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couter Gato Loco, groupe de 11 musiciens dirigé par le saxophoniste Stefan Zeniuk, c'est comme assister à l'entrée d'un cirque en ville : mystérieux, érotique, violent. Une musique qui donne l'envie irrésisistible de danser, combinée avec des arrangements d'une invention prodigieuse. Gato Loco nous invite à une grande fête inspirée de la musique cubaine, du jazz, de la danse et de la musique de cirque.
Détail des pistes :
ZENIUK Stefan
1 - 1 Zero (4mn 40s )
1 - 2 Another Dull Day (5mn 25s )
1 - 3 Coconino # 5 (3mn 59s )
1 - 4 Cat On The Town (6mn 25s )
1 - 5 Splinter (3mn 28s )
1 - 6 The Mourning Of Ginger (7mn 34s )
1 - 7 Siboney (2mn 02s )
1 - 8 Gunslinging Tuba (6mn 19s )
1 - 9 The Mexicans (4mn 04s )
1 - 10 Rata Chaconne (5mn 24s )
Écouter Gato Loco, dirigé par Stefan Zeniuk, c'est comprendre un peu ce que l'on pouvait ressentir, à une autre époque, lorsqu'un cirque ambulant débarquait dans un petit village et que, soudain, émergeait des nuages de poussière la promesse de mystère, de pompe, d'érotisme et de violence. En se laissant séduire par le son tranchant de cet orchestre de danse de onze musiciens, on entrevoit des lieux et des moments impossibles. « Il est rare d'entendre de la musique qui vous donne envie de danser et dont les arrangements sont également merveilleusement inventifs » (Bruce Gallanter, downtownmusicgallery.com). Gato Loco est un mélange gagnant inspiré du « son » cubain, du jazz et de la musique de danse et de cirque.
Stefan Zeniuk: « Je suis né à New York en 1980 et j'ai grandi dans une atmosphère créative. Mes parents étaient des artistes et j'ai été exposé dès un jeune âge au jazz, au blues et à la musique expérimentale. Parmi les amis de ma famille, il y avait Steve Reich et le saxophoniste Tim Berne (qui m'a offert mon premier saxophone et m'a encouragé à me consacrer de manière plus sérieuse à la musique). À la fac, j'ai étudié la composition et l'anthropologie. À la fin de mes études, j'ai mis sur pied une version préliminaire de Gato Loco, un groupe qui s'appelait Los Vinos. C'était ma première exploration de la fusion de musiques latines avec l'esthétique « downtown NYC » dans laquelle j'avais baigné toute mon enfance. Los Vinos a été de courte durée, et je suis devenu un freelance, jouant du rock, du burlesque, de la musique latine, du klezmer, du gospel, du jazz, et tout le reste. »
Comment définis-tu ta musique ? : « Le latin jazz est le fondement de ma musique. Cependant, la musique renferme tellement plus que ça. La vérité, c'est que je ne suis pas un Latino-Américain ; mes parents sont d'origines ukrainienne et texane ; je ne parle même pas espagnol. Et pourtant, il y a une énergie fondamentale dans la musique latine qui m'a toujours profondément touché. J'essaie de recréer et d'harnacher cette passion et cette voix intenses, et les fusionner avec la musique avec laquelle j'ai grandi et qui constitue indéniablement une part importante de mon héritage new-yorkais. »
Quelles sont vos influences et vos sources d'inspiration ? : « Je dirais que les Marx Brothers sont ma plus grande source d'inspiration. (…) Lorsque j'étais plus jeune, j'ai entendu l'histoire de Buddy Bolden. Il était l'arrière-grand-père mythique du jazz. On dit de lui qu'il était le plus grand trompettiste ayant jamais existé, celui qui a appris à tout le monde à jouer, et qu'il est à l'origine du vocabulaire du jazz de la Nouvelle-Orléans des années 1920. Il n'a jamais enregistré, et donc il n'y a aucune trace de sa musique ou de ses notes ; seulement la légende. La vie du musicien cubain légendaire Sindo Garay présente des similarités. Nous sommes si inondés de médias aujourd'hui que presque rien n'est plus laissé à l'imagination, et il n'y a presque plus de mystère. J'adore le mystère, et je sens que la musique est l'un des derniers lieux où on peut créer du mystère. »
Comment composes-tu tes chansons ? « Je les écris entièrement, avec tous les arrangements. Le processus est généralement assez lent, mais cela évolue presque toujours à partir de la ligne de basse. Lorsque j'ai une ligne de basse, une ligne de guitare montuno ou une ligne de trompette solo peut suivre. Souvent, je travaille sur quatre ou cinq chansons simultanément… et puis, tout à coup, je remarque des similarités entre deux d'entre elles, et je superpose une mélodie à une autre ligne de basse (par exemple), et un tout nouveau son, une toute nouvelle chanson en découle. »
Onze musiciens, n'est-ce pas trop compliqué pour un orchestre ? : « Oui, en effet. Lorsque j'ai formé Gato Loco, nous étions quatre. Nous avons discuté de l'idée de créer un ensemble de salsa complet qui aurait pour mission de briser et brûler tous les moules dans lesquels était tombée la salsa, fusionnant ce son avec une nouvelle énergie et une nouvelle esthétique. C'est gros et c'est encombrant. Mais c'est dans ces caractéristiques que résident le pouvoir, l'énergie, le feu de l'orchestre. »
Comment vous êtes-vous connus et qu'est-ce qui vous unit ? : « Tous les musiciens du groupe sont des musiciens à temps plein de New York City. Ils évoluent au sein de plus d'une vingtaine de formations new-yorkaises majeures. Il n'y a pas de lien direct entre nous tous, outre le fait que nous soyons des amis proches, des collaborateurs et le fait que nous poursuivions un objectif musical très semblable. »
Qu'est-ce que New York représente pour vous ? : « C'est une question très difficile. Je suppose que la seule vraie réponse est que New York, pour faire appel à un cliché, est un « melting-pot », et nous sommes entourés de musiques du monde entier, en permanence. Il est plus probable qu'un chauffeur de taxi écoute dans sa voiture de l'obscur afro-pop d'Éthiopie qu'une station de radio jouant des tubes du top 40 américain. De derrière chaque comptoir de bodega ou de snack-bar de New York émane de la musique rare du Mexique, de la Colombie, de la République dominicaine, de Puerto Rico, etc. Les restaurants punjabi classiques jouent toujours des vidéoclips des tubes farfelus de Bollywood. Et pourtant, la plupart des musiciens new-yorkais jouent dans des clubs de jazz et de rock. Tout forme une grande fusion, et il appartient au musicien new-yorkais de choisir ce qu'il veut voir et entendre dans la ville et ce qu'il veut ignorer. Je choisis de voir et de remarquer autant que je peux. »
À l'été 2010, Winter & Winter a enregistré à Bordeaux le groupe Gato Loco, basé à New York. Le producteur Stefan Winter a choisi cet endroit, d'une part, pour son excellente atmosphère et son public curieux et éveillé et, d'autre part, parce que le groupe y avait eu l'occasion de répéter et de jouer ensemble pendant plus de deux semaines consécutives, donnant des concerts pour enfants, dans des hôpitaux, des auditoriums et des festivals. La culture unique de l'organisation « Musiques de Nuit », dirigée par Patrick Duval, rend tout cela possible.
Ces premières présentations de Gato Loco à Bordeaux et à Paris ont connu un grand succès. Les performances étaient pleines d'énergie et Gato Loco a mis le feu. Gato Loco est une sorte de projet coopératif dirigé par Stefan Zeniuk. Gato Loco a son propre esprit, qui se situe quelque part entre l'estprit de l'Art Ensemble de Chicago et un cirque ambulant.
(Traduction: Mélanie Rumpelmayr)
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