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  • 1 CD Classique - SBT1321
  • Janet Baker, soprano

    Lieder et extraits d'opéra

Diapason d'or
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Référence : SBT1321 0749677132125 - 1 CD 74:59 - ADD Stéréo - Enregistrement EMI à Londres en juillet 1969 au Studio n° 1, Abbey Road et en concert le *23 novembre 1970 au Royal Festival Hall - Notes en français, anglais, allemand
En vente sur ce site depuis le 8 décembre 2003
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    English spoken
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Domenico Scarlatti (1685-1757)
Salve Regina (Arr. R. Leppard)

Claudio Monteverdi (1567-1643)
Couronnement de Poppée (L'Incoronazione di Poppea), extraits (Arr. R. Leppard)
Acte I : Disprezzata Regina (L'infortune de la Reine, Ottavia)
Acte III : Addio Roma (Adieu de Ottavia) - L'Arianna - Lasciatemi morire (Lamento d'Ariane)

Alessandro Scarlatti (1660-1725)
Cantate pastorale

Henry Lawes (1596-1662)
A Dialogue on a kiss *

William Lawes (1602-1645)
A Dialogue between Charon and Philomel *
A Dialogue between Daphne and Strephon *

Georg Friedrich Händel (1685-1759)
Giù nei Tartarei regni v'andrem madonna *
Quando in calma ride il mare *

Janet Baker, soprano
* Avec Dietrich Fischer-Dieskau, baryton - George Malcolm, clavecin - Kenneth Heath, violoncelle continuo
English Chamber Orchestra
Direction Raymond Leppard

e nom de Janet Baker ne rappelle pas à la mémoire, a priori, le chant italien. Et pourtant… En plus de ses Mozart, elle avait fait une large et mémorable incursion chez Monteverdi, en association avec le chef Raymond Leppard.
    De nos jours, les lectures plutôt symphoniques du chef sont assez éloignées du moule de l’exécution sur instruments anciens, et mieux vaut – afin de couper court à toute controverse inutile – les considérer tout simplement comme des exécutions contemporaines, dans l'esprit ancien, d’une musique suffisamment géniale pour le supporter, même si l'exécution orchestrale aurait pu être plus simple ; mais la densité et la couleur instrumentale de l'English Chamber Orchestra —toute relative puisqu'il s'agit quand même ici d'un effectif d'orchestre de chambre— s'harmonisent fort bien à la voix de mezzo, généreuse et ample, de Janet Baker ; avec elle d'ailleurs, tout acquiert le statut d’évidence incontournable : c’est merveilleux.
    Le Lamento d’Ariane ne laissera aucun œil sec, même un œil de musicologue. Plus bucolique, le Salve Regina de Domenico Scarlatti est de toute beauté, la Cantate pastorale de Alessandro Scarlatti est une rareté bienvenue au disque. Mais Janet Baker est également à l’aise dans le répertoire plus ancien, avec A Dialogue on a Kiss de Lawes, en duo avec rien moins que Fischer-Dieskau. Tous ces duos vocaux (Lawes & Haendel) ne sont accompagnés que d’un clavecin et d’un violoncelle.
 
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    Si l’on tente de se remémorer la voix de Janet Baker, c’est probablement en anglais qu’on l’entendra d’abord chanter. Un large éventail de mélodies britanniques ainsi que les grandes œuvres de Purcell, Elgar et Britten, représentaient une partie importante de son répertoire, en concert comme au disque. On l’imaginera ensuite sans grand effort dans les répertoires français et allemand ; mais ce n’est sans doute qu’après-coup qu’on pensera à ses interprétations en italien. Et pourtant, il lui arriva souvent de chanter dans cette langue, avec des résultats mémorables ; après tout, c’est la langue de ses opéras de Haendel et de Mozart et aussi celle – souvenir glorieux – de ses interprétations de Monteverdi.

    Le récital Monteverdi et Scarlatti de la réédition que voici fut gravé durant l’été de 1969 et publié l’année suivante. Bien que fermement établie à l’époque comme l’une des principales chanteuses anglaises et une artiste de renommée internationale, Dame Janet n’avait encore rien enregistré de ce genre. Elle travaillait toutefois beaucoup avec Raymond Leppard à l’époque : il y eut d’abord La Calisto, un opéra redécouvert de Francesco Cavalli, puis Il ritorno d’Ulisse de Monteverdi. Dans La Calisto, elle tint le rôle somptueux et parfois comique de la déesse Diane. L’opéra lui-même, qui n’avait jamais été repris depuis sa création vénitienne en 1651, fit un triomphe à Glyndebourne en 1970. Sous les traits de Pénélope dans l’opéra de Monteverdi, Baker connut l’un des grands succès de sa carrière, dans un rôle fait pratiquement sur mesures pour elle. Dans son histoire de l’opéra à Glyndebourne (édition de 1981), Spike Hughes écrivit : “ La Pénélope de Janet Baker témoignait pleinement de la dignité, la détermination et la tristesse d’un personnage qui, grâce à la caractérisation musicale de Monteverdi, reste l’un des plus attirants et des plus convaincants de l’histoire de l’opéra ”. Il s’agissait là de la mise en scène mémorable de Peter Hall en 1972. Entre ces deux succès à Glyndebourne, en 1971, L’incoronazione di Poppea fut enfin monté au Coliseum à Londres avec Janet Baker dans le rôle-titre ; le rôle d’Octavia, dont elle chante les arias sur le disque que voici, ne fut jamais l’un de ses rôles à la scène. Il est remarquable que par la suite Janet Baker ne soit jamais retournée à ces opéras. 1970-1973 fut la période de sa carrière consacrée à l’école italienne baroque, et de Monteverdi elle n’enregistra que les extraits que l’on entend ici.

    Le microsillon original fut accueilli chaleureusement à sa sortie, un accueil néanmoins tempéré par certaines critiques du style de Raymond Leppard, visant autant ses arrangements que son interprétation. Des objections auxquelles Denis Arnold fit allusion, avec retenue certes, dans la revue "The Gramophone" de novembre 1970. Il reconnut qu’ “ on n’avait sans doute jamais aussi bien chanté Monteverdi sur disque ” mais il s’avoua “ déconcerté ” par les arrangements “ poussés ” de Leppard. Selon lui, c’était la chanteuse, et non pas le claveciniste, qui réduisait les publics monteverdiens aux larmes ; un simple accompagnement était amplement suffisant, et ce “travesti” était tout à fait inutile. Il justifia son opinion d’un sourire désabusé en la traitant de “ marotte de musicologue ”. Mais bien des critiques moins spécialisés partagèrent son avis. Ainsi, Desmond Shawe-Taylor, dans sa “Rétrospective trimestrielle”, au mois de janvier suivant, déclara que ça lui faisait penser à Respighi et qu’il aurait préféré quelque chose de plus simple. À son avis, même les célèbres phrases qui ouvrent le Lamento d’Arianna n’avaient pas l’impact voulu “ parce que nous sommes distraits par une ornementation tarabiscotée ”. Cet article n’a pas pour but de discuter le style de Leppard : si j’en parle, c’est qu’à l’époque ce sujet fit couler beaucoup d’encre. Ajoutons pourtant que si l’on devait citer une chanteuse assez puissante par la voix et la personnalité pour soutenir l’attention du public quoiqu’il arrive dans l’accompagnement, ce serait bien Janet Baker. Leppard dirigea plusieurs de ses enregistrements, notamment Gluck et Haydn, et en particulier un superbe Ariodante de Haendel.

    Les cantates de Scarlatti, père et fils, forment une section particulièrement charmante du programme que voici : la Cantata Pastorale d’Alessandro composée en 1695 et le Salve regina de Domenico, l’une des dernières œuvres du compositeur, datant de 1756. Elles contrastent agréablement avec le discours intensément dramatique de Monteverdi sans pour autant priver la soliste d’occasions de briller par sa force expressive ou sa virtuosité. Ce que Janet Baker arrive à faire sur la seule phrase “ Salve regina ” est tout à fait extraordinaire. Maintenant tout du long une ligne vocale sereine et gracieuse, elle aborde ces mots avec modestie et pureté puis les développe en une acclamation d’une intensité toute héroïque. Elle utilise un contralto plus profond dans les “ enfants bannis d’Eve ” (“ exules filii Hevae ”) et sa voix reste tout au long sensible à la musique, cette dernière étant à son tour guidée par le texte qu’elle peint parfois de façon imagée comme dans le “Suspiramus”. La voix innocente, presque dépourvue d’émotions, au début de la Cantate de Noël est un reflet fidèle de la simplicité d’esprit de cette musique et du texte. L’aria pastorale, avec la charmante Sinfonia qui l’introduit, est tout à fait remarquable et la voix de la chanteuse module pour obtenir des tons d’une grande douceur lorsque Jésus est comparé à l’agneau, “ di Dio l’Agnello ”.

    Les duos qu’elle chante avec Fischer-Dieskau sont à leur façon une longue coda : ils furent gravés à la même époque dans la carrière de Janet Baker et tirent également leur matériau des XVIIe et XVIIIe siècles. Les frères Lawes, Henry et William, furent des compositeurs prolifiques, Henry (l’aîné) ayant plus de quatre cents chansons à son nom, William s’étant vu attribuer par Charles Ier le titre de “ Père de la Musique ” après sa mort en 1645 au siège de Chester. Les dialogues que l’on entend ici proviennent d’un vaste recueil et sont d’excellents modèles de cette forme, qui d’habitude réunit les voix dans la dernière section. Par contraste, les deux duos de Haendel, chefs-d’œuvre du genre, opposent tout au long les deux voix dans un contrepoint vigoureux.

    Cet enregistrement fut réalisé en public – pour preuve les applaudissements répétés et au moins un éclat de rire ; le programme original était plus long et renfermait aussi plusieurs pièces sacrées de compositeurs allemands baroques. Beaucoup trouveront que le Royal Festival Hall est une salle bien grande pour une musique aussi intime, mais à l’époque on pouvait compter sur certains solistes de choix pour la remplir, et la plupart de ces chanteurs avaient le don de mettre le public à leur aise et de leur faire croire qu’ils étaient invités à une soirée intime. Nos deux chanteurs donnèrent dans cette salle des récitals en soliste, mais l’idée de les réunir dans un programme de duos fut tout à fait inspirée. Pour le continuo, ils avaient en George Malcolm et Kenneth Heath d’excellents clavecinistes et Malcolm avait travaillé avec eux comme accompagnateur ou chef d’orchestre dans plusieurs concerts et enregistrements.

    Baker et Fischer-Dieskau avaient chanté ensemble en concert au Royal Festival Hall en 1968 sous la baguette de Frühbeck de Burgos, donnant une lecture d’Elijah qui fut enregistrée par la suite. Ils gravèrent également ensemble des duos et des quatuors de Schubert et donnèrent d’autres récitals en duo à Londres et New York avec Daniel Barenboïm.
    Kenneth Wittam, le chroniqueur de Fischer-Dieskau (Dietrich Fischer-Dieskau, Mastersinger, 1981), cite quelques mots que Janet Baker écrivit en hommage à son partenaire à l’occasion de ces récitals. “ Si j’ai réussi dans ma musique à me mettre sur la même longueur d’onde que lui, alors je suis vraiment ravie. On ne saurait me faire de plus beau compliment. ” Pour faire pendant, citons les paroles élogieuses enregistrées par Gerald Moore (Récital d’adieu, 1978). Il raconte que Fischer-Dieskau lui demanda s’il avait récemment entendu quelque chose qui valait le coup. Moore répondit que oui, qu’il avait joué pour Janet Baker. Fischer-Dieskau n’avait jamais entendu parler d’elle mais le lendemain, il déclara au grand étonnement de Moore : “ Janet Baket est merveilleuse ”. Il l’avait entendue à la radio et voulut immédiatement chanter avec elle. “ Et c’est ce qu’il fit ”, ajoute Moore, “ à plusieurs reprises et avec le plus grand bonheur, pour eux deux comme pour moi ”. Et, en écoutant ces disques, on a envie d’ajouter, “ et pour nous aussi ”.

John Steane
Traduction : Nicole Valencia
© 2003 - Reproduction interdite

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