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arrément oblitéré par le régime communiste hongrois dès 1949, le malheureux László Lajtha vit son travail, son œuvre, remisé au placard jusqu’en 1961 où, sous la pression de ses amis musiciens à l’étranger, on finit par lui rendre son passeport et lui permettre d’aller se faire jouer ailleurs. Et pourquoi cet odieux ostracisme ? C’est tout simplement que Lajtha était un grand voyageur, qu’il avait étudié à Paris avec d’Indy, qu’il était joué un peu partout dans le monde – notamment en France, où il avait solidement participé à la vie musicale parisienne de 1932 à 39 –, bref, qu’il était un personnage louche aux yeux paranoïaques du régime. Et pourtant, il appartient à la grande mouvance magyare de son temps !
Ami de Bartók et de Kodály, ethnomusicologue enragé comme eux, il participa par exemple à la collecte d’innombrables chants folkloriques et populaires à travers le pays ; par ailleurs, il dirigea longtemps le Conservatoire de Budapest et les activités musicales de la Radio hongroise, jusqu’à sa descente en enfer. C’est donc un personnage majeur de la création hongroise que voilà, le « troisième homme » si l’on veut, et sans doute le plus important symphoniste hongrois, du haut de ses neuf symphonies (composées entre 1936 et 61, et jouées dans le monde entier) ; il a également composé dix quatuors à cordes, de 1923 à 1953, en voici trois dont, justement, le dernier, intitulé Suite transylvaine en trois parties par le compositeur lui-même qui signifiait ainsi l’origine des thèmes et mélodies empruntées, en effet, au fonds folklorique de l’est du pays. Au fonds folklorique instrumental bien plus que vocal, à la différence de ses deux collèges et amis.
Mais c’est là son quatuor le plus directement teinté de folklore, les autres restant dans un ton plus personnel, issu de sa propre conception de l’impressionnisme musical découvert en France au cours de l’Entre-deux-guerres. De nombreuses indications sont d’ailleurs données directement en français : « tendrement avec beaucoup de délicatesse », « gracieux et gai », ou carrément l’intitulé Quatre études pour quatuor à cordes dans le cas du Sixième quatuor de 1942. Voilà une musique moins didactique que celle de Bartók, plus joyeuse, moins fouillée techniquement sans doute, mais destinée à être écoutée par tout un chacun dans le plaisir des oreilles. A découvrir !
Détail des pistes :
LAJTHA Laszlo
String Quartet No. 10, op. 58
1 - 1 I. Très lent (7mn 28s )
1 - 2 II. Léger et volant (5mn 17s )
1 - 3 III. Lent mais allant (9mn 04s )
String Quartet No. 8, op. 53
1 - 4 I. Allegro (8mn 07s )
1 - 5 II. Lent (7mn 20s )
1 - 6 III. Capriccio. Tendrement avec beaucoup de délicatesse (3mn 30s )
1 - 7 IV. Presto (5mn 30s )
String Quartet No. 6, op. 36
1 - 8 I. Molto allegro (6mn 56s )
1 - 9 II. Lento (7mn 30s )
1 - 10 III. Gracieux et gai (4mn 21s )
1 - 11 IV. Prestissimo (6mn 30s )
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