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  • Trifon Trifonov & Stanimaka

    Bulgarian Wedding Music

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Référence : 910100-2 0025091010028 - 1 CD
En vente sur ce site depuis le 28 juin 2007
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TRADITIONNEL
The Wedding Procession Kozbunarsko Xoro
Traditional
TRADITIONNEL
Mileva Rachenitsa
Traditional
TRADITIONNEL
Bre Ivane
Traditional
Tatar Pazardjik
TRADITIONNEL
Traditional
Katil Georgy
TRADITIONNEL
Traditional
Stanke Le
TRADITIONNEL
Indje Voivóda
Traditional
TRADITIONNEL
Balada i Rachenitsa ot Topolovo
Traditional
Gleday Me Ajshe
TRADITIONNEL

Triton Trifonov, saxo alto Ensemble Stanimaka : Dimitar Dimitrov, clarinette Styan Nedelchev, trompette & violon Stoyan Grigorov, accordéon Iliya Krastev, tapan

Détail des pistes :

TRADITIONNEL
1 - 1     The Wedding Procession Kozbunarsko Xoro (4mn 36s )    
1 - 2     Mileva Rachenitsa (9mn 33s )    
1 - 3     Bre Ivane (4mn 46s )    
1 - 4     Tatar Pazardjik (4mn 51s )    
1 - 5     Katil Georgy (6mn )    
1 - 6     Stanke Le (6mn 20s )    
1 - 7     Indje Voivóda (2mn 37s )    
1 - 8     Balada i Rachenitsa ot Topolovo (18mn 23s )    
1 - 9     Gleday Me Ajshe (3mn 49s )    
1 - 10     The Wedding Procession Kozbunarsko Xoro (4mn 57s )    

La Musique de Mariage Bulgare
    Sur une colline, à quelques kilomètres à peine de Saint-Emilion, à proximité du village de Saint-Aubin de Branne, loin de toute autre habitation, se trouve un petit château, longtemps abandonné, donc presque en ruines, et qui porte aujourd’hui le nom d’ "Atelier des Nuages".
De l’est, une allée mène, par un raide chemin caillouteux, à un portail ouvrant sur une cour intérieure entourée de murs avec un jardin laissé à l’abandon. Une fontaine marque le centre, du côté nord, on aperçoit un petit château datant du 16ème siècle avec une magnifique vue sur l’ouest, allant, par delà les bois et les vignes, jusqu’à l’horizon ; Au sud, une remise en pierre représente la limite de la propriété. L’ "Atelier des Nuages" est une véritable enclave, conçue pour la musique et les festivités.
Le propriétaire actuel, François des Ligneris, un homme exceptionnel, oenologue unique et fascinant [Château Soutard, Saint-Emilion, L'R de Rien de 1999] a choisi ce splendide domaine pour y créer un propre monde des arts et de la culture. Le nom "Atelier des Nuages" [Atelier entre les nuages] attire l’attention sur la situation entre la Garonne et la Dordogne, pour François des Ligneris, les fleuves sont des nuages.

    Dans le cadre de la série de séminaires et de concerts "Musiques de Nuit invite Winter & Winter", dirigée par Patrick Duval, Uri Caine a déjà donné un concert en soliste ; et c’est ici qu’a eu lieu la création de "Lettres de Sanghai" avec l’actrice Dominique Garras et les musiciens Roswitha Dasch et Brave Old World sous la direction d’Alan Bern. En été 2004, une invitation adressée à Trifon Trifonov et Stanimaka fait de ces lieux, pour une nuit, le cadre d’une fête de mariage bulgare du milieu du siècle dernier. François des Ligneris et le groupe exceptionnel Musiques de Nuit ont construit une scène en bois devant la remise, installé une cuisine d’appoint, placé des tables recouvertes de nappes en papier et des chaises en bois, des lampes provisoires éclairent la cour intérieure, des centaines de bouteilles provenant du Château Soutard n’attendent que d’être ouvertes. La fête peut commencer, les invités arrivent, prennent place et, dans l’allée, les musiciens montent sur la colline et jouent la marche nuptiale Kozbunarsko Xoro selon Bayriam Kaev.

    La musique bulgare, avec ses influences ottomanes, rappelle la vie commune, bien souvent emplie de tension, des bulgares et des turcs. La Bulgarie se situe à la frontière de l’Europe et de l’Orient, là où ces formes de vie si différentes se rencontrent, comme les plaques terrestres, provoquant régulièrement de violentes confrontations. Au milieu du 19ème siècle, une révolte de Georgi Benkovski contre la puissance militaire turque est réprimée au prix de batailles sanglantes. Les bulgares sont contraints de se convertir à la religion islamique ou de mourir, il est interdit de parler le bulgare. La brutalité avec laquelle cette révolte a été étouffée dans le sang, a tout de même eu, malgré la défaite des conséquences positives pour la Bulgarie.
Nombreux furent les pays européens outrés qui protestèrent. Mais de terribles événements vinrent définitivement bouleverser l’histoire de la Bulgarie. Le Tzar russe Alexandre II entra en guerre contre la Turquie. C’est avec enthousiasme que la population bulgare dans le Royaume ottoman prit connaissance de la déclaration de guerre entre la Russie et la Turquie. Après plusieurs désordres historiques [Conférence de Berlin] le prince allemand Ferdinand de Saxe-Coburg-Gotha réunit à nouveau la Bulgarie en sa qualité de dirigeant politique. Georgi Benkovski a ainsi contribué à créer la Bulgarie. Dans les villages, les couches les plus pauvres ont trouvé le moyen de vivre plus ou moins en paix à côté les uns des autres, des mariages sont célébrés entre turcs et bulgares.

    Le clarinettiste bulgare Bayriam Kaev a, selon l’ancienne tradition, transmis aux jeunes générations le style thrace [Kozbunarsko Xoro] à la manière d’un narrateur. Les oeuvres et les styles d’interprétation ont été transmis en les jouant et en les rejouant, Trifon Trifonov, comme les frères Grimm, transcrit à présent la musique des générations précédentes, afin de la conserver et de la rendre accessible à la postérité.

    L’accordéoniste Ivan Milev a donné son nom à l’œuvre de Mileva Rachenitsa. Son père – lui aussi accordéoniste – faisait partie du groupe Bayriam Kaevs et se produisait avec le tambour Vasil Karavasilev [le nom de famille est à moitié turc]. En 1944, Karavasilev fut battu par un policier bulgare – dans la ligne fidèle aux nouveaux dirigeants russes communistes – pour la simple raison que son tambour portait l’indication "American Jazz". Sur quoi il retourna la peau du tambour et y écrivit "Moscow Circus".
Une semaine plus tard, il entre à nouveau en conflit avec la police, cette fois, la peau du tambour est déchirée. Suite à cet événement, il ne joue plus pendant cinq ans, jusqu’à ce que le père de Trifon Trifonov le prie de jouer avec lui lors d’un mariage, mais avec un tambour sans peau, ce n’est pas possible. Lorsque, dans le voisinage, un veau est abattu, Vasil Karavasilev demande au propriétaire s’il peut utiliser la peau. Il doit cependant laisser la tête et les pieds sur celle-ci, car elle doit encore être vendue. Karavasilev tend la peau de l’animal sur son tambour, et la tête et les pieds vibrent à chaque coup. Après le mariage, il rend la peau, comme promis, aujourd’hui encore, on raconte encore cette histoire originale des musiciens à Plovdiv et dans les environs. A l’époque, la moitié de la population de Pazardjik, à l’Ouest de Plovdiv, était turque, dans la pièce Tatar Pazardjik [Marché à Pazardjik], la Surna joue un rôle important, car le son de cet instrument est particulièrement apprécié des turcs. Les rapports sans cesse bouleversés entre les bulgares et les turcs influencent la musique populaire bulgare et ses instruments. La chanson Katil Georgy est dédiée à un autre héros populaire de légende qui, seul et entièrement livré à lui-même, s’est battu courageusement pour la Bulgarie et fut enfermé, interrogé et maltraité dans une prison grecque à Solun [Thessalonique].

    Aujourd’hui encore, Trifon Trifonov et Stanimaka jouent la merveilleuse légende de leur héros Georgy Suffers Ill In Solun’s Prison. Outre les histoires illustrant la fierté et la puissance du peuple bulgare, presque entièrement déchiré entre la Serbie, la Grèce et la Turquie, à l’occasion d’un mariage, les musiciens bulgares chantent des chants d’amour déchirants. Stanke Le, le chant d’un homme profondément amoureux, qui tue dix chevaux en les montant pour revoir sa Stanke et ne souhaite rien de plus ardemment que de la posséder, de la recevoir des mains de sa mère.
Jusque dans les années 50 du siècle dernier, les femmes n’avaient pas le droit de chanter dans les groupes de mariage, tous les chants étaient interprétés par des hommes. Ce n’est qu’au cours des dernières années que cette tradition a basculé et que les femmes ont le droit d’également se produire. Et de nouveau, des légendes sont racontées, cette fois au sujet d’Indje Voivoda, qui fut tué en 1821 lors d’une bataille avec les Ottomans sur le Prut. Indje est vénéré comme le défenseur des bulgares opprimés.. et les feuilles des arbres versèrent des larmes amères lorsqu’Indje fut touché entre les yeux. Personne n’était là pour l’aider, lui apporter de l’eau, pour soigner ses blessures et Indje parle à la forêt, ne pleure pas pour moi. La ballade qui suit passe à Rachenitsa ot Topolovo, c’est le clarinettiste Asen Dimitrov qui nous a transmis cette danse sensuelle. Il est l’un des magiciens musiciens de Bulgarie, un village tout entier peut danser jusqu’à 15 heures au son de sa musique. Les fêtes de mariages sont des journées exceptionnelles, les jeunes et les vieux y font la fête, s’amusent, dansent, mangent et boivent. La fête s’achève avec le Gleday Me Ajshe. Un hommage à la musique des tziganes. La mère de Trifon Trifonov a enregistré ce chant sur une cassette afin de pouvoir la remette à Velichka Trendafilova-Gioreva : regarde-moi, Ajshe, aujourd’hui je suis près de toi et demain, je serai bien loin ! Je vais à Slatina. Que veux-tu que je t’achète au marché? Rapporte-moi des perles étincelantes et une ceinture brillante pour mes fines hanches. Et le cortège du mariage quitte à nouveau la colline de l’“Atelier des nuages“ au son du Kozbunarsko Xoro. Quelques heures durant, Trifon Trifonov et Stanimaka ont apporté un peu de la vie bulgare dans cette enclave. Une fête comme celle-ci n’y sera probablement plus jamais célébrée.

- Stefan Winter (Traduction de Micheline Wiechert)