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  • Ernest Ansermet, direction

    Berlioz, Liszt et Wagner


Exclusivement disponible en numérique
Référence : VEL3143 7619930314311 - 1 CD Digipack : 76:07 - ADD Mono/Stéréo - Enregistré en 1950, 1959 et 1968 - Notes en français, anglais et allemand
En vente sur ce site depuis le 18 février 2010
Date parution numérique : 16 février 2010
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Hector Berlioz (1803-1869)
Symphonie Fantastique, op. 14
Enregistré le 24 juin 1968 à Tokyo

Richard Wagner (1813-1883)
Eine Faust-Ouvertüre
Enregistré le 14 novembre 1950 à Genève

Franz Liszt (1811-1886)
La bataille des Huns
Enregistré le 8 avril 1959 au Victoria Hall de Genève

Orchestre de la Suisse Romande
Direction Ernest Ansermet (1883-1969)


’un des tous derniers concerts d’Ernest Ansermet, capté lors d’une triomphale tournée au Japon. Un programme très romantique et présentant aux côtés de la Symphonie Fantastique, une œuvre chère au cœur d'Ansermet, deux pièces beaucoup plus rares du répertoire allemand.
Un nouveau témoignage de l'art d'un chef qui savait insuffler à ses musiciens un véritable feu sacré.

 

Détail des pistes :

BERLIOZ Hector
Symphonie Fantastique, op. 14
1 - 1     I. Rêveries - Passions (13mn 27s )    
1 - 2     II. Un Bal (6mn 15s )    
1 - 3     III. Scène aux champs (16mn 14s )    
1 - 4     IV. Marche au supplice (4mn 49s )    
1 - 5     V. Songe d’une nuit de sabbat (9mn 39s )    

WAGNER Richard
1 - 6     Eine Faust-Ouverture (11mn 15s )    

LISZT Franz
1 - 7     Battle of the Huns (14mn 08s )    

Ernest Ansermet et le romantisme



     Si la réputation du grand chef d'orchestre demeure surtout étroitement liée à ses interprétations de la musique de la première moitié du XXe siècle, il a néanmoins dirigé les classiques durant toute sa vie, même s'il se forçait quelque peu pour programmer Beethoven au début de ses activités. Il changera d'avis plus tard, car, plus Ansermet vieillissait et plus il approfondissait ce qu'on appelle le grand répertoire. Dès l'aube de son intense activité discographique il gravait, en 1942, les deux dernières symphonies de Mozart avec son Orchestre de la Suisse Romande (disponibles dans : Ernest Ansermet / Les Premières gravures Cascavelle VEL 3119).

    Si les enregistrements de la décennie suivante sont surtout consacrés aux compositeurs de son temps (à commencer par ses amis Stravinski, Ravel et Debussy) ceux des années soixante seront marqués par des premières discographiques stéréophoniques très remarquées des Symphonies Parisiennes de Haydn et de l'intégrale de celles de Beethoven. Il laissera aussi au disque de très convaincantes Symphonies de Brahms et des œuvres de Schumann, Mendelssohn, Berlioz, Weber et Wagner.

     La Symphonie Fantastique de Berlioz figurait souvent au programme des concerts d'Ansermet. Certainement soucieuse de conserver une trace du travail si particulier du chef d'orchestre, l'équipe technique laisse tourner les magnétophones durant les séances préparatoires et également entre les diverses prises. Lors de sa parution aux Etats-Unis et au Japon, l'album sera assorti de larges extraits des répétitions qui permettent de mieux comprendre la conception du chef d'orchestre. Pour ce dernier, Berlioz est une sorte d'exalté perpétuel : « Maintenant ne craignez pas, Messieurs les premiers violons, d'exagérer un petit peu ces crescendos, car le brave Berlioz il pleurait beaucoup, vous savez, beaucoup, beaucoup. Un éperdu romantique ! »

    Ernest Ansermet met également beaucoup de soin à régler les équilibres sonores et les timbres si particuliers de l'orchestre de Berlioz. Dans le Songe d'une nuit de Sabbat, il utilise non pas des cloches, mais des grandes plaques de laiton très riches de timbres et qui génèrent beaucoup d'harmoniques, soulignant encore l'effet de surprise et l'effroi voulus par le compositeur. Sa conception de la Symphonie Fantastique semble découler d'un préromantisme rousseauiste avec son mélange de naïveté et de tourment. C'est une très sensible peinture de la nature autant que du paysage intérieur de l'âme berliozienne, toujours en quête d'amour et d'absolu.

    Notre enregistrement a été réalisé lors de la dernière tournée d'Ernest Ansermet, au Japon, en 1968. Le succès fut colossal et des centaines de Japonais faisaient la queue à la fin du concert dans l'espoir d'obtenir un autographe du vieux maître. Ce dernier, amusé et malicieux, avait glissé à sa femme : « Mais je suis aussi célèbre que le Général de Gaulle » ! Un témoin raconte que des milliers d'exemplaires de son enregistrement de la Symphonie Fantastique ont été vendus le lendemain du concert.

    Les poèmes symphoniques de Liszt et de ses suiveurs étaient autrefois très présents dans les programmes. La Bataille des Huns évoque l'affrontement devenu mythique au cours duquel les Gallo-romains aidèrent les Romains à repousser l'invasion des Huns conduits par leur chef Attila. Récupéré plus tard par l'église et l'iconographie catholique qui en fit une bataille des Chrétiens contre les Huns, ce haut-fait historique est habilement décrit par Liszt par l'utilisation de thèmes hongrois pour les Huns et de citations de thèmes grégoriens pour les Chrétiens fondus dans un maelström symphonique bien propre au compositeur hongrois et dont Wagner saura se souvenir.

    En 1840, ce dernier se met à composer une symphonie à programme qui commence par l'évocation de la solitude de Faust et son désespoir. Mais il n'ira pas plus loin et fera finalement publier ce premier sous le titre de Eine Faust-Ouvertüre. L'amitié de Liszt et de Wagner est aussi l'histoire de leur influence réciproque, car l'évocation symphonique de Faust par Wagner donnera à Liszt l'idée de sa propre Faust-Symphonie dix-sept ans plus tard. Ernest Ansermet n'ayant pas enregistré cette ouverture pour le disque, son témoignage de concert est donc des plus précieux.



Ernest Ansermet et la naissance de l’Orchestre de la Suisse Romande (OSR)



     Lorsque le jeune Ernest Ansermet vient diriger pour la première fois à Genève, il n’est plus un novice. Après des études à Paris et à Berlin, où il a assisté pendant une année aux répétitions des grands chefs de l’époque, il a fait ses premières armes à Lausanne, en 1910, où il impose, déjà, Debussy, Ravel et Stravinski, trois compositeurs phares de son temps qu’il connaît d’ailleurs personnellement. Mais c’est surtout au Kursaal de Montreux qu’il peaufine son répertoire et sa manière, sous la direction de Francisco de Lacerda, un maître qu’il vénère.

    Complètement oublié de nos jours, ce chef d’orchestre et pianiste portugais, originaire des Açores, avait fait des études à la Schola Cantorum de Paris, avant de devenir chef des concerts de Nantes, puis de Montreux. Lacerda a eu une influence décisive sur Ansermet tant par l’intérêt qu’il porte à la musique française contemporaine que par sa gestique et son style de direction aussi sobre qu’efficace. Musicien d’une grande valeur, il est remarqué par Stravinski qui vit dans la région et est pressenti par Diaghilev pour accompagner les Ballets Russes pour leur grande tournée à travers l’Amérique du Nord. Après avoir, pour des raisons de santé, décliné l’offre, Lacerda propose Ernest Ansermet, son élève et assistant, à sa place, avec l’appui autorisé de Stravinski.

     C’est donc un chef d’orchestre déjà expérimenté qui donne son premier concert à Genève, le 23 janvier 1915. A cette époque la ville entretient un modeste « Orchestre des concerts d’abonnement » sous influence germanique. Après Hugo de Senger, l’orchestre est dirigé par Willy Rehberg, également compositeur, à l’instar de son ami Gustav Mahler. C’est ainsi qu’en février 1913, deux ans après la mort de Mahler, les mélomanes genevois purent entendre, immédiatement après sa création à Vienne, la Neuvième Symphonie du compositeur disparu. Pour son premier concert, au Grand Théâtre, Ansermet impose d’emblée un programme de musique contemporaine avec Rimski-Korsakov, Borodine et Petrouchka de Stravinski dont c’est la première audition en Suisse. Le succès est immédiat.

     Willy Rehberg vient de mourir et l’orchestre de Genève est sans chef. Plusieurs candidats briguent le poste et l’atmosphère est assez lourde. Coupant court aux palabres, aux cabales et aux hésitations, Diaghilev, enthousiasmé, engage Ansermet aux Ballets Russes. Cette reconnaissance éclatante décide enfin les Genevois à nommer le chef vaudois à la tête de l’orchestre de leur ville. Mais, c’est la guerre et les activités musicales cessent presque complètement.

     En 1918, Ansermet, aidé de généreux mécènes (c’est une bienheureuse tradition genevoise qui perdure aujourd’hui encore) songe à former un orchestre permanent qui puisse donner des concerts dans toute la Suisse Romande. Il faut de l’audace pour songer à la musique dans un contexte économique aussi désastreux. Quelques musiciens de l’ancien orchestre sont intégrés au nouveau, dont Fernand Closset qui conserve sa place de violon solo. Ansermet, selon sa propre expression, va chercher ses cordes en Italie, ses bois à Paris et ses cors à Vienne. L’OSR donne son premier concert le 30 novembre 1918, au Victoria Hall, avec des œuvres de Händel, Mozart, Benner, Jaques-Dalcroze et Rimski-Korsakov.

     La suite de l’histoire est bien connue. Ernest Ansermet dirigera son orchestre durant cinquante ans. Ensemble ils traverseront toutes les crises et le chef s’appuiera sur la Radio Suisse Romande à la fois comme soutien logistique et financier, ainsi que pour l’exceptionnel rayonnement offert par l’enregistrement et la diffusion de tous les concerts. L’immense réputation d’Ernest Ansermet attire à Genève, et dans toute la Suisse Romande, les plus grands artistes du monde entier, cependant que les créations et premières auditions se succèdent à un rythme soutenu. Le rayonnement international de l’OSR trouvera son apogée juste après la deuxième guerre mondiale, grâce à ses enregistrements discographiques.


François Hudry
Le Clos Mué, le 30 octobre 2009
© Cascavelle 2010 – Reproduction interdite


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