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Référence : SU3827 0099925382728 - 1 CD Slipcase : 76:27 - ADD mono - Enregistré à Prague au Studio Domovina en juillet 1949 et au Rudolfinum en mars & avril 1951 - Notes en français, anglais, allemand & tchèque En vente sur ce site depuis le 6 avril 2006
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Poèmes symphoniques (1896)
L'Ondin, op. 107
La Sorcière de midi, op. 108
Le Rouet d'or, op. 109
Le pigeon des bois, op. 110
Orchestre Symphonique de la Radio de Prague
Direction Václav Talich (1883-1961)
es quatre grands poèmes symphoniques « féeriques » de Dvorak ici proposés sous la baguette de Vaclav Talich sont des œuvres écrites à la fin de sa vie : 1896. Cerise sur le gâteau, et témoignage de l’excellence de cette musique, la création de La colombe est assurée par Janacek à la baguette puis reprise peu après par Mahler !
Du très grand Dvorak donc, sombre et chatoyant à la fois, dans une veine nationaliste en matière de thématique musicale. Le compositeur réalise là une sorte de passation de témoin vers Janacek tout à fait étonnante. Pourquoi ne joue-t-on pas plus souvent ces quatre chefs-d’œuvre en concert, je l’ignore, mais vous, ami lecteur, au moins, saurez dorénavant que cela existe, et en resterez baba. D’autant que Talich et la magique Philharmonie Tchèque nous servent cela sur un plateau d’argent.
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Un des grands traits de l'art de Talich est son exceptionnelle imagination sonore, cette capacité à aboutir, dans son travail avec l'orchestre, à une musique qui fascine par ses couleurs, son relief, sa vivacité. Durant ses premières années à la tête de la Philharmonie tchèque, il avait même été qualifié, de manière péjorative, de chef "impressionniste", c'est-à-dire livrant une interprétation centrée presque exclusivement sur les détails sonores, ne ménageant pas de place à la construction d'ensemble et, de ce fait, laissant irrémédiablement échapper l'idée générale de l'œuvre (reproches faits surtout à son interprétation de Beethoven et de Mozart). Dans quelle mesure ces reproches étaient-ils justifiés ?
Talich fera jouer les quatre poèmes symphoniques d'Antonín Dvořák : L’Ondin (Vodník), La Sorcière de midi (Polednice), Le Rouet d'or (Zlatý kolovrat) et La Colombe sauvage (Holoubek) dans le "Cycle du poème symphonique tchèque" pendant la saison 1922-1923. La Colombe sauvage et L’Ondin feront ensuite régulièrement partie de son répertoire avec la Philharmonie tchèque, La Sorcière de midi un peu moins souvent et Le Rouet d'or ne sera joué que deux fois.
Il est intéressant de voir comment la critique de l'époque juge son interprétation de ces "poèmes en sons", compositions qui offrent à un "chef impressionniste" d'innombrables possibilités de faire de la magie avec le son. En effet, l'accent qu'il met sur la beauté sonore est mentionné plus d'une fois. « La Colombe de Talich, à la sonorité magnifiquement épurée, est nimbée de lueur mystérieusement sombre. » – « L'interprétation de Talich met en évidence fidèlement toutes les beautés, notamment l'instrumentation traitée avec maestria. » – « De même, Talich sait donner une unité aux tableaux dispersés de l’Ondin tout en puisant à chaque occasion dans les couleurs que la partition de Dvořák offre à profusion.»
Toutefois, cette débauche sonore n'est pas le seul apport de Talich. « Il sait débarrasser les poèmes de Dvořák de leur caractère illustratif, les abstraire totalement du programme de la poésie d'Erben en créant des formes purement symphoniques. Les motifs prennent vie, les conflits tragiques revêtent une réelle gravité et une réelle indépendance par rapport au sujet. » – « Le rapport très étroit que Talich entretient avec l'œuvre de Dvořák s'est encore manifesté par une interprétation remarquable des trois poèmes au programme. C'était une joie d'écouter la musique de Dvořák sous sa baguette, de l'entendre s'épanouir dans toute l'ampleur de ses charmes mélodiques, dans la richesse de sa rythmique spontanée et des couleurs éclatantes de son instrumentation, tout en convaincant par la richesse de son contenu et par la pertinence de sa sensibilité poétique ». – « C'est là que Václav Talich a recours à son geste éminemment péremptoire aussi bien dans les détails, arrachant à la partition certains détails surprenants, que dans la ligne agogique d'ensemble pour arriver à unir les différentes compositions en un tout engendrant une émotion forte et sûrement durable. » « Aujourd'hui et depuis longtemps déjà, le chef Václav Talich est l'infaillible connaisseur, personnifiant toute cette musique avec ses nuances les plus marquantes et les plus cachées... »
Résumons : la capacité du chef à débarrasser la musique de son aspect illustratif, de laisser place à son "contenu symphonique" et d'unir les différentes compositions en des ensembles suggestifs.
Ces quatre poèmes symphoniques occupent aussi une place importante dans les enregistrements de Talich d'après-guerre. Il les enregistre en studio sur trois disques (1949, 1951) mais il existe aussi un enregistrement de concert du Printemps de Prague de 1954, où il dirige L’Ondin, La Sorcière de midi et Le Rouet d'or. Jaroslav Šeda (alors directeur artistique de Supraphon) évoque encore cet accent curieux mis sur le son, tout en ne perdant de vue ni le contenu ni la sonorité globale de chaque poème :
« Je me souviens par exemple comme il (Talich) voulait que le motif du début de Vodnik évoque par des accents doux un gnome maussade, dont on a longtemps peine à imaginer qu'il puisse tuer. De même je me souviens comment il teintait d'un peu de tristesse les motifs de la clarinnette basse qui accompagnent les mauvaises intentions de L’Ondin et de La Sorcière de midi. Il s'identifiait ainsi à la façon toujours un peu plus humaine dont le peuple tchèque perçoit les ballades. Je me souviens aussi de l'accent que Talich mettait sur la force émotive des parties lumineuses des poèmes symphoniques. Il puisait largement dans le lyrisme saisissant et l'atmosphère idyllique de ce portrait délicieusement mélodieux mais déjà empreint du sombre pressentiment de la jeune fille et de la mère dans L'Ondin, dans l'introduction toute d'insouciance joyeuse de La Sorcière de midi et surtout dans la magnifique scène du mariage, baignée par le soleil et la liesse, de La Colombe. (...)
Un autre trait caractéristique de la conception de Talich des poèmes symphoniques de Dvořák me paraît particulièrement important, c'est-à-dire son sens des parties finales où, avec une richesse émotionnelle unique, le compositeur transmet une sorte de message moral des poèmes, conduisant à une compassion émouvante et à l'absolution ou encore à un avertissement douloureux. C'est dans ces passages aussi (...) que s'exacerbe le "tchéquisme" musical intrinsèque de Talich. Les larmes qu'il fait jaillir grâce à cette musique sont des larmes de rédemption et de conciliation. Je me rappelle combien de temps il a consacré à l'enregistrement de la partie finale de L’Ondin où, par le truchement du court et douloureux motif de la clarinette basse et de l'écho mystérieux de la trompette, la tension retombe lentement, jusqu'à l'impuissance du motif de L'Ondin, initialement si terrifiant, rendu par le dernier pizzicato des contrebasses sur lequel se referme la surface de l'eau et s'arrête le temps. Combien de temps n'a t-il travaillé sur la dernière partie de La Colombe, sur cette scène ample, grave, émouvante mais non attendrissante, avec la tristesse du roucoulement de la colombe car les brumes des accords de la fin font que l'homme s'incline, conscient que la nature est juste ».
Antonín Dvořák compose ses quatre poèmes symphoniques "féériques" en 1896, en deux temps : L’Ondin (Vodník), puis La Sorcière de midi (Polednice) et Le Rouet d'or (Zlatý Kolovrat) le premier trimestre, La Colombe (Holoubek) à l'automne. Ce ne sont pas les premières compositions inspirées par le recueil Le Bouquet (Kytice) du poète tchèque Karel Jaromír Erben (1811-1870). En 1884, déjà, Dvořák compose la cantate Les chemises de noces (Svatební košile), qui a été très bien accueillie, notamment en Angleterre. Il décrit ses poèmes symphoniques dans une lettre à Hans Richter : « Ces compositions sont conçues plutôt dans une tonalité populaire où souvent se manifeste avec force l'élément dramatique. Il s'agit de ballades, chacune avec trois ou quatre personnages que je me suis efforcé de décrire. La première des trois premiers poèmes a lieu le 3 juin 1896 à Prague, sous la baguette d'Antonin Bennewitz. L’Ondin et La Sorcière de midi seront joués ensuite en novembre puis en décembre lors du concert de la Philharmonie de Vienne dirigée par Hans Richter. La Colombe est donné pour la première fois à Brno le 20 mars 1898 sous la baguette de Leoš Janáček et la seconde fois en décembre 1899 à Vienne sous la conduite de Gustav Mahler.
Quel est le contenu littéraire des poèmes d'Erben ?
L’Ondin. L’Ondin, assis sur un peuplier le long des rochers, se prépare à épouser une jeune fille qu'il a l'intention de noyer. La mère met en garde sa fille de ne pas se rendre sur les bords du lac. La jeune fille désobéit, s'approche du lac, la passerelle cède et l’Ondin l'attire vers le fond, dans son royaume. La triste destinée de l'épouse de l'Ondin n'est adoucie que par son petit garçon. Elle supplie Ondin de l'autoriser à rendre une brève visite à sa mère. D'abord il refuse, puis donne son accord. À la double condition qu'une fois sur terre sa femme n'étreigne personne et qu'elle laisse son fils en otage sous l'eau, elle a la permission d'un angélus à l'autre. La fille retrouve sa mère qui refuse de la laisser repartir. Ondin attend en vain son retour. En proie à sa colère et à sa soif de vengeance grandissantes, il déchaîne l'orage qui fera périr le petit garçon.
La Sorcière de midi. La mère prépare le déjeuner, l'enfant joue et fait des caprices. La mère lui fait peur en appelant la Sorcière de midi qui approche, menaçante, à pas furtifs (une petite personne, toute brune, son visage sauvage dissimulé par un fichu) et veut prendre l'enfant. La mère, affolée, le défend. À la fin, aux douze coups de midi, la sorcière s'enfuit, le père arrive. Il trouve la mère évanouie, serrant l'enfant étouffé dans ses bras.
Le Rouet d'or est un conte à plusieurs épisodes. Lors d'une chevauchée à travers la forêt, le roi remarque une belle fileuse, Dornička. Il demande sa main et part dans son château pour préparer la noce. La jeune-fille est tuée par sa belle-mère qui lui substitue sa seconde fille qu’elle envoie au château. Le roi s’est laissé abuser et la noce a lieu, puis il part à la guerre en demandant à sa femme de bien travailler sur le rouet. Dornička, la jeune fille assassinée, est ramenée à la vie par un vieillard après que celui-ci eut obligé la belle-mère à lui délivrer, une par une, les parties de son corps en échange d'un rouet d'or. Le roi revient et demande à sa femme de travailler sur le rouet. Celui-ci, lorsqu'il se met à tourner, parle et dénonce le crime commis par la mère et sa fille. Le roi accourt dans la forêt où il trouve Dornička vivante et en bonne santé. Le roi retrouve sa véritable promise et punit le crime en assassinant les deux meurtrières.
La Colombe. Une jeune veuve suit le cercueil de son mari qu'elle a empoisonné, tout en feignant la tristesse. Peu après, elle épouse le jeune homme dont elle est tombée amoureuse. Après le mariage vient roucouler de plus en plus souvent une colombe pour lui rappeller la faute qu'elle a commise. Ne supportant plus ses remords, elle se jette dans la rivière.