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  • 1 CD Classique - SU3842
  • Bedrich Smetana

    Œuvres pour piano, volume 2

5 de Diapason
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Référence : SU3842 0099925384227 - 1 CD 69:35 - DDD - Enregistré au Rudolfinum à Prague en octobre, novembre et décembre 2005 - Notes en français, anglais, allemand & tchèque
En vente sur ce site depuis le 6 avril 2006
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Bedrich Smetana (1824-1884)

Rêves (1875)
I. Le bonheur éteint - II. La Consolation - III. En Bohême. Scène champêtre - IV. Au salon - V. Près du château - VI. La Fête des paysans bohémiens
Feuillets d'album (v.1848-53 / Compositions posthumes)
Si bémol majeur - Si mineur - Toccatina en si bémol majeur - Sol majeur - Sol mineur - Mi bémol mineur - Si bémol mineur
Andante en mi bémol majeur (v.1855)
Polkas (v.1852-55)
Mi majeur - Sol mineur - La majeur - Fa mineur
Scènes de mariage (1849)
Cortège de noces - Le fiancé et la jeune fille - Fêtes du mariage

Jitka Cechova, piano

’est pour le piano que Smetana composa le plus grand nombre d’œuvres. Et ce sont ses œuvres pour piano qui sont le plus rarement jouées, à la différence de ses opéras et de ses œuvres orchestrales. Pourquoi donc continuent-elles d’être si lamentablement négligées ? Peut-être cela tient-il au fait que ces pièces se détournent d’une certaine forme de virtuosité pure, en faveur de la simple musicalité – tout aussi pure – et d’une écriture souvent assez orchestrale.
    Les Rêves peuvent aisément se transformer en cauchemar pour pianiste ! Cet opus de la fin de la vie de Smetana concentre tout son savoir, toutes ses recherches dans le domaine du ton populaire tchèque, et toutes ses expériences menées auprès de Liszt qu’il avait rencontré deux fois à Weimar. Tout autre chose : les Polkas, d’adorables facéties dont on pourrait croire qu’elles sont réservées au salon… que nenni, au vu de leur difficulté. Il est urgent de redécouvrir ce répertoire foisonnant, riche et novateur.
    Au piano, Jitka Cechova, qui est également la pianiste de l’excellent Trio Smetana depuis 1998. Elle a fait ses études d'abord dans la classe de Jan Novotny au Conservatoire de Prague, puis dans la classe de Petr Toperczer à l'Académie des Arts. Elle a parfait son art à Paris, auprès d'Eugène Indjic, puis à Fribourg auprès de Vitali Berzone, a suivi des masterclasses de R. Kehrer à Weimar, de F. Indjic et de L. Berman à Piestany. Elle est lauréate de plusieurs concours internationaux.
 

Détail des pistes :

SMETANA Bedrich
Rêves
1 - 1     Le bonheur éteint (4mn 26s )    
1 - 2     La consolation (4mn 34s )    
1 - 3     En Bohème. Scène champêtre (4mn 58s )    
1 - 4     Au salon (4mn 03s )    
1 - 5     Près du château (5mn 37s )    
1 - 6     La féte des paysans bohémiens (5mn 08s )    

Feuillets d'album
1 - 7     En si bémol majeur (1mn 32s )    
1 - 8     En si mineur (59s )    
1 - 9     Toccatina en si bémol majeur (1mn 48s )    
1 - 10     En sol majeur (53s )    
1 - 11     En sol mineur (53s )    
1 - 12     En mi bémol mineur (3mn 19s )    
1 - 13     En si bémol mineur (1mn 14s )    
1 - 14     Andante en mi bémol majeur (2mn 23s )    

Polkas
1 - 15     Polka en mi majeur (2mn 53s )    
1 - 16     Polka en sol mineur (5mn 19s )    
1 - 17     Polka en la majeur (5mn 21s )    
1 - 18     Polka en fa mineur (2mn 23s )    

Scènes de mariage
1 - 19     Marche nuptiale (3mn 15s )    
1 - 20     Les jeunes mariés (3mn 01s )    
1 - 21     Festivités nuptiales (5mn 27s )    

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Piano

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L’œuvre pour piano




    L’œuvre pour piano représente la partie la plus vaste du legs de compositeur de Bedřich Smetana. Si elle se tient quelque peu dans l’ombre de ses opéras et des ses œuvres pour orchestre ou de chambre, elle n’en représente pas moins un domaine du même poids dans sa création et est, du reste, bien souvent en relation très étroite avec ses autres œuvres. Au début de sa carrière de compositeur surtout, c’est précisément dans ses pièces pour piano que Smetana développait et mettait à l’épreuve ses intentions créatrices et ses techniques de composition. L’inspiration lui venait avant tout des œuvres de Chopin, Schumann, Liszt, mais aussi de la musique de salon noble de l’époque.
    Les pièces pour piano sont ses premières compositions conservées et occupent une position prédominante dans toute sa création des années quarante et cinquante. Après 1862 vient une pause de treize ans occupée avant tout par la composition d’opéras et toute une série d’activités dans la vie musicale pragoise, que Smetana a largement contribué à former, en tant que chef de chœur, critique musical, organisateur, chef de concerts philharmoniques et, surtout, de premier Kapellmeister de l’opéra tchèque du Théâtre provisoire (1866-1874). Il ne revint au piano qu’après avoir perdu l’ouïe, dans la deuxième moitié des années soixante-dix.
    Au piano, Smetana était pratiquement un autodidacte – il s’est formé avant tout en étudiant de lui-même la littérature pour piano de l’époque. De fait, dans sa jeunesse il n’avait fait qu’une étude non suivie, avec plusieurs enseignants de province. Et avec le pédagogue pragois du piano Joseph Proskch, il n’avait étudié en privé que la composition. Pourtant, il était un excellent pianiste, reconnu par la critique, et a sans nul doute projeté également dans ses œuvres pour piano son art et son expérience de l’interprétation.

    Dans les années 1844-1847, Smetana enseignait la musique dans la famille du comte Leopold Thun-Hohenstein, où on l’affectionnait beaucoup. Les rapports amicaux, dépassant de loin une relation de service ordinaire, se prolongèrent après que le compositeur eut quitté le service du comte. Le comte Thun fut plus tard le patron de l’école de musique de Smetana et plusieurs membres de sa famille prirent des cours de piano avec celui-ci jusque bien plus tard (jusqu’à sa perte de l’ouïe). C’est pour le mariage de la comtesse Marie Thunová avec le baron Jan Lexa z Aerenthalu que Smetana composa en 1849 le cycle pour piano Scènes de mariage. L’exemplaire de dédicace fut décoré par František Kolár, le cousin de la fiancée de Smetana, Kateřina Kolářová, et qui allait devenir plus tard un acteur, metteur en scène et scénographe tchèque important. Outre la page de titre, il décora l’en-tête de chacune des trois compositions avec une charmante scène de la campagne liée au titre et au contenu musical de la pièce. Malgré leur caractère de circonstance, les Scènes de mariage n’en reflètent pas moins, elles aussi, l’orientation créatrice de Smetana dans le domaine de la production pour piano à la fin des années 1840 et dans la première moitié des années 1850. Le caractère des trois parties, marqué de manière prédominante par la danse, avec une forte présence de l’élément « polka », semble déjà préfigurer vaguement l’orientation « nationale » ultérieure de Smetana. Il n’est pas sans intérêt que le thème de polka de la section centrale de la troisième partie réapparaisse dans l’introduction à la première scène de La Fiancée vendue.

    Vu ses journées très chargées avec les cours privés et l’enseignement à l’école de musique qu’il avait ouverte à Prague, en août 1848, il ne restait plus à Smetana beaucoup de temps pour la composition. Ses efforts étaient alors réservés en priorité au piano, sur lequel il pouvait le plus facilement développer et vérifier ses procédés et intentions créatrices, avec en outre un plus grand espoir d’une possibilité de mise en valeur au concert ou d’éventuelle édition.
    Le premier groupe important de pièces pour piano, qui l’occupa de façon intensive au tournant des années 1840 et 1850, ce sont les Feuillets d’album. Le genre, alors en vogue et répandu, devint un moyen de cristallisation de son langage musical et de ses capacités expressives. Sur les petites surfaces de ces miniatures pour piano, il aiguisait son sens du travail motivique détaillé, il vérifiait l’équilibre formel, la force porteuse des idées musicales et leur aptitude à traduire des humeurs, des impressions, un vécu concrets. Il avait envisagé Vingt-quatre feuillets d’album, alternant en des paires parallèles toutes les tonalités majeures et mineures du cycle des quintes, mais l’ensemble n’a pas été tout à fait achevé. Peut-être aussi pour cette raison qu’après le premier lot de six, édité en 1851 sous le numéro d’Opus 2, il ne fut pas possible de poursuivre les publications. Smetana fit paraître les autres Feuillets à l’occasion, dans le courant des années 1850, en tant qu’Opus 3, 4 et 5.
    Le Feuillet aujourd’hui connu sous la dénomination d’Andante en mi bémol majeur a paru séparément dans l’album solennel édité en 1856 par la maison Christoph & Kuhé à l’occasion des noces d’argent de l’ancien empereur Ferdinand et de son épouse Marie Anna. Le Feuillet en si bémol majeur noté dans l’album musical d’Elisa Thunová, et le lot de six communément appelé « Feuillets de la succession » (si mineur, Toccatina en si bémol majeur, sol majeur, sol mineur, mi bémol mineur, si bémol mineur) ne furent pas édités du vivant de Smetana. En 1883, le compositeur inclut la Toccatina en si bémol majeur parmi celles de ses compositions pour piano plus anciennes qu’il comptait faire paraître, ce dont témoigne ses annotations tardives sur le manuscrit ; c’est aussi de l’époque de cette révision tardive que vient le titre de l’œuvre.

    Depuis le temps de ses premiers essais déjà, la polka était le deuxième domaine où se portait l’intérêt créateur de Smetana. Toutefois, à cette époque se produit un net changement dans la conception que le compositeur a du genre : après les premières polkas, des années d’études, conçues comme des danses, Smetana tend visiblement, à cette étape créatrice, à styliser de plus en plus la polka et s’oriente vers une configuration originale de la danse ainsi idéalisée. Les éléments typiques de la danse, en particulier le rythme et la périodicité réguliers, se libèrent, la ligne mélodique gagne en importance, une conduite horizontale des voix et une harmonie riche s’imposent nettement. Des dix-sept compositions de type polka de cette période, deux lots de trois ont été publiés sous les numéros d’Opus 7 et 8. Sont restés en manuscrit d’une part les premières versions de certaines polkas éditées, d’autre part des fragments que Smetana remploya pour la plupart dans ses compositions ultérieures (La Campagnarde, Deuxième Quatuor à cordes, Ball-Vision), mais aussi les polkas en mi majeur, en sol mineur (avec des éléments motiviques de la polka en sol mineur des Polkas poétiques, Opus 8), en la majeur et en fa mineur. Les annotations de 1883 et la correspondance avec Josef Srb attestent qu’à la fin de sa vie, Smetana pensait également les réviser et les éditer.

    La perte de l’ouïe en 1874 signifiait pour Smetana la fin de ses activités dans la vie musicale et le retrait des événements publics. La perte d’une existence stable empira aussi ses conditions financières, si bien qu’à partir de 1875 il séjourna avec sa famille à Jabkenice, près de Mladá Boleslav, chez sa fille aînée Žofie (Sophie), qui y était mariée à l’intendant des forêts Josef Schwarz. En 1876, Smetana s’établit de façon définitive à Jabkenice. Par bonheur, ses facultés créatrices étaient restées intactes et il put ainsi se concentrer exclusivement sur la composition. C’est là que, dans la dernière décennie de sa vie, il livra coup sur coup plusieurs de ses chefs-d’œuvre, et clôtura sa production pour piano par deux cycles. Rêves [titre en français], le premier, vit le jour l’été 1875, dans l’entourage des quatre premiers poèmes symphoniques de Má vlast [Ma Patrie] (un mois plus tard, il achevait le poème Par les prés et les bois de Bohême). Après une longue pause, Smetana revenait ici à l’instrument qui lui était le plus proche, et au genre du morceau pour piano de caractère, qui avait marqué le début de sa carrière artistique indépendante.
    Par son contenu et par le choix du genre, le cycle est en quelque sorte une réminiscence de cette époque depuis longtemps passée, dans laquelle il semblait chercher l’inspiration et la consolation. Le compositeur de la maturité, expérimenté, laisse là un cycle unifié du point de vue des idées, dont il a cette fois traité les différentes parties comme de vastes compositions virtuoses où, après bien des années, il met de nouveau en valeur son art d’une suprême stylisation pianistique. La composition du cycle avait pour impulsion extérieure le concert qu’organisèrent en février 1875 les anciennes élèves nobles de Smetana chez la comtesse Kounicová (née Thunová). Le bénéfice de 1800 florins signifiait une aide financière considérable dans la première période d’existence précaire de Smetana. Pour exprimer sa reconnaissance, celui-ci dédia les différentes pièces à six de ses anciennes élèves. Le cycle ne parut qu’en 1879, car l’éditeur, Em. Starý, différa la publication jusqu’à ce que le compositeur, mécontent, menace de céder l’édition à Fr. A. Urbánek. En remerciement de la dédicace, Karoline Thun-Hohenstein, Leopoldine Ledebour, née Thun-Hohenstein, Seline Nostitz, Willi Lerchenfeld, née Thun-Hohenstein, Johanne Nostitz et Josefine d’Arco-Zinneberg, née Lobkowitz, adressèrent à Smetana un don de 100 florins et un tableau avec leurs photographies, qui se trouve encore aujourd’hui dans son cabinet de travail à Jabkenice.

Olga Mojžíšová
Traduction Marianne Frippiat
© Supraphon 2006 – Reproduction interdite

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