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e risque, avec cette musique dont on croit à tort qu’elle est légère, c’est qu’elle soit jouée par des musiciens de second plan. Avec Sorties d’Artistes, aucun risque ! On a ici à faire à la fine fleur des jeunes instrumentistes français – avec en tête Frédéric Laroque, le fabuleux premier violon solo de l’Opéra de Paris – qui s’y connaissent en la matière. Dans ce répertoire, qui associe phrases lyrico-légères et technique compositionnelle impeccable, que souhaiter de plus ? Messager était un compositeur considérable, qui savait, sous couvert de facilité d’écoute, vous brosser des œuvres d’une complexité harmonique et chromatique diabolique – en effet, pourquoi faire facile lorsque l’on sait faire complexe, avec un métier diabolique ? Sorties d’Artistes a écumé les fonds de bibliothèques, les brocantes et les caves des éditeurs pour nous dénicher ces incroyables petits bijoux, arrangements d’époque qui faisaient alors la fortune des orchestres de brasserie. En prime, un livret franchement très bien brossé.Retrouvez les autres volumes de Sorties d'Artistes chez Les Verres Luisants
Miss Dollar, La Fiancée en Loterie, Madame Chrysanthème et La Petite Fonctionnaire, héroïnes lyriques discrètes et oubliées, vivotaient chichement à l’ombre envahissante de Véronique, poussée sans relâche depuis plus de cent ans sur le devant de la scène.
SORTIES D’ARTISTES a dû retrousser ses manches pour retrouver ces jouvencelles attendrissantes, encore vierges des stigmates du temps et de l’usure des productions, toutes émoustillées à l’idée de côtoyer les Fortunio, Chevalier d’Harmental et autres Dragons de l’Impératrice qui forment leur garde rapprochée dans ce disque.
Le Grand Bal des disparus de l’opérette peut commencer. Il est animé par l’ensemble instrumental SORTIES D’ARTISTES, bienveillant protecteur du répertoire de brasserie depuis 1988.
Élève de Camille Saint-Saëns et de Gabriel Fauré, André Messager fait partie intégrante de cette « école française » de la fin du 19ème siècle qui saura renouveler son théâtre lyrique en s’émancipant des influences italiennes pour mieux profiter des apports wagnériens. S’il consacra la plus grande partie de son œuvre au répertoire lyrique léger, jamais il ne cédera aux facilités que le genre propose si souvent. Dans chacun de ses ouvrages, on peut remarquer le métier incomparable, les subtilités harmoniques rares et la clarté limpide de son discours mélodique. Un musicien français par excellence, à la fois savant et populaire, et dont l’écriture toute en demi-teintes magnifie les sentiments les plus raffinés des protagonistes de ses œuvres. Homme du 19ème siècle, André Messager saura s’adapter, sans avoir l’air d’y toucher, aux nouvelles donnes culturelles et économiques que le vingtième siècle apportera.
Pour que ce disque voie le jour, l’ensemble SORTIES D’ARTISTES est parti à la chasse, dans les brocantes et les caves des éditeurs, afin de retrouver les pots-pourris instrumentaux qui faisaient, jadis, la fortune des orchestres « de brasserie ».
Ce sont ces arrangements, rabâchés aux terrasses des cafés et dans les salons des grands hôtels, qui permettaient alors à ceux qui n’avaient pas la possibilité ou la curiosité de s’offrir une place à l’Opéra, à l’Opéra-Comique ou au Théâtre des Bouffes-Parisiens, de connaître les airs des ouvrages lyriques à la mode au moment même où ces œuvres étaient créées. Débarrassées des textes parfois datés qui les habillent, les musiques d’André Messager retrouvent ici comme une nouvelle jeunesse. SORTIES D’ARTISTES n’a pour ambition que d’attiser la curiosité des mélomanes en leur faisant découvrir ces œuvres rares, qui n’ont rien perdu de leur charme originel, et qui vivent cachées depuis tant d’années à l’ombre envahissante de l’indémodable Véronique.
Le Duo du 3e acte de Fortunio (1907) nous fait entrer par la grande porte dans le monde du théâtre et de la « comédie lyrique », si caractéristique de l’esthétique musicale de cette période. Fortunio, le jeune clerc de notaire amoureux transi de Jacqueline, la femme du patron, vient de lui avouer qu’elle est bien celle dont il est épris et qu’il n’avait pas voulu nommer dans sa célèbre Chanson de Fortunio aux accents poignants. Jacqueline feint tout d’abord de croire à un caprice d’enfant, à un désir fugace ; elle avoue enfin son amour au jeune clerc qui lui rappelle, sur un mode passionné, leur première rencontre. Dans un langage musical chatoyant proche de celui de Gabriel Fauré et largement inspiré par Richard Wagner, André Messager est ici un homme de théâtre au sommet de son art, épousant à merveille les élans de cœur des deux personnages imaginés par Alfred de Musset dans « Le Chandelier ».
L’Amour Masqué (1923) nous entraîne dans une toute autre époque. Derrière les loups des protagonistes du bal birman, se cachent les identités de ceux qui veulent tirer les ficelles de ce marivaudage moderne. Les Années Folles ont marqué de leur empreinte le compositeur respecté, à la notoriété bien affirmée, et qui n’a pas peur de s’essayer aux rythmes nouveaux qui font la mode. Au shimmy pétillant de l’ouverture répond le tango parodique « Valentine a perdu la tête » et le célèbre et noble « Chant Birman » du Maharadja apporte sa touche exotique.
Sur un thème libertin imaginé par Sacha Guitry, où l’on retrouve tous les artifices de la comédie et dans lequel le librettiste semble avoir beaucoup mis de lui-même, Messager a cousu une matière musicale originale d’un charme infini que magnifiera à sa création la présence d’Yvonne Printemps, forte à la scène de ses « Vingt Ans » et de ses « Deux Amants ».
Avec La Fiancée en loterie (1896), le jeu en vaut la chandelle mais il faut aller en Espagne pour toucher le gros lot ; en l’occurrence la belle Mercédès Zapata, native d’Oviedo, jolie mais…désargentée. Madame sa mère espère un bon tirage, afin que le fruit chéri de ses entrailles trouve enfin, parmi les cent joueurs triés sur le volet qui se pavanent avec leurs billets, le mari susceptible d’apporter à la famille les ressources qui lui manquent. C’était sans compter sur l’obstination d’Angelin, professeur de chant de la belle brune, prêt à tout pour sauver un amour — partagé —, pour les arts et la vie commune. Messager hispanise ses chœurs, brandit le boléro, donne aux romances des protagonistes énamourés les couleurs savamment dosées de la sensibilité la plus exquise et fait enfin valser les partenaires en fuite sur le thème de « l’Amour, seul maître du monde ».
Madame Chrysanthème (1893) renoue avec l’esprit de la « comédie lyrique », à mi-chemin entre l’opéra et l’opéra-comique. André Messager revient à la musique «sérieuse» et cède à la fascination qu’exerce l’Orient sur les artistes de la fin du 19ème siècle. Le thème est emprunté au roman de Pierre Loti et servira dix ans plus tard de trame au Madame Butterfly de Giacomo Puccini. Quelques pages pittoresques nous entraînent dans un Japon imaginaire et servent de décor au mariage éphémère de l’enseigne de vaisseau Pierre avec la séduisante geisha qui donne son nom à l’ouvrage.
Le compositeur exploite, à la manière d’un Richard Wagner, les possibilités du chant continu qui permet à la musique de courir pendant toute une scène en évitant le découpage air par air, sans toutefois éliminer les dialogues. L’ensemble de l’œuvre est une vraie réussite musicale et les deux Entr’actes instrumentaux, ici enchaînés, comptent parmi les plus belles pièces de Messager. Le succès ne sera cependant pas au rendez-vous puisque l’œuvre ne tiendra l’affiche du Théâtre Lyrique de la Renaissance que pendant une dizaine de représentations.
Échec et déception plus cruelle encore avec Le Chevalier d’Harmental (1896), vite retiré de la scène de l’Opéra-Comique. Héros d’un roman historique d’Alexandre Dumas père, le jeune Raoul, Chevalier d’Harmental, est au centre d’une intrigue amoureuse et politique sous la régence de Philippe d’Orléans. Il prend fait et cause pour la conspiration organisée par la Duchesse du Maine contre le régent, débarque à Paris incognito, et tombe amoureux d’une orpheline au sang noble, la belle Bathilde Durocher, qui le sauvera de la colère du Souverain. L’œuvre est ambitieuse, longuement mûrie par le compositeur et son infortune le laissera déprimé. Que de belles pages dans cette musique oubliée, nourrie encore une fois de l’influence de Bayreuth, mais qui ne rencontrera pas le public qu’elle méritait !
La Petite Fonctionnaire (1921) a pour elle d’autres atouts que la généalogie à tiroir des protagonistes précédents. La guerre de 14-18 est passée par là, poussant sur le devant de la scène des héroïnes aux cheveux courts et qui prennent en main leurs destins.
Celui de Suzanne, fonctionnaire aux P.T.T. de Pressigny, est aussi simple que ses origines : « Je suis la petite fonctionnaire, ayant pour toute ambition de vous servir et de vous plaire, en remplissant bien ma fonction ». Déçue par le mariage du Vicomte de ses rêves, elle se laisse entraîner par ce coquin de Lebardin, que le démon de midi taquine, à Paris, la ville des cocottes et des gigolos. Malgré les baisers dans les taxis et les ascenseurs qui, chacun le sait, « ont toujours été faits pour ça », elle regrettera toujours son Pressigny avec ses potins, son « bureau sur la blanche route et la paix des après-midi où l’heure tombe goutte à goutte », au point d’y revenir dare-dare retrouver son Vicomte.
Dans cette comédie musicale tirée d’une pièce d’Alfred Capus et qui tiendra l’affiche 80 jours à Mogador, André Messager intègre pour la première fois les nouvelles danses dont s’amuseront les Années Folles et auxquelles il donnera les couleurs inhérentes à son art distingué : un Shimmy enlevé qui donne des fourmis dans les jambes et un Tango élégant et retenu qui flirte avec la habanera. C’est Édmée Favart qui aura le bonheur de défendre à sa création l’air de Suzanne « Je regrette mon Pressigny », ce petit bijou de grâce mélancolique qui domine l’œuvre.
Sous le Second Empire, une lutte impitoyable oppose Les Dragons de l’Impératrice (1905) aux Cent-Gardes de l’Empereur Napoléon III. Saint-Gildas, capitaine des Dragons, s’est juré de rafler toutes les maîtresses du boulimique Agénor des Glaïeuls, capitaine de la garde rivale. Il embobine les onze premières avec brio mais trébuche sur la douzième, Lucrèce, un gros poisson adepte du « petit frisson », épouse du Colonel des Dragons, et qui a oublié un éventail compromettant lors d’un baiser passionné au parc de Saint-Cloud. Prête à tout pour reconquérir un mari qui la délaisse, Cyprienne, la femme de Saint-Gildas, monte au créneau pour éviter le scandale et retrouver les faveurs de son homme.
Dans cette comédie qui sent encore bon le dix-neuvième siècle, bichonnée par les fidèles Vanloo et Duval, André Messager a concocté une musique pleine de charme et d’heureuses trouvailles harmoniques (« Il m’aime ! j’en suis certaine ! »), très inspirée par Gabriel Fauré, qui nous fait regretter l’oubli presque total dans lequel l’œuvre est maintenant tombée.
On ne peut pas dire que Miss Dollar (1893), malgré son titre prometteur, aura beaucoup enrichi son compositeur. Créée le 22 décembre 1893 au Nouveau-Théâtre, l’opérette sera cependant jouée jusqu'au mois d'avril de l'année suivante. Le richissime américain Sam Truckson a largement doté sa jeune nièce Nelly (Miss Dollar) mais imagine pour elle un parti un peu plus flatteur que Gaëtan, l’homme de sa vie. L’entêtement de la belle à faire passer l’amour avant la richesse aura raison des prétentions opportunistes du tonton. Dans cette opérette minimaliste au livret peu enthousiasmant, c’est encore une fois la partition de Messager qui tire son épingle du jeu. Un ballet imposant compense la minceur de la partie chantée, seule représentée ici, mais qui s’avère, comme toujours chez le compositeur, fort habilement ciselée.
C’est sur les frêles épaules de Véronique (1898) que repose presque entièrement la notoriété d’André Messager. Perchée sur le dos d’un petit âne ou sur une escarpolette lors d’un pique-nique à Romainville, elle est pour toujours, et pour tous les publics, cette petite provinciale pure, simple et décidée, capable de conquérir le cœur de ce fêtard invétéré de Florestan de Valincourt avec pour tout argument un peu de malice et une grâce sans égale. Sur un livret parfaitement maîtrisé par Albert Vanloo et Georges Duval, qui réunit, sous le règne de Louis-Philippe, les milieux sociaux les plus divers, André Messager a concocté un chef-d’œuvre d’élégance qui offre peu de prise au temps. On retrouve le métier incomparable du compositeur et son inventivité débridée dans toutes les pages de cet «opéra-comique» qui fleure bon l’opérette et dont les airs les plus célèbres courent encore sur les lèvres de tout un chacun.
André Messager souffre encore aujourd’hui du mépris traditionnel que les mélomanes «avertis» observent à l’égard de tout ce qui touche de près ou de loin à la musique légère ; comme si plaisir et joie de vivre ne pouvaient rimer avec ambition musicale et avec talent. Il souffre aussi probablement d’avoir trop souvent associé ses musiques à des livrets peu convaincants et difficilement transposables, qui rendent aléatoire, pour certains d’entre eux, toute nouvelle production. Si Véronique a réussi à tirer son épingle du jeu, elle ne doit pas faire oublier les autres ouvrages de ce travailleur infatigable qui a réussi à donner une identité si personnelle et originale à sa production lyrique.
Quelles richesses au détour de chacune de ces œuvres oubliées qui dorment dans les bibliothèques des théâtres lyriques !
En faisant revivre à sa manière ces dentelles musicales amoureusement travaillées pendant un demi-siècle par un orfèvre inégalable, l’ensemble SORTIES D’ARTISTES espère contribuer modestement à faire redécouvrir un compositeur aujourd’hui méconnu, qui a su si élégamment faire fredonner les Français.
André Messager est né à Montluçon le 30 décembre 1853. Fils d'un receveur des finances, c'est dans une famille issue de la grande bourgeoisie parisienne qu'il grandit là-bas. Élève chez les frères Maristes, rien ne le destine à priori à embrasser une carrière musicale.
Il étudie cependant le piano comme le voulait l'usage dans ce milieu distingué et fréquente la chorale de son collège. La musique le passionne plus que les études classiques vers lesquelles le poussent consciencieusement ses parents. Les désastreuses spéculations financières de son père donnent un joli coup de pouce au jeune André et au monde musical : dès l'âge de 16 ans, et pour cause de banqueroute familiale, tout espoir de voir le jeune apprenti mélomane suivre les traces de son père est abandonné par la famille. Muni d'une bourse récompensant ses dons artistiques précoces, le jeune Messager est expédié à Paris pour suivre les cours de l'École Niedermeyer, moins onéreux que ceux dispensés par le Conservatoire National ; à charge pour lui d'apprendre le plus rapidement possible le métier d'organiste et de Maître de Chapelle auquel le prépare cette école réputée afin d'obtenir une autonomie financière bienvenue. Il suit pendant cinq ans les cours de Camille Saint-Saëns et de Gabriel Fauré, qui deviendront plus tard ses amis, et apprend là toutes les subtilités de l'écriture modale qui teintera toute son œuvre.
Pressé de gagner sa vie, il quitte l'école à la fin de l'année 1874 et obtient grâce à Saint-Saëns l'orgue de chœur de Saint-Sulpice. On le retrouvera plus tard au grand orgue de Saint-Paul (1881), puis Maître de Chapelle à Sainte-Marie-des-Batignolles (1882). Il commence à composer sérieusement à partir de 1875 : une symphonie, jouée par les Concerts Colonne en 1878, des cantates, des morceaux de concours...
Pour arrondir ses fins de mois, il accepte le poste de chef d'orchestre et compositeur de ballet aux Folies-Bergère et perfectionne son métier de chef à l'Eden-Théâtre de Bruxelles. Il devient ainsi peu à peu un musicien complet, d'un éclectisme étonnant. L'éditeur Enoch, qui appréciait particulièrement le talent que développait le jeune Messager dans ses compositions de musique de ballet pour les Folies-Bergère, pressa ce dernier d'accepter de terminer l'opéra-comique François-les-Bas-bleus du jeune et prometteur Firmin Bernicat que sa mort prématurée avait laissé inachevé. C'est à cette tâche que Messager développa son goût pour le théâtre lyrique et la musique légère. Le succès remporté par François-les-Bas-bleus (1883) l'encouragea à persévérer dans cette voie et lorsque la direction des Folies-Dramatiques lui proposera le livret de La Fauvette du Temple (1885), il n'hésitera pas. C'est ce nouveau succès (190 représentations) qui lancera sa carrière, immédiatement suivi par La Béarnaise créée la même année.
Grâce au coup de pouce de Saint-Saëns, son ballet Les Deux Pigeons, d'après la fable de La Fontaine, est donné à l'Opéra de Paris (1886). L'année suivante, l'échec de son opéra-comique Le Bourgeois de Calais (1887) puis le succès mitigé sur la scène du Théâtre de la Renaissance de son délicieux conte de fée lyrique Isoline (1888), sur un poème de Catulle Mendès, donne un petit coup de frein à sa créativité. André Messager, fasciné par Wagner comme tant d'autres musiciens de sa génération, est tiraillé entre une vraie ambition musicale et une urgence matérielle qui le conduit à composer à la va-vite des opérettes condamnées d'avance à l'insuccès par un public blasé par le genre (Le Mari de la Reine, 1889).
Le compositeur affine son talent de chef d'orchestre lors de l'Exposition Universelle de 1889 en dirigeant plusieurs concerts au Trocadéro et brise enfin le cycle des échecs avec la création à la Salle Favart de son opéra-comique La Basoche, le 30 mai 1890, sur un livret d'Albert Carré, qui sera joué plus de 200 fois jusqu'en 1939. Il travaille encore à la commande, poussé par le besoin d'argent, et alterne musique "sérieuse" et musique légère. Après la musique de scène de Hélène, c'est Madame Chrysanthème (1893), une "comédie lyrique" d'après le roman de Pierre Loti, finement ciselée, et qui précède de près de dix ans l'adaptation qu'en fera Giacomo Puccini avec Madama Butterfly.
Le démon de l'opérette reprend le dessus avec Miss Dollar en 1893, Mirette en 1894 (créée à Londres et composée en collaboration avec Miss Hope Temple qui deviendra plus tard sa seconde femme) et La Fiancée en Loterie en 1896, vite oubliées malgré leurs indéniables qualités musicales. Il travaille parallèlement longuement à un ouvrage tout empreint de wagnérisme qui lui tient particulièrement à cœur : Le Chevalier d'Harmental d'après Alexandre Dumas, créé à l'Opéra-Comique le 5 mai 1896. Découragé par l'échec d'une œuvre dans laquelle il s'était beaucoup investi, il s'installe à Londres avec l'intention d'abandonner l'écriture.
Lorsque Albert Vanloo et Georges Duval lui font parvenir le livret des P'tites Michu, il oublie aussitôt sa récente déconvenue et se remet au travail avec ardeur et inspiration. Il boucle l'affaire en trois mois et l'opérette est créée aux Bouffes-Parisiens le 16 novembre 1897 ; elle tiendra la scène pendant 150 représentations. La spirale du succès est enclenchée et la même équipe se remet au travail pour donner Véronique l'année suivante et dans le même lieu (10 décembre 1898, 200 représentations consécutives), qui immortalisera ses auteurs et son compositeur.
La curiosité de André Messager est sans limites et la carrière de chef d'orchestre qui se dessine désormais pour lui en fait foi. Il a dirigé en 1892 La Walkyrie à Marseille, concrétisation d'un engouement certain pour l'œuvre de Richard Wagner qui l'avait poussé à faire le voyage jusqu'à Bayreuth, quelques années auparavant, en compagnie de son Maître et ami Gabriel Fauré. Il était aussi au pupitre pour diriger ses propres œuvres (Madame Chrysanthème, Mirette). En janvier 1898, il est nommé par Albert Carré conseiller musical et chef d'orchestre à l'Opéra-Comique et consacre maintenant la plus grande partie de son temps à faire connaître les musiques de ceux qu'il aime. C'est sous sa baguette inspirée que furent créées Fervaal de Vincent d'Indy, Louise de Gustave Charpentier et surtout Pelléas et Mélisande, le chef d'œuvre de Claude Debussy.
Il prend quand même le temps de composer un ballet, Une Aventure de la Guimard, qui sera donné en 1900 dans son fief de la Salle Favart. En 1903, Messager quitte l'Opéra-Comique. Il se rend fréquemment en Normandie et compose l'opérette Les Dragons de l'Impératrice (1905) sur un livret des incontournables Vanloo et Duval, qui ne tiendra cependant la scène du Théâtre des Variétés que pendant 40 représentations. Il revient ensuite au genre si typiquement français de la "comédie lyrique" avec l'une de ses œuvres maîtresse : Fortunio (1907), d'après Le Chandelier de Alfred de Musset, née de la rencontre, sous les bons auspices de Albert Carré, du compositeur avec les librettistes Robert de Flers et Gaston Arman de Caillavet. Il reviendra ensuite à l'Opéra-Comique (1919-1920) puis sera chef aux Ballets Russes (1924).
La fin de ses responsabilités à l'Opéra de Paris lui laisse le temps de composer une "légende lyrique" en quatre actes, bien oubliée de nos jours et créée à Monte-Carlo en 1914 Béatrice. Il revient à l'opérette "romantique" en 1919 avec Monsieur Beaucaire, créée en Angleterre où le compositeur jouissait d'une notoriété certaine, et qui célèbre l'amitié franco-britannique. Il ne quittera plus maintenant le genre léger qu'il a su si bien défendre et adopte le principe de la "comédie musicale". Il adapte avec bonheur son style aux danses à la mode (tanto, shimmy, fox-trot...), recherche des livrets plus "modernes" et réduit ses orchestrations pour faire face aux nouvelles exigences économiques. Après La Petite Fonctionnaire créée en 1921 au Théâtre Mogador, c'est au tour de L'Amour masqué de voir le jour au Théâtre Edouard VII le 13 février 1923. Né de la rencontre fructueuse du compositeur avec Sacha Guitry, l'ouvrage met en valeur sur scène, avec charme et esprit, le talentueux librettiste et sa compagne à la ville, la chanteuse Yvonne Printemps.
André Messager a maintenant 70 ans. Ultime reconnaissance de ses pairs, il est nommé Président de la Société des Auteurs et Compositeurs Dramatiques, fonction qu'il assurera pendant trois ans. Malade, il a encore assez de vitalité pour composer deux opérettes en collaboration avec Albert Willemetz, le librettiste en vogue, coqueluche des Années Folles, et dont il a fait son ami. C'est l'été, dans la villa que ce dernier possède à Royan, que furent élaborés sur le piano bastringue du salon, dans la joie de l'amitié partagée, Passionnément (1926), puis Coup de Roulis (1928) qu'il dirigera à sa création le 29 septembre 1928. Il s'éteint le 24 février 1929, épuisé par le mal qui le ronge, après avoir donné à la France pendant près de cinquante ans les joyaux les plus distingués et les plus aboutis de son répertoire lyrique léger.
© Les Verres Luisants 2003 - Reproduction interdite
Créé en 1988, l'ensemble SORTIES D'ARTISTES réunit de jeunes musiciens, solistes pour la plupart dans les grands orchestres parisiens (Orchestre de l'Opéra de Paris, Orchestre de Paris, Orchestre Philharmonique de Radio-France...).
Au-delà de leurs activités traditionnelles, ils recherchent surtout, dans une atmosphère de complicité amicale, une approche moins rigide de la musique où ils peuvent s'exprimer librement.
Ils ont choisi, par le concert et par le disque, de faire revivre les musiques qui se jouaient à la fin du dix-neuvième siècle et jusqu'après la Seconde Guerre Mondiale dans les brasseries et les cafés des grandes villes françaises.
Après un premier CD consacré aux musiques en vogue dans le "Paris des Années Trente" (LVL001), SORTIES D'ARTISTES nous a permis, en compagnie du compositeur de musique légère Francis Popy, de partager "Les Frissons" (LVL002) qu'éprouvèrent ceux qui connurent la Belle Époque. L'ensemble a ensuite emprunté avec "Pour être heureux" (LVL003), la route musicale souriante suivie pendant les Années Folles par le librettiste et parolier Albert Willemetz, puis nous a entraînés "En Espagne" (LVL004). Grâce à ce cinquième disque, c'est le monde plein de fantaisie de l'opérette qui est exploré, avec pour guide un Maître incontesté du genre : André Messager.
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