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l’été 2007, le chanteur Theo Bleckmann et le groupe "Kneebody" se sont réunis en marge du festival d'opéra de Munich, à l'initiative de Kent Nagano, afin de créer un nouveau cycle de chansons à partir d'œuvres de Charles Ives. Douze morceaux pour voix et piano/ensemble/orchestre, composés par l'Américain Charles Ives au début du 20e siècle, ont été retravaillés par le chanteur d'exception Theo Bleckmann et les membres de Kneebody. Ives marie dans ses œuvres l'âme américaine et les formes et traditions de la musique classique européenne. Musiques utilitaires américaines et citations de marches, hymnes religieux et danses sont des ingrédients caractéristiques de ses compositions, qui ne versent toutefois nullement dans la complaisance. À partir d'éléments contrastants et d'exacerbations sonores, il touche aux profondeurs de cette société du Nouveau Monde issue de la guerre de Sécession que sont les États-Unis. Les réécritures de Theo Bleckmann et Kneebody placent le travail d'Ives dans un contexte de jazz, de sonorités électroniques et d'improvisation. »Twelve Songs by Charles Ives« est l'adaptation musicale d'une vie (américaine), pas d'une vie en particulier, mais une sorte de compendium de l'existence, qui n'apporte cependant aucune réponse.
"One thing I am certain of is that, if I have done anything good in music, it was, first, because of my father, and second, because of my wife." Charles Ives composa en 1895 "Songs my Mother taught me", la chanson d'ouverture de cet album intitulé »Twelve Songs by Charles Ives«."Feldeinsamkeit" – dans sa version anglaise "In Summer Fields" – reprend un texte de Hermann Allmers et est l'un de quatre Lieder allemands inclus par Ives dans ses "114 Songs". Dans son recueil de chansons, il ajoute à ces quatre chansons un commentaire spécifiant que les textes mis en musique l'ont déjà été par des compositeurs célèbres – Johannes Brahms dans le cas présent. Il pressent le danger d'être involontairement mis en compétition. Or, cette vision sportive est étrangère à l'art, et Ives est convaincu que les compositeurs ayant puisé dans ces textes ne prétendaient pas s'en assurer le monopole. La mélodie "At The River" (1916), empruntée à l'hymne "Beautiful River", se dessine dès les premières mesures du troisième mouvement de la sonate pour violon et piano nº 4 d'Ives (1906-1916). Ives a récrit la partie des violons pour voix (et piano). La mélodie demeure peu ou prou fidèle à l'hymne original et le texte est imprégné d'une profonde spiritualité. Dans la dernière strophe, "Yes, we'll gather at the river / That flows by the throne of God. / Shall we gather? / Shall we gather at the river?", il introduit cependant des changements aux niveaux du rythme et de l'harmonie. Ives décrit des scènes de la vie dans des histoires qui s'apparentent à des fables. Un garçon observe un léopard longeant les murs de sa cage ("The Cage"). "Is life anything like that" se demande-t-il dans la dernière strophe. "Weil' Auf Mir", écrite par Ives en 1902, a déjà été reprise par de nombreux compositeurs, dont Max Reger sous le titre "Bitte". "Serenity" se termine avec les mots "The beauty of thy peace". Ce morceau renvoie également aux années new-yorkaises d'Ives, alors qu'il écrivait des cantates et travaillait en tant qu'organiste et directeur de chœur au sein de diverses églises. L'adaptation du spiritual "In the Morning" est considérée comme le dernier travail de composition d'Ives. Suite à un infarctus subi en 1918, à l'âge de 44 ans, dut réduire radicalement ses activités dans ce domaine. Ives essaya d'abord d'ignorer ses limites pendant plusieurs années. Ne parvenant pas à se remettre entièrement, il déclara en larmes à sa femme, en 1927: "I can't seem to compose any more. I try and try and nothing comes out right." Peu après sa lune de miel en 1908, lors de laquelle it vit le nouveau pont sur la rivière Housatonic, Ives entama la composition de "The Housatonic At Stockbridge" ("Come, whisper near! / I also of much resting have a fear; / Let me tomorrow thy companion be, / By fall and shallow to the adventurous sea!"). Le morceau entier est complété en 1911 et la version pour orchestre, en 1912. "The See'r" fait le récit d'un vieil homme qui, un brin de paille entre les dents, regarde sa vie passer doucement. L'adaptation du chanson "The New River" (1911, avec modifications en 1913 et vers 1921) par Theo Bleckmann est suivie d'une autre adaptation d'Ives par Bleckmann. "Like A Sick Eagle": un aigle malade regarde vers le ciel, illustration de la faiblesse de l'esprit et l'attente de la mort. Dans ses compositions, Ives fait de fréquentes incursions dans l'atonalité, ce qui est probablement l'une des raisons principales pour lesquelles sa musique a été largement ignorée de son vivant et la plupart de ses œuvres n'ont longtemps pas été jouées. "Waltz", qui date de l’année 1895 est une sorte de collage sonore inspiré d'un festival de danse. En effet, Ives a fréquemment cité, adapté et persiflé les thèmes et les rythmes de danses populaires.
Le chanteur Theo Bleckmann (theobleckmann.com) fait partie du cercle des artistes de Winter & Winter. La coopération a débuté dès 2004, avec la production sur scène de l'opéra »Kastanienball«. Vinrent ensuite les albums »Las Vegas Rhapsody«, »Berlin« et, à présent, »Twelve Songs by Charles Ives«, en coopération avec l'ensemble Kneebody.
La formation Kneebody (www.kneebody.com), partagée entre Los Angeles et New York, compte depuis environ sept ans parmi les projets les plus intéressants. Ses influences vont de Jimi Hendrix à Aphex Twin, en passant par Steve Reich et Duke Ellington. Les cinq jeunes musiciens ont rassemblé leurs expériences au sein d’ensembles de réputation mondiale: Shane Endsley – trompette (Ani Di Franco, Ravi Coltrane, Steve Coleman), Ben Wendel – saxophones et effets (Snoop Dogg, Ignacio Berroa, Daedelus) Kaveh Rastegar – basse électrique (Colin Hay, Nels Cline), Adam Benjamin – Fender Rhodes (Dave Douglas, Jimmy Chamberlin), Nate Wood – batterie (The Calling, Taylor Hawkins).
»Twelve Songs by Charles Ives« est un hommage à un compositeur d'exception des États-Unis dont la force et l'importance n'ont pas été reconnues et comprises par la société de son vivant. Les adaptations par Theo Bleckmann et Kneebody sont l'occasion d'une nouvelle expérience de Charles Ives, qui ne résout pas les mystères de sa musique, mais les interroge une nouvelle fois.
– Stefan Winter (Traduction: Mélanie Rumpelmayr)
CHAN10577 - Paru le 25/02/2010
Détail des pistes :
BLECKMANN Theo
1 - 1 Songs My Mother Taught Me (Charles Ives) (7mn 16s )
1 - 2 Feldeinsamkeit / In Summer Fields (Charles Ives) (4mn 46s )
1 - 3 At The River (Charles Ives) (6mn 09s )
1 - 4 The Cage (Charles Ives) (2mn 46s )
1 - 5 Weil' Auf Mir / Eyes So Dark (Charles Ives) (3mn 49s )
1 - 6 Serenity (Charles Ives) (5mn 17s )
1 - 7 In The Mornin (Charles Ives) (4mn 34s )
1 - 8 The Housatonic At Stockbridg (Charles Ives) (8mn 47s )
1 - 9 The See'r (Charles Ives) (4mn 33s )
1 - 10 The New River (Charles Ives) (2mn 49s )
1 - 11 Like A Sick Eagle (Charles Ives) (4mn 46s )
1 - 12 Waltz (Charles Ives) (3mn 15s )

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