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Détail des pistes :
MESSAGER André
Isoline
1 - 1 Tableau I (Prologue) : Le rêve d'Isoline - Texte parlé (51s )
1 - 2 Tableau I (Prologue) : Le rêve d'Isoline - Scène 1 : "Allons, les jeunes gens heureux" (5mn 36s )
1 - 3 Tableau I (Prologue) : Le rêve d'Isoline - Scène 2 : "Hier, sur mon chemin" (1mn 04s )
1 - 4 Tableau I (Prologue) : Le rêve d'Isoline - Scène 3 : "Avez-vous de la place encore" (1mn 58s )
1 - 5 Tableau I (Prologue) : Le rêve d'Isoline - Scène 4 : "Pour cette île extraordinaire" (2mn 56s )
1 - 6 Tableau I (Prologue) : Le rêve d'Isoline - Scène 5 : "Soudain, c'est un songe" (10mn 33s )
1 - 7 Tableau II : Sur la tour - Texte parlé (22s )
1 - 8 Tableau II : Sur la tour - Scène 1 : "Il a menti" (2mn 39s )
1 - 9 Tableau II : Sur la tour - Texte parlé (2mn 40s )
1 - 10 Tableau II : Sur la tour - Scène 2 : Quatuor "Par ma royale javeline" (3mn 30s )
1 - 11 Tableau III : La vérité sur le mariage - Texte parlé (37s )
1 - 12 Tableau III : La vérité sur le mariage - Scène 1 : Romance "Hélas mon cœur" (3mn 38s )
1 - 13 Tableau III : La vérité sur le mariage - Texte parlé (16s )
1 - 14 Tableau III : La vérité sur le mariage - Scène 2 : Duo "Quand vous tournez vers moi" (4mn 42s )
1 - 15 Tableau IV : La Chimère d'or et de neige - Texte parlé (31s )
1 - 16 Tableau IV : La Chimère d'or et de neige - Scène 3 et final : "Fuyons par la nuit claire" (4mn 23s )
1 - 17 Tableau V : Le pays sans miroir - Texte parlé (52s )
1 - 18 Tableau V : Le pays sans miroir - Scène 1 : Chœur des désolées "Nous sommes les malheureuses" (2mn 59s )
1 - 19 Tableau V : Le pays sans miroir - Texte parlé (38s )
1 - 20 Tableau V : Le pays sans miroir - Scène 2 : Couplets "Parmi les blancheurs de neige" (1mn 32s )
1 - 21 Tableau V : Le pays sans miroir - Texte parlé (20s )
1 - 22 Tableau VI : Le joyeux pays - Duo et Final "Au bruit de l'eau" (14mn 52s )
2 - 1 Tableau VII : Au bord de l'étang - Texte parlé (42s )
2 - 2 Tableau VII : Au bord de l'étang - Romance et duo "Charme, rêve" (9mn 47s )
2 - 3 Tableau VIII : La forêt de Brocéliande - Texte parlé (12s )
2 - 4 Tableau VIII : La forêt de Brocéliande - Ballet (6mn 35s )
2 - 5 Tableau IX : Le soir des noces - Texte parlé (49s )
2 - 6 Tableau IX : Le soir des noces - Scène 1 : Chœur nuptial "Ils sont unis" (2mn 27s )
2 - 7 Tableau IX : Le soir des noces - Duo "Nous sommes seuls enfin" (6mn 15s )
2 - 8 Tableau IX : Le soir des noces - Ensmble : "Que m'arrive-t-il" (3mn 23s )
2 - 9 Tableau X : L'embarquement pour Cythère - Chœur : Ah ! Allons" (1mn 26s )
BONUS
2 - 10 Générique de fin (55s )
La Radiodiffusion Française et ses forces musicales ont été longtemps au service de la musique dite légère et d'un répertoire entre l'opérette et l'opéra-comique, qui faisait les beaux soirs des auditeurs. Par l'une de ces évolutions, ou de ces revers, dont notre sentiment culturel et patrimonial est coutumier, ce goût semble être passé, à moins que la raréfaction de l'offre en ce domaine ait freiné la demande. Quoi qu'il en soit, le succès de ce répertoire auprès d'un public toujours fourni (et qui risque de s'augmenter à l'occasion du nouveau film d'Alain Resnais, "Pas sur la bouche", d'après Maurice Yvain) nous a donné l'envie de publier cette première des trois versions "historiques" du petit chef d'œuvre féérique d'André Messager, Isoline, conservées par les archives de l'Institut national de l'audiovisuel.
C'est la première fois que cette œuvre, à quelques rares coupures près (effectuées par les interprètes), est intégralement publiée sur disque. Cette version, gravée sur des disques pyral, le 21 septembre 1947, est la seule qui soit actuellement publiable pour des raisons de droits multiples et coûteux, qui protègent encore les deux suivantes. La deuxième, enregistrée le 8 juillet 1955, réunissait Liliane Berton (Isoline), Christiane Jacquin (Isolin) et Camille Maurane (Obéron, jumeau vocal de Willy Clément, l'Obéron de la version que nous publions) sous la direction de Jules Gressier, tandis que celle, enregistrée le 18 octobre 1969, associait Lina Dachary (Isoline bien connue du public des soirées de musique légère au cours des années soixante), Janine Capderou (Isolin) et Bernard Demigny (Obéron), sous la direction de Marcel Cariven.
Malgré la soigneuse restauration effectuée par les services techniques de la phonothèque de l'Ina, d'évidents problèmes techniques demeurent, dont nous sommes conscients qu'ils peuvent gêner parfois le plaisir de l'écoute ; néanmoins, la version 1947 nous semble avoir pour immense avantage de faire entendre Louis Beydts, compositeur délicieux et, comme Reynaldo Hahn, chef d'orchestre, et la grande Jeanine Micheau dans le rôle titre. Ce document nous semble être un petit trésor propre à rendre justice à cette délicieuse partition oubliée, même si le style et les sonorités sont la marque de leur époque.
Comme cela se produisait souvent, lors d'exécutions en concert, les dialogues parlés ont été remplacés par une narration résumant les péripéties de l'action. Denise Vautrin les incarne.
Renaud Machart
Directeur artistique
Au sein du catalogue d'André Messager, Isoline exerce un attrait mystérieux. Ce n'est pas exactement une œuvre oubliée car son titre et son souvenir ont traversé le temps, mais plutôt l'une de ces partitions interdites de scène et d'enregistrement par une sorte de malédiction. Le seul fragment du “conte de fée” parvenu à nos oreilles, jusqu'à l'époque du 33 tours, est un ballet ravissant d'une quinzaine de minutes comportant une “Pavane” (d'un style archaïsant qui semble préfigurer Ravel), une “Mazurka”, un “Adage” et une “Grande valse”, toujours prisés par les danseurs ; à quoi l'on peut tout juste ajouter une face de 78 tours : l'air véloce, éperdu et rossignolesque d'Isoline : “Ah je suis heureuse”. Les témoignages incitent pourtant à y regarder de plus près. Messager chérissait cette composition parmi celles de sa jeunesse. Reynaldo Hahn la qualifiait de “petit chef d'œuvre de fantaisie et de poésie légère”. C'est d'ailleurs l'impression qu'elle laissa aux critiques, lors de l'unique reprise à l'Opéra-Comique en 1958, et probablement ce qui incita Louis Beydts à la graver pour la radiodiffusion française avec l'orchestre Radio lyrique en 1947. Ce document est reproduit pour la première fois sur disque et constitue dans le même temps la première mondiale discographique de l'ouvrage.
Wagnérisme et féérie
Quant Isoline paraît au théâtre de la Renaissance, en 1888, Messager a 35 ans. Il n'a pas encore entrepris la brillante carrière de chef d'orchestre et de directeur qui le conduira de l'Opéra-Comique à Covent Garden. Comme beaucoup de musiciens de sa génération, c'est l'un des innombrables compositeurs utilitaires employés le jour par l'église catholique, la nuit par les établissements légers (Hervé, Audran ou Claude Terrasse ont suivi le même itinéraire). Il a composé des petits ballets pour les Folies Bergères, a connu son premier succès avec François les bas bleus. Messager, pourtant, n'est pas un musicien d'opérette comme les autres. Il s'est rapidement lié d'amitié avec deux aînés prestigieux, Camille Saint-Saëns et Gabriel Fauré. Un talent, une oreille, une culture, une même ambition musicale les a rapprochés ; la passion wagnérienne les conduit, dès 1879, sur les routes d'Allemagne, d'où Fauré et Messager rapporteront leur fantaisie pour piano à quatre mains Souvenirs de Bayreuth. Pourtant, à la différence de ses deux amis, Messager se sent presque exclusivement attiré par la musique de théâtre. Il va chercher sa voie entre la tradition française (celle de l'opérette et de l'opéra comique) et l'esprit musical nouveau – épris de recherches harmoniques, de couleurs orchestrales et d'un style mélodique plus intimement lié au rythme de la phrase. Dans ce cheminement, Isoline constitue l'une des premières synthèses originales, où s'épanouit la personnalité du compositeur.
L'ouvrage fait suite à plusieurs partitions qui tentaient de conjuguer les règles de l'opérette populaire et une aspiration vers le style plus "distingué" de l'opéra-comique : La Fauvette du temple et La Béarnaise (créés presque simultanément en 1885), puis Le bourgeois de Calais (1888) au livret jugé lourd et trop sérieux (dans le genre historique, Messager réussira mieux La Basoche en 1890). Le projet d'Isoline se rattache, lui, à une très ancienne tradition de féérie musicale, présente en France depuis les origines de l'opéra-comique avec des ouvrages comme La fée Urgèle de Favart, Le cheval de Bronze d'Auber ou Le roi Carotte d'Offenbach. Messager lui-même a déjà composé une musique de scène pour Le petit Poucet, féérie représentée à la Gaité en 1885. Mais ce goût du merveilleux rejoint également l'esprit wagnérien auquel le compositeur participe activement. La Tétralogie a redonné une place centrale dans la poésie, la peinture et la musique au rêve, aux légendes, aux harmonies voluptueuses. Isoline apparaît ainsi comme une rencontre discrète entre la musique légère et le courant qui fascine les artistes avancés.
Significative, en ce sens, est la personnalité du librettiste, Catulle Mendès (1841-1909), figure centrale de l'histoire du wagnérisme en France. On a beaucoup écrit sur ce poète prétentieux et probablement ridicule qui sortait entouré “de jeunes hommes qu'il croyait être ses disciples”. Il n'en reste pas moins que Mendès, wagnérien de la première heure, porté vers les sujets légendaires, est un intermédiaire obligé pour les adeptes de la nouvelle religion musicale : en premier lieu Emmanuel Chabrier auquel il a donné le livret de Gwendoline (1885). La correspondance de Chabrier, méticuleusement rassemblée par Roger Delage, montre d'ailleurs que Catulle Mendès avait d'abord promis Isoline au compositeur d'Espana. Le Théâtre de la Renaissance préfèrera Messager, sans doute plus lancé dans le genre de l'opérette (Chabrier l'apprend en lisant Le Figaro. Le poète lui répond pour se justifier : “On trouve que vous avez trop de talent, et un talent trop épique et trop grandiose”). Chabrier et Messager n'en resteront pas moins bons amis.
Le livret et la partition
La princesse Isoline est condamnée par Obéron, le roi des fées, à se transformer en garçon le jour de son mariage. Pour échapper à son sort, la jeune fille est enfermée dans le chateau de sa mère, la reine Amalsonthe. Elle rencontre cependant le jeune prince Isolin et s'enfuit avec lui, sous la protection de Titania, épouse d'Obéron. Celle ci obtient enfin que, le jour du mariage, tandis qu'Isoline se transforme en garçon, Isolin lui même se transforme en fille... Sur ce prétexte, le livret évoque une succession de lieux et de scènes fantastiques : la tour du château, le "pays sans miroirs", la forêt de Brocéliande où se déroule le ballet. Le sujet est beau, sa réalisation sans doute contestable. “On imagine bien, écrit René Dumesnil, qu'en s'amusant à écrire le livret d'Isoline, Catulle Mendès tentait de refaire Le songe d'une nuit d'été à sa façon”. Projet raté, selon Michel Augé-Laribé, le biographe de Messager : "Mendès n'était pas un vrai poète, c'était un versificateur qui se payait de mots et offrait au public du clinquant, des verroteries, même des culs de bouteille au lieu de diamants. Il confondait le maniérisme et la poésie. Mais parce qu'il était d'une médiocre poésie sous une apparence brillante, le poème de Mendès fournissait un assez bon livret”. Il ajoute : “La métamorphose d'Isoline en Isolin apportait une note ambiguë qui plaisait au gros et fade Catulle.” Jugement sévère sans doute, même si celui de Messager qui tenait l'ouvrage pour un “bijou de poésie” paraît trop flatteur.
Les dix tableaux constituent autant d'invitations, pour le compositeur, à peindre musicalement la poésie des lieux, l'émotion et les mystères de la féérie. Dès le prologue qui évoque L'embarquement pour Cythère de Watteau, il s'agit de composer une musique enchantée aux chœurs subtilement harmonisés. Page après page, la partition affirme les caractères dans un style mélodique plein de passion retenue, à mi-chemin de l'air virtuose et du parlé-chanté qui s'épanouira pleinement dans Fortunio. Chaque scène, conçue comme un tableau musical cohérent, évite le découpage trop schématique des airs et des ensembles en privilégiant des enchainements subtils qui mettent discrètement à profit l'influence wagnérienne. Messager semble s'appliquer toujours à créer un véritable morceau de musique, avec sa couleur, son dessin et infiniment de délicatesse dans l'agencement des voix : ainsi le sommeil de Titania, son duo avec Obéron, les airs et les duos d'Isoline et d'Isolin... L'utilisation du ballet, issue de la tradition de l'opéra féérie, renforce l'aspect de petit spectacle total, wagnérie du Boulevard où les amours et la croisière pour Cythère ont remplacé les sombres légendes de la forêt germanique. Les héros un peu ridicules de Mendès trouvent même, grâce à la musique, une certaine consistance humaine. Michel Augé-Laribé : “C'était, avec les symbolistes, la mode d'aimer le rêve, l'irréel, la nuance plus que la couleur. Messager a cédé à ce goût mais pas trop. Il veut bien donner à ses personnages tous les charmes et les illusions de la jeunesse ; il ne consent pas à en faire des fantômes vidés de sang et de chair. C'est pourquoi Isoline ne s'est pas effacée comme une ombre. À la revoir, on dirait peut-être qu'elle date, elle ne paraîtrait je crois ni fanée ni ridicule. La musique est là pour sauver ce que dicta au “littérateur” le goût des mièvreries.”
Création et reprises
On ne sait pas grand chose de la genèse de cette partition, sinon que Messager en a écrit une partie à Montivillers, près du Havre. Il y séjournait fréquemment dans une villa appartenant à des amis, les parents du compositeur Henri Février (lui même père du pianiste Jacques Février). Pour terminer l'orchestration à temps, il s'est fait aider par Paul Lacome, bon compositeur d'opérettes, lui aussi proche de Chabrier. Isoline est crééé à la Renaissance, le 26 décembre 1888. Sans doute le public du boulevard Saint-Martin est-il plus attiré par les “dix tableaux” du conte de fée que par la musique un peu trop recherchée du jeune maître. Mais surtout, un mauvais sort se fixe sur l'ouvrage : juste après la première, le directeur, Victor Silvestre, apprend que l'établissement est au bord de la faillite. Il doit déposer le bilan et passer la main au jeune chef d'orchestre Paul Letombe qui maintient Isoline pour une soixantaine de représentations ; mais le théâtre doit fermer mi février.
Toute sa vie, Messager espèrera une reprise de cet ouvrage, difficile à monter en raison de l'abondance de décors. C'est seulement un an après sa mort, en 1930, que Reynaldo Hahn dirige au Casino de Cannes une représentation unique, attirant de nouveau l'attention sur Isoline. En 1958, l'œuvre revoit le jour à l'Opéra-Comique pour une série de représentations mises en scènes par Jean Pierre Ponnelle (engagé pour la première fois à Paris) sous la direction de Georges Prêtre, Modification non négligeable : un ténor – Alain Vanzo – chante le rôle travesti d'Isolin, en duo avec Liliane Berton. La critique montre son enthousiasme pour la musique et son embarras devant le livret, Claude Rostand résume le sentiment partagé par ses confrères : “Ce “poème” de Catulle Mendès est d'un ridicule achevé et d'une prétention fleurie. Quel dommage pour une partition si élégante, si inventive et où, jusque dans l'écriture, dans les enchainements d'accords, il y a la magie et la féérie que cet ambitieux livret se propose d'avoir mais n'a point. Isoline annonce avec grâce les plus extrordinaires audaces modulantes de Gabriel Fauré. Avec une désinvolture exquise, avec une simplicité et une distinction suprèmes, son invention mélodique reste d'une originalité unique, inégalable et inégalée. C'est très difficile d'être un seigneur dans les petites choses. Messager l'a été.” Après ces représentations, Isoline retournera pourtant aux oubliettes.
De son côté, le service lyrique de la radiodiffusion française, puis de l'ORTF, a exploré sans relâche, pendant une trentaine d'années, tous les aspects de l'opéra et de l'opérette française. De ce travail extraordinaire, de l'engagement de l'orchestre, des chanteurs et des chefs, reste un immense fonds d'archives sonores conservé par l'Institut national de l'audiovisuel (Ina), véritable mémoire du répertoire disparu. Isoline a fait l'objet de deux enregistrements, l'un en 1969 (actuellement inexploitable en raison de problèmes de droits) et le premier en 1947. Le plus ancien bénéficie de l'expérience de Louis Beydts (1895-1953), compositeur, chef d'orchestre et directeur de l'Opéra-Comique, héritier en droite ligne de Messager et de Reynaldo Hahn. Auprès de lui, deux voix magnifiques – Jeanine Micheau et Willy Clément – mais aussi l'ensemble des solistes et des chœurs séduisent par la qualité de leur articulation, leur naturel dans ces envolées contenues, un art en demi-teinte parfois un peu passé de mode mais si délicatement sensible et merveilleusement agencé.
Benoit Duteurtre
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