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Le Clavecin du Roi Soleil
Si l’essor du clavecin français correspond au début du règne de Louis XIV1,
c’est sous François Ier que paraissent les premières œuvres destinées aux
claviers – épinette, orgue, manicordion – anonymes mais rassemblées en 1531
par l’éditeur Pierre Attaingnant :
la Pavane en fa est extraite de cette antique
gravure. Mais tandis que dans toute l’Europe se développe la pratique de
l’instrument aux cordes pincées, le luth conquiert en France tout le territoire
musical, et la complète renaissance du clavecin devra attendre un siècle encore.
La
Petite fantaisie dessus l’accord du Leut est une adaptation au clavier d’une
œuvre éditée par Adrien Le Roy, tout comme la
Sarabande de René Mézangeau,
la
Chaconne et la
Gigue d’Ennemond Gaultier ou encore la
Sarabande de
Germain Pinel qui nous sont parvenues grâce à une transcription faite par
d’Anglebert dans les années 1680, illustrant clairement l’influence du luth sur
les premières pièces de clavecin écrites sous le règne de Louis XIII. A ce dernier
nous devons une jolie chanson,
Tu crois, O beau soleil, mise en tablature par
Pierre Chabanceau de la Barre et éditée dans l’
Harmonie Universelle de 1636.
D’un autre ouvrage didactique, le
Traité de l’accord de l’épinette de Jean Denis
provient l’efficace
Prélude pour sonder si l’accord est bon partout. A cette
époque, la facture instrumentale s’enrichit des sonorités variées du virginal, de
l’épinette, du clavecin naissant, du luth-clavecin aux cordes de boyau, du
claviorganum que beaucoup de compositeurs pratiquent, comme Henri du Mont
qui écrit une
Allemande pour l’Orgue ou le Clavecin. Parmi tous les compositeurs
qui accompagnent l’enfance du roi, c’est à Etienne Richard, organiste de
St-Jacques et auteur d’une
Sarabande, que la reine Anne d’Autriche confie le
soin d’enseigner le clavecin à son fils.
Mais le véritable avènement de l’école française se produit grâce à deux
compositeurs de la Chambre du roi : Jacques Champion de Chambonnières et
Louis Couperin. Du premier circulent sous forme manuscrite des œuvres alors
célèbres, la
Courante Iris et la
Sarabande Jeunes Zéphirs, bien avant l’édition
imprimée en 1670. Du second on ne connaît les pièces si poétiques que grâce
à des manuscrits recélant ces étranges
Préludes non mesurés, souvenirs des
improvisations des luthistes. Les hommages et les emprunts sont continuels
entre artistes : ainsi à côté de danses comme la
Volte ou les
Canaries Louis
Couperin augmente-t-il d’un
Double l’Allemande Le Moutier de Chambonnières
et une Gavotte de Hardel, auteur lui-même d’une
Courante dont il existe une
version pour le luth toujours présent. Organiste à la Chapelle royale, Nicolas
Lebègue est également claveciniste, auteur de deux livres qui contiennent une
noble
Chacone grave.
Succédant à Chambonnières, le claveciniste attitré à la Chambre de Louis XIV
sera Jean Henry d’Anglebert. Lui aussi reprendra les œuvres de ses prédécesseurs
ou de ses contemporains : il réécrit et ornemente abondamment la
Courante Iris et la
Sarabande jeunes Zéphirs de Chambonnières qu’il agrémente
de doubles, et transpose pour le clavecin des œuvres de son ami Jean-Baptiste
Lully, dont la célèbre
Passacaille d’Armide. Fidèle à la tradition, il rend hommage
à son maître par un admirable
Tombeau de Chambonnières.
Le souverain vieillissant, l’esthétique française évolue considérablement au
tournant du siècle, et perd de son côté majestueux pour incliner vers un style
plus léger, le Classicisme du Grand siècle cédant la place au Rococo naissant.
Les œuvres abondent alors, et nombreux sont les livres de clavecin imprimés
en ce début du XVIIIè siècle. Au milieu d’une pléiade d’artistes, Louis Nicolas
Clérambault, disciple de l’organiste André Raison, édite en 1704 deux
ravissantes suites dont est extraite la
Gigue en ut majeur. Peu après c’est Jean-
Philippe Rameau qui fait paraître son premier livre, débutant, en hommage au
siècle précédent et au règne du luth finissant, par un
Prélude dont la première
partie non mesurée s’enchaîne à un mouvement de gigue. Rameau n’éditera
ses ouvrages suivants qu’après la mort de Louis XIV, bien avant sa grande
production d’opéras.
Une musicienne enchantait le vieux roi à Versailles, Elizabeth Jacquet de la
Guerre, qui dans sa jeunesse avait déjà écrit des pièces de clavecin, et devait
faire paraître en 1707 un beau livre débutant par une allemande avec son double,
La Flamande. La même année était imprimé un petit ouvrage de
Pièces choisies
comprenant des œuvres tardives de Louis Marchand, dont
La Vénitienne, de
Marin Marais, célèbre violiste de la Chambre du roi qui avait autrefois édité des
transcriptions pour le clavecin de son opéra
Alcide et qui éditait par là sa
Polonnoise, et quelques pièces du plus grand des clavecinistes français, François
Couperin. Bien qu’occupant la charge d’organiste de la Chapelle de Louis XIV
depuis 1693 et vivant dans l’intimité du roi et des princes, François Couperin ne
bénéficiera du poste de claveciniste de la Chambre que deux ans après la
disparition du souverain. Par ailleurs, si ses œuvres pour orgue sont diffusées
alors qu’il n’a que 22 ans, il ne fera paraître des pièces de clavecin pourtant
écrites de longue date qu’en 1713. C’est également le cas des huit admirables
Préludes à l’art de toucher le clavecin qui ne seront publiés que l’année suivant
la mort du Roi Soleil.
L’instrument prend alors une ampleur nouvelle, évoluant vers un classicisme
européen au cours d’une deuxième période couvrant tout le règne de Louis XV2,
pour s’éteindre avec l’arrivée du pianoforte, n’ayant finalement vécu guère plus
qu’une centaine d’années.
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