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  • 1 CD Classique - SHIIIN3
  • Eliane Radigue

    Naldjorlak

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Référence : SHIIIN3 3760180730032 - 1 CD Slipcase : 58:53 - DDD - Enregistré le 18 Septembre 2006 à la chapelle Notre-Dame de Bon Secours à Paris - Notes en franàçais et anglais
En vente sur ce site depuis le 12 février 2009
Date parution numérique : 10 février 2009
  • Pour commander par téléphone :
  • 0892 259 770 (0,34 €/mn)
  • From Outside France (only) please dial +331 49269770
    English spoken
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Eliane Radigue (née en 1932)

Naldjorlak pour Charles Curtis

Charles Curtis, violoncelle

on, alors si je comprends bien les termes du texte d’accompagnement de Naldjorlak, ce n’est pas ici de la « musique » mais de la « sculpture sonore ». Soit. Au marteau et au burin, voici donc la sculptrice française Eliane Radigue, jusqu’ici réputée dans le domaine de la musique minimaliste électroacoustique ; elle s’est saisi d’un violoncelle auquel elle fait gronder, au début du CD, un mi à mi-meuh, délibérément évocateur de grognements un peu animaux, sans recherche de justesse ou de sonorité « musicale ». Cela dit, après presque six minutes, se dégagent quand même des harmoniques naturels (six minutes de mi, c’est long, mais la note n’est pas bêtement tenue, elle est modulée, variée dans les grognements, de sorte qu’on assiste à une sorte de Klangfarbenmelodie sur une note unique…) Après sept minutes, c’est le mi de l’octave supérieure qui prend le dessus et là commence à s’opérer l’effet hypnotique ; à 9 minutes, le mi a lentement, lentement glissé vers un mi bémol qui s’amuse à évoluer, dans des grondements, des battements, des hoquets, jusqu’à la quatorzième minute où l’on retrouve le bon vieux mi initial. La transe s’installe, les harmoniques se dégagent à nouveau, l’ancien mi de base revient et s’évanouit dans le silence après 17 minutes… pour revenir et continuer de ne pas changer tout en changeant, chatouillant le fa, effleurant le mi bémol… Silences, glissades lentes, tellement lentes que l’on ne les reconnaît guère sauf en accordant une attention soutenue, envoûtés que l’on est – si l’on souhaite participer du principe – parce que là, votre serviteur en est déjà à 23 minutes et il en reste 36 de cette même et unique plage du disque. Mais vers la 36e minute, la sonorité s’élève, des crécelles ténues, ténues, oh si ténues, semblent résonner, jeu sur les harmoniques les plus éloignées, jusqu’à ce que, vers la toute fin du disque, ne subsistent plus que les frottements les plus transparents, fréquences suraiguës que ne perçoit presque plus l’oreilles humaine – l’instrumentiste joue alors derrière le chevalet, sur les deux fils métalliques qui retiennent le cordier sur l’éclisse, diaphane sifflement de fin du monde.
    D’aucuns crieront au scandale, d’autres se laisseront volontiers entraîner dans le jeu, car en réalité, il n’y a pas deux secondes identiques dans cette pièce, quand bien même elle en dure 3515. Essayez… et dites-nous ce que vous en pensez. Quant au titre, il évoque, en tibétain, la double notion d’union et de respect.
 

Détail des pistes :

RADIGUE Eliane
1 - 1     Naldjorlak (58mn 54s )    

 Cliquez pour écouter le podcast lié :

Eliane Radigue : Naldjorlak



    Naldjorlak, nom composé qui emprunte à la langue tibétaine la double notion spirituelle d’Union et de Respect, est le titre qu’a choisi Eliane Radigue – sculptrice sonore française inspirée dont la réputation dans le domaine de la musique « minimaliste » électroacoustique n’est plus à faire – pour sa première œuvre conçue pour un instrument aux sonorités naturelles tel que le violoncelle. Une œuvre en trois parties enchaînées dont le profond esprit de continuité tient en haleine l’auditeur d’un bout à l’autre de l’interprétation.

    Ce n’est un paradoxe seulement en apparence qu’une créatrice rompue à l’écoute précise et quasi analytique des ondes électroniques puisse se révéler plus apte que d’autres à mettre en valeur les richesses sonores les plus insoupçonnées d’un instrument qui compte parmi les plus employés dans la musique classique occidentale.

    Il ne faut pas chercher ailleurs la raison pour laquelle on retrouvera dans Naldjorlak – tout aussi frémissant et envoûtant mais d’une autre manière – l’univers poétique si particulier dont la compositrice a le secret.

    Fidèle aux conceptions d’Eliane Radigue pour l’ensemble de ses œuvres, Naldjorlak ne répond nullement aux critères de l’intonation juste à laquelle sera préférée, tout au contraire, une notion d’accord instable. Le concept qui assure la réussite expressive de cette œuvre réside essentiellement dans la façon dont Charles Curtis a accordé les quatre cordes de son violoncelle à la résonance fondamentale de l’instrument lui-même. Un « son » instable, générateur de battements, dont les variations internes de hauteur n’évoluent cependant que dans des limites très restreintes de l’ordre de deux à trois commas. Un « son » que Charles Curtis assimile au hurlement du loup.

    Naldjorlak est un voyage dans le temps et dans l’espace à l’intérieur même des résonances de tous les éléments qui constituent le violoncelle. Séries d’oscillations de plus ou moins large amplitude, apparitions d’harmoniques et d’interactions sonores complexes, creux et remontées de vagues en cycles…

    Tout un éventail d’associations inédites de fréquences va peu à peu s’épanouir dans les sons longuement étirés et mis en mouvements ondulatoires sous l’archet subtil et avisé de Charles Curtis. Jusqu’à ce que cet archet délaisse les cordes au profit de la longue ébène triangulaire du cordier, puis de la pique en métal dont, d’une façon plus ténue mais encore audible, le son s’enrichira à son tour des résonances fondamentales de tout le corps du violoncelle… Jusqu’à ce qu’enfin, des deux fils métalliques qui retiennent le cordier sur l’éclisse à l’extrémité inférieure de l’instrument, il fasse naître deux fréquences suraiguës jouant entre elles de façon quasi tintinnabulante pour une sublime coda.

Daniel Caux
© Shiiin 2008 – Reproduction interdite

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