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  • Karel Ancerl, direction

    Ancerl Gold Edition - Volume 27

10 de Classica-Répertoire 5 de Diapason
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Référence : SU3687 0099925368722 - 1 CD Slipcase : 58:23 - ADD - Enregistré au Rudolfinum de Prague en février 1964 (Bloch, Schumann) et en juin 1965 (Respighi) - Notes en français, anglais, allemand & tchèque
En vente sur ce site depuis le 7 mai 2004
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Ernest Bloch (1880-1959)
Shelomo, rhapsodie hébraïque pour violoncelle et orchestre (1915/6)

Robert Schumann (1810-1856)
Concerto pour violoncelle et orchestre en la mineur, op. 129 (1850)

Ottorino Respighi (1879-1936)
Adagio con variazioni pour violoncelle & orchestre (1920)

André Navarra (1911-1988), violoncelle
Orchestre Philharmonique Tchèque
Direction Karel Ancerl (1908-1973)

n 1964 et 1965, Ancerl abordait la fin de sa carrière à la Philharmonie Tchèque, un orchestre qu’il avait pris en main en 1950 et qu’il quitterait en 1968 à l’arrivé des chars soviétiques. Dix-huit ans passés à modeler un son, une griffe, et à assurer infatigablement la promotion de l’orchestre dans le monde entier grâce à une ambitieuse politique de tournées et d’enregistrement.
    Notre violoncelliste français André Navarra partage ici l’affiche d’Ančerl, puisqu’il apparaît dans chacune des trois œuvres proposées. Si le public connaît bien le Concerto de Schumann, et a au moins entendu parler de Schelomo de Bloch, il ignore probablement, dans sa grande majorité, que Respighi écrivit en 1920 un Adagio con variazioni pour violoncelle et orchestre. Il est dommage que les violoncellistes internationaux boudent quelque peu ce petit chef-d’œuvre, car il met en lumière un pan de la musique italienne généralement occulté, voire méprisé à la faveur de l’opéra, celui de sa musique instrumentale. Respighi, magnifiquement traduit par Navarra, sait tirer de belles larmes d’émotion de l’instrument, tandis que la riche orchestration resplendit sous les doigts de la Philharmonie Tchèque.
 

Détail des pistes :

BLOCH Ernest
1 - 1     Schelomo, Rhapsodie hébraïque pour Violoncelle & orch. (22mn 30s )    

SCHUMANN Robert
Concerto pour violoncelle en la mineur, op. 129
1 - 2     I. Nicht zu schnell (11mn 47s )    
1 - 3     II. Langsam (4mn 09s )    
1 - 4     III. Sehr lebhaft (9mn 41s )    

RESPIGHI Ottorino
1 - 5     Adagio con variazioni pour violoncelle & orch. (10mn 12s )    


André Navarra joue Bloch, Schumann et Respighi




    À l’âge de treize ans, le violoncelliste français André Navarra (1911-1988) était déjà premier prix au Conservatoire de Toulouse et trois ans plus tard il répéta ce succès mais cette fois comme élève de Jules Loeb au Conservatoire de Paris.
    En 1929 et pendant six ans il fut membre du Quatuor à cordes Krettly, mais après ses débuts de soliste aux Concerts Colonne à Paris en 1931 il se sentait toujours plus poussé vers la carrière de soliste. Il donna ainsi des concerts dans toute l’Europe, mais aussi aux Etats-Unis, au Canada, Mexique, Japon, en Russie, Australie et Inde et mémorables sont restées ses prestations au Festival du Printemps de Prague. En 1950 à Londres il retint l’attention avec un concerto de Edward Elgar dont il était un excellent interprète.
    À partir de 1949 il se consacra à la pédagogie au Conservatoire de Paris mais aussi à la Hochschule für Musik à Vienne, à Sienna, etc.
    Son jeu combinait la qualité d’un interprète de musique de chambre sensible au brio de la virtuosité du soliste, et lui acquit le respect général exprimé aussi par de nombreux honneurs et distinctions.

    Dans ses compositions Ernest Bloch (1880-1959) né en Suisse à Genève mais depuis 1924 citoyen des Etats-Unis d’Amérique, s’appuyait sur la tradition musicale européenne dont il fut influencé, au début de sa carrière, notamment par la musique de Richard Strauss et Claude Debussy. Pourtant, bientôt l’Ancien Testament devint pour lui une source d’inspiration et dès lors il se consacra à la création d'une musique juive autonome. Il résista à la tentation d'une simple imitation des mélodies folkloriques hébraïques ou des chants rituels de synagogue et chercha à pénétrer jusqu’à la substance même de ses racines juives ; il prêta l’oreille à la voix intérieure qui s’élevait en lui à la lecture des livres de l’Ancien Testament. Lui-même l’a d’ailleurs avoué franchement : "L’âme juive complexe, passionnée, inquiète, telle que je la sens par l’intermédiaire de la bible m’intéresse." C’est ainsi qu’il est devenu l’un des principaux représentants de la renaissance juive et le fondateur de la culture musicale néo-hébraïque. Il chercha avec succès "à réanimer la gloire de la vieille musique hébraïque en utilisant les débris et les ruines comme des briques et du mortier". Il est tout à fait remarquable qu’il ait ainsi réussi à écrire une musique actuelle et naturelle, comme en témoigne d’ailleurs la réaction spontanée du public dans les salles de concert du monde.
    C’est la musique instrumentale – symphonique, concertante et de chambre également – qui prédomine dans le legs artistique de Ernest Bloch, mais l’opus le plus intéressant est celui de la Rhapsodie Hébraïque pour violoncelle et orchestre "Schelomo" datant de 1916. C’est le portrait d’un roi juif de l’Ancien Testament, une musique profondément émotionnelle dans laquelle l’auteur ne cite pas la moindre mélodie authentique juive, mais où les tons fréquemment répétés et l’utilisation de pas de quartes rappellent le son du cor rituel, le schofar, instrument utilisé lors des grandes fêtes juives, procédé d'où provient la pulsation rythmique nerveuse et irrégulière. Cette musique a un charme oriental ainsi qu’une inégalité d’humeur suggestive et il en émane un esprit d’archaïsme biblique qui ne peut être ignoré.

    En septembre 1850, Robert Schumann (1810-1856) s’établit à Dusseldorf en espérant, en tant que chef d’un orchestre professionnel, y avoir un poste assuré et des conditions favorables pour un travail créateur. Ses espoirs ne se sont toutefois pas réalisés et son optimisme initial fut bientôt remplacé par une déception amère ; Dusseldorf devint ainsi le théâtre du destin tragique de cet artiste. Néanmoins, en octobre de cette même année, Schumann, compositeur déjà reconnu dans toute l’Europe, écrivit en deux semaines un concerto pour violoncelle et orchestre. Le laps de temps particulièrement court dont il eut besoin pour cette composition témoigne par lui-même de la grande concentration du compositeur et de son extraordinaire enthousiasme créateur et il n’est pas exclu non plus que les souvenirs de son enfance, du temps où lui-même aimait jouer du violoncelle, y furent aussi pour quelque chose.
    Si par leur conception les symphonies de Schumann sont considérablement éloignées des modèles des classiques viennois, ceci est valable dans une mesure encore plus grande quant aux concertos instrumentaux car dans ce domaine il avait pour modèle Johann Nepomuk Hummel et Ignaz Moscheles plutôt que Beethoven et Mozart. Dans une lettre adressée à Klara Wieck, sa future épouse, il confiait déjà en 1839 : "Je vois que je ne peux écrire aucun concerto pour virtuose, il me faut penser à quelque chose d’autre". Et vraiment par son concerto pour piano il créa une œuvre profondément symphonique bien plus qu’un morceau concertant ostentatoire comme ceux qui à cette époque étaient très appréciés.
    De même le Concerto pour violoncelle en la mineur, op. 129 est une grande méditation lyrique où le solo est porteur de l’expression romantique et sa cantilène rêveuse l'un des plus beaux fleurons de la mélodie romantique. Il est également caractéristique qu’il fasse appel plutôt aux registres plus graves de l’instrument, ce qui donne à sa musique une attendrissante expression pensive. L’orchestre ne rivalise pas avec le soliste mais forme la plupart du temps seulement un doux volume sonore et ne s’impose pas par de bruyantes irruptions en tutti. Ce morceau s’écoule entièrement dans une humeur cohérente d'une noble langueur, ce qui est encore souligné par la liaison de trois mouvements différents aussi bien par leur thème que par leur humeur.

    Ottorino Respighi (1879-1936) a dans l’histoire culturelle une position-clé de fondateur de la musique italienne moderne. Avec Rimski-Korsakov il étudia à Saint-Pétersbourg où en même temps il était violoniste de l’orchestre de l’opéra et il paracheva ensuite son instruction musicale à Berlin avec Max Bruch. À partir de 1903 il donna pendant 10 ans des concerts dans toute l’Europe en tant que membre du Quatuor Muggelini et partout il recueillait des impulsions pour son futur travail créateur. En 1913 il fut nommé professeur du Liceo Reale di Santa Cecilia de Rome où il s’établit définitivement et où jusqu’à la fin de sa vie il se consacra à la composition et à la pédagogie, activité interrompue seulement par les déplacements qu’il faisait pour ses concerts où avec de très grands succès il dirigeait ses propres œuvres.
    Les influences de l’art d’instrumentation de Rimski-Korsakov et Richard Strauss se sont synthétisées en lui avec aussi les impulsions des impressionnistes français, le sens du caractère démonstratif des véristes italiens ainsi que la mélodie du chant grégorien. Ses neuf opéras et plusieurs ballets sont très appréciés en Italie mais il s’est acquis la célébrité mondiale notamment par le triptyque symphonique Les Fontaines de Rome, Les Pins de Rome et Fêtes romaines, par lequel il rendait hommage non seulement à la ville de Rome mais aussi à son pays tout entier et à sa riche histoire.
    Dans le contexte de tout son œuvre, l’Adagio con variazioni pour violoncelle et orchestre de 1921 n’est qu’une composition marginale mais qui n’est toutefois pas sans importance. Les thèmes mélodiques bien cambrés encadrent ce morceau alors que les variations proprement dites en forment la partie centrale. L’adagio se distingue par la richesse d’instrumentation de l’accompagnement orchestral ainsi que par la partie solo vraiment virtuose, et figure souvent aux programmes des récitals des violoncellistes mondiaux.

Jaroslav Holeèek
Traduit par Emília Esserová
© Supraphon 2004 – Reproduction interdite

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