Félix Mendelssohn (1809–1847)
CD 1 - CD 2
Romances sans paroles (Intégrale)
CD 3
6 Préludes et Fugues, op. 35
Scènes enfantines, op. 72
Fantaisie en fa dièse mineur, op. 28 "Sonate écossaise"
CD 4
Variations sérieuses, op. 54
Variations en mi bémol majeur, op. 82
Variatins en si bémol majeur, op. 83
Prélude et Fugue en mi mineur
Scherzo en si mineur
Étude en fa mineur
Gondollied
Andante cantabile et Presto agitato en si majeur
7 Pièces caractéristiques, op. 7
CD 5
Scherzo a capriccio en fa dièse mineur
Capriccio, op. 5
Rondo capriccioso, op. 14
Fantaisie en mi majeur sur The Last Rose of Summer, op. 15
3 Fantaisies ou Caprices, op. 16
2 Pièces pour piano
Albumblatt, op. 117
Capriccio en mi majeur, op. 118
Perpetuum mobile, op. 119
3 Caprices, op. 33
CD 6
Sonate en si bémol mineur Premier enregistrement
3 Études, op. 104b
3 Préludes, op. 104a
Sonate en sol mineur, op. 105
Sonate en si bémol majeur, op. 106
Sonate en mi majeur, op. 6
CD 7
Thème et Variations en ré majeur
Capriccio en mi bémol mineur
Fugue en mi bémol majeur
Sonate en mi mineur
Allegro en ut majeur
Vivace en ut mineur
Andante en ré majeur
Prestissimo en fa mineur
Fugue en sol mineur
Reiterlied
Lied (de d'Album de Fanny)
Albumblatt (dédié à Ottilie von Goethe)
Romance sans paroles en fa majeur
Fantaisie en ut mineur et ré majeur
CD 8
Sonate en ut mineur
Sonate en fa mineur
Sonate en la mineur
3 Études
Lied en la majeur
Kleines lied en la majeur
Sonatine en mi majeur
Fugue en ré mineur Premier enregistrement
Fugue en ré mineur Premier enregistrement
Fugue en si mineur Premier enregistrement
Fugue en ut dièse mineur
Marie-Catherine Girod, piano
Ceux qui ont acheté ce produit ont également acheté :
Félix Mendelssohn
« maître souverain du piano »
«
À l’aimable Felix Mendelssohn, maître souverain du piano, souvenir d’amitié par un beau jour du mois de mai 1830 !
», écrit Goethe sur une page de son
Faust qu’il offre au musicien de vingt et un ans. Depuis ses douze ans, l’âge où son maître Zelter l’a présenté à Goethe, Felix a régalé le mage de Weimar de concerts privés, retraçant de mémoire au clavier l’évolution de la musique de Palestrina aux temps romantiques !
Schumann vante «
l’effet irrésistible des compositions de Mendelssohn quand il les joue lui-même
» et ajoute : «
J’ai souvent pensé à part moi que Mozart a dû jouer comme cela.
» Selon Fétis : «
Obligé de satisfaire à de nombreuses obligations, il ne put jamais donner à l’étude du piano le temps qu’y consacrent les virtuoses de profession
; mais ses mains avaient une adresse naturelle si remarquable, qu’il put briller partout où il se fit entendre. Il n’y avait pas de musique de piano si difficile qu’il ne pût exécuter correctement. […]. Son exécution était expressive et pleine de nuances délicates.
»
Ferdinand Hiller rapporte : «
Un jour, dans l’après-dîner, Mendelssohn, trouvant mes études sur le piano, s’assit à l’instrument, et les joua toutes les vingt-cinq à la file avec un style vraiment splendide. » Intime de Chopin, Liszt et Alkan et lui-même grand virtuose, Hiller trouvait toutefois l’écriture pianistique de Mendelssohn un peu traditionnelle et il le poussa souvent à imaginer des formules plus inédites. Pour Clara Schumann, la première grande concertiste pourtant à diffuser Chopin en Allemagne, Mendelssohn restera un incomparable «
idéal, plein de génie et de feu, uni à la perfection technique
».
Indéniablement grand virtuose, au point de laisser cois à Thalberg et Liszt eux-mêmes, Mendelssohn était si doué en tout - somptueux organiste, excellent violoniste et altiste, immense chef d’orchestre - et abordait avec tant d’aisance toutes les facettes de son art qu’il ne s’est pas consacré au piano avec la même passion exclusive et dévotionnelle qu’un Chopin. Sa capacité à déchiffrer au piano toute composition orchestrale ou vocale et d’en rendre les couleurs variées sur tout clavier, qu’il fût de Pleyel, Erard, Broadwood ou d’un facteur viennois, a fait l’admiration de Berlioz à Rome en 1831.
Quand l’Allemand lui eut joué au piano sa
Symphonie italienne, le Français écrivit à leur ami Hiller : «
C’est un talent énorme, extraordinaire, superbe, prodigieux
», à son père : «
C’est un jeune homme d’un talent prodigieux,
comme compositeur et exécutant, lettré et instruit autant qu’on puisse désirer de l’être
». À son tour, le célèbre violoniste Joachim s’émerveillera de son jeu pianistique «
orchestral
», précisant que «
nul ne peut avoir son staccato, ni son extraordinaire friselis
».
Sous prétexte que ce multidoué a confié à Hiller en 1838 : «
Les morceaux pour piano ne sont sans doute point ce que j’écris avec le plus de plaisir, ni ce qui me réussit le mieux
», il ne faudrait pas en déduire qu’ils forment dans son œuvre une part moins importante que ses musiques de chambre, orchestrales ou oratoriales, même s’il est vrai que les quelque dix heures de son œuvre pianistique - enregistrée ici en un coffret imposant de huit CD - ne comprend pas de massif équivalent aux
Sonates de Beethoven ou aux
Préludes et
Études de Chopin. Le mélomane qui pense tout connaître avec les
Romances sans paroles, le
Rondo Capriccioso et les
Variations sérieuses n’est cependant pas au bout de ses découvertes, pour certaines enchanteresses.
Dès ses onze ans, en 1820, le garçon d’une précocité confondante a abordé tous les genres de musique, si bien qu’il a accumulé un répertoire immense, dont il ne publiera, pour le piano, que quelques pages triées sur le volet. Entre deux fournées de musique de chambre, les premières œuvres pianistiques que Félix ait trouvées dignes de l’édition sont le
Capriccio en fa dièse op. 5, la
Sonate en
Mi op. 6 et les
Pièces caractéristiques op. 7. Avec l’opus 72 commenceront les opus posthumes, vaste répertoire que les spécialistes continuent de découvrir et de publier aujourd’hui, R. Larry Todd et Pietro Spada en particulier.
Fils de personne en raison de ses prodigieuses facultés presque innées, Félix est aussi l’héritier de tout un passé qu’il assimile avec voracité. Ses maîtres berlinois le forment dans l’exigence. Héritier spirituel de Bach, directeur de la Singakademie, Friedrich Zelter le rompt au contrepoint savant – ainsi que Fanny, la brillante sœur aînée, affectueusement baptisée «
le cantor
» par son cadet. Réceptif et respectueux, le garçon accumule ainsi maintes fugues pour clavier et cordes.
Leur professeur de piano, Ludwig Berger, disciple de Clementi et condisciple de Field, ouvre plus largement les fenêtres et fait pénétrer des effluves nouveaux. La relation personnelle que le pétulant enfant prodige entretient avec
Hummel, Moscheles et Weber lui permettra d’être pleinement de son temps, et pratiquer une virtuosité
di bravura, sans jamais se départir d’une vision sérieuse de son art, qui ne saurait admettre les paraphrases d’opéras et autres pots-pourris à la mode. C’est bien pourquoi, après son Grand Tour européen de jeunesse, le musicien polyglotte ne retournera plus en France (où en 1815, il avait reçu des leçons de la pianiste Marie Bigot) ni en Italie pour ne plus se prêter qu’à l’Angleterre, moins préjudiciable à sa catégorique appartenance à la patrie allemande.
À contempler avec le recul du temps la manne pianistique mendelssohnienne, on voit se dessiner des chemins, pour certains parcourus durant les années de jeunesse seulement, pour d’autres sillonnés plusieurs fois au cours de son bref parcours. Si le genre de la sonate se maintient jusqu’au terme dans la musique de chambre et d’orchestre, il ne dépassera pas au piano les dix-huit ans du musicien, tandis que les morceaux de moyenne dimension (caprices, fantaisies, préludes et fugues) courent sur tout le chemin, de même que les pages, éparses ou réunies en recueils (
Romances sans paroles) ou encore en cycles organisés (variations,
Pièces caractéristiques).
Une autre manière d’envisager la répartition de ce corpus multiple consisterait à mettre d’un côté ce qui relève de la musique de salon ou de concert, de l’autre la part la plus exigeante sous le label
« ernst », sérieux, épithète plusieurs fois requise par le compositeur et typique de la
Hausmusik (
Pièces caractéristiques, Variations sérieuses, Préludes et fugues).
Le concert de piano n’est pas un but pour Mendelssohn. Le pianiste ou l’altiste qui s’adonne assidûment à la musique de chambre, le chef qui dirige avec maestria depuis ses douze ans, le somptueux organiste qui tient en haleine son auditoire des soirées entières a suffisamment l’occasion de pratiquer en public pour ne pas rêver au «
récital
» de piano : Liszt, Clara Wieck et Moscheles s’en chargeront aux alentours de 1837. Il jouera toutefois avec dilection en public les concertos de Mozart, Beethoven et les siens propres.
Au piano, Mendelssohn manifeste comme ailleurs un penchant pour les tons mineurs,
mi, la et
fa dièse en particulier, pour les indications de caractère fiévreuses de type
appassionato,
con fuoco ou
agitato, pour le staccato aérien, du bout des doigts, opposé au legato des longues mélodies expressives. Fantaisie et rigueur, diversité dans l’unité fécondent l’œuvre de Mendelssohn, drastiquement sélectionnée pour l’édition. Lorsqu’il disparaît à l’âge de trente-huit ans, le célèbre chef d’orchestre du Gewandhaus de Leipzig, le Generalmusikdirektor du roi de Prusse et du roi de Saxe, l’invité d’honneur de l’Angleterre victorienne n’aura publié que la moitié de sa production.
Brigitte François-Sappey
© Saphir 2009 – Reproduction interdite
© Abeille Musique AMCD 2009 - Reproduction interdite