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ersonne n’ira vous affirmer que dans cet enregistrement du Premier concerto de Tchaïkovski, le piano est magnifiquement accordé – il ne n’est pas, mais alors vraiment pas – et la prise de son est exceptionnelle – légèrement casserole, il faut bien le dire. L’intérêt principal de cette rencontre en juin 1954 entre Sviatoslav Richter et Karel Ančerl réside dans la grande modernité de leur lecture, une vraie osmose entre chef et pianiste qui s’entendent sur la transparence, la rectitude, le respect de la partition, de sorte que l’on assiste à un grand moment de pur Tchaïkovski, sans pathos ajouté, sans romantisme en cinémascope, sans ce goût parfois douteux qui a entaché tant d’interprétations de cette époque.
Quant à l’enregistrement du Premier concerto de Prokofiev, votre malheureux serviteur est quelque peu dans l’embarras : c’est précisément le vinyle qu’il écoutait quand il était petit, alors cette interprétation lui est presque trop familière et évidente pour qu’il ait du recul ! Cela dit, on avouera volontiers que Richter et Ančerl s’en donnent à cœur joie dans cette partition iconoclaste, féroce, irrésistible, génial tour de force moderniste de 1911 d’un jeune Prokofiev de vingt ans qui se rit tout à la fois des élans mystiques russes à la Scriabine, des brumes impressionnistes d’un Debussy et de l’introspection XXL des postromantiques allemands. Un néoclassicisme robuste, sans complexes, logique jusqu’à la dernière note, ajoutez une forte dose de piment et voilà ce génial Premier concerto de Prokofiev.
En retournant ledit vinyle que le Prokofiev, votre serviteur tombait sur le même Concerto en ré mineur de Bach que voici ; même remarque donc. Mais en le réécoutant quelque… aaaargh… trente-cinq ans plus tard, la magie reste la même : Richter nous joue un piano aussi transparent qu’un clavecin, sans aucun effet pianistique romantique hors de propos. De là à dire que c’est parfait, il n’y a qu’un pas, que nous franchirons allègrement, allez hop.
NB : la remarque quant au piano mal accordé ne s’applique ni au Prokofiev, ni au Bach ; autre séance, autre directeur artistique, et sans doute autre accordeur.
Détail des pistes :
TCHAIKOVSKY Piotr Ilyich
Piano Concerto No. 1 in B flat minor, Op. 23
1 - 1 I. Allegro ma non troppo e molto maestoso (20mn 01s )
1 - 2 II. Andantino semplice (6mn 08s )
1 - 3 III. Finale. Allegro con fuoco (6mn 51s )
PROKOFIEV Serge
1 - 4 Piano Concerto No. 1 in D flat major, Op. 10 (13mn 43s )
BACH Johann Sebastian
Keyboard Concerto No. 1 in D Minor, BWV 1052
1 - 5 I. Allegro (8mn 01s )
1 - 6 II. Adagio (8mn 29s )
1 - 7 III. Allegro (8mn 13s )
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