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utre le déchirant et sublime Adagio, que l’on ne se lasse pas d’écouter, le présent CD offre une vision particulièrement complète de l’art de Barber : concertos et pièces chorales, toutes de différentes époques de sa vie. Il est dommage qu’en France, ce magnifique compositeur ne soit pas assez souvent joué en public. Est parce qu’il est américain ? Non seulement il n’a vraiment rien de coca-colesque, mais il serait peut-être l’un des plus français d’entre eux, avec Copland ! Rendons-lui donc justice : voilà une musique riche, belle, profondément lyrique et sincère, que nous vous suggérons de découvrir avec cette compilation de qualité impeccable.
Concerto pour violon & orchestre, Op. 14
Dès sa tendre enfance, Samuel Barber fit montre d’une facilité remarquable dans l’écriture vocale, un talent qu’il adapta ensuite aux voix sonores de l’orchestre et plus particulièrement aux cordes. C’est pourquoi la composition de son premier concerto, en 1939 marqua un changement d’orientation. Cette œuvre destinée au violon allait aussi être considérée comme le fait d’une nouvelle trajectoire stylistique. Les années 1940 virent Barber élargir sa palette musicale pour embrasser des lignes angulaires et des dissonances diatoniques, notamment dans le dernier mouvement de son Concerto pour violon. Pour un compositeur célébré pour son style lyrique néo-romantique et son langage harmonique ancré dans le 19ème siècle, ces traits témoignaient bien d’une démarche nouvelle. Il existe néanmoins dans ce concerto bon nombre d’éléments qui indiquent que Barber ne s’était pas détourné de son ancien idiome musical, mais qu’il en avait tout simplement étendu les possibilités. Sa Sonate pour violon de 1928 avait dévoilé un tel talent dans l’écriture violonistique qu’elle lui valut de remporter le Prix Bearns de l’Université de Columbia. Dix ans plus tard, alors que le choix du concerto pouvait représenter une voie nouvelle, celui de l’instrument ne réservait aucune surprise.
Les deux premiers mouvements sont par bien des égards caractéristiques du style lyrique, souvent mélancolique de Barber, quoique l’orchestration révèle une sensibilité nettement plus moderne. Il ne s’agit pas en effet d’un orchestre luxuriant post-romantique. La clarté relativement épurée de Barber permet au violon d’être soutenu et non englouti. Une écriture colorée des bois et l'inclusion d’un piano orchestral ajoutent à la qualité fragile du premier mouvement, tandis que le second s’ouvre par des solos de bois délicatement posés sur une écriture sonore des cordes. D’une grande beauté, la mélodie du violon est ensuite reprise par l’orchestre au complet. Le finale tranche radicalement avec les deux premiers mouvements. La virtuosité de l’instrument soliste suggère à nouveau une stance néo-romantique, mais cette illusion est rapidement balayée par les couleurs astringentes de l’orchestre et l’harmonie étonnamment originale.
Adagio pour cordes, Op. 11
Au printemps 1936, Barber se rendit à Lugano et à Salzbourg. Ce fut parmi cette beauté rustique qu’il écrivit son Quatuor à cordes opus 11. Durant l’été, Toscanini demanda à voir quelques compositions de Barber et suggéra éventuellement de réorchestrer le second mouvement du Quatuor pour un orchestre de cordes. Ce fut ainsi que naquit l’Adagio pour cordes qui rendit Toscanini célèbre. La partition indique, pour être exact, Molto adagio expressivo cantando, et la pièce est élaborée sur une seule idée mélodique qui est caractérisée par un mouvement régulier conjoint. Fourmillant en riches accords, cette musique est liturgique du point de vue de la sonorité, tout en possédant un lyrisme extatique dans son apogée qu’elle atteint par une lente progression.
Heaven-Haven
Pendant son adolescence et autour de ses vingt ans, Barber écrivit maintes mélodies et transcrivit certaines d’entre elles pour chœur, accompagné ou non du piano. Une œuvre essentielle se trouve être sa réalisation musicale de Heaven-Haven, un poème de Gerard Manley Hopkins sur une jeune nonne prenant le voile. Dans l’optique de Barber, il s’agissait cependant plus d’un appel pour la sécurité bienfaisante de la Mère et du Foyer. Barber orchestra sa version chorale pour quatre parties vocales seules, en divisant parfois les voix, afin d’obtenir une résonance plus riche. La tendresse présente dans la musique provient des rythmes chantés qui font écho aux inflexions parlées, tout comme de l’harmonie lumineusement spacieuse qui permet à de délicats chromatismes d’entrer sans détruire l’austérité modale de simples accords parfaits en fausse relation.
The Virgin Martyris - God’s Grandeur
Il semblerait que Barber ait obéi à une espèce d’impulsion religieuse, sans pourtant que ce soit à proprement parler à la foi, en décidant d’écrire une réalisation musicale à quatre voix de The Virgin Martyris (un texte traduit du latin médiéval par Helen Waddell). Le thème de God’s Grandeur, un sonnet de Hopkins, résume le motif essentiel de Barber car les mots contrastent la grandeur divine à l’effet mortifiant de l’impact de l’homme sur elle. La musique de Barber date de 1938. Elle s’élance de manière homophonique en de longs paragraphes au rythme libre, recourrant souvent à une harmonie violente. Un mètre sévère et un canon rigide imposent à la gloire de Dieu le fléau du “commerce” et du “labour” de l’homme, mais la gloire mélismatique remporte finalement la bataille, en une cadence sur un accord pianissimo de do majeur largement espacé, qui nous étreint comme les ailes d’un ange.
Concerto pour piano, Op. 38
Barber remporta deux Prix Pulitzer, l’un pour son opéra Vanessa et l’autre pour son Concerto pour piano. Celui-ci est conçu selon les trois mouvements habituels. Noté Allegro appassionato, le premier débute par une cadenza concise du piano qui présente un des deux thèmes principaux du mouvement, en octaves. Quelques-unes des caractéristiques rythmiques ultérieures sont également suggérées avant que l’orchestre ne le rejoigne avec une phrase hautement mélodieuse. Il s’agit en fait du premier thème d’un allegro de sonate traditionnel dont le soliste se fait l’écho. Un motif emphatiquement rythmique noté “arrogant” conduit à un solo de flûte représentant une version lyrique du premier thème. Cet élément est largement repris dans le développement, mais la cadenza virtuose du soliste exploite les deux thèmes, et conduit à une réexposition orchestral du matériau de base puis à une coda poétique.
Intitulée Canzone, moderato, le mouvement central éminemment mélodique possède des textures légères. Conçu selon une simple forme bipartite, exploitant des cordes en sourdine qui jouent souvent tremolando, il dévoile une toile de fond tranquille pour le piano et divers solos de bois.
L’énergique Allegro molto final est un rondo libre avec deux idées récurrentes principales. La première est un motif agressif de cinq notes et la seconde un élément ostinato avec lequel le piano fait son entrée. La mesure asymétrique à 5/8 explique en partie le caractère spécial du mouvement tout comme son allant rythmique, même si certains passages contrastants offrent un calme relatif. Ce mouvement prend fin sur une conclusion pleine de brio qui en rappelle le début.
Joanna Wyld / Max Harrison / Wilfrid Mellers
Traduction : Isabelle Battioni
© ASV 2002 - Reproduction interdite
ANDRCD9096 - Paru le 13/10/2011
Votre compte
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