
’est en 1988 que le premier concept de collaboration de Paul Motian avec Winter & Winter (JMT Productions) voit le jour sous le titre de »Monk in Motian«. En 1991, Paul Motian fête son 60ème anniversaire en enregistrant un album live à Tokyo. Dans l’ensemble, innovateur indéniable de l’art de la percussion, il a réalisé chez Winter & Winter en plus de deux décades 27 productions en qualité de leader.
Les thèmes s’inspirent aussi bien de Bill Evans, Thelonious Monk que de Bud Powell ou des Broadway Songs. A l’occasion de son 80ème anniversaire, Paul Motian publie l’album »The Windmills Of Your Mind« avec Bill Frisell, guitare, Thomas Morgan, basse et Petra Haden, chant. Le producteur, Stefan Winter, renonce intégralement à la technique numérique ou aux effets sonores. La musique est enregistrée directement sur une bande magnétique stéréo. La session d’enregistrement cherche à reproduire avec précision l’émotion du concert live, sans la moindre manipulation sonore numérique, la qualité sonore analogue particulière est ainsi parfaitement mise en valeur. Winter & Winter publie »The Windmills Of Your Mind« en CD Hard-Cover édition limitée et, mi-2011, également en édition limitée, un vinyle 180 grammes High Fidelity.
Paul Motian a choisi des succès de Broadway tels que "Let's face the music and dance" ou "I loves you Porgy" mais également de propres compositions. La collaboration avec Bill Frisell et Thomas Morgan nous promet de grands moments d’improvisation de Jazz et de musique de chambre. Petra Haden, la fille de Charlie Haden, est la voix de ce nouveau quatuor. Le concept de base de cet album semble être décrit dans une ligne du texte de la chanson qui a inspiré le titre de l’album, "The Windmills Of Your Mind" :
And the world is like an apple / Whirling silently in space / Like the circles that you find / In the windmills of your mind (Et le monde est comme une pomme / évolue silencieusement dans l’espace / comme les cercles que tu trouves / dans les moulins de ton esprit).
Motian abandonne également toute idée d’effets musicaux, il remplit le silence avec des sons sensibles, tout superflu est abrogé, tout ce qui ne contribue pas à l’accomplissement est considéré comme vain, et donc inutile. Paul Motian est considéré comme une véritable institution du Jazz. En 1948 déjà, à 17 ans à peine, il joue avec Billie Holiday au Village Vanguard. Paul Motian est né à Philadelphie en 1931. C’est la guitare qui l’attire en premier. " J’adorais les westerns", explique-t-il à la revue musicale Downbeat. "Le type empoigne sa guitare, la gratte et l’accompagne en chantant. Cela me fascinait et je pensais : ça aussi, je veux le faire." Mais son intérêt pour la musique se focalise rapidement sur la percussion. C’est à douze ans qu’il prend ses premiers cours et dans son quartier, il devient vite un percussionniste demandé.
Dès ses plus jeunes années, il commence à s’intéresser à la musique des révolutionnaires du Bebop - comme Charlie Parker, Max Roach, Bud Powell et Dizzy Gillespie. Pendant la guerre de Corée, il est engagé dans la US-Navy, qu’il quitte à l’âge de 24 ans. La même année, il s’installe à New York et commence à travailler comme musicien professionnel. Il décrit la situation de la scène new-yorkaise de l’époque: "Les sessions étaient nombreuses, les possibilités de se produire encore plus. L’Open Door donnait des jams sessions pendant la semaine et, lors des weekends, des grands tels que Bird ou Monk occupaient la scène. Un soir, le percussionniste des Monks, Arthur Taylor, ne peut jouer et l’organisateur me lance: "vas-y, va chercher ta percussion – tu peux jouer avec Thelonious. J’ai foncé, embarqué ma percussion et j’ai joué avec Thelonious, qui m’a glissé 10 $ après la séance. J’étais l’homme le plus heureux du monde."
A peu près à la même époque, Motian rencontre le pianiste Bill Evans. Ils jouent ensemble avec le groupe de Tony Scott. Il commence bientôt à travailler avec Lennie Tristano, enregistre avec George Russell et se produit avec Sonny Rollins et John Coltrane. Rétrospectivement, le trio Bill Evans avec Scott LaFaro (1959-64) compte parmi l’un des projets les plus influents du Jazz moderne. Dans les années 50 et 60, Paul Motian travaille côte à côte avec des leaders comme Coleman Hawkins, Oscar Pettiford, Charles Lloyd, Pharoah Sanders, Mose Allison et le chanteur folklorique Arlo Guthrie (Woodstock).
Paul Motian a conçu une nouvelle approche du jeu de la percussion, qui se concentre plus sur la pulsation intérieure de la musique qu’au respect de la mesure indiquée avec une manière de jouer répétée et rabâchée. A la fin des années 60, Motian joue avec Keith Jarret et Charlie Haden. Après quelques années, le saxophoniste Dewey Redman rejoint le groupe. Aujourd’hui encore, ce quatuor doit être considéré comme l’un des projets les plus exceptionnels de l’époque. Sa réputation de leader, compositeur et accompagnateur incomparable s’est encore consolidée pendant les années 70 et 80.
Les publications de Paul Motian chez Winter & Winter sont de glorieux témoignages de son œuvre des dernières décennies. Son canon peut être considéré comme la clef de voûte incontestable de la musique sublime qui a été composée pendant le passage du 20ème au 21ème siècle.
(Traduction: Micheline De Doncker)
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