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  • Pierre Mendes France

    Causeries radiophoniques du samedi (1954/1955)

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Référence : IMV046 33291846846202 CD : 77:46 + 72:01 - AAD - Notes en français et anglais
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Pierre Mendès France : "25 Causeries radiodiffusées "Dire la vérité" (1954/1955)

CD I / 14 Causeries du 26 juin 1954 au 2 octobre 1954 - 1. 26/06/54 – 2. 03/07/54 – 3. 10/07/54 – 4. 17/07/54 – 5. 21/07/54 "La raison et la paix" – 6. 24/07/54 - 7. 31/07/54 – 8. 07/08/54 – 9. 24/08/54 - 10. 28/08/54 – 11. 04/09/54 – 12. 11/09/54 – 13. 18/09/54 - 14. 02/10/54
CD II / 11 causeries du 24 octobre 1954 au 29 janvier 1955 - 1. 24/10/54 – 2. 31/10/54 - 3. 13/11/54 - 4. 27/11/54 - 5. 04/12/54 – 6. 18/12/54 – 7. 24/12/54 – 8. 01/01/55 – 9. 15/01/55 – 10. 22/01/55 – 11. 29/01/55

PIERRE MENDÈS FRANCE
et les causeries radiophoniques du samedi (1954-1955)

Pierre Mendès France (1907-1982) est né le 11 janvier 1907 à Paris. À la fin de ses études de droit il s’apprête à devenir avocat mais l’engagement politique l’emporte. En 1932, il est le plus jeune député de France après son élection dans la circonscription de Louviers, petite ville de l’Eure dont il sera également le maire pendant vingt-trois ans.

Sa famille politique est le radicalisme. Elle tient une place centrale dans la société française de 1875 à 1958, c’est-à-dire sous les troisième et quatrième républiques. Elle contribue au triomphe des valeurs républicaines au sortir des régimes monarchiques ou impériaux du XIXème siècle. L’installation même de la république en 1875, la consolidation du régime parlementaire, la victoire de la laïcité sur le cléricalisme, le combat en faveur de l’école publique, le développement des libertés individuelles, doivent beaucoup à l’action du parti radical au cours de cette période.

Lorsque Pierre Mendès France s’engage dans la vie politique, le parti radical est dirigé par un puissant tribun, Edouard Herriot, maire de Lyon. Le goût de Mendès France pour l’art oratoire n’est sans doute pas étranger à la forte impression qu’il ressentit, à seize ans, en assistant au Palais de la Mutualité à un meeting d’Herriot, quelques mois avant que celui-ci prenne la tête du gouvernement de Cartel des gauches en 1924.

Il n’a que 31 ans, en 1938, quand Léon Blum, chef du Front Populaire, l’appelle au gouvernement pour lui confier la gestion du Trésor public. Cette première expérience ministérielle ne dure qu’un mois mais il se fait remarquer comme l’un des responsables politiques les plus compétents dans le domaine de l’économie. A cette occasion, il se lie d’amitié avec Georges Boris, un journaliste de vingt ans son aîné qui dirige le cabinet de Blum et qui sera jusqu’à sa mort son plus proche conseiller.

Arrive la guerre. Après s’être évadé de la prison de Clermont-Ferrand où l’avait enfermé le régime de Vichy, Mendès France rejoint la France Libre à Londres. Il s’engage comme aviateur au sein du Groupe Lorraine. Il participe à de nombreuses missions de bombardement d’objectifs allemands en France jusqu’à ce qu’en novembre 1943, le général de Gaulle l’appelle à Alger pour participer en qualité de commissaire aux finances au Comité français de libération nationale, ébauche du futur gouvernement. Une fois Paris libéré, le Comité se transforme en gouvernement provisoire dont Mendès France devient le ministre de l’économie nationale.

Cette deuxième expérience ministérielle se déroule de l’été 1944 au mois d’avril de l’année suivante. La situation économique de la France, épuisée et à moitié détruite par quatre ans de guerre et d’occupation, est très difficile. Pour la première fois, Mendès France utilise régulièrement la radio pour tenter de faire passer quelques messages pédagogiques, notamment l’idée que les maigres ressources du pays doivent être consacrées par priorité à la reconstruction des infrastructures industrielles plutôt qu’à l’augmentation des salaires. Une telle exigence de discipline, au sortir de quatre années terribles, passe mal. Faute d’être suivi sur ce point par de Gaulle, il lui donne sa démission en avril 1945. Ainsi, il ne sera pas parvenu à faire prévaloir son point de vue mais il laisse la marque d’un homme de rigueur qui utilise les moyens techniques modernes pour communiquer avec les Français. Cette empreinte est encore très présente lorsqu’en 1954 il accède à la présidence du conseil.

Sous la IVème république d’alors, le président du conseil détient l’essentiel du pouvoir exécutif. L’Assemblée nationale qui, à une forte majorité, l’investit à ce poste le 18 juin 1954, se méfie pourtant de lui. Il a la réputation d’avoir des idées et du caractère hors du commun. De plus, il est soupçonné de vouloir gouverner par dessus la tête des partis qui composent l’Assemblée en passant directement un contrat politique avec les Français. Ce soupçon est d’ailleurs fondé car Mendès France est persuadé que les problèmes de la nation sont d’une telle gravité qu’il n’y a pas d’issue sans un soutien populaire direct et massif. L’initiative de s’adresser aux Français chaque semaine, le plus souvent le samedi soir, par l’intermédiaire de la radio est issue de cette conviction.

Il y aura vingt-six émissions de cette nature entre juin 1954 et janvier 1955. Avant de préciser en quoi elles illustrent la conception mendésiste de la démocratie, il convient de rappeler le contexte national et surtout international dans lequel s’inscrit le gouvernement Mendès France.

Le contexte de 1954

1. L’Indochine. Lorsque Mendès France monte à la tribune de l’Assemblée nationale le 17 juin 1954, chacun a encore en mémoire sa première tentative d’investiture, l’année précédente. Il avait alors prononcé un vaste discours-programme touchant à tous les secteurs de l’action gouvernementale et proposant de profondes réformes. Il ne lui avait manqué que treize voix pour atteindre la majorité absolue nécessaire à sa désignation et nombreux sont ceux qui pensent en 1954 qu’il va à nouveau échouer. C’est sous-estimer le choc psychologique provoqué à peine plus d’un mois auparavant, le 7 mai, par la chute de Diên Biên Phu. Pour la première fois, l’armée d’un pays blanc, membre de la coalition vainqueur de la seconde guerre mondiale, est battue dans une bataille conventionnelle par un peuple colonisé en armes. C’est un véritable traumatisme. Il apparaît brutalement que la crise indochinoise n’a pas de solution militaire. Il faut d’urgence trouver une issue politique et diplomatique.

Pourquoi cette issue passe-t-elle par Mendès France ? A première vue, rien ne prédispose cet homme à jouer un rôle décisif dans de telles circonstances. Depuis qu’il a quitté le gouvernement en 1945 sur un désaccord de stratégie économique, il intervient principalement dans ce domaine, plaidant sans relâche pour la modernisation du pays. Mais, à l’exception du parti communiste solidaire du parti frère vietnamien, et de quelques intellectuels, il est aussi le seul, depuis 1950, à dire publiquement que l’engagement militaire français en Indochine n’est pas tenable. A l’origine, sa position n’est nullement celle du mouvement tiers-mondiste qui émerge dans les milieux d’extrême gauche, en faveur de l’indépendance des peuples colonisés. En économiste rigoureux, Mendès France fait l’analyse qu’un pays tel que la France, très affaibli par la guerre, n’a pas les moyens d’entretenir en Indochine, à dix mille kilomètres de ses frontières, une présence suffisamment forte pour être respectée. Et si par malheur, explique-t-il, la France s’entêtait à consacrer une part considérable de ses ressources financières à défendre sa présence là-bas, elle compromettrait les chances de développement de la métropole. À terme, elle perdrait sur les deux tableaux : son empire colonial serait remis en cause et elle serait rapidement distancée, dans la compétition économique, par ses voisins européens qui n’ont pas la même charge coloniale à supporter.

Depuis quatre ans, la classe politique française écoutait cette argumentation d’une oreille distraite. Et voici que le coup de tonnerre de Diên Biên Phu vient brusquement donner raison à Cassandre. Mendès France comprend que son heure est venue, non pas grâce à ses compétences économiques, mais parce que la diplomatie et le verdict des armes ont validé son analyse. À l’inverse de sa première tentative d’accéder au pouvoir l’année précédente, il se contente, le 17 juin 1954 d’un discours d’à peine vingt minutes au cours duquel l’engagement de mettre un terme au conflit indochinois tient l’essentiel du propos. Le message est bref et fort.

Par un malicieux clin d’œil de l’histoire, c’est à l’aube d’un 18 juin, que par 419 voix contre 47 et 143 abstentions, que l’Assemblée nationale charge Pierre Mendès France de sortir le pays de la plus grave impasse dans laquelle il se trouve depuis 1940. Jusqu’à la signature des accords de Genève qui mettent fin au conflit, le 20 juillet 1954, Mendès France consacre la totalité de son temps et de son inépuisable énergie à cet objectif. Les six premières de ses causeries radiophoniques, en juin et juillet, traitent de ce thème.

Bien qu’elle soit très brève, la déclaration d’investiture du 17 juin ne se limite pas à la situation en Indochine. Elle aborde trois autres sujets qui réapparaîtront, au gré de l’actualité, dans les interventions radiodiffusées du Président du Conseil : l’économie, l’Europe et la situation en Afrique du Nord.

2. L’économie. La politique économique annoncée par Mendès France est en continuité avec celle de son prédécesseur. La relative modestie du discours mendésiste en cette occasion peut surprendre dans la mesure où, depuis une vingtaine d’années déjà, il a fait de l’économie son principal domaine d’intervention. Deux facteurs expliquent cependant un tel paradoxe. D’une part, la crise indochinoise est d’une telle gravité que tous les efforts du nouveau chef du gouvernement sont concentrés sur sa résolution, au détriment de l’attention portée aux autres sujets. D’autre part, la politique économique était conduite dans le gouvernement précédent par son ami Edgar Faure, lui aussi membre influent du parti radical, qu’il a l’intention de reconduire dans ses fonctions de ministre des finances. On comprend mieux, dans ces conditions, que la partie économique du discours d’investiture n’ait pas comporté d’innovation majeure. Les interventions radiodiffusées reflètent cette hiérarchie des problèmes puisque seulement deux d’entre elles sont consacrées à la situation économique de la France.

3. L’Europe. La construction de l’Europe a connu une première étape, en 1951, avec la naissance de la Communauté européenne du charbon et de l’acier, la CECA. Elle franchira un seuil majeur en 1957 avec la signature du traité de Rome instituant un marché commun entre les six pays fondateurs. Entre temps, ces six mêmes pays, la France, l’Allemagne, l’Italie, la Belgique, les Pays-Bas et le Luxembourg, ont négocié un projet militaire, la CED (Communauté européenne de défense). Ce projet touche une corde politique extrêmement sensible sur deux points : d’une part, il permet le réarmement de l’Allemagne, sujet tabou depuis la fin de la seconde guerre mondiale, d’autre part, il prévoit que l’armée européenne formée par ces six pays sera commandée par une autorité supra-nationale ce qui provoque l’hostilité absolue des tenants de la souveraineté nationale.

Lorsque Pierre Mendès France arrive au pouvoir en juin 1954, le projet de CED est prêt depuis déjà deux ans. Il ne reste, pour engager sa réalisation, qu’à le faire ratifier par le Parlement. Mais aucun gouvernement ne s’y est risqué car les polémiques à son sujet sont virulentes. D’un côté les partisans d’une Europe fédérale le soutiennent sans nuances, de l’autre les courants nationalistes s’y opposent avec la plus extrême vigueur. Parmi ces derniers figurent deux groupes politiques numériquement importants au parlement : les gaullistes et les communistes. Dans ces conditions aucun compromis n’est possible et l’issue d’un vote de ratification est très incertaine.

Cependant, après deux ans d’atermoiements de la France, ses partenaires européens s’impatientent. Certains d’entre eux, encouragés par la Grande-Bretagne qui ne fait pas partie du projet de CED, laissent entendre que si la situation n’évolue pas, ils pourraient changer de stratégie et se tourner vers une formule de même nature mais sous commandement américain. Quant à l’Allemagne, inquiète de ce même blocage, elle envisage de passer un accord de paix bilatéral avec l’Union soviétique. De telles menaces convainquent le gouvernement français de ne plus tergiverser. Compte tenu des oppositions qu’il sent inflexibles à l’Assemblée nationale, Mendès France fait une ultime tentative, lors de la conférence de Bruxelles du 22 août 1954, pour obtenir de ses partenaires européens un assouplissement du projet de traité dans un sens moins fédéraliste. Mais il n’y parvient pas. Il est contraint de soumettre à l’Assemblée un texte dont il sait qu’il déchaînera les oppositions. Ses pressentiments se concrétisent lors du vote du 30 août au cours duquel les députés refusent de ratifier le traité instituant la CED par 319 voix contre 264. L’Europe de la défense est morte pour plusieurs décennies. Seule l’Europe économique verra le jour.

L’affaire de la CED aura profondément touché et divisé les Français. Pierre Mendès France lui consacre quatre de ses interventions à la radio en août et septembre.

Trois autres interventions sont consacrées à la défense européenne, d’octobre à décembre. En effet, les deux questions qui avaient justifié le projet de CED n’ont pas disparu au lendemain de son échec : la menace soviétique est toujours là et l’Allemagne continue de solliciter son réarmement. La France et ses partenaires sont donc pressés de trouver une solution de rechange à la CED. Pierre Mendès France s’y emploie et parvient avec ses cinq alliés auxquels s’est adjointe la Grande Bretagne, à faire adopter les Accords de Paris (23 octobre 1954) qui, au sein d’une nouvelle UEO (Union de l’Europe occidentale) moins fédéraliste que ne l’était la CED, prévoient un réarmement progressif de l’Allemagne, à l’exception de l’arme nucléaire à laquelle celle-ci renonce solennellement.

4. L’Afrique du Nord. À la mi-54, l’Empire colonial français est en feu en Indochine. Toutes les pensées sont tournées vers le sort des milliers de soldats en péril dans cet Orient jadis rêvé, aujourd’hui hostile. Mais Pierre Mendès France, de même que son ministre de l’Intérieur, François Mitterrand, sait que l’Indochine n’est pas la seule terre d’Outre Mer où la situation se dégrade. Il accorde peu de crédit aux thèses du lobby colonial, très influent sur la droite de l’échiquier politique, selon lesquelles une dose de répression policière additionnée à une dose de paternalisme suffit à contenir les aspirations nationalistes.

Mendès France est convaincu qu’il faut agir vite, notamment en Tunisie et au Maroc, et donner à ces deux territoires une autonomie de gestion suffisamment large pour que les liens privilégiés avec la France ne soient pas remis en cause par une révolte violente. C’est pourquoi, le 31 juillet 1954, exactement dix jours après la signature des accords de Genève mettant fin à la guerre d’Indochine, Mendès France entreprend un voyage surprise à Carthage et déclare devant les autorités locales stupéfaites que la France a décidé de mettre en œuvre la promesse maintes fois annoncée par les gouvernements précédents et toujours oubliée, d’autonomie interne de la Tunisie. Le soir même, depuis Carthage, il s’adresse par la radio aux Français et leur dit que face aux haines qui s’attisent cette solution est la seule susceptible de conserver des liens pacifiques avec le peuple tunisien. L’histoire a montré combien cette politique, reproduite l’année suivante au Maroc par son successeur, Edgar Faure, a été sage en comparaison de l’aveuglement tragique dont la terre d’Algérie a été le théâtre et la victime.

Personne n’a vu venir le début de l’insurrection algérienne. Le jour de la Toussaint 1954, trente attentats ont lieu en divers points de l’Algérie qui est, sur le plan administratif, un département français. Ceux qu’à partir de ce jour les autorités françaises appellent les rebelles, annoncent la création d’un Front de Libération National (FLN). Sur place, les autorités françaises ne lui accordent guère d’importance et sont convaincues de contrôler la situation. À Paris, le gouvernement n’envisage nullement pour l’Algérie la même évolution que celle engagée en Tunisie. À cette époque, l’écrasante majorité de l’opinion publique n’imagine pas un instant que l’Algérie puisse s’éloigner, ni a fortiori, sortir du giron de la république. La présence sur place d’un million de Français justifie et conforte un tel sentiment. Cependant, les violences du 1er novembre et les informations qui remontent à Paris sur les inégalités de traitement entre les colons et la population musulmane convainquent le chef du gouvernement qu’ici comme ailleurs, la répression des fauteurs d’attentats ne suffira pas. Il faut favoriser l’accession des élites locales aux responsabilités, permettre un développement économique plus équitablement réparti entre les diverses communautés vivant en Algérie et empêcher que le maintien de l’ordre ne donne lieu a des bavures policières de nature à dresser davantage les populations arabes contre la France.

Dès janvier 1955, Pierre Mendès France prend les premières décisions en ce sens. Elles visent notamment à déplacer hors d’Algérie les policiers dont le comportement est indigne des valeurs républicaines. C’en est déjà trop pour la fraction la plus dure des colons, très influente au parlement, où le député de Constantine, René Mayer, est leur porte parole. Bien que membre du même parti radical que le président du conseil, Mayer profite de l’émotion provoquée à droite et au centre par les premières mesures, pourtant modestes, de réduction des inégalités en Algérie, pour rassembler une majorité hétéroclite qui obtient le 5 février le départ de Mendès France.

Le vote qui met fin au gouvernement Mendès France est acquis par 319 voix contre 273 et 22 abstentions. Le gros de cette majorité hostile est composée de députés des divers groupes de droite inquiets, après l’autonomie donnée à la Tunisie, de la politique mendésiste en Algérie. À ces voix s’ajoute l’essentiel du groupe centriste d’alors, le MRP, très attaché au projet fédéraliste européen, qui n’a pas pardonné l’échec de la CED. La totalité du groupe communiste, fort à l’époque de 94 membres, fait l’appoint à la droite et au centre pour renverser l’homme qui a pourtant mis fin à la guerre d’Indochine. Mais, emboîtant comme d’habitude le pas des Soviétiques, il lui reproche d’avoir permis le réarmement de l’Allemagne ; de plus, la grande popularité de Mendès France apparaît comme une concurrence redoutable pour l’influence du PC. Celui-ci saisit donc la première occasion pour l’abattre.

Pour soutenir Mendès France, il ne reste que le groupe socialiste dont aucune voix ne lui aura jamais fait défaut bien qu’il fut radical, une partie seulement de ses amis radicaux, quelques centristes et indépendants ainsi que les deux tiers du groupe gaulliste qui continue de voir en lui, au milieu du désordre politicien de la IVème république, une conception de l’Etat que ne renierait pas leur chef retiré depuis 1946 à Colombey-les-deux-Eglises. Cette addition ne suffit pas à contrer le cartel des adversaires.

Il faut ajouter, au-delà des dossiers sectoriels sur lesquels l’action de Mendès France a suscité des oppositions diverses, que sa conception et sa pratique de la démocratie, ont constitué une nouveauté très dérangeante pour la classe politique d’alors.

Mendès France la démocratie et l’opinion publique

Pierre Mendès France était très attaché à la forme parlementaire de la démocratie. Héritier de Gambetta et des grandes figures républicaines qui avaient renversé le bonapartisme plébiscitaire, il allait s’opposer en 1958 non au principe du retour du général de Gaulle au pouvoir, mais aux conditions de son retour, c’est-à-dire au coup d’Etat du 13 mai. Il n’a cessé de vanter les mérites du parlementarisme britannique qui, même au plus fort de la lutte à mort contre Hitler, n’a rien abandonné de ses traditions fondatrices. Dans l’esprit mendésiste, les parlementaires sont les représentants du peuple et rien ne peut, rien ne doit, se décider sans leur participation ni leur assentiment.

On pourrait imaginer qu’une telle conception de la démocratie s’accommoderait des institutions de la IVème république. Ce serait oublier que ce régime était doublement déséquilibré en faveur de l’Assemblée nationale. D’une part, les conditions de sa dissolution en cas de crise étaient si restrictives que le pouvoir exécutif était le plus souvent privé de son usage ; d’autre part, le système électoral de la représentation proportionnelle donnait le pouvoir aux partis, émiettait les votes et rendait impossible l’émergence d’une majorité stable. Ainsi, le système était structurellement instable et ce n’est pas un hasard si la durée de vie moyenne des gouvernements sous ce régime a été de six mois. En se maintenant sept mois et dix sept jours, le gouvernement Mendès France a figuré dans une honnête moyenne !

Naturellement, Mendès France n’ignorait aucune des tares du régime au moment d’accéder aux plus hautes responsabilités. Il savait que la majorité qui l’avait investi, pour large qu’elle fut, n’en était pas moins hétérogène et traversée d’objectifs variés si ce n’est contradictoires. L’assurance d’une certaine durée d’exercice du pouvoir ne pouvait donc venir que d’un fort soutien populaire.

La nécessité tactique de s’adresser au peuple par dessus la tête de ses représentants rejoignait là une des plus profondes convictions de Mendès France sur le rôle du peuple dans la vie démocratique : « Le plus grand péril que court toujours la démocratie, c’est dans la négligence des citoyens qu’il réside » a-t-il écrit, au soir de sa vie. Les citoyens doivent participer, ils doivent être actifs, vigilants et ne laisser ni les partis, ni un quelconque homme providentiel accaparer le pouvoir.

C’est pourquoi il a décidé, dès le lendemain de son accession à la présidence du conseil, de s’adresser à eux chaque semaine à la radio afin de les rendre à la fois témoins, acteurs et censeurs de l’action gouvernementale. Le samedi 26 juin 1954, au cours de sa première causerie avec les Français, il exprime ce qu’il en attend : « Puis-je adresser une demande personnelle à chacun d’entre vous ? Oui, je vous le demande, ne laissez pas s’écouler ce dimanche sans avoir réfléchi, au moins quels instants, à cet appel que je viens de vous faire, à cette aide que chacun de vous doit m’apporter ». John Kennedy dira plus tard à ses concitoyens : « Ne vous demandez pas ce que l’Amérique peut faire pour vous, mais ce que vous pouvez faire pour l’Amérique ». La démocratie, c’est la participation des citoyens à la vie de la cité.

En 1954, la télévision est balbutiante. On estime qu’il n’existe alors qu’environ cent mille postes. À l’inverse, la radio est répandue à près de neuf millions de postes . Institution publique, la RTF est contrôlée par le gouvernement et c’est, bien sûr, par son canal que Mendès France s’exprime. Son premier concurrent, Europe n°1, ne verra d’ailleurs le jour qu’au début de 1955.

Mendès France est familier de ce média. On a dit qu’il s’y était déjà exprimé régulièrement en 1944 alors qu’il était ministre de l’Economie du général de Gaulle. En outre, lui-même et son ami Georges Boris avaient étudié attentivement la politique et la pratique du président Franklin Roosevelt, lequel avait été le premier, au milieu des années trente à rendre compte fréquemment de ses actes via la radio. C’est d’ailleurs Boris, journaliste de profession, qui prépare la plupart des interventions de Mendès France, même si Jean-Jacques Servan-Schreiber et Françoise Giroud, qui viennent de créer l’Express et soutiennent activement la politique du président du conseil, apportent aussi idées et formules.

Le ton de ces causeries est très nouveau pour l’époque. Loin des discours officiels académiques, Mendès France s’adresse personnellement à chaque auditeur. Il parle avec des mots simples, évite tout jargon technocratique et fait constamment référence à la vie quotidienne ou familiale de ses concitoyens. François Mauriac évoque alors « une parole humaine en politique » .

Les sondages étant moins répandus à l’époque qu’ils ne le sont aujourd’hui, on ne sait pas avec précision quel fut l’impact de ses causeries sur l’opinion. On sait seulement, et c’est un indice important, que lorsqu’il est mis en minorité à l’Assemblée en Février 1955, il dispose encore d’une majorité de soutiens dans l’opinion. Ne pouvant user de l’arme de la dissolution, il doit partir et laisser la place à Edgar Faure puis à Guy Mollet. La IVème république va s’enfoncer puis disparaître dans la tragédie algérienne.

***

Les vingt-six causeries ont été enregistrées et diffusées sur la chaîne "Programme parisien" de la RTF puis conservées sur leur support d'origine (disques 78 tours originaux à gravure directe avec copie de sauvegarde sur supports de même type).
Le fonds radiophonique conservé par l'INA comporte plus de 600 000 heures d'émissions des radios publiques successives. Les matériels de la causerie du 14 août 1954 n'ont pu être retrouvés soit du fait de leur dégradation avant recopie sur bande magnétique soit que les disques originaux n'aient pas été rendus après utilisation. Cet enregistrement manquant sur le premier CD est la première des quatre interventions sur la Communauté européenne de défense.
Les textes des vingt-six causeries sont publiés in extenso dans le troisième volume des Oeuvres complètes de Pierre Mendès France (Gallimard, 1986).

François Stasse Conseiller d’Etat
Coordonnateur de l’édition des Oeuvres complètesde Pierre Mendès France
(6 volumes, Gallimard, 1984-1990)

 
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