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Détail des pistes :
MAHLER Gustav
Symphonie n° 1 en ré majeur "Titan"
1 - 1 I. Langsam. Schleppend. Wie ein Naturlaut (13mn 29s )
1 - 2 II. Scherzo. Kräftig bewegt, doch nicht zu schnell (7mn 39s )
1 - 3 III. Feierlich und gemessen, ohne zu schleppen (9mn 56s )
1 - 4 IV. Stürmisch bewegt (19mn 27s )
STRAUSS Richard
1 - 5 Les Joyeuses Equipées de Till l'Espiègle, Poème symphonique, op. 28 (14mn 46s )
Le début du XXe siècle apporta une profusion de thèmes stylistiques des plus divers d’où se sont ensuite précisées plusieurs orientations très importantes dans la production du langage musical moderne. Toutefois le romantisme tardif qui commençait à être considéré comme épuisé, conservateur et n’ayant plus de perspective, n’avait pas encore dit son dernier mot et fut lui aussi concerné. Dans sa période tardive, de grands hommes comme Gustav Mahler et Richard Strauss firent leur apparition et leur champ de bataille commun était notamment du domaine de la grande production symphonique. Tous deux devinrent de grands protagonistes dont les partitions encore de nos jours n’ont rien perdu de leur attrait, bien au contraire. Le nouveau langage musical du XXe siècle se trouvait en forte contradiction avec le romantisme à son déclin et chercher quelques propriétés communes ou points de jonction semblait bien inutile. Pourtant c’était possible. Un des nombreux exemples à ce sujet est donné aussi par la direction des programmes de Supraphon qui à l’époque sur un seul disque réunit les nouveaux enregistrements effectués par Karel Ančerl de Till Eulenspiegel écrit en 1895 par R. Strauss et Pétrouchka que Stravinski composa en 1911.
Les petits éléments rythmiques, l’une des pierres angulaires de l’expression de la partition de Stravinski, sont interprétés par Karel Ančerl tout comme pour Strauss avec une précision et une perspicacité sarcastiques. Peut-être que le romantique Strauss est bien plus proche de Stravinski que de Mahler. L’espiègle Eulenspiegel meurt un sourire ironique aux lèvres, tout comme Pétrouchka. Dans une certaine mesure le pèlerin de Mahler déçu par l’amour et s’abandonnant au désespoir peut lui aussi produire un effet tragi-comique (certains motifs des Chants d’un compagnon errant apparaissent justement dans la Première symphonie). Il s’agit pourtant de deux mondes vraiment différents même si tous deux ont un tempérament romantique. Strauss brille par une orchestration éblouissante, Mahler sait surprendre par son humeur capricieuse et son happy end. Son lyrisme profond est inégalable alors que Richard Strauss, pour sa part, par son naturalisme entraînant trouve difficilement un concurrent. Dans l’un et l’autre cas il s’agit d’œuvres de jeunes auteurs. Strauss écrivit son Eulenspiegel à trente et un ans alors que Mahler acheva sa Première symphonie (1894) à vingt-huit ans. Aucun d’eux n’était plus un débutant, tous deux pourtant ne cessaient de chercher. À l’époque où il écrivait sa Première symphonie Mahler avait déjà vécu son intéressante période de Prague et il en était à celle de Leipzig. Son temps allait seulement venir tandis que Strauss à l’époque d’Eulenspiegel était déjà bien plus connu. Dans l’un et l’autre cas il s’agit de partitions absolument mûres et de plus par un fait du hasard tous deux, encore actuellement, dans les catalogues de leurs auteurs figurent parmi les plus populaires.
Bien entendu il en était ainsi au temps de la naissance de ces enregistrements – c’est-à-dire dans la première moitié des années soixante du siècle passé. À l’époque il pouvait déjà être question de tradition straussienne ou mahlerienne dans le cas de l’Orchestre Philharmonique Tchèque. Pourtant, grâce à leur particularité, les enregistrements de ces titres populaires sous la baguette du chef d’orchestre Karel Ančerl sont entrés dans l’Histoire.
Les partitions des romantiques n’étaient pas le domaine principal de Karel Ančerl. Nous voyons son énorme apport tout particulièrement dans la musique du XXe siècle avec laquelle le chef d’orchestre inculquait aux musiciens de l’Orchestre Philharmonique Tchèque le sens absolu de la précision rythmique, le sens parfait du son moderne d’un grand ensemble symphonique et de ses différents groupes. Toutefois ces attributs furent aussi d’un énorme apport dans l’interprétation d’autres domaines y compris le romantisme. Karel Ančerl concevait les passages lyriques sans grande démonstration sentimentale et agogique orageuse. La virilité souveraine imprima aux partitions bien connues un caractère de progressivité sympathique – phénomène à cette époque et à vrai dire dans une certaine mesure encore aujourd’hui tout à fait inaccoutumé et intéressant. Mais cette absence de sentiment profond n’est pas acceptée sans réserve par chaque auditeur. Néanmoins le sens pour la construction logique complété d’une connaissance parfaite de la partition est un argument convaincant; de plus il ouvre parfois une vue tout à fait différente sur les passages intimement connus de la composition.
Dans notre CD on peut trouver de tels exemples notamment dans la symphonie de Mahler. À vrai dire ce fut vraiment un hasard si en 1964 Karel Ančerl figura justement au pupitre de l’orchestre. Il en fut ainsi parce que la "Titan" sous la signature de Sir John Barbirolli avait eu une grande répercussion à l’un des Printemps de Prague des années soixante. Ce remarquable chef d’orchestre anglais venait parfois diriger l’Orchestre Philharmonique Tchèque où il était toujours bien accueilli et avec lequel il réalisa l’excellent enregistrement de la Symphonie en ré mineur et les Poèmes symphoniques choisis de Franck. L’enregistrement envisagé de Mahler avec Barbirolli n’eut toutefois pas lieu et c’est ainsi que cette tâche est revenue à Karel Ančerl, chef de l’Orchestre Philharmonique Tchèque. L’œuvre de Mahler (natif de Kaliště) signifiait beaucoup pour Karel Ančerl qui, lui, était natif de Tučapy non loin justement de Kaliště. Etant donné les nombreux enregistrements que la production actuelle présente, nous sommes peut-être par trop habitués aux exhibitions sonores des ensembles symphoniques jouant avec virtuosité. Karel Ančerl présente cette partition avec une précision méticuleuse, il tient toujours tout bien en mains et dans toutes les circonstances avec une discipline rigoureuse. Le splendide finale s’en détache d’autant mieux; de même il est possible de saisir bien plus clairement nombre de détails intéressants (par exemple les saisissants flux sonores dans le canon du début du troisième mouvement qui se développent de la contrebasse jouant un merveilleux solo !). Karel Ančerl n’exagère pas non plus son sarcasme et conserve sa noblesse. Le son frais, succulent et comme pudique et plus simple de l’Orchestre Philharmonique Tchèque d’alors nous donne l’impression d’écouter une œuvre de Smetana ou de Dvořák ! Grâce aux impressionnantes recherches de Karel Ančerl ces enregistrements, même après bien des années, restent en bien des points exceptionnels et ce sont même des enregistrements-pilotes.
Bohuslav Vítek
(traduit par Emilia Esserová)
© Supraphon 2002. Reproduction interdite
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