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Retrouvez Gérard Souzay chez Abeille Musique
Souzay vit le jour à Angers en 1918 dans une famille de musiciens. Son père était violoncelliste, sa sœur (qui connut une carrière professionnelle sous le nom de Geneviève Touraine) et ses deux frères furent tous chanteurs à un moment ou à un autre. Lui-même, enfant, travailla également le piano, ses études à Paris l'ayant toutefois orienté de prime abord vers la philosophie. C'est là qu'il rencontra Bernac. Lorsque son aîné eut entendu Souzay chanter, il le pressa de développer son potentiel vocal, conseil que Souzay eut l'heureuse idée de suivre.
Entré au Conservatoire de Paris en 1940, il y remporta plusieurs prix et distinctions. Il travailla également en privé avec Bernac ainsi qu'avec une autre éminente interprète de mélodies, Claire Croiza (1882-1946). À ses débuts à Paris, en 1945, il fut immédiatement apprécié pour la distinction de son chant.
L'époque était favorable pour un jeune chanteur à l'orée de sa carrière. La guerre était terminée et le monde musical était avide de nouvelles initiatives, de nouveaux artistes. Sa réputation grandit rapidement et très vite il fut sollicité à l'échelle internationale. Nombre de ses premières prestations à l'étranger se firent en Grande-Bretagne : je me souviens fort bien de l'émoi qu'y suscitèrent ses premiers récitals. Il débuta au disque pour une petite maison installée à Paris (La Boîte à Musique), des duos avec sa sœur ayant été parmi ses premiers enregistrements. Decca eut cependant bientôt vent de son talent, de sorte qu'il commença d'enregistrer abondamment pour la firme anglaise, tout d'abord des 78 tours (à la fin des années quarante) puis des microsillons.
Sa popularité tant en récital qu'au disque — où rapidement il maîtrisa l'art de chanter devant un microphone pour un auditeur l'écoutant chez lui, situation très différente de celle d'un interprète s'adressant au public d'un concert — tenait à un timbre chaleureux et sensible doublé d'une émission aisée, au meilleur de son potentiel de séduction dans les gravures anciennes ici même restituées. À cela s'ajoutait un art découlant d'une approche éminemment française, tout à la fois équilibrée et raffinée, néanmoins intérieurement poétique. Si chant et phrasé témoignaient d'une solidité et d'une assise impeccables, il ne s'en dégageait pas moins une empathie émotionnelle à l'égard de l'univers de chacun des compositeurs dont il interprétait avec infiniment de succès les mélodies.
Il ne se limita pas à la mélodie française mais s'imposa également tel un remarquable interprète du lied, d'airs anciens français ainsi que de la mélodie espagnole. Decca l'enregistra dans ces différents répertoires, le soutien de la compagnie s'étant révélé d'une générosité — aujourd'hui tout simplement inimaginable — qui lui permit de graver de nombreux disques. Ce legs inestimable n'est resté que trop longtemps indisponible. Sa réédition est de la plus extrême importance pour préserver le renom du baryton, insigne représentant d'une tradition en déclin ces dernières années.
La carrière de Souzay coïncida avec celle de son contemporain allemand Dietrich Fischer-Dieskau. Dans les années 1950, tous deux enregistrèrent pour la première fois une grande partie de leur répertoire de lieder. Inévitablement, le baryton français fut comparé, parfois défavorablement, à son «pendant» allemand. Maintenant que le temps a passé, il apparaît clairement qu'il y a place pour l'une et l'autre approches, contrastées, de ces lieder.
Tandis que Fischer-Dieskau tend à aborder les deux cycles de Schumann figurant sur ce CD à travers une manifeste et intense identification aux textes, un rôle essentiel étant conféré aux mots, Souzay — suivant, du moins pour Dichterliebe, l'exemple de son aîné le baryton français Charles Panzéra — adopte pour Schumann une attitude plus sereine, plus réfléchie, les vertus d'un timbre parfaitement égal et d'une ligne pure n'étant dans ces lectures méditatives que rarement troublées.
Souzay avait précédemment enregistré Dichterliebe pour Decca, avec Jacqueline Bonneau, version rapidement retirée en raison d'imperfections techniques inhérentes à l'enregistrement proprement dit. Pour ce qui est de Souzay, cette interprétation plus ancienne témoigne d'une approche de ce chef-d'œuvre encore plus spontanée que ce n'est ici le cas, cependant que cette version plus tardive bénéficie non seulement d'un jeu pianistique plus accompli de la part de Bonneau mais aussi d'une lecture plus approfondie de la part du baryton. Durant ces mêmes séances, le duo enregistra également quatre lieder, superbement restitués, parmi les plus célèbres de Schumann.
En 1956, lorsque le Liederkreis, op.24 fut gravé, Souzay avait déjà commencé sa longue association avec Dalton Baldwin, interprète plus positif que Bonneau. Bien que l'on puisse, comme ailleurs parfois, prendre légèrement en défaut l'allemand de Souzay, son interprétation s'accompagne d'une intense pénétration psychologique tant des mots que de la musique, la voix vive et vibrante du chanteur, avec ce timbre au grain plein de douceur, constituant ici indéniablement un avantage. Sans doute son chant ne fut-il jamais d'une plus resplendissante beauté.
Souzay et Baldwin enregistrèrent dans le même temps huit des lieder de Hugo Wolf sur des poèmes de Mörike, chacun d'eux se révélant un authentique chef-d'œuvre d'adéquation entre texte et musique. Leur interprétation est ici rehaussée par l'extrême attention portée à la signification intime de ces somptueuses miniatures. La présente réédition n'en est que mieux venue.
Alan Blyth, 2003
Traduction : Michel Roubinet
© Testament 2003 — Reproduction interdite
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