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  • 2 CD Classique - SBT21348
  • Gustav Mahler - Wolfgang Amadeus Mozart

    Symphonies

4 étoiles du Monde de la Musique 9 de Classica-Répertoire
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Référence : SBT21348 0749677134822 - 2 CD 47:05 - 60:57 - ADD - Enregistré en concert le 19 décembre 1963 au Royal Festival Hall (Enregistrement de la BBC, retransmis le 20 janvier 1964). Notes en français, anglais & allemand
En vente sur ce site depuis le 7 février 2005
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Gustav Mahler (1860-1911)
Symphonie n° 2 en ut mineur "Résurrection" (1888/94)

Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791)
Symphonie n° 29 en la majeur, K. 201/186a

Heather Harper, soprano
Janet Baker, mezzo-soprano
Philharmonia Orchestra & Chœur
Direction Otto Klemperer
(1885-1973)

'une des premières symphonies de maturité de Mozart, la 29e, était l'une des préférées de Otto Klemperer qui la jouait comme personne. Il ne faut pas s’attendre à une lecture telle que nous y ont habitué, de nos jours, les musiciens soucieux de vérité historique et musicologique. Klemperer la considère comme une œuvre de grand format, quand bien même elle n’est écrite que pour cordes, deux hautbois et deux cors.
    Pleinement en accord avec le format de l’orchestre, la monumentale Seconde de Mahler, à laquelle le chef vouait un culte quasi-fétichiste, devint – comme la Symphonie "Héroïque" de Beethoven –, un vrai talisman, restant toutes les deux, au fil du temps, une source constante d'inspiration et de succès, et qu'il s'efforçait de programmer dès le début de sa carrière, et le plus souvent possible. Il faut dire qu’en 1905, le jeune Klemperer dirigea cette Seconde Symphonie de Mahler, et que Mahler en personne vint le féliciter d’avoir bien voulu tenir compte de ses indications. Ebloui de l’hommage, Klemperer s’attela à établir une version pour piano de ladite symphonie, qu’il joua à Mahler – de mémoire, s’il vous plaît – : épaté à son tour, le compositeur propulsa bientôt le jeune chef aux sommets de la gloire. Ainsi s’écrivit une page de l’histoire de Klemperer qui devait, sa vie durant, se faire le champion de certaines œuvres de Mahler : la Seconde, avant tout, la Quatrième, la Septième et la Neuvième. Pour les autres, il semble qu’il n’avait pas vraiment d’atomes crochus.
    Lors de ce concert de 1963, à une époque où Mahler n’était absolument pas à la mode, Klemperer alors âgé de 78 ans, trouva l’inspiration au point que tout le monde se perdit en éloges ; il sut rendre cette musique, pourtant touffue en diable, assez transparente et claire tout en la dirigeant avec un grand souffle, prenant des tempi exceptionnellement enlevés et énergiques qui concourent à une vision enflammée de cette fresque monumentale dont il fait ressortir certains détails avec une grande pénétration et finesse.
    Deux grandes dames sont à ses côtés – ses deux cantatrices préférées – : Heather Harper et Janet Baker (pas encore "Dame") qui, à partir de 1960, devinrent des interprètes régulières de Klemperer qui sut développer avec elles une collaboration amicale.
Retrouvez Otto Klemperer chez Testament
 

Klemperer et Mahler




    Otto Klemperer, alors étudiant à Berlin, devint en 1905 accompagnateur d’Oscar Fried, chef du chœur le plus ancien de la ville, le "Sterngesangverein". Lorsque Fried programma pour l’automne de cette même année la Deuxième Symphonie de Mahler, il chargea Klemperer de diriger la musique œuvrant en coulisse dans le dernier mouvement. Ses mémoires (Minor Recollections, Dobson Books, 1964) en relatent les circonstances :
« Le passage en question est extrêmement difficile car il renferme de constants changements de tempo qu’il convient de traiter avec le plus grand soin. Mahler lui-même assista aux ultimes répétitions. M’étant rendu auprès de lui pour lui demander si la musique en coulisse avait été à sa convenance, il me répondit :
“Non, c’était épouvantable – beaucoup trop fort.” Je me risquai à dire que la partition indique “sehr schmetternd” (retentissant). “Oui”, répliqua-t-il, “mais à une grande distance.” Je prie la chose à cœur et insistai auprès de mes musiciens (qui dans cette salle ne pouvaient être placés plus loin) afin qu’ils jouent le plus doucement possible lors du concert. Ce fut un formidable succès. Lorsque Mahler m’aperçut dans les loges, il vint aussitôt me serrer la main : “Très bien”. J’étais fou de joie. Je n’eus plus dès lors qu’un seul rêve, travailler avec Mahler… Lorsque je demandai à Fried quel serait, selon lui, le moyen d’attirer son attention, il me dit : “Il n’y a qu’une chose au monde qui intéresse Mahler, c’est sa propre musique.” Je me mis aussitôt au travail et commençai un arrangement pour piano à deux mains de sa Deuxième Symphonie. » (1)

    Mahler se montra très impressionné lorsqu’il entendit le jeune homme jouer (par cœur) le Scherzo de sa Symphonie : c’est alors qu’il lui donna la fameuse recommandation, notée sur une carte de visite, qui devait assurer à Klemperer ses premiers engagements comme chef d’orchestre à Prague et à Hambourg. À partir de ce moment-là, Mahler occupa une place singulière dans le parcours de Klemperer, bien qu’il ait dit à son biographe Peter Heyworth : « Je ne suis pas du genre à déborder naïvement d’enthousiasme – je n’aime pas tout ce qu’il a écrit ». Il ne tenait pas en haute estime les Troisième et Cinquième Symphonies, renonça à la Première après l’avoir dirigée juste une fois et ne put jamais se résoudre à diriger les Sixième et Huitième.

    La Deuxième Symphonie, à l’instar de l’Héroïque de Beethoven, allait par contre devenir au concert l’un de ses talismans : source constante d’inspiration et succès qui jamais ne se démentit, ce fut aussi une œuvre qu’il s’efforça de programmer (il lui fallut souvent batailler pour cela) lorsqu’il faisait d’importants débuts. Parmi ceux-ci figurent une série de concerts emportée de haute lutte avec l’Orchestre du Gürzenich, à l’Opéra de Cologne en octobre 1919 (sans doute son premier contact public avec la Symphonie) ; un important concert avec les Berliner Philharmoniker, le 18 mai 1921 (ce n’était que la deuxième fois qu’il les dirigeait), à l’occasion du dixième anniversaire de la mort du compositeur ; un concert pour lequel il remplaça le légendaire chef mahlérien Willem Mengelberg au Concertgebouw d’Amsterdam, en janvier 1929 (2) ; une prestation avec le Philharmonic Symphony Orchestra de New York, en décembre 1935, laquelle lui valut un immense succès public et critique – l’œuvre avait toutefois été programmée contre l’avis de l’administrateur de l’Orchestre ; un triomphal retour dans le Berlin d’après-guerre (1948) ; enfin de légendaires concerts (enregistrés et préservés) à Sydney en 1950.     Dès ses premières prestations, les comptes rendus – s’agissant d’une œuvre que nombre de critiques d’importance trouvaient toujours difficile à accepter – furent exceptionnels. « Sobriété et extase sont les pôles de son interprétation », écrivit un critique berlinois en 1921. « Il a cette faculté de s’immerger dans une œuvre de manière à en restituer l’essence même, mettant une compétence et un sang-froid considérables au service de l’émotion de sorte qu’intellect et émotion ne fassent plus qu’un. »
    L’engagement de Klemperer en faveur de cette Symphonie se poursuivit. En 1951, il parvint à convaincre sa première compagnie discographique régulière, Vox, d’en organiser une exécution au Musikverein de Vienne à l’occasion du 40e anniversaire de la mort de Mahler, peu de temps après l’avoir enregistrée pour eux (sa première gravure commerciale de l’œuvre VOXCDX25521) avec l’Orchestre Symphonique de Vienne. L’ironie de la situation, une compagnie américaine prenant sur elle de célébrer la mort d’un compositeur à l’égard duquel les Viennois demeuraient au mieux ambigus, n’échappa pas à Klemperer – pas plus qu’à la presse locale, laquelle continua d’exprimer les plus extrêmes réserves quant à la musique. Klemperer dirigea d’autres concerts, au Festival de Hollande, pour commémorer cet anniversaire (avec notamment Kathleen Ferrier, laquelle appréciait davantage la manière dont Klemperer vivait la musique que sa personnalité). Cette interprétation fut par la suite officiellement publiée par Decca : c’est l’une – selon un site Internet consacré à Mahler – des huit interprétations de cette Symphonie dirigées par Klemperer disponibles à ce jour au disque. Il continua de diriger la Symphonie jusqu’à la fin de sa carrière.

    Heather Harper et Janet Baker firent toutes deux la connaissance d’Otto Klemperer lorsqu’elles furent choisies par Walter Legge pour interpréter en concert, et par la suite au disque, le Songe d’une nuit d’été de Mendelssohn en janvier 1960.
     « J’étais très jeune », dit Dame Janet. « Je le trouvai aussi formidable qu’intimidant et il me fallut quelque temps pour me faire à son caractère. Heather s’en accommodait mieux. » Elle fut également quelque peu déconcertée lorsque Klemperer leur demanda de chanter leurs parties respectives du Songe en prenant place derrière l’orchestre. « Étant myope, j’avais du mal à voir clairement sa battue, de sorte que Heather dut parfois compter pour nous. »
    Harper se souvient être allée, accompagnée de son mari, dans la chambre d’hôtel de Klemperer à Londres pour l’audition du Songe d’une nuit d’été et d’avoir été accueillie sur le seuil par Klemperer lui-même s’exclamant : « Ainsi vous ne me faites pas confiance ! ». Comme il avait toujours du mal avec son prénom en anglais, Klemperer décida de l’appeler Erika [heather en anglais et Erika en allemand sont synonymes et signifient bruyère] – il disait que sa voix lui rappelait celle de Lotte Lehmann.
    Harper et Baker devinrent l’une et l’autre des collègues régulières du chef – nouant d’ailleurs des liens d’amitié tant avec Klemperer qu’avec sa fille Lotte – et interprétèrent dès lors (également au disque) un vaste répertoire sous sa direction, de Bach à Bruckner, de Haendel à Mendelssohn, sans oublier plusieurs Deuxième de Mahler en Grande-Bretagne et en Europe. Klemperer composa également certains de ses lieder à leur intention (et les leur dédia), huit d’entre eux ayant été interprétés par Harper lors d’une réception organisée par EMI en l’honneur des 75 ans du musicien.
    Dame Janet se souvient que Klemperer tenait constamment à s’occuper lui-même du moindre détail lors des répétitions. Or, à ce moment de sa carrière, il « se fatiguait très facilement. Il fallait toujours veiller à être soigneusement préparé. Il faisait toute confiance à Hugh Bean, le premier violon, pour que ses souhaits prennent forme durant les répétitions, se réservant de prendre en charge l’impulsion directrice lors du concert proprement dit, bien que sans donner physiquement beaucoup d’indications ». Le concert organisé en l’honneur des 85 ans de Klemperer demeure pour elle un grand souvenir : elle y avait chanté Mahler, un Das Lied von der Erde « pour lequel il avait particulièrement tenu à s’assurer que j’étais libre ». Lors du concert, ayant « magnifiquement réussi les autres sections, vint le moment du difficile Abschied ». Elle remarqua alors à quel point Klemperer devenait « galvanisé, de manière différente, se voulant aussi concis et intelligible que possible. On pouvait alors clairement voir la puissance et le charisme qui devaient être les siens lorsqu’il était plus jeune ».

    Lors de son concert de 1963, Klemperer choisit de faire précéder la Deuxième de Mahler de l’une des premières symphonies de maturité de Mozart, la n° 29. Devenue pour Klemperer l’un de ses autres talismans, cette Symphonie était également l’une de ses œuvres préférées en concert depuis qu’il l’avait enregistrée, à Noël 1950, durant un concert du RIAS de Berlin entièrement consacré à Mozart. Willi Schuh, l’un des critiques locaux que l’on savait parmi les plus réservés, jugea l’interprétation de cette même Symphonie à Zurich, en février 1954, la plus satisfaisante qu’il ait jamais entendue. Walter Legge fut du même avis lorsque, deux mois plus tard à Milan, il entendit Klemperer la diriger à la tête d’un orchestre de chambre improvisé. Cette Symphonie devait faire partie du premier groupe d’œuvres enregistrées par Klemperer avec le Philharmonia, en octobre 1954, en vertu du nouveau contrat le liant désormais à la Columbia.
    Si les critiques anglais de 1963 vantèrent l’interprétation, qualifiée de succès considérable, ils témoignèrent quant à la réussite de Mahler (à l’exception de Neville Cardus dans "The Guardian") d’une même incertitude que leurs homologues viennois lors du concert anniversaire dirigé par Klemperer en 1951. « Il y a quelque chose de gauche dans le finale », regrettait "The Times", « [qui] tel un grand oiseau maladroit réussit à s’arracher au sol mais seulement après nombre de tentatives et de faux départs ». Ayant vanté dans "The Telegraph" la « magnifique conclusion » apportée par le Philharmonia Chorus à cette interprétation, Martin Cooper affirma de manière surprenante : « Ce chœur final est un hommage à Parsifal dont il n'y a pas à rougir car il est aussi considérable que devait l'être cinq ans plus tard The Dream of Gerontius d’Elgar ». Cardus était d’avis que tout y était de premier ordre – si ce n’était son souhait d’une « intonation plus attrayante » dans le deuxième mouvement –, ajoutant que « Urlicht avait été chanté avec expression et ferveur par Janet Baker et que dans le finale la soprano de Heather Harper s’était magnifiquement élevé au-dessus de la masse superbe du chœur ». L’impression générale, selon lui, était celle d’« une vision impressionnante – le vieux Maître étant assis devant ses forces instrumentales et vocales, les dirigeant avec aisance et sans baguette, également sans mouvements démonstratifs du corps ou des bras […], une occasion de plus d’admirer Klemperer et d’être reconnaissant de ce qu’en dépit des modes et des chefs qui vont et viennent, Klemperer, lui, demeure ».

Mike Ashman
Traduction : Michel Roubinet
© Testament 2004 – Reproduction interdite


(1) Oscar Fried réalisa le tout premier enregistrement de la Deuxième Symphonie de Mahler à Berlin en 1921. La réduction pour piano de Klemperer semble avoir été perdue durant ses années américaines.
(2) Un critique local fit remarquer que les tempos plus rapides de Klemperer dans la Symphonie (87 minutes contres 110 avec Mengelberg !) se rapprochaient davantage de ceux de Mahler lui-même. Ces deux figures n’en sont pas moins extraordinaires et ne sauraient être jugées en fonction de la seule durée.

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