Référence : IMV080 3329184688024 - 2 CD Digipack : 56:15 - 43:09 - ADD - Enregistré le 28 janvier 1956 et diffusé en différé le lendemain - Notes en français et anglais En vente sur ce site depuis le 6 novembre 2008 Date parution numérique : 4 novembre 2008
Geneviève de Brabant, opéra bouffe en 3 actes et 9 tableaux
Livret de Hector Crémieux et Etienne Tréfeu
Première représentation au Théâtre des Menus-Plaisirs le 26 décembre 1867
Denise Duval (Geneviève) Jean Giraudeau (Sifroy) Robert Massard (Charles Martel) Michel Hamel (Drogan) Maurice Porterat (Golo) René Lenoty (Narcisse) André Balbon (Vanderprout) Monda Million (Brigitte) Germaine Parat (Christine) Deva Dassy (Isoline) Chœurs de la RDF Orchestre Radio Lyrique de la Radiodiffusion française
Direction Marcel Cariven
eneviève de Brabant est une œuvre que le compositeur aimait particulièrement et remit fréquemment sur le métier pour parvenir à un chef-d’œuvre d’humour musical. Anachronismes savoureux, jeux de mots, de sonorités, délires collectifs... cet opéra bouffe se situe dans la lignée d’Orphée aux Enfers mais avec une musique encore plus riche et variée.
Une version réjouissante d’une œuvre encore trop mal connue par la fine fleur du chant français des années 50. Denise Duval, surtout réputée pour ses incarnations dramatiques (Dialogues des Carmélites, La voix humaine...) surprend heureusement ici par le portrait haut en couleurs qu’elle livre d’une Geneviève de Brabant à la fois chic et loufoque.
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OFFENBACH Jacques Geneviève de Brabant 1 - 1 Act I : Chœur d'introduction (2mn 21s )
1 - 2 Act I : Couplets du bourgmestre (5mn 34s )
1 - 3 Act I : Le rondeau du paté (4mn 12s )
1 - 4 Act I : Sérénade du page (2mn 41s )
1 - 5 Act I : Chœur des Curacoïens (4mn 35s )
1 - 6 Act I : Couplets de la poule (1mn 40s )
1 - 7 Act I : Chœur des demoiselles d’honneur (2mn 32s )
1 - 8 Act I : Couplets de la toilette (3mn 03s )
1 - 9 Act I : Chanson du page (2mn 59s )
1 - 10 Act I : Trio de la main et de la barbe (7mn 36s )
1 - 11 Act I : Couplets du paté (2mn 53s )
1 - 12 Act I : Couplets du thé (6mn 08s )
1 - 13 Act I : Boléro de Charles Martel (4mn 05s )
1 - 14 Act I : Final du 3ème tableau (2mn 52s )
1 - 15 Act I : Départ pour la Palestine (2mn 55s )
2 - 1 Act II : Terzetto "Fuyons l’orage" (2mn 19s )
2 - 2 Act II : Couplets des deux hommes d’armes (6mn 03s )
2 - 3 Act II : Chanson de l’ermite (4mn 03s )
2 - 4 Act II : Trio et quartetto "Allons Madame, il faut mourir" (4mn 04s )
2 - 5 Act II : Chœur et chanson des cocodettes (3mn 40s )
2 - 6 Act II : La ronde des infidèles (3mn 18s )
2 - 7 Act II : Farandole "Prenez donc ces cheveux" (1mn 56s )
2 - 8 Act II : Couplets de la mèche (2mn 06s )
2 - 9 Act II : Final (35s )
2 - 10 Act III : Couplets de la biche (2mn 37s )
2 - 11 Act III : Quatuor de chasse (3mn 05s )
2 - 12 Act III : Couplets du retour de la Palestine (4mn 53s )
2 - 13 Act III : Chœurs des Curaçoïens (1mn 57s )
2 - 14 Act III : Finale - Complainte de Golo (1mn 58s )
Geneviève de Brabant fait partie de ces quelques partitions auxquelles Offenbach tenait particulièrement, et qu’il n’a eu de cesse de remettre sur le métier. On ne dénombre pas moins de trois versions distinctes imprimées par Heugel. Mais ce n’est pas tout. Les manuscrits autographes et matériaux divers qui nous sont parvenus montrent que le compositeur ne cessa de modifier l’ouvrage tout au long de sa carrière. L’idée de cet opéra-bouffe semble être venue au compositeur dès 1858, suite au triomphe d’Orphée aux Enfers, chef-d’œuvre de drôlerie et d’originalité bien connu, auquel il parut soudain urgent de donner une petite sœur. La parodie mythologique ayant rencontré un succès aussi manifeste qu’inattendu, pourquoi ne pas exploiter le filon ? Il suffirait de troquer la tunique grecque contre un autre costume à la mode, l’armure médiévale. Avec ces amis librettistes Jaimes Fils et Etienne Tréfeu, Offenbach hasarde une première version le 19 novembre 1859 aux Bouffes-Parisiens. Contrairement à ce qu’on a pu dire ensuite, la pièce n’est pas un four. Disons, un succès mitigé. Bien trop tiède pour Offenbach, évidemment. Il est vrai qu’à un livret quelque peu surréaliste vient s’ajouter une musique parfois déconcertante. Quel lien établir entre la bouffonnerie échevelée de certains couplets (« Une poule sur un mur » !) et les longs passages de musique seria agrémentée de nombreux récitatifs ? Offenbach a confiance dans son sujet. Mais il a aussi conscience du travail nécessaire pour le rendre populaire – c’est-à-dire, d’une manière ou d’une autre, plausible. Dès le lendemain de la première, sa Geneviève offre un visage tout différent. Mais les retouches d’ordre musical, aussi considérables soient-elles, ne suffisent pas. Et malgré les splendides décors de Daumier, le succès reste timide. Finalement cette première mouture connaîtra surtout le privilège de faire danser les parisiens au bal de l’Opéra, où le chef d’orchestre Isaac Strauss produira de nombreux quadrilles et autres fantaisies sur les plus fameux motifs de la pièce. Les adaptations en langue allemande pour Vienne et Berlin (Die Schöne Magelone et Genoveva von Brabant) connaîtront d’ailleurs elles aussi un succès modeste.
Il faut attendre huit ans pour que se présente l’occasion de remanier entièrement l’ouvrage. C’est en effet le 26 décembre 1867 que le Théâtre des Menus plaisirs présente une nouvelle Geneviève sur un livret méconnaissable d’Hector Crémieux et Etienne Tréfeu – Jaimes fils ayant laissé la place au librettiste d’Orphée aux Enfers. 1867, c’est l’époque où Offenbach jouit pleinement de sa gloire. On ne le joue pas seulement dans cinq théâtres parisiens mais dans toutes les grandes capitales d’Europe. La demande bat son plein : il faut que l’offre suive. C’est pourquoi le compositeur reprend – et pour ainsi dire réinvente – certaines pièces auxquelles il souhaite donner une seconde chance, comme Le Pont des Soupirs. Mais le public veut toujours du nouveau. Cette fois, ce n’est plus Orphée mais La Grande Duchesse de Gérolstein, triomphe du Théâtre des Variétés quelques mois plus tôt, qui fait ombre à notre Geneviève. Cette seconde mouture va pourtant vite trouver sa place sur les théâtres de province. Il faut dire qu’elle est la seule à profiter d’une véritable édition, avec un matériel d’orchestre gravé.
L’atout maître de cette version de 1867 sur laquelle se fonde le présent enregistrement réalisé par la radio en 1956 est avant tout un livret beaucoup plus cohérent que celui de la précédente version.
Aux Menus Plaisirs, Zulma Bouffar reprend le rôle de Drogan. La chanteuse est très appréciée du public parisien et encore plus du compositeur… Mais le clou de la soirée est sans conteste l’irruption du fameux duo des hommes d’armes. On le joue partout, on l’entend dans tous les bals, il inspire tous les timbres de l’époque. C’est lui qu’on choisira pour illustrer la couverture de la nouvelle édition. Il va rapidement traverser l’Atlantique et devenir l’hymne des marines américains… Ce duo immortel a pourtant failli ne jamais connaître les feux de la rampe, Offenbach ayant eu encore une fois maille à partir avec la censure, et les « gendarmes » ayant dû se faire prestement – quoique ironiquement – rebaptiser « hommes d’armes ».
Huit ans plus tard, Offenbach, profitant des moyens considérables que lui offre le Théâtre de la Gaité, remaniera une dernière fois ce qui, changeant de ton comme de volume, deviendra un opéra-féerie en cinq actes. Au lendemain de la première, qui a lieu le 25 février 1875, la presse décrit un « spectacle époustouflant ».
Comme dans le cas d’Orphée, autre opéra-bouffe transformé en féerie, les aménagements de la partition sont d’abord des ajouts de circonstances. Pour la célèbre Thérésa surnommée « la Patti de la chope », Offenbach ajoute le rôle superflu de Biscotte, nourrice ambulante et tout de suite populaire. De somptueux ballets ainsi que d’immenses cortèges déploient un faste hors-sujet sur l’une des plus belles scènes de la capitale, et des mieux équipées. Contrairement à la version finale d’Orphée, cette troisième Geneviève ne s’imposera donc pas au-delà de ses premiers succès. Elle ne sera pas publiée dans son intégralité (ceci expliquant peut-être aussi cela) et le matériel d’orchestre original, dont une partie vient de refaire surface, sera plus ou moins fatalement dévorée par les rats…
Après la mort d’Offenbach, l’œuvre ne fera pas partie de la série du « canon » repris sans cesse comme La Belle Hélène, La Périchole ou La Vie parisienne, et finalement, c’est peut-être aux émissions radiophoniques
que Geneviève de Brabant devra sa plus belle carrière. On dénombre six versions diffusées entre 1956 et 1972. La première, qui fait l’objet du présent disque, est sans conteste l’une des meilleures. Ne serait-ce que par les têtes d’affiches, Denise Duval, Robert Massard, Jean Giraudeau et Michel Hamel – crème de la troupe de la Radio Lyrique pour ces derniers. Il s’agit bien entendu de la version en trois actes de 1867, amputée ici et là comme il était d’usage dès lors qu’il s’agissait d’Offenbach, déjà parce que le compositeur appartenait à la catégorie « poids plume » mais aussi parce que la tranche horaire de la diffusion ne pouvait être élargie. Selon les modes et les desiderata des chefs d’orchestre, le rôle de Drogan était chanté soit par un dugazon – cette voix si française qui n’est ni mezzo ni soprano et se distingue par son naturel – soit par un ténor. Ici, c’est un homme qui a été choisi pour interpréter le jeune page.
L’action se situe à Curaçao, dans le Brabant. Le bourgmestre Van der Prout (devenu par pudeur Van der Pot dans le présent enregistrement) annonce le retour du Duc Sifroy, parti faire un pèlerinage au Mont Poupard. Or le duc, victime d’un sortilège, ne peut avoir de descendance. Un concours a donc été organisé pour trouver un remède à ce malheur. C’est le jeune pâtissier Drogan qui propose finalement un pâté magique.
Pour toute récompense il demande à être page de Madame Geneviève dont il est secrètement amoureux. Dès son retour, le duc goûte au pâté. Effet immédiat : une bonne indigestion. Dans l’ombre, un triste sire ourdit un vil complot. C’est le conseiller Golo qui n’a qu’un (double) but : s’emparer de la couronne… et de Geneviève. Alors que Sifroy se remet péniblement de son festin, Golo lui fait croire qu’il a surpris Drogan et Geneviève tendrement enlacés. La duchesse doit être « promptement expédiée, étranglée et jetée à l’eau », ainsi que le jeune page. Mais Charles Martel survient en plein drame. Il passe prendre Sifroy et ses chevaliers pour un petit voyage en Palestine, aux croisades. Grand départ au chemin de fer du Nord.
Geneviève a pu fuir avec la complicité de sa suivante, Brigitte et du page Drogan. Mais elle est poursuivie par l’infâme Golo aidé de deux hommes d’armes. Paraît l’ermite du ravin (Drogan déguisé en oracle). Celui-ci incite les hommes d’armes à abandonner leur poursuite. Geneviève décide de se faire passer pour morte. Pendant ce temps, Charles Martel et Sifroy font la noce au Château d’Asnières. Pour eux, le voyage en Palestine s’est arrêté là. Sifroy y fait la connaissance d’une charmante femme masquée, Isoline, qui est, en fait, l’épouse que Golo a lâchement laissé choir voici quelques années. Drogan arrive pour annoncer la mort de Geneviève. Tous décident de faire un petit séjour à Curaçao. Golo y est surpris en flagrant délit de traîtrise et puni par Isoline son épouse. Tout finit bien. Sifroy retrouve sa couronne et sa femme, soudainement réapparue.
Outre un livret aussi plaisant qu’efficace, Geneviève de Brabant repose sur une partition où les trésors abondent. L’art des contrastes si cher à Offenbach y est constant. Et la maîtrise de l’écriture évoque autant la tradition des Mozart, des Auber ou encore des Rossini que celle des « bouffes » de l’époque. Certains numéros libèrent une énergie communicative ; c’est le cas notamment du fameux départ pour la Palestine, un des thèmes les plus célèbres de l’ouvrage. D’autres sont d’irrésistibles parodies ; ainsi les couplets du thé, délicate romance associée aux vers de mirliton les plus grotesques (« Après le pâté, / C’est bien bon, le thé ! »). Mais la « folie Offenbach » peut aussi céder au romantisme le plus sincère. N’écoutons pour nous en convaincre que le magnifique trio qui ouvre le deuxième acte, « L’Orage gronde, fuyons ». Le propre de ce génie particulier n’est-il pas justement d’être toujours celui qu’on reconnaît, mais jamais là où on l’attend ?
Hora Staccato - Oh ! Mon Papa - C’est si bon - Retour à Sorrente - Qu’il fait bon vivre - Le vol du bourdon - Quel temps fait-il à Paris - Blues march - Fumée aux yeux - Mon ami, réveille-toi...