et novembre 2001 à l'Auditorium St Germain-des-Prés à Paris - Notes en français et anglais. Textes des chants en yiddish, français et anglais
En vente sur ce site depuis le 25 avril 2003
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Ver hot aza yingele (J. Fleishman) - Bay mir bistu sheyn (J. Jacobs - S. Cahn - S. Chaplin - S. Secunda) - Bay dem shtetl (Z. Rozenthal / M. Kipnis) - Motl (M. Gebirtig) - Shmendrik's kalle (L. Gilrod / J. Kamen) - Yikhes (Traditionnel / Ben Zimet) - Serenade (F. Schubert / M.L. Halpern) - "Azamevishpoukhin", chant araméen (Traditionnel / Teddy Lasry) - Unter di grininke beymelekh (Ch.N. Bialik / P.G. Brounoff) - Les Deux Possibilités (Traditionnel / Ben Zimet) - S'flet ir di rozhinkes (M. Picon /J.M. Rumshinsky) - Quadril (Traditionnel / Ben Zimet) - Belz (J. Jacobs /A. Olshanetsky) - S'iz a fargeningen (Traditionnel / Ben Zimet) - A malekh veynt (Peretz Hirshbein) - Yiddisher Charleston (Rose/Fischer) - She yibane beyt hamikdash (Traditionnel)

Arrangements : Michel Derouin, Teddy Lasry, Maurice Delaistier, Eddy Schaff, Pierre Mortarelli & Yiddish Orchestra

Talila & Ben Zimet, chant
Yiddish Orchestra

e nouveau disque de l'irremplaçable duo de la chanson yiddish accompagné par un groupe de musiciens superbes. Ces 17 titres, dans des arrangements somptueux, sont empreints de toute l'émotion d'une tradition revivifiée et immortelle. Ils ont été enregistrés en live au cours de leur triomphal passage à Paris à l'automne 2001.
 

Détail des pistes :

TALILA
1 - 1     Ver hot aza yingele (4mn 10s )    
1 - 2     Bay mir bistu sheyn (3mn 56s )    
1 - 3     Bay dem shetl (1mn 56s )    
1 - 4     Motl (4mn 51s )    
1 - 5     Shmendrik's kalle (4mn 56s )    
1 - 6     Yikhes (5mn 32s )    
1 - 7     Serenade (5mn )    
1 - 8     "Azamevishpoukhin" (chant arménien (5mn 32s )    
1 - 9     Unter di grininke beymelekh (3mn 46s )    
1 - 10     Les Deux Possibilites (4mn 36s )    
1 - 11     S' flet ir di rozhinkes (2mn 58s )    
1 - 12     Quadril (3mn 35s )    
1 - 13     Belz (6mn 45s )    
1 - 14     S'iz a fargeningen (5mn )    
1 - 15     A malkh veynt (3mn 02s )    
1 - 16     Yiddisher Charleston (3mn 11s )    
1 - 17     She yibane beyt hamikdash (6mn 06s )    

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Yiddish, le bon plaisir



Si on prend à la lettre l’affirmation selon laquelle la langue serait un territoire, le yiddish serait le plus vaste des pays. De l’Italie du Nord jusqu’à la frontière danoise, de l’Ukraine jusqu’aux Carpates, de Montréal jusqu’à Miami, l’aire yiddishophone semble ne pas avoir de limites. Ce n’est pas un espace géographique qui limite le yiddish, mais le temps. Apparu en Ashkénaze (Allemagne en hébreu) au XIème siècle, ce mélange inouï, introuvable, impensable de haut allemand et d’hébreu sombre avec la majeure partie de ses locuteurs durant la deuxième guerre mondiale. Il n’y aura plus jamais de Juifs polonais nés en Pologne et parlant le yiddish. Continent englouti ? Non. Le yiddish est cette langue que chacun sur cette terre est à même de comprendre. Le fait avait déjà été énoncé par Kafka. Ne suffit-il pas d’entendre les dialogues du cinéma américain, écrit, réalisé, produit par des Juifs ashkénazes, pour se rendre compte de toute la portée du yiddish ? Eh oui, ces acteurs s’expriment en yiddish : un yiddish grossièrement traduit en américain.

Ce disque nous y emmène, dans ce pays qui n’en est pas un. Le yiddish, encore et toujours paradoxal. Si plein de suggestions, de clins d’œil, de sous-entendus et brutalement, soudainement frontal, exact. Le yiddish est la langue de tous les jours, celle dont les Juifs d’Europe de l’Est se servaient pour acheter le poisson, pour s’apostropher dans la rue, pour dire «Je t’aime». En arrière plan, la langue magistrale et sainte : l’hébreu. Le pur amour, celui de Dieu, ainsi que l’authentique connaissance s’expriment en hébreu. Coup de force de la culture yiddish, dans la deuxième moitié du XIXème siècle : elle prétend exprimer avec hauteur et ironie les élans de la vie quotidienne. Elle y parvient au-delà de toute espérance, précisément parce que le yiddish est une langue de poissonniers. Et qu’observant la rue juive dans sa simplicité, sa rudesse, sa bonhommie, des écrivains – Sholem Aleikhem (1859-1916), Yitzkhok Leybush Peretz (1851-1915), Khaïm Nakhman Bialik (1873-1934), Isaac Bashevis Singer (1904-1991) – ont su embrasser « la vie comme elle est ». Par en-dessous, à la manière de Charlie Chaplin regardant un policier en contre-plongée.

Le mystère du yiddish est là, dans ce regard à la fois particulier et universel. Par certains côtés, l’affranchissement culturel du yiddish ressemblerait à l’aventure du français se détachant du latin des clercs au XIIème siècle. Si ce n’est peut-être que l’hébreu reste toujours présent dans les synagogues et les salles d’études, et le yiddish, toujours rebelle et plus que jamais profane et toujours rivalisant avec les hauteurs de l’hébreu. Faut-il donner une date, ou tout du moins un socle à l’émergence de la chanson yiddish ? Ne serait-ce qu’à titre symbolique, on avancera l’année 1883. Qu’arriva-t-il alors ? Simplement un coup de pied de plus reçu par un Juif de plus. Le Juif en question s’appelle Abraham Goldfaden, il est né à Starokonstantinov, en Russie (un nom de village qui aurait pu être inventé par Ben Zimet) ; le coup de pied lui est donné par les autorités russes qui bannissent le théâtre yiddish des frontières de la Russie. Abraham Goldfaden exporte le petit spectacle avec chansons de son cru, poèmes et enchaînement dramatique qu’il a créé quelques années auparavant. Le théâtre yiddish était né, un théâtre mâtiné d’ariettes, un peu à la manière de l’opéra-comique, avec ses jeunes filles à marier, ses rêves d’Amérique, ses rabbins drôlatiques, ses dénouements fiévreux. Et ses chansons. Émigrant aux États-Unis en 1903, après avoir écrit 26 opérettes sur des thèmes bibliques, Goldfaden devint une espèce de héros du monde juif. Ses obsèques, en 1908, seront suivies par des dizaines de milliers de Juifs new-yorkais. Le théâtre yiddish, les comédies musicales, les vaudevilles (les frères Marx y débutèrent), les chansons, le cinéma enfin, lui survécurent.

Prodigieuse influence, prodigieuse vitalité de cette culture yiddish. Le théâtre juif n’existe plus, mais il reste les chansons. Et chacune d’entre elles est du théâtre. Ces chansons ont autant donné au monde extérieur qu’elles lui ont pris. C’est une des forces du yiddish que d’être capable de tant emprunter tout en restant lui-même. Et de donner autant aussi. Ce disque nous donne à entendre toute cette variété – toute cette curiosité à l’endroit de l’autre et de sa propre culture. Bay Mir Bistu Scheyn, célèbrissime tube de Shlomo Secunda, autre «roi» de l’opérette yiddish, a connu des versions innombrables, de Benny Goodman dans une version Klezmer peu connue à Marlène Dietrich. Elle a été le cheval de Troie de la chanson yiddish dans le monde des Gentils. Talila nous la restitue dans la version française de Léo Marjane, à la fois jazzy, convenable et sulfureuse. Un prêté pour un rendu… Le monde yiddish a suscité un nombre considérable de traductions de livres appartenant à la culture universelle. On en trouve un exemple dans cette Sérénade de Schubert chantée par Talila avec tant d’émotion. Tout ce qui était connu, honoré ou simplement fréquenté trouvait sa traduction en yiddish, de Victor Hugo à Shakespeare. Même chose pour la musique populaire comme les quadrilles ou des charlestons lorsque, comme Ben Zimet, on a bénéficié d’une enfance nord-américaine.

On aimait tant le vaste monde, dans les petits villages de Pologne ; on aurait tant aimé être aimé par lui. Ce n’est pas la moindre des qualités de ce disque, que de reposer sur une manière de collectage intime, propre à la musique traditionnelle à la manière yiddish. Les sources vives, comme le dit Ben Zimet, ont disparu entre 1939 et 1945. Il reste des recueils de chansons, américains pour la plupart. Des souvenirs familiaux, comme cette Sérénade de Schubert que chantait – et chantonne encore – la mère de Talila. Et aussi, à la manière yiddish, ces «histoires» qui se transmettent de manière souvent extraordinaire. Ainsi, cette «perle» historico-musicale découverte par Ben Zimet : un disque de souvenir auto-produit et enregistré par un historien du IIIème Reich, Joseph Wulf ; celui-ci y reprenait un chant en araméen qu’aurait chanté un rabbin en 1942, avant d’être exécuté avec femme et enfants. La majeure partie de ces chansons a été écrite pour le divertissement. Alors qu'elles étaient destinées originellement à la scène, le temps leur a donné une connotation que n’imaginaient pas leurs auteurs, comme cet adieu – vraiment adieu – à la petite ville de Belz dont ne demeure aujourd’hui, à l’exception de cette magnifique chanson, que des h’assidim regroupés autour de leur rabbi, à Jérusalem et à Anvers.

Le yiddish ? Quelques notes suffisent, une intonation de voix – Talila, Ben Zimet – pour en entendre immédiatement l’actualité, la présence. Et d’en sentir la brûlure. Éclats de rire, tristesse soudaine, talent (musiciens admirables, soit dit en ne passant pas). Tiède ? Jamais. Folklorique ? Encore moins.

Philippe Gumplowicz
Yiddishologue à l’Université de Bourgogne
Musicologue au journal L’Arche
© ABEILLE MUSIQUE 2003 – Reproduction interdite