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  • Wolfgang Amadeus Mozart - Ludwig van Beethoven

    Sonates

5 de Diapason Recommandé par Répertoire 4 étoiles du Monde de la Musique
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Référence : IMV049 3329184684927 - 1 CD 68:39 - ADD / Transfert 24 bit - Enregistré lors du concert du 18 septembre 1957 au Festival de Besançon - Notes en français et anglais
En vente sur ce site depuis le 8 novembre 2002
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Wolfgang Amadeus Mozart (1757-1791)
Sonates pour violon & piano
Mi mineur K.304
Si bémol majeur K.454

Ludwig van Beethoven (1770-1827)
Sonates pour violon & piano
N° 3 en mi bémol majeur, Op. 12
N° 10 en sol majeur, Op. 96


Arthur Grumiaux (1921-1986), violon & Clara Haskil (1895-1960), piano

Détail des pistes :

MOZART Wolfgang Amadeus
Sonate pour violon & piano n° 40 en si bémol majeur, K 454
1 - 1     Largo - Allegro (5mn 31s )    
1 - 2     Andante (7mn 28s )    
1 - 3     Allegretto (6mn 28s )    

BEETHOVEN Ludwig van
Sonate pour violon & piano n° 3 en mi bémol majeur, op. 12
1 - 4     Allegro con brio (5mn 46s )    
1 - 5     Thème & variations (6mn 02s )    
1 - 6     Rondo (4mn 26s )    

MOZART Wolfgang Amadeus
Sonate pour violon & piano n° 28 en mi mineur, K 304
1 - 7     Allegro (4mn 17s )    
1 - 8     Tempo di menuetto (5mn 40s )    

BEETHOVEN Ludwig van
Sonate pour violon & piano n° 10 en sol majeur, op. 96
1 - 9     Allegro moderato (7mn 03s )    
1 - 10     Adagio espressivo (5mn 32s )    
1 - 11     Scherzo (1mn 33s )    
1 - 12     Poco allegretto (8mn )    

BONUS
1 - 13     Désannonce (46s )    

Touchés par la grâce




Si parmi les duos célèbres qui unirent un violoniste et un pianiste on devait n’en retenir qu’un seul pour le siècle passé, ce serait sans doute celui, aussi miraculeux qu’inattendu, de Clara Haskil et d'Arthur Grumiaux. Ils n’avaient ni la flamboyance de Kreisler et Rachmaninov, ni la profondeur de Busch et Serkin, ni le panache de Thibaud et Cortot, mais tout cela à la fois et plus encore, car ils portaient au plus haut degré de complicité la notion d’équilibre et de grâce, d’humilité et de fraîcheur. Seuls peut-être avant eux Szymon Goldberg et Lili Kraus avaient élevé à ce niveau d’élégance le dialogue d’un violon et d’un piano dans Mozart et dans Beethoven. Leurs trop rares enregistrements de studio, réalisés pour Philips à la fin des années 50 en témoignent, mais les quelques concerts pris sur le vif qui nous sont parvenus, comme ce célèbre récital de Besançon, en sont une preuve encore plus palpable. Clara Haskil avait appris le violon dans sa jeunesse, tandis qu’Arthur Grumiaux jouait admirablement du piano (il enregistra même un disque de sonates en re-recording tenant lui même les deux parties), mais cette compétence instrumentale «croisée» ne pouvait suffire à expliquer la subtilité de leur union, fruit d’une rencontre aussi imprévue qu’improbable.


Arthur Grumiaux

Arthur Grumiaux, né en 1921 dans une famille modeste à Villers Perwin, village de la province du Brabant, incita lui même son grand-père dès l'âge de 3 ans à lui enseigner le solfège et le violon, instrument pour lequel il révéla des dons immédiats. Doué d'une oreille prodigieuse, il donna son premier concert à l'âge de 5 ans dans un cinéma. Le public lui ayant demandé de bisser l'hymne national, il s'arrêta au bout de quelques mesures et ordonna à l'auditoire, qui s'exécuta aussitôt, de se lever. En récompense le jeune Arthur reçut un magnifique cheval à bascule. L'année suivante il débute le piano et entre au Conservatoire de Charleroi d'où il sortit 5 ans plus tard avec un premier prix de violon et de piano. Pour être admis au Conservatoire Royal de Bruxelles, on lui impose alors de choisir entre les deux instruments, et c'est à 11 ans qu'il entre dans la classe de violon d'Alfred Dubois, un disciple du grand Eugène Ysaÿe. Parallèlement il étudie l'harmonie, la fugue et le contrepoint. Il remporte le Prix Vieuxtemps et un premier prix au Concours national belge en 1939, puis part pour Paris suivre le temps d'un été l'enseignement de George Enesco avec lequel il s'initie également à la composition. Dès son retour en Belgique il devient à 18 ans l'assistant d'Alfred Dubois, puis fait ses débuts à Bruxelles sous la direction de Charles Münch, mais la guerre interrompt sa carrière. Il est alors second violon dans un quatuor à cordes aux côtés de son maître Alfred Dubois, et de Robert Maas, l'ancien violoncelliste du quatuor Pro Arte.

À l'arrivée des armées de libération, Walter Legge le remarque et lui fait signer son premier contrat d'enregistrements pour HMV. Sa carrière reprend à Londres en 1945, où le public est immédiatement séduit par la pureté de son classicisme et la maîtrise de sa virtuosité. Il donne cette même année la première européenne du concerto de William Walton, qui avait été créé huit ans plus tôt par Jascha Heifetz, le dédicataire. En 1949 il succède à Dubois comme professeur au Conservatoire de Bruxelles, puis fait ses débuts aux États-Unis à Boston en 1951. La saison suivante il est invité par six des principaux orchestres américains. C'est en novembre 1954 qu'il donne à Paris Salle Pleyel la première audition moderne du 4e concerto de Paganini qui venait d'être redécouvert. Successeur naturel d'Henri Vieuxtemps, d'Eugène Ysaÿe et d'Alfred Dubois dans la grande tradition de l'École Belge, Arthur Grumiaux a marqué son temps jusqu’à sa disparition en 1986, autant par la limpidité de sa sonorité que par la pureté son style. Son jeu sobre et même parfois pudique, se démarquait radicalement de l'intensité émotionnelle de l'école américaine, et c'est sans doute l'une des raisons pour lesquelles son talent ne fut pas reconnu à sa juste valeur outre-atlantique.

Au cours de sa carrière Arthur Grumiaux joua plusieurs grands instruments dont le Titian de Stradivarius (1727) et le Hemmel de Guarnerius del Gesu (1744). Il fuyait l'emphase, l'exhibitionnisme sur scène ou la surenchère expressive. Il était le type même de l'artiste sans fard, pour qui l'intrusion de l'interprète dans le message du compositeur se devait d'être la plus discrète possible. Il n’en fallait pas plus pour séduire Clara Haskil, de 25 ans son aînée, dont il croisa le destin au premier festival de Prades.


Clara Haskil

Née en 1895 à Bucarest de parents juifs séfarades, Clara était douée pour tout, le piano, le violon et…. les mathématiques. Très vite elle se destina à une carrière musicale en privilégiant d’abord le violon, acquérant un phrasé superbe et une belle maîtrise qui fera d’elle plus tard la partenaire idéale de Pablo Casals, Georges Enesco, Josef Szigeti, Peter Rybar et surtout d’Arthur Grumiaux. Dès l’enfance elle avait une mémoire musicale étonnante qui lui permettait de reproduire tous les morceaux qu’elle entendait puis de les transposer dans tous les tons.

Grâce à une bourse de la Reine Elisabeth de Roumanie (elle était orpheline de père depuis l’âge de 4 ans) elle reçut à Vienne des cours de Richard Robert (qui fut aussi le maître de Serkin et de Georges Szell) et donna son premier récital en 1905 à l’âge de 10 ans. L’année suivante elle fut admise au Conservatoire de Paris où elle fit forte impression sur Gabriel Fauré. Elle y reçut l’enseignement d’Alfred Cortot (dont elle gardera un souvenir déçu), de Lazare Lévy ainsi que de Joseph Morpain. Diplômée d’un premier prix de piano à 15 ans (elle avait obtenu la même récompense au violon l’année précédente) par un jury qui comprenait Fauré, Enesco, Moszkowski et Pugno, elle donne alors de nombreux concerts en Europe. On la présente à Busoni et à Paderewski qui sont en admiration devant ses dons, mais elle doit renoncer à poursuivre sa carrière en raison de l’aggravation de sa scoliose. Elle est alors immobilisée dans un corset plâtré pendant toute la durée de la guerre et séjourne à Berck, abandonnant toute pratique pianistique.

Ce n’est qu’en 1920 qu’elle reprend ses tournées de concert. Elle joue alors à Paris, à Bruxelles, à Lausanne et à Londres puis aux États-Unis et au Canada et fait même une tournée avec Eugène Ysaÿe, jouant avec l’illustre violoniste les dix sonates de Beethoven. La critique est partout unanime, on reconnaît son génie. Son répertoire est vaste, sa technique faite «d’énergie virile et de féminine tendresse», mais elle a bien du mal à en vivre. À partir de 1927 elle réside à Paris, vivant plutôt solitaire, et reste méconnue du public. Grâce au soutien financier d’amis mécènes, elle enregistre en 1934 pour Polydor ses premiers disques qui passent totalement inaperçus. Chez la Princesse de Polignac elle fait la connaissance en 1936 de Dinu Lipatti, point de départ d’une longue et indéfectible amitié. L’invasion allemande l’oblige à fuir clandestinement dans le sud de la France. Elle s’arrête un temps à Marseille, où elle doit être opérée d’une tumeur qui comprime le nerf optique et la menace de cécité, avant de se réfugier en Suisse en 1942. Après la guerre sa carrière évolue rapidement. Naturalisée suisse, elle voyage beaucoup et c’est en 1949 qu’une série de concerts aux Pays-Bas la consacre définitivement. Réclamée partout, elle joue avec les plus grands chefs (Fricsay, Karajan, Kubelik, Schuricht, …) et connaît enfin la gloire, sans pour autant perdre sa légendaire humilité, toute étonnée d’être aussi adulée. Les tournées se succèdent comme ses enregistrements qui sont couronnés de plusieurs Grands Prix du Disque. On l’acclame partout, même à Paris où le public est resté si longtemps indifférent à son talent. Il n’allait lui rester qu’une décennie pour imposer son nom dans l’histoire du piano.


Leur rencontre

C’est Pablo Casals qui présenta Clara Haskil à Arthur Grumiaux à Prades en 1950. Leur duo dura 10 ans, jusqu’à la mort accidentelle de la pianiste en décembre 1960. Leur complicité musicale fut immédiate et leur influence réciproque considérable. Malgré un répertoire limité à Mozart, Beethoven et Schubert, le duo s’imposa rapidement par la pureté de son style, allant même jusqu’à personnifier l’esprit classique viennois. Etonnant pour ce couple étrange fait d’un jeune belge d’aspect aristocratique (il sera élevé au titre de Baron par le Roi Baudouin en 1973) et d’une vieille juive roumaine de santé fragile à la silhouette voûtée et au regard chargé de tristesse. Leur union musicale entra pourtant de leur vivant dans la légende, mais ne laissera malheureusement au disque qu’une intégrale des dix sonates de Beethoven et six sonates de Mozart. Il suffit d’écouter une seule de ces sonates, et d’y découvrir tour à tour l’allégresse, l’émoi, la confidence, l’effusion, le recueillement ou la peine pour se convaincre du miracle de leur union. Cette communion entre l’archet et le clavier, ivres de liberté mais pourtant si fidèles, passionnés mais attentionnés, est un miracle de tous les instants. A-t’on jamais entendu discours plus aéré, plus civilisé, plus palpitant et plus touché par la grâce? Les timbres satinés, le vibrato sensible, et l’archet princier de Grumiaux alliés au toucher alerte, fluide et sensuel d’Haskil leur ont fait atteindre un sommet dans l'art du dialogue. Une leçon d'humilité et de partage, éternelle d'élégance et de raffinement dans laquelle l'intelligence et l’émotion s'entendent au bout des doigts.

Jean-Michel Molkhou

© Ina mémoire vive 2002 - Reproduction interdite

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