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  • 2 CD Classique - LVC1125
  • Jean-Patrice Brosse, clavecin

    Le Clavecin du Roi Soleil


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Référence : LVC1125 3760028691259 - 2 CD
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Le Clavecin du Roi Soleil



    Si l’essor du clavecin français correspond au début du règne de Louis XIV1, c’est sous François Ier que paraissent les premières œuvres destinées aux claviers – épinette, orgue, manicordion – anonymes mais rassemblées en 1531 par l’éditeur Pierre Attaingnant : la Pavane en fa est extraite de cette antique gravure. Mais tandis que dans toute l’Europe se développe la pratique de l’instrument aux cordes pincées, le luth conquiert en France tout le territoire musical, et la complète renaissance du clavecin devra attendre un siècle encore. La Petite fantaisie dessus l’accord du Leut est une adaptation au clavier d’une œuvre éditée par Adrien Le Roy, tout comme la Sarabande de René Mézangeau, la Chaconne et la Gigue d’Ennemond Gaultier ou encore la Sarabande de Germain Pinel qui nous sont parvenues grâce à une transcription faite par d’Anglebert dans les années 1680, illustrant clairement l’influence du luth sur les premières pièces de clavecin écrites sous le règne de Louis XIII. A ce dernier nous devons une jolie chanson, Tu crois, O beau soleil, mise en tablature par Pierre Chabanceau de la Barre et éditée dans l’Harmonie Universelle de 1636.

     D’un autre ouvrage didactique, le Traité de l’accord de l’épinette de Jean Denis provient l’efficace Prélude pour sonder si l’accord est bon partout. A cette époque, la facture instrumentale s’enrichit des sonorités variées du virginal, de l’épinette, du clavecin naissant, du luth-clavecin aux cordes de boyau, du claviorganum que beaucoup de compositeurs pratiquent, comme Henri du Mont qui écrit une Allemande pour l’Orgue ou le Clavecin. Parmi tous les compositeurs qui accompagnent l’enfance du roi, c’est à Etienne Richard, organiste de St-Jacques et auteur d’une Sarabande, que la reine Anne d’Autriche confie le soin d’enseigner le clavecin à son fils.

     Mais le véritable avènement de l’école française se produit grâce à deux compositeurs de la Chambre du roi : Jacques Champion de Chambonnières et Louis Couperin. Du premier circulent sous forme manuscrite des œuvres alors célèbres, la Courante Iris et la Sarabande Jeunes Zéphirs, bien avant l’édition imprimée en 1670. Du second on ne connaît les pièces si poétiques que grâce à des manuscrits recélant ces étranges Préludes non mesurés, souvenirs des improvisations des luthistes. Les hommages et les emprunts sont continuels entre artistes : ainsi à côté de danses comme la Volte ou les Canaries Louis Couperin augmente-t-il d’un Double l’Allemande Le Moutier de Chambonnières et une Gavotte de Hardel, auteur lui-même d’une Courante dont il existe une version pour le luth toujours présent. Organiste à la Chapelle royale, Nicolas Lebègue est également claveciniste, auteur de deux livres qui contiennent une noble Chacone grave.

     Succédant à Chambonnières, le claveciniste attitré à la Chambre de Louis XIV sera Jean Henry d’Anglebert. Lui aussi reprendra les œuvres de ses prédécesseurs ou de ses contemporains : il réécrit et ornemente abondamment la Courante Iris et la Sarabande jeunes Zéphirs de Chambonnières qu’il agrémente de doubles, et transpose pour le clavecin des œuvres de son ami Jean-Baptiste Lully, dont la célèbre Passacaille d’Armide. Fidèle à la tradition, il rend hommage à son maître par un admirable Tombeau de Chambonnières.

     Le souverain vieillissant, l’esthétique française évolue considérablement au tournant du siècle, et perd de son côté majestueux pour incliner vers un style plus léger, le Classicisme du Grand siècle cédant la place au Rococo naissant. Les œuvres abondent alors, et nombreux sont les livres de clavecin imprimés en ce début du XVIIIè siècle. Au milieu d’une pléiade d’artistes, Louis Nicolas Clérambault, disciple de l’organiste André Raison, édite en 1704 deux ravissantes suites dont est extraite la Gigue en ut majeur. Peu après c’est Jean- Philippe Rameau qui fait paraître son premier livre, débutant, en hommage au siècle précédent et au règne du luth finissant, par un Prélude dont la première partie non mesurée s’enchaîne à un mouvement de gigue. Rameau n’éditera ses ouvrages suivants qu’après la mort de Louis XIV, bien avant sa grande production d’opéras.

    Une musicienne enchantait le vieux roi à Versailles, Elizabeth Jacquet de la Guerre, qui dans sa jeunesse avait déjà écrit des pièces de clavecin, et devait faire paraître en 1707 un beau livre débutant par une allemande avec son double, La Flamande. La même année était imprimé un petit ouvrage de Pièces choisies comprenant des œuvres tardives de Louis Marchand, dont La Vénitienne, de Marin Marais, célèbre violiste de la Chambre du roi qui avait autrefois édité des transcriptions pour le clavecin de son opéra Alcide et qui éditait par là sa Polonnoise, et quelques pièces du plus grand des clavecinistes français, François Couperin. Bien qu’occupant la charge d’organiste de la Chapelle de Louis XIV depuis 1693 et vivant dans l’intimité du roi et des princes, François Couperin ne bénéficiera du poste de claveciniste de la Chambre que deux ans après la disparition du souverain. Par ailleurs, si ses œuvres pour orgue sont diffusées alors qu’il n’a que 22 ans, il ne fera paraître des pièces de clavecin pourtant écrites de longue date qu’en 1713. C’est également le cas des huit admirables Préludes à l’art de toucher le clavecin qui ne seront publiés que l’année suivant la mort du Roi Soleil.

     L’instrument prend alors une ampleur nouvelle, évoluant vers un classicisme européen au cours d’une deuxième période couvrant tout le règne de Louis XV2, pour s’éteindre avec l’arrivée du pianoforte, n’ayant finalement vécu guère plus qu’une centaine d’années.

Jean-Patrice Brosse
www.jeanpatrice-brosse.com
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