Référence : IMV083 3329184688321 - 2 CD 48:01 - 43:32 - ADD - Enregistré le 19 décembre 1958 à l’Opéra de Paris pour la RadioTélévision Française - Notes en français et anglais En vente sur ce site depuis le 29 octobre 2009 Date parution numérique : 27 octobre 2009
Giuseppe Verdi (1813-1901) La Force du Destin (La forza del destino) : Ouverture
Le Trouvère (Il Trovatore)
D’amor sull’ali rose
Miserere
Vincenzo Bellini (1801-1835) Norma
Sediziose voci
Casta diva
A ! bello a me ritorna
Gioacchino Rossini (1792-1868) Le Barbier de Séville (Il barbiere di Siviglia)
Ouverture
Una voce poca fa
Giacomo Puccini (1858-1924) Tosca Acte II
Tosca, e un buon falco
Ell a vera per amor del suo Mario
Tal violenza !
Ed or fra noi parliam da buoni amici
Orsu, Tosca, parlate
Floria ! Amore !
La povera mia cena fu interrota
Già, mi dicon venal
Vissi d’arte
Sei troppo bella, Tosca
Tosca, finalmente mia !
Maria Callas (1923-1977), soprano Jacques Mars, basse Albert Lance, ténor Louis Rialland, ténor Tito Gobbi, baryton Jean-Pierre Hurteau, basse Chœurs & Orchestre de l’Opéra de Paris
Direction Georges Sebastian
n concert légendaire, pour la première fois officiellement publié dans son intégralité, où l'histoire du chant se conjugue à l'histoire de France puisqu'il s'agissait de la dernière sortie officielle de René Coty avant sa passation de pouvoir à Charles de Gaulle. Quasiment chassée d'Italie après le scandale de l'Opéra de Rome en janvier de la même année, Maria Callas, reconnaissante à la presse française de l'avoir soutenue dans cette affaire, donna, lors de cette soirée de gala à l'assistance prestigieuse, son tout premier concert à Paris. Diffusée en Eurovision, la soirée fut annoncée par la presse comme le « plus grand spectacle du monde ».
Un triomphe à la mesure de l'événement (avec plus de 10 rappels) et le début de l'histoire d'amour entre Paris et la Diva.
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1 - 5 "A ! bello a me ritorna" (3mn 43s )
VERDI Giuseppe Il Trovatore 1 - 6 "D’amor sull’ali rose" (6mn 41s )
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ROSSINI Gioacchino Il barbiere di Siviglia (The Barber of Seville) 1 - 8 Overture (6mn 31s )
1 - 9 Una voce poca fa (7mn 06s )
PUCCINI Giacomo Tosca 2 - 1 Act II: "Tosca, e un buon falco" (2mn 30s )
2 - 2 Act II: "Ell a vera per amor del suo Mario" (3mn 46s )
2 - 3 Act II: "Tal violenza !" (4mn 07s )
2 - 4 Act II: "Ed or fra noi parliam da buoni amici" (3mn 46s )
2 - 5 Act II: "Orsu, Tosca, parlate" (3mn 40s )
2 - 6 Act II: "Floria ! Amore !" (2mn 55s )
2 - 7 Act II: "La povera mia cena fu interrota" (1mn 13s )
2 - 8 Act II: "Già, mi dicon venal" (4mn 19s )
2 - 9 Act II: "Vissi d’arte" (5mn 22s )
2 - 10 Act II: "Sei troppo bella, Tosca" (4mn 19s )
2 - 11 Act II: "Tosca, finalmente mia !" (4mn 58s )
2 - 12 Désannonce (2mn 31s )
Opération Paris
Le concert donné par Maria Callas à Paris, le 19 décembre 1958, est une conséquence heureuse de la dramatique représentation de Norma qui se déroula à Rome un an plus tôt.
L’année 1957 avait confirmé Callas comme star absolue. D’Italie en Amérique, cette femme de trente-quatre ans paraissait au meilleur de son art. Pour le grand public, elle incarnait la figure de la diva, poursuivie par un parfum de scandale. Son caractère, ses cachets, ses annulations avaient transformé la prima donna greco-américaine en cible autant qu’en idole – surtout en Italie où le public passe facilement des ovations aux lazzis. Dans ces échauffements, bien peu songeaient à la fatigue des incessants voyages... Tant et si bien que lorsque Maria Callas, engagée pour chanter Norma à l’Opéra de Rome, se découvrit épuisée et aphone, les responsables du théâtre ne voulurent pas l’entendre. Elle devait chanter.
Ce 2 janvier 1958, Callas entra donc sur scène «avec le courage du désespoir». Après avoir entonné Casta Diva devant un public à peine poli, elle estima impossible de poursuivre la représentation. Retransmise par la RAI, la soirée fut interrompue. Le président de la République, Giovanni Gronchi, dut quitter la salle et Callas devint l’ennemie publique, avec les manifestations d’humeur qu’on sait : groupes injurieux, déclarations bruyantes contre «cette médiocre artiste grecque, devenue italienne par son mariage», invitée à quitter prestissimo le pays qui avait fait sa gloire.
Quelques jours plus tard, Maria Callas, de passage à Paris entre deux avions, recevait à Orly l’accueil enthousiaste d’une foule d’admirateurs entraînés par l’acteur Jean-Claude Pascal. La cantatrice répondit avec chaleur : «Je sais que Paris m’a aidée dans ce moment difficile, j’espère pouvoir chanter bientôt ici pour vous remercier de votre appui».
Au cours des mois suivants, elle allait se fâcher encore avec la Scala de Milan, puis le Metropolitan Opera de New York... Mais les interminables commentaires sur sa personnalité masquaient une préoccupation plus sérieuse : en s’éloignant des maisons d’opéra, la cantatrice désirait donner davantage de récitals de son choix. Pour marquer ce tournant, elle choisit donc symboliquement Paris - où curieusement elle n’avait encore jamais chanté - et cette soirée de gala donnée à l’Opéra, le 19 décembre, en faveur des œuvres de la Légion d’Honneur.
Tous les détails comptent dans cette opération de séduction organisée par Georges Cravenne avec le mari de la Callas, Battista Meneghini, et les conseils amicaux de Luchino Visconti. En tenant sa promesse, la cantatrice affirmait une proximité de cœur avec la France – et les Français étaient prêts à aduler cette diva qui leur donnait le sentiment d’être un peuple privilégié.
Ensuite, ce concert - comme celui de Rome - se déroulerait en présence d’un président de la République : René Coty dont ce serait la dernière sortie officielle, avant la passation des pouvoirs à Charles de Gaulle. Lors de cette soirée diffusée en Eurovision, les Italiens verraient que Maria savait s’acquitter de ses engagements, à condition d’être en état de le faire. Pour ce gala de bienfaisance, parrainé par le journal Marie-Claire, la cantatrice renonçait à son considérable cachet (cinq millions de francs, le plus important jamais versé par l’Opéra de Paris) et soulignait qu’elle n’était pas une femme d’affaires.
Au programme, l’emblématique Casta diva, deux extraits du Trouvère, l’air de Rosine du Barbier de Séville, puis, en deuxième partie, un acte entier de Tosca déclineraient les différentes facettes de son art, en compagnie de Tito Gobbi, Albert Lance, Jacques Mars, sous la baguette de Georges Sébastian.
La soirée fut annoncée dans la presse comme le «plus grand spectacle du monde». Le 16 décembre au matin, Maria Callas arrivait gare de Lyon, son caniche Toy dans les bras, et s’engouffrait dans une voiture, suivie par un autre véhicule plein de robes et de cartons à chapeaux.
Un peu plus tard, à l’hôtel Ritz, radieuse, elle reprenait devant trois cents journalistes son discours de l’année précédente : «Après mon affaire de Rome, les Français ont été les seuls à essayer de comprendre ce qui m’était arrivé… J’ai été tellement touchée par le comportement des journalistes français que j’ai juré de venir chanter pour vous remercier… d’ailleurs, j’ai appris le français bien avant l’italien».
Au Palais Garnier, tout était prévu pour l’accueillir, à commencer par la suspension provisoire de l’interdiction des chiens – puisqu’il fallait que Toy puisse accompagner sa maîtresse. Après les incidents qui avaient entraîné la catastrophe romaine (loges trop froides, courants d’air), un spécialiste était chargé de surveiller les courbes hygrométriques.
Côté salle, le tout Paris musical et mondain, français et international, était annoncé, spécialement 450 privilégiés qui - pour la somme de 35.000 francs - resteraient au dîner de gala, organisé dans le grand foyer. Un plan des loges, affiché dans le hall de l’Opéra, permettait de rêver des personnalités présentes, dans des rapprochements parfois inattendus : Brigitte Bardot et Elisabeth Schwarzkopf dans la même loge, Michèle Morgan et La Bégum, Yves Montand, Louise de Vilmorin, Gérard Philipe, mais aussi Charlie Chaplin, l’Agha Kha, Jean Cocteau, Francis Lopez, le duc et la duchesse de Windsor, sans oublier Aristote Onassis...
Au début de la soirée du 19 décembre, le ghota s’agite, se dévisage, se retrouve, s’embrasse, rivalise d’élégance. Des «jeunes filles du monde», vêtues par de grands couturiers, sont chargées de distribuer les programmes d’un kilo (comportant une biographie et un disque de la Callas).
Quand le président Coty apparaît dans la loge présidentielle, accompagné de l’ambassadeur d’Italie, la salle se lève pour l’applaudir, longuement. Les présidents des deux chambres, Jacques Chaban-Delmas et Gaston Monnerville sont également présents, ainsi que plusieurs ministres. Le récital peut commencer.
Est-ce la tension liée à l’événement ? Le début du concert manque un peu d’assurance : l’orchestre de l’Opéra ne semble pas à son meilleur dans l’ouverture de La Force du destin, et La Callas a donné des Casta Diva plus parfaites. Pourtant, la force de l’expression l’emporte dès ce premier grand air. Et si les chœurs sont par instants à la peine, l’art dramatique de la cantatrice transfigure les deux extraits du Trouvère.
Mieux encore, dans un contraste saisissant, elle donne ensuite un radieux air de Rosine qui justifie l’enthousiasme du public. A l’entracte, la diva est présentée au président Coty, toujours affable : «Madame, vous m’avez semblé admirable. Et vous savez qu’il se trouve que je m’y connais en musique italienne… ce soir, j’ai connu un des plus grands moments de ma vie». En deuxième partie, un acte entier de Tosca permet aux Parisiens d’entrevoir le génie théâtral de l’artiste, en symbiose avec Tito Gobbi. La salle demandera pas moins de dix rappels.
Le dîner est à la mesure de ce qui précède. Comme la diva ne supporte pas les chandeliers, on a fait venir d’Espagne des candélabres à piles pour éclairer les tables. Le menu comporte du caviar d’Iran, des brioches de foie gras truffé et une «Salade d’arpèges Casta diva». On offre aux dames des cadeaux signés Dior, Chanel ou Hermès. Toute la puissance du monde semble rassemblée autour de l’artiste. Fasciné par ce rayonnement, Aristote Onassis lui téléphonera dès le lendemain; puis il invitera le couple Callas Meneghini à passer l’été suivant sur son yacht. On connaît la suite...
En attendant, la presse se livre à ses analyses. Beaucoup d’articles mondains mettent en scène le luxe de cette nuit à l’Opéra, et brodent sur l’image de la diva romantique. On précise que la circulation automobile a diminué de moitié pendant la diffusion du concert, présenté par Pierre Tchernia.
La télévision doit toutefois présenter quelques excuses après les interviews insolentes de Pierre Dumayet demandant pendant l’entracte à Meneghini : «Est-il vrai que votre femme a pesé 110 kilos ?» Ou à Tito Gobbi : «Est-il vrai que vous préfériez chanter avec la Tebaldi plutôt qu’avec Maria Callas ? ». Claude Rostand regrette que Paris découvre la Callas dans un récital plutôt que dans une œuvre entière.
Quoiqu’il en soit, le concert de l’Opéra, marque un moment heureux dont Maria elle-même entretiendra le souvenir : «Je me sens incapable de dire à quel point je suis reconnaissante aux Parisiens de l’accueil inoubliable qu’ils m’ont réservé». Un an après Rome, l’opération Paris a réussi.
Dance and Detours - In der Abendstille - Of Princes and Dreams - Aria and Dance / Helge Slaatto, violon - Randers Chamber Orchestra - David Riddell, direction