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  • 1 CD Classique - SBT1244
  • Luigi Boccherini

    Quintettes - volume 2

Diapason d'or Choc du Monde de la Musique Recommandé par Classica Recommandé par Répertoire
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Référence : SBT1244 0749677124427 - 1 CD 77:21 - ADD - Enregistré en 1954, 1956 et 1957 à l'Accademia di Santa Cecelia, Rome, Italie - Notes en français, anglais, allemand
En vente sur ce site depuis le 29 mai 2002
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Luigi Boccherini (1743-1805)
Quintettes : Ut mineur, Op. 29 n° 2 G314 - Ut mineur Op. 18 n° 1 "Di Nina" G283 - Ut majeur, Op. 42 n° 2 G349 - Fa majeur, Op. 11 n° 3 G273 - Ré mineur, Op. 25 n° 1 G295

Quintetto Boccherini
(Arrigo Pellicia & Guido Mozzata, violons - Luigi Sagrati, altos - Arturo Bonucci & Nerio Brunelli, violoncelles)

l y a peu de grandes œuvres musicales qui ont été aussi scandaleusement négligées que les 125 quintettes à cordes de Luigi Boccherini. D’ailleurs, la musique de ce compositeur plein de sensibilité n’a jamais vraiment tenu le devant de la scène, à part un menuet banalisé par d’innombrables arrangements inélégants et un concerto pour violoncelle qu’un éditeur du XIXe siècle mutila au point de le rendre méconnaissable. Si la chance se mit à sourire à Boccherini à l’avènement du CD, c’est avant tout grâce à des pièces d’importance secondaire, ses quintettes pour guitare, et à l’intérêt que ces derniers suscitèrent chez certaines maisons de disques. Aujourd’hui encore, il est rare que Boccherini figure aux programmes de concerts et si l’on entend un quintette à cordes de son cru, c’est presque invariablement celui en Ut, une compilation réalisée à partir de quatre œuvres différentes par un autre éditeur importun. Même le disque négligea ses quintettes à cordes de nombreuses années durant. Si, au début des années 1950, plusieurs quatuors figuraient aux catalogues 78 tours, pas un seul quintette n’avait encore été gravé dans son intégralité ; même le fameux menuet, qui provenait lui-même d’un quintette, n'avait été enregistré qu’une seule fois avec les forces voulues, mais par contre les transcriptions abondaient, depuis celles pour un seul instrument jusqu’à celles pour grand orchestre. On le retrouve même dans la bande sonore de films tels "La splendeur des Amberson" d’Orson Welles ou encore ce grand classique qu’est "Tueurs de Dames" – même si dans cette comédie des studios d’Ealing les voleurs absurdes censés jouer ce menuet n’avaient pas les instruments voulus, puisqu’il n’y avait qu’un seul violoncelle !

LES INTERPRÈTES
La chance commença à tourner en 1949 avec la fondation à Rome du Quintette Boccherini. Cet ensemble exceptionnel, l’un des nombreux à émerger d’Italie à l’époque, fut formé par quelques-uns des plus grands musiciens à cordes du pays qu’unissait l’amitié. Sa carrière fut intimement liée à celle d’un autre superbe ensemble de chambre, le Quatuor Carmirelli, et si ces virtuoses abordaient le quatuor avec beaucoup de sérieux, le quintette représentait pour eux la détente, l’occasion de s’adonner avec délices à une musique somptueuse. C’est à la suite de l’acquisition par l’un des musiciens des partitions individuelles pour chaque quintette de Boccherini que l’ensemble fut formé. Les premiers membres en furent les violonistes Pina Carmirelli et Dino Asciolla, qui se relayaient au premier violon ; l’altiste Renzo Sabatini ; et les violoncellistes Arturo Bonucci et Nerio Brunelli qui jouaient en alternance les première et seconde parties. Une équipe époustouflante de talent. Carmirelli (1914-1993), originaire de Varzi, avait fait ses études à Milan avec Michelangelo Abbado et à Rome avec Arrigo Serato ; parallèlement à son travail de soliste, elle était déjà célèbre au sein du Quintetto Strumentale di Roma et du Nuovo Trio Italiano. Asciolla, qui n’avait pas encore vingt ans, élève primé de Remy Principe et Arrigo Serato, avait étudié la musique de chambre avec Guido Agosti qui avait eu Busoni pour professeur. Sabatini (1905-1973), originaire de Cagliari en Sardaigne, était reconnu comme le meilleur ambassadeur de l’alto en Italie ; lorsque plus tard il dut se retirer de la scène à la suite de problèmes cardiaques, il devint un professeur réputé. Bonucci, l’époux de Carmirelli et de vingt ans son aîné, avait étudié à Bologne avec Francesco Serato, le père d’Arrigo, et avait appartenu au Trio Italiano en même temps qu’Alfredo Casella et Alberto Poltronieri. Depuis, il avait joué au sein du Quintetto Strumentale di Roma avec son épouse. Son enseignement joua un rôle majeur dans le renouveau de l’interprétation des instruments à cordes en Italie. Nerio Brunelli fut l’un de ses protégés.

Asciolla ne resta pas longtemps au sein du groupe – il allait abandonner le violon pour devenir l’un des altistes les plus célèbres d’Italie – et fut remplacé par Montserrat Cervera. Cette violoniste espagnole, élève de Principe, marqua fortement la scène musicale romaine dans les années 1950, tout comme son collègue et compatriote Felix Ayo. Cervera et Carmirelli se relayèrent à la tête du quintette, comme à l’époque d’Asciolla, jusqu’en 1954, lorsque ces deux musiciennes décidèrent de former un quatuor à cordes dans lequel Cervera se contenta volontiers du rôle de second violon. Elles quittèrent toutes deux le Quintette Boccherini, Bonucci décidant quant à lui de se joindre au Quatuor mais de rester aussi dans le Quintette. Les nouveaux violonistes du Quintette, qui continuèrent à le diriger à tour de rôle, étaient tout aussi distingués. Arrigo Pelliccia, originaire de Viareggio, avait alors la quarantaine. Il avait étudié avec son père, Arrigo Serato et Carl Flesch et faisait partie des plus grands violonistes italiens du moment, ce qui ne l’empêchait pas de tirer des sons magnifiques de son alto – les collectionneurs d’aujourd’hui le connaissent sans doute mieux par les enregistrements qu’il fit avec Arthur Grumiaux de la superbe Sinfonia Concertante de Mozart et de divers duos violon/alto. Son collègue dans le Quintette était Guido Mozzato, admirable interprète de l’école venitienne, premier violon de l’Orchestre de la Radio de Rome et membre-clé de I Virtuosi di Roma, un orchestre de chambre de première classe.

C’est à cette époque qu’HMV commença sa fameuse série d’enregistrements 33 tours avec le Quintette Boccherini. Un premier disque regroupant deux quintettes fut gravé avec Pellicia, Mozzato, Sabatini, Bonucci et Brunelli, puis le départ de Sabatini entraîna un nouveau changement. L’heureux élu fut l’altiste du Quatuor Carmirelli, Luigi Sagrati. Né à Rome, il avait étudié le violon avec Gioconda de Vito et Principe et avait alors la trentaine. Contrairement à la plupart des altistes italiens, il jouait d’un modèle Tertis fabriqué pour lui par Capicchioni de Rimini ; mais il n’avait aucun mal à égaler le timbre produit par ses collègues sur leurs instruments anciens bien plus onéreux. Avec lui, HMV enregistra cinq autres 33 tours de quintettes de Boccherini – dont un publié uniquement en Italie et aux Etats-Unis – et un disque du Quintette en ut majeur de Schubert. Pour leur part, les deux ex-violonistes du Quintette n’en avaient pas fini avec Boccherini. Loin de là ! D’abord, elles enregistrèrent plusieurs de ses œuvres avec le Quatuor. Ensuite, Pina Carmirelli fit une édition des quintettes pour l’Institut italien de musicologie et tint la partie de premier violon sur l’enregistrement de certains de ces quintettes avec des ensembles formés à l’université d’été de Marlboro dans le Vermont. Montserrat Cervera réintégra le Quintette Boccherini comme premier violon lorsque Pellicia et Mozzato décidèrent de le quitter. Avec elle se trouvaient le violoniste Claudio Buccarella (remplacé plus tard par Marco Fiorini), le fidèle Sagrati et les violoncellistes Marco Scana et Pietro Stella. Cette dernière version du Quintette grava des disques stéréo – encore du Boccherini, bien sûr, mais aussi les grands quintettes à deux violoncelles de Cherubini et Bazzini – et remporta un Grand Prix du Disque en 1976. C’est en grande partie grâce au travail du Quintette Boccherini que l’on trouve aujourd’hui d’excellents enregistrements des quintettes de ce compositeur par plusieurs ensembles dont Europa Galante que fonda Fabio Biondi.

LES ŒUVRES
Né à Lucques, patrie de la famille Puccini, Luigi Boccherini fut le plus grand violoncelliste de son temps et fit faire d’énormes progrès à la technique de jeu de cet instrument. S’il fut apprécié dans l’Europe entière, en particulier à Paris et à Berlin, il passa l’essentiel de sa carrière en Espagne. Il semble avoir été trop naïf pour réussir à la cour; non seulement fut-il l’objet d’intrigues manigancées par d’autres musiciens moins talentueux mais il réussit aussi à se mettre à dos l’ombrageux prince des Asturies, le futur Charles IV. A partir de 1770, il travailla pour l’infant Don Luis, frère du roi Charles III, qui était son élève et tenait parfois la partie de second violoncelle dans les quintettes. Ces œuvres le plus souvent étaient interprétées par le quatuor formé par la famille Font auquel s’associait Boccherini lui-même, si bien que le compositeur put peaufiner son matériau à la lumière de leurs interprétations. Il est triste de penser qu’à cause de sa loyauté envers l’Espagne, ce compositeur si sympathique mourut pauvre et malade ; pourtant, même les œuvres des dernières années ne contiennent aucun signe de souffrance – et sans ce long séjour en Espagne, peut-être n’aurions-nous jamais eu les quintettes à cordes. Et ces pièces n’auraient sûrement pas été aussi pittoresques si elles avaient été composées ailleurs. Avec Manfredi, Nardini et Cambini, Boccherini joua dans le tout premier quatuor à cordes de vedettes et ses propres quatuors sont souvent saisissants; mais les quintettes, à la fois plus personnels et plus originaux, les surpassent sur tous les plans. Dans leur immense majorité, ces derniers font intervenir deux violoncelles, la partie de premier violoncelle exigeant une virtuosité considérable puisque c’est à lui-même que le compositeur pense pour son interprétation. Quelques-uns s’inspirent de la forme mozartienne et font intervenir deux altos tandis que d’autres mettent en scène une contrebasse (l’instrument du père de Boccherini) à la place du second violoncelle.

Cette alliance asymétrique de cinq voix pousse le compositeur à expérimenter dans le domaine des timbres, des effets sonores et des combinaisons d’instruments. À tout moment les quintettes témoignent du flair de Boccherini en matière d’instruments à cordes. Ils abondent en effets espagnols et en rythmes de danse. L’un des quintettes contient un fandango en guise de mouvement; un autre un menuet dans le style d’une séguedille ; un autre dépeint la vie nocturne de Madrid, avec pour finale une musique de “ronde” évoquant la garde patrouillant dans les rues de la ville. Bien que Boccherini ne développe pas toujours ses thèmes suivant les conventions classiques, sa musique de chambre est dans l’ensemble de coupe classique et il y introduit ses propres idées fascinantes, choisissant par exemple de réutiliser certains thèmes à l’intérieur d’une œuvre par souci d’unité. En agissant ainsi, il annonce les formes cycliques de compositeurs à venir comme Franck. Mais le plus important, c’est qu’il possède sa propre voix, une voix que l’on ne peut pas ne pas reconnaître, une voix où s’associent les mélodies chantantes, les modulations subtiles, un contrepoint habile et des harmonies tout à fait caractéristiques. Boccherini était tenu en haute estime par ses collègues austro-allemands, et ce n’est pas l’un d’entre eux mais le violoniste Giuseppe Puppo, lui aussi natif de Lucques, qui se moqua de lui en le surnommant “la femme de Haydn”. Et c’est bien fait pour Puppo si on ne se souvient de lui que pour cette remarque inconsidérée et si ses compositions bien médiocres sont tombées dans l’oubli.

Les quintettes de Boccherini présenteront toujours certaines difficultés pour les interprètes, en particulier les violoncellistes, mais le seul problème pour l’auditeur reste l’incroyable saga des numéros d’opus (et celle de l’organisation des œuvres dans un opus multiple). En fait, le compositeur avait son propre système de numérotation et chaque éditeur attribua différents numéros d’opus à ses compositions. Au début de sa carrière, le Quintette Boccherini ajouta involontairement à la confusion en se servant d’éditions différentes par certains détails de partitions plus connues. Par bonheur, le musicologue Yves Gérard a transformé ce désordre en ordre et chaque œuvre aujourd’hui est identifiée par son propre numéro “G”.

Le Quintette en ut mineur, G.314, composé en 1779, est tiré de l’un des groupes de six quintettes les plus célèbres de Boccherini, l’Op.29. Dans le 33 tours d’origine, ce quintette était décrit comme le N° 1 de l’opus, conformément à l’édition dont se servait le Quintette Boccherini, mais il est mieux connu en tant que N° 2. Il s’agit indubitablement d’une pièce superbe, culminant dans un finale dans lequel Boccherini démontre son talent pour le contrepoint tout en restant fidèle à son style individuel. Le Quintette en fa majeur, G.273, composé en 1772, renferme des contrastes saisissants, le Prestissimo initial étant une merveille de légèreté tandis que le Largo s’avère l’un des mouvements les plus sombres et les plus profonds de Boccherini. Le Menuet, avec son indication Appassionato, maintient l’humeur sombre tandis que le finale renferme de merveilleux passages pour les violoncelles. L’autre Quintette en ut mineur, G.283, de 1774, est surnommé “Nina” depuis le jour où le compositeur français Louis Persuis, admirateur de Boccherini, en adapta le finale pour un passage crucial de son ballet de 1913 intitulé Nina, ou La Folle par amour. Le programme s’achève avec le premier mouvement du Quintette en ut majeur, G.349, qui nous donne envie d’entendre l’œuvre entière, et le Quintette en ré mineur, G.295, qui renferme l’un des plus beaux menuets de Boccherini.

Tully Potter
Traduction : Nicole Valencia
© Testament 2002

 
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