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n sait que Cole Porter appréciait modérément certaines licences que Frank Sinatra s’autorisait avec les paroles ou la mise en place de ses compositions. “Il changera d’avis quand il recevra ses prochains relevés de royalties !” répliqua Frankie le Frondeur avec une tranquille arrogance. De fait, les nombreuses polémiques de ce type qui surgissent de façon récurrente dans l’histoire du jazz autour de la grande question : “Jusqu’à quel point faut-il s’en tenir au texte original ?” finissent souvent par s’éteindre d’elles-mêmes, tant depuis un siècle le plus vif de cette musique n’a cessé de se fonder précisément sur les libertés que ses interprètes ont su prendre avec les “textes” en question, ce qui se vérifie encore avec ce premier album de standards du chanteur hongrois Gabor Winand.
Les grands interprètes masculins étant rares sur la scène actuelle du jazz, les enregistrements de Gabor Winand pour le label BMC ont d’emblée attiré l’attention. Sa voix étonnamment ductile, qui semble transcender avec une parfaite aisance les difficultés techniques de l’art vocal, et aller à l’essentiel de l’expression tant elle se soucie peu de s’imposer en tant que telle, a en soi de quoi étonner. Et plus encore son talent d’improvisateur, qui doit sans doute à sa pratique de saxophone et de la clarinette ce phrasé inimitable, d’une extrême fluidité, se jouant avec élégance des possibles écueils de mauvais goût auxquels les plus grands vocalistes du genre n’échappent pas toujours. Une voix “instrument”, au sens où celle de Chet Baker pouvait l’être, chant et trompette projetant leur double reflet troublant dans le miroir insondable des paysages intérieurs. Weird Nightmare de Charlie Mingus digne des plus grands modèles du genre, en particulier le duo Ella Fitzgerald/Joe Pass auquel ils se réfèrent volontiers - laissait déjà éspérer cet album de standards, où ils retrouvent le contrebassiste tzigane Joszef Barcza Horvath et le saxophoniste Krisztof Bacso, leurs partenaires réguliers sur la scène hongroise.Jump Spring Time et Bird Alone à l’album d’Abbey Lincoln You gotta pay the band avec, entre autres, Stan Getz, Hank Jones et Charlie Haden. Turn out the stars (thème cosmique par excellence pour Gabor Gado), à la version du quartet de Paul Motian sur le CD Bill Evans. Sun shower – ici sur des paroles originales d’Eszter Molnar - à l’interprétation de Ron Carter avec Kenny Barron et Buster Williams dans le disque Piccolo : une immédiate impression de simplicité et de fraîcheur qui perdure au fil du temps...
Détail des pistes :
WINAND Gabor
1 - 1 Up jumped spring (5mn 22s )
1 - 2 Turn out the stars (5mn 15s )
1 - 3 My heart belongs to daddy (4mn 26s )
1 - 4 Body and soul (2mn 25s )
1 - 5 Bird alone (5mn 52s )
1 - 6 Special time (8mn 32s )
1 - 7 Csengő (6mn 22s )
1 - 8 Sunshower (6mn 26s )
1 - 9 In a sentimental mood (7mn 51s )
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