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  • 1 CD Classique - SBT1225
  • Johannes Brahms - Félix Mendelssohn

    Concertos pour violon

Diapason d'or Recommandé par Classica 4F de Télérama 4 étoiles du Monde de la Musique
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Référence : SBT1225 0749677122522 - 1 CD 66:07 - ADD / Mono & Stéréo - Enregistré à Paris en * mars 1955 à la Salle de la Mutualité et en ** novembre 1959 à la Salle Wagram - Notes en français, anglais, allemand
En vente sur ce site depuis le 30 août 2002
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Johannes Brahms (1833-1897)
Concerto pour violon et orchestre en ré majeur, Op. 77 *

Felix Mendelssohn (1809-1847)
Concerto pour violon et orchestre n° 2 en mi mineur, Op. 64 **

Leonid Kogan (1924-1982), violon
Orchestre de la Société des Concerts du Conservatoire
Direction * Charles Bruck (1911-1995) & **Constantin Silvestri (1913-1969)

ne fois que l’Ouest eut mis le grappin sur Kogan, que Staline venait de laisser sortir d’URSS après cinq ans de vachsky maigrov — cinq ans après son Premier prix Reine Elisabeth —, il ne le lâcha plus ! Enregistrements et concerts se succédèrent à forte dose (pas idéal pour la santé, ce que Kogan paya plus tard de sa disparition prématurée) et tous les grands classiques y passèrent.

Voici deux des plus immenses tubes du répertoire, ici sous la direction de chefs roumains (les musiciens roumains étaient fort appréciés à Paris à l’époque), Charles Bruck originaire de Timosoara malgré son nom à consonance germanique, et Constantin Silvestri. Tous deux surent à merveille soutenir le son cristallin de Kogan, dans la grande tradition d’accompagnement de l’époque : on est au service du soliste, un point, c’est tout. Indispensable, même si je sais que je me répète.




Ce disque rend compte de l'art et de l'approche stylistique d'un violoniste extraordinaire dans deux grands concertos romantiques allemands. Figure légendaire du monde musical, Leonid Kogan serait aujourd'hui encore plus connu s'il n'avait eu l'infortune de passer l'essentiel de sa vie dans la société répressive de l'Union soviétique. Heureusement pour la postérité, il enregistra abondamment. En rendant de nouveau accessibles ses premières gravures réalisées à l'Ouest, cette série de rééditions Testament aidera à parfaire notre connaissance de ce génie singulier de l'interprétation.


LES ŒUVRES

Brahms
Nul ne joua les trois grands concertos de Beethoven, Brahms et Mendelssohn mieux que Leonid Kogan. Dans celui de Brahms, il était l'un des rares à pouvoir faire sonner les deux mouvements extérieurs comme s'ils étaient d'une même élévation. Dans le premier mouvement, il parvenait à susciter une tension véritablement stupéfiante, cependant que pour le finale, dans le style hongrois, jamais il ne perdait de vue un contrôle absolu. Quant au mouvement lent, il en faisait un havre de paix, ainsi que le compositeur sans doute l'entendait. Il laissa de ce Concerto différents enregistrements sur le vif ainsi que trois versions de studio dont celle ici reprise fut la première. Elle ne resta que peu de temps au catalogue, ayant été supplantée dès 1959 par un remake stéréo, avec Kirill Kondrachine à la tête du Philharmonia. Huit ans plus tard, Kogan retrouvait de nouveau Kondrachine pour son enregistrement le plus satisfaisant de l'œuvre, réalisé à Moscou. Cette première version n'est pas aussi bien jouée pour ce qui est de l'orchestre, mais la propre virtuosité de Kogan, toujours subordonnée aux exigences de la musique, emporte l'adhésion.

Mendelssohn : N° 2
De même dans le Concerto de Mendelssohn : s'il connut de meilleures formations (ainsi dans l'enregistrement plus tardif de Kogan avec Maazel), il y a néanmoins quelque chose de très excitant dans cette gravure parisienne. Nul doute que Kogan se laissa inspirer par le genre de lecture virtuose prôné par son héros, Heifetz, mais le résultat final est beaucoup plus musical, les mouvements extérieurs étant joués avec aplomb mais légèreté sans être jamais bousculés ou déstabilisés. Le hasard veut que les deux chefs d'orchestre accompagnant ici Kogan soient d'origine roumaine : Constantin Silvestri (1913-1969), natif de Bucarest mais naturalisé anglais, et Charles Bruck (1911-1995), de Timisoara et naturalisé français.


LEONID KOGAN

Sa formation

Leonid Borisovitch Kogan vit le jour le 14 novembre 1924 à Dnietropetrovsk, en Ukraine ses parents étaient tous deux photographes. Son père jouait du violon en amateur et la sonorité de l'instrument exerça une telle fascination sur le jeune garçon que, dès l'âge de trois ans, il fallait, pour qu'il aille se coucher, que son père vienne jouer du violon à côté de lui. À cinq ans, il essaya d'en jouer lui-même mais fut dépité de ne pouvoir suffisamment déployer sa main gauche ; Boris Kogan lui acheta alors un petit violon. Par bonheur, on trouva pour Leonid un professeur remarquable en la personne de Philip Yampolsky, lequel avait étudié auprès d'Auer. Il suffisait de voir la prestance naturelle et la position impeccable de Kogan, le poids parfaitement distribué entre ses pieds et le dos cambré, le violon tenu assez haut, pour se rendre compte qu'il avait reçu dès son plus jeune âge une formation de qualité. Selon Kogan lui-même, Philip Yampolsky avait suscité en lui «l'amour du travail, ce qui je pense est des plus importants» ; jamais cependant il ne fut contraint — il aurait même failli renoncer après seulement deux leçons. La chance voulut que ses parents avec douceur l'encouragent, de sorte qu'en jouant quelques minutes chaque jour, il parvint à garder intact son enthousiasme. «Je ne peux pas dire que, durant mon enfance, je jouais avec plaisir», reconnaissait-il, ajoutant qu'il aimait alors surtout les pièces qui demandaient peu de travail ! Sa première rencontre avec l'art de David Oïstrakh, de seize ans son aîné, eut lieu en 1932 : ce fut la stimulation dont il avait besoin.

À l'âge de dix ans, ayant déjà fait une apparition en public à Kharkov, Kogan entra dans la classe d'un autre disciple d'Auer, Abraham Yampolsky (sans lien de parenté avec Philip), à l'École Centrale de Musique de Moscou. Oïstrakh l'entendit pour la première fois lors d'un concert d'élèves en 1938. Ce fut à l'enseignement de Yampolsky que Kogan dut de pouvoir se développer, habitant même chez lui dans les premiers temps. Joseph Szigeti, qui jouait fréquemment en Russie, l'impressionnait particulièrement, mais la révélation fut en 1934 le passage à Moscou de Jascha Heifetz. «J'assistai à tous ses concerts et me souviens aujourd'hui encore de chaque note qu'il joua», disait Kogan, insistant sur le fait que Heifetz était «l'artiste idéal selon moi». Ses débuts officiels dans le Concerto de Brahms avec le Philharmonique de Moscou eurent lieu en 1941. L'année suivante, il épousait Elizaveta Guilels (1919-1982), de quelques années son aînée, sœur du pianiste Emil Guilels et elle-même violoniste : elle avait remporté en 1937 le troisième prix du Concours Ysaÿe. Leurs enfants devaient à leur tour devenir de remarquables musiciens : né en 1952, Pavel est devenu violoniste et chef d'orchestre, cependant que Nina, née en 1954, est devenue pianiste ; ayant remporté le Concours Marguerite Long, elle devint partenaire de son père dans le répertoire de sonate. De 1943 à 1948, Kogan étudia auprès de Abraham Yampolsky au Conservatoire de Moscou. En 1947, il remporta ex æquo le prix du Festival Mondial de la Jeunesse de Prague et donna en première audition la Sonate de Karen Khatchaturian avec le compositeur au piano (lequel était le neveu de Aram). Il poursuivit sa formation jusqu'en 1951, écrivant une thèse sur Wieniawski, tenant lieu d'assistant de Yampolsky et donnant son premier récital consacré à l'intégrale des 24 Caprices de Paganini.

En tant que juif, Kogan fut sans cesse exposé à la discrimination. «Il ne dut sa carrière qu'à la réelle grandeur de son talent», commente son fils Pavel. Le tournant essentiel vint en 1951, lorsqu'il participa au Concours Ysaÿe de Bruxelles — rebaptisé cette année-là Concours Reine Élisabeth de Belgique. Joseph Staline aurait demandé à Oïstrakh qui serait à même de remporter le premier prix au nom de l'Union soviétique, obtenant pour réponse : Kogan. «Mon père n'était plus un tout jeune homme — il avait vingt-six ans — et il reçut un appel dix ou quinze jours avant le concours», précise Pavel Kogan. C'était une épreuve redoutable, mais Kogan triompha devant un jury comprenant Oïstrakh et Jacques Thibaud qui en 1936, de passage à Moscou, lui avait prédit un brillant avenir. Au lieu d'être fêté en Europe, Kogan dut rentrer chez lui, la guerre froide faisant rage.


Sa carrière

Ce n'est qu'en 1955 qu'il put faire ses débuts à Londres et Paris, chacun de ses programmes comprenant trois concertos. En 1956, il se rendit en Amérique du Sud, puis donna en Russie, au cours de la saison 1956-1957, une série de six concerts avec orchestre réunissant dix-huit concertos destinés à illustrer le développement du concerto pour violon. En janvier 1958, il partit pour les États-Unis. À l'issue du Concerto de Brahms joué lors de son premier concert, à Boston sous la direction de Pierre Monteux, le public l'ovationna durant dix-huit minutes. À partir de cette date et jusqu'à sa mort prématurée dans un train, le 17 décembre 1982, en gare de Mytichtcha à Moscou, Kogan fut acclamé tel l'un des plus grands violonistes. Nommé Artiste d'Honneur en 1955 puis Artiste du Peuple en 1964, il reçut l'année suivante le Prix Lénine. Il enseigna au Conservatoire de Moscou pratiquement depuis la fin de ses études en cycle de perfectionnement, devenant un professeur recherché, de même qu'il participa à de nombreux jurys de concours. Son élève la plus renommée, héritière de sa propre tradition, demeure Viktoria Mullova. Lors de ses premiers concerts et enregistrements, Kogan jouait un Stradivarius de 1707 auquel il préféra par la suite un Guarnerius del Gesù — il possédait deux violons de ce maître luthier, l'un de 1726 (ex-Colin), l'autre de 1733 (ex-Burmester). «Il adorait l'immense et sombre sonorité des Guarneri», explique Pavel Kogan. «Ma mère jouait un Francesco Ruggeri — elle avait également un Strad à une époque, mais ses enregistrements furent réalisés sur le Ruggeri.» À la différence de Oïstrakh et de Heifetz, Kogan aimait les archets français. «Mon père a toujours eu des archets de Dominique Peccatte», précise Pavel. «Jamais il n'utilisa d'archets allemands.»

Sa vie durant, Leonid Kogan témoigna de son attachement à la musique de chambre. En 1948, il constitua un duo avec le pianiste Grigory Ginzburg, son aîné, superbe styliste et virtuose. En 1949, il organisa un trio exceptionnel avec son beau-frère Emil Guilels et Mstislav Rostropovitch, avant de constituer dans les années 1950 un trio à cordes avec Rudolf Barchaï et Rostropovitch. Par la suite, Kogan participa à un trio avec piano aux côtés de Evgeni Svetlanov et Feodor Luzanov. Il adorait son travail et lorsque ses deux carrières parallèles de soliste et de pédagogue lui laissaient quelque loisir, il se consacrait à sa collection de voitures — c'était un «passionné d'automobile», précise son fils — et aux appareils mécaniques qu'il rapportait de ses tournées. «Il adorait tout ce qui est matériel électronique», ajoute son fils. «Lorsqu'il se rendait au Japon, il achetait toujours les derniers gadgets électroniques.»

Pour un soliste de premier plan, il consacrait également une inhabituelle énergie à découvrir de nouveaux répertoires. Il fut le premier violoniste soviétique à jouer les concertos de Berg, Barber et Jolivet. Parmi les œuvres qui lui furent dédiées figurent des sonates de Vainberg et de Levitin, le Concerto-Rhapsodie de Khatchaturian ainsi que des concertos de Khrennikov, Karayev, Knipper et Bunin. Franco Mannino composa son Concerto pour trois violon à l'intention de « la triade Kogan ». L'œuvre la plus remarquable que Kogan fit connaître est le Concerto composé en 1959 par Vainberg. «C'est un concerto redoutable, l'un des meilleurs de la seconde moitié du XXe siècle», commente Pavel Kogan, «mais personne d'autre que mon père ne l'a joué. L'œuvre connut un étrange destin.» Bien que Kogan possédât un vaste répertoire, il s'y trouvait quelques lacunes. «Il y avait certains concertos qu'il enseignait superbement à ses élèves», dit Pavel Kogan. «Ainsi celui de Sibelius — c'était son concerto, mais jamais il ne le joua en public. Jamais il n'enregistra le Quatrième de Vieuxtemps ni le Concerto de Glazounov, alors qu'il les jouait. Il ne jouait pas en concert le Deuxième de Paganini, sauf La campanella. Il avait de nombreux projets lorsqu'il mourut et il les aurait réalisés.»

Le remarquable violoniste slovaque Jindrich Pazdera, premier violon du Quatuor Stamic de Prague, étudia durant cinq ans auprès de Kogan. Lorsque récemment on lui demanda comment était son professeur, il répondit sans hésitation : «Merveilleux — et pas seulement en tant que violoniste. C'était l'un des plus grands artistes du XXe siècle». Ces quelques mots, en guise d'épitaphe pour cet homme modeste et entièrement dévoué à son art, conviennent parfaitement.


Tully Potter
Traduction : Michel Roubinet
© Testament 2002 – Reproduction interdite.

 
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