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es Belges parlent aux Belges : André Cluytens, anversois de naissance même s’il était français de carrière, s’offre deux des plus grands chefs-d’œuvre de Franck, quant à lui liégeois de naissance. Si vous aimez la Symphonie de Franck, vous adorerez cette lecture claire et transparente, d’un effet d’autant meilleur que la lourdeur dont on surcharge parfois la partition n’est certes pas nécessaire à sa compréhension. Ainsi, Cluytens souligne l’orchestration boisée et évite soigneusement que les cordes ne monopolisent l’espace musical. Avec les Variations symphoniques et la Symphonie sur un chant montagnard de d’Indy, on retrouvera avec plaisir Aldo Ciccolini, ici âgé de 38 ans, pianiste délicat et passionné à la fois.
Retrouvez André Cluytens chez Abeille Musique
Durant ses années d’apprentissage au théâtre lyrique d’Anvers, André Cluytens n’imaginait certainement pas que le fait d’être né et d’avoir été élevé en Belgique ait pu être un atout ; il n’avait d’yeux alors que pour la France et les perspectives d’avenir plus intéressantes qu’elle offrait. Il partit donc s’installer et travailler en France aussitôt que possible et prit même la nationalité française; et pourtant, la formation musicale qu’il avait reçue dans son pays natal était probablement plus équilibrée qu’elle ne l’aurait été dans son nouvel environnement. La Belgique était une nation extrêmement musicienne qui avait engendré d’excellents musiciens, en particulier aux XVe, XVIe et XVIIIe siècles, mais elle ne possédait peut-être pas à l’époque d’identité musicale nationale assez profonde. Par tradition, la vie culturelle belge était intimement liée à l’art français, à la musique française, mais aussi profondément influencée par ce qui se passait en Allemagne et en Autriche. C’est en partie pour celà que le Cluytens de la maturité devint réputé autant pour sa direction du répertoire français que du répertoire austro-allemand.
Le musicien ambitieux qu’était Cluytens avait un autre avantage de par sa naissance. Non seulement son père était-il musicien professionnel mais aussi directeur musical du Théâtre royal d’Anvers. Ainsi, dès sa naissance en 1905, le jeune André fut-il entouré de musique et encouragé à développer ses propres talents. Ce qu’il fit avec succès. Il entra au Conservatoire royal flamand à neuf ans et sept ans plus tard obtint un premier prix de piano, son premier prix d’harmonie et de contrepoint suivant un an plus tard. Il aurait pu faire carrière comme pianiste mais ce qu’il visait, c’était la puissance et le prestige du métier paternel. Il travailla dix ans au théâtre lyrique d’Anvers sous la direction d’Alphonse Cluytens, et c’est là qu’il fit ses débuts en 1927, à vingt-deux ans, dans Les Pêcheurs de perles de Bizet. Il connut un autre succès de jeunesse en tant que chef avec, fait révélateur, un opéra allemand, Salomé de Strauss, dont il dirigea à Anvers la Première belge.
Dans les années 1930, Cluytens commença sa carrière en France, d’abord en province, à Toulouse, Lyon puis Bordeaux. Il resta en France durant la Seconde Guerre mondiale et s’installa alors à Paris, travaillant à l’Opéra et gravant ses premiers disques pour La Voix de son Maître. En 1946, Cluytens signa un contrat avec Pathé-Marconi et l’année suivante il devint directeur musical de l’Opéra-Comique. En 1949, il succéda à Charles Münch au poste de chef principal de l’Orchestre de la Société des Concerts du Conservatoire de Paris. Il était devenu l’un des chefs français les plus en vue du moment et travaillait fréquemment en studio. Le microsillon venait d’apparaître sur le marché et parmi les premiers 33 tours de Cluytens, il y eut quatre opéras importants – Carmen de Bizet, Faust et Mireille de Gounod et Les Contes d’Hoffmann d’Offenbach. Il enregistra aussi le Requiem de Fauré, L’Enfance du Christ de Berlioz et diverses pièces du répertoire étranger comme les symphonies “Surprise” et “Londres” de Haydn, Schéhérazade de Rimski-Korsakov, la Symphonie Inachevée de Schubert, la Quatrième Symphonie de Schumann et Un Américain à Paris de Gershwin. Cluytens grava la plupart des œuvres symphoniques avec l’orchestre du Conservatoire mais pour Schéhérazade il s’associa l’Orchestre National de la Radiodiffusion française, un ensemble avec lequel il travaillerait de plus en plus souvent durant les années 1950.
Si une grande partie de ses disques sortit aux États-Unis et dans le reste de l’Europe, la carrière de Cluytens resta cependant largement centrée sur la France jusqu’en 1955, l’année où il dirigea pour la première fois l’Orchestre Philharmonique de Vienne et les accompagna en tournée aux États-Unis. Cette année-là, il remplaça Eugen Jochum, qui était souffrant, et dirigea Tannhaüser de Wagner au Festival de Bayreuth. Il fut le premier chef français à diriger un opéra dans ce haut lieu wagnérien qu’il retrouva en 1957 et 1958 pour diriger Les Maîtres Chanteurs. En 1958, il y dirigea également Lohengrin. Bénéficiant d’un atout majeur, celui d’avoir dirigé le répertoire allemand durant ses années à Anvers, il fut invité par Electrola, la branche allemande d’EMI, à graver des disques avec l’Orchestre philharmonique de Berlin. Il avait enregistré deux Concertos pour piano de Beethoven à Londres avec Solomon et le Philharmonia Orchestra et au cours des cinq années suivantes il enregistra un cycle des symphonies de Beethoven ainsi que des œuvres de Schubert et Schumann avec l’orchestre berlinois.
Avant sa mort prématurée à l’âge de soixante-deux ans, Cluytens réalisa bien d’autres enregistrements remarquables, surtout avec des orchestres parisiens. Il y eut entre autres un tour d’horizon des œuvres pour orchestre de Ravel, une seconde version du Requiem de Fauré, du Faust de Gounod et des Contes d’Hoffmann d’Offenbach ; Pelléas et Mélisande de Debussy, Le Roi d’Ys de Lalo, la Onzième Symphonie de Chostakovitch ainsi que ses deux concertos pour piano (avec le compositeur comme soliste) et Hänsel et Gretel de Humperdinck (avec l’Orchestre Philharmonique de Vienne). Du premier au dernier, tous ses enregistrements furent réalisés pour des compagnies appartenant au groupe EMI.
FRANCK & d’INDY
La Belgique n’avait jamais vraiment offert d’horizons assez larges à ses meilleurs musiciens. Au XVIIIe siècle, Grétry et Gossec firent carrière à Paris et Franck émigra dans la capitale française pour poursuivre ses études. En 1858, il devint organiste de l’église Sainte-Clotilde, un poste qu’il conserva jusqu’à sa mort. Cluytens, autre musicien belge à avoir élu domicile à Paris, enregistra toutes les œuvres orchestrales de Franck au moins une fois, à l’exception d’un poème symphonique quasiment inconnu, intitulé "Ce qu’on entend sur la montagne". En 1960, Cluytens renoua ses liens avec la Belgique lorsqu’il devint directeur musical de l’Orchestre National de Belgique. En décembre 1962, il grava son unique disque avec cet ensemble – un groupe de quatre poèmes symphoniques de Franck, dont Les Djinns, avec Aldo Ciccolini comme pianiste soliste. Il enregistra aussi une suite extraite de Psyché en 1954 (disponible chez Testament SBT1128) ainsi que la Symphonie en ré mineur et les Variations symphoniques en 1953, également avec Ciccolini comme soliste.C’est au milieu des années 1920 que l’on tenta pour la première fois d’enregistrer des symphonies complètes ; remarquablement, il existe deux enregistrements acoustiques de la Symphonie de Franck, tous deux réalisés en 1924, par l’Orchestre Pasdeloup sous la baguette de Piero Coppola et par le New Queen’s Hall Orchestra sous la direction de Sir Henry Wood. Ces enregistrements furent dépassés à l’avènement de l’enregistrement électrique et dès 1930 on comptait de nouvelles gravures de cette œuvre par le Philadelphia Orchestra sous la direction de Leopold Stokowski, par l’Orchestre de la Société des Concerts du Conservatoire dirigé par Philippe Gaubert et à nouveau par l’Orchestre Pasdeloup, cette fois-ci sous la baguette de Rhené-Bâton. Lorsque l’ère du 78 tours toucha à sa fin, on comptait une quinzaine d’enregistrements sur le marché.
Avec l’apparition du 33 tours, de nouvelles versions émergèrent, de plus en plus nombreuses, sous la direction de chefs tels Wilhelm Furtwängler, Guido Cantelli, Paul Paray, Eugene Ormandy, Roger Désormière, Fritz Lehmann, Willem van Otterloo et Erich Leinsdorf. Deux versions rivales, par Charles Münch et Pierre Monteux, sortirent à la même époque que celle de Cluytens au Royaume-Uni, mais c’est la version de Cluytens que Malcolm Macdonald recommanda dans sa critique pour "The Gramophone" (septembre 1953). Cette version fut également recommandée dans l’édition de 1955 du "Record Guide". Aujourd’hui, cette Symphonie est moins souvent jouée que par le passé.
Les Variations symphoniques furent elles aussi plus populaires dans la première moitié du XXe siècle qu’elles ne le sont aujourd’hui. Le premier enregistrement, qui remonte aussi à l’ère acoustique, est dû à l’élève de Liszt, Arthur De Greef, et il fut rejoint en l’espace de dix ans par deux versions d’Alfred Cortot et une de Walter Gieseking. Trois enregistrements furent réalisés durant la Seconde Guerre mondiale, par Yves Nat, Géza Anda et Myra Hess. Lorsque la version d’Aldo Ciccolini parut au Royaume-Uni, c’est elle qui sut séduire Andrew Porter (The Gramophone, décembre 1954) plus que celles d’Eileen Joyce, Moura Lympany et Robert Casadesus.
L’œuvre principale du 33 tours de Ciccolini, comme de celui de Casadesus, était la Symphonie sur un chant montagnard français, composée par l’élève de Franck, Vincent d’Indy. Cette œuvre, qui par certains côtés évoque Franck, réserve à l’orchestre un rôle plus important que dans un concerto. Bien qu’il s’agisse de la composition la plus célèbre de d’Indy, elle reste assez rare au disque. Jeanne-Marie Darré fut la première à l’enregistrer en 1932 et fut suivie en 1934 par Marguerite Long puis en 1941 par Maxim Schapiro. Au début de l’ère du 33 tours, cette pièce fut gravée par Jean Doyen, Hélène Boschi et Fabienne Jacquinot.
Aldo Ciccolini naquit à Naples en 1925. Après des études au Conservatoire de la ville, il donna son premier récital à l’âge de seize ans. En 1947, il retourna au Conservatoire de Naples, cette fois-ci comme professeur. Il fit ses débuts parisiens en 1949 et devint vite réputé sur la scène internationale. Les enregistrements que l’on entend ici comptent parmi ses premiers essais en studio : son large répertoire sur disque reflète son amour particulier de la musique française et comprend l’intégrale des œuvres pour piano de Debussy, tous les concertos pour piano de Saint-Saëns et un ample panorama des œuvres pour clavier de Satie.
Alan Sanders
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Elisa Franzetti, soprano – Emanuele Bianchi, contreténor – Mario Cecchetti, ténor - Sergio Foresti, basse - La Risonanza - Fabio Bonizzoni, direction
Gaetano Nasillo, violoncelle - Alessandro Ciccolini, violon – Marco Vitali & Michele Tazzari, violoncelle – Mara Galassi, harpe – Jesper Christensen, clavecin
Œuvres de Lalo, Paganini, Saint-Saëns, Kreisler, Schalit, Brahms, Bach, Kroll, Dvorák, Debussy, Sarasate, Falla, Schumann, Chopin, Wieniawski, Carpenter & Bruch / Michael Rabin, violon