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  • Ignazio Sieber

    Sonates pour flûte à bec et basse continue

Exclusivement disponible en numérique
Référence : COV20206 4039956202066 - 1 CD 59:24 - DDD - Enregistré par la Radio de Berlin en novembre 2001 - Notes en français, anglais, italien
En vente sur ce site depuis le 12 juillet 2004
Date parution numérique : 1 janvier 2002
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Ignazio Sieber (v.1680-v.1757)

Sonate VI en sol mineur
Sonate III (IX) en ut majeur
Sonate I (VII) en la mineur
Sonate II (VIII) en sol mineur
Sonate IV (X) en sol mineur
Sonate V (XI) en ut majeur

Thomas Kügler, flûte à bec
Imke David, viole de gambe - Rainer Johannsen, basson - André Henrich, archiluth, chitarrone - Wolfgang Kostujak, clavecin, orgue

a principale information que l’on détient sur la vie de Ignazio Sieber, c’est que presque rien de sa vie n’est connu. Pas vraiment quand il est né (en Allemagne, selon toute évidence), pas vraiment quand il est mort, pas vraiment où il a travaillé (quelques années à Rome, quelques temps à Venise à la Pietà comme professeur de hautbois puis de flûte, probablement aux côtés de Vivaldi qui y enseignait le violon)… Dans ces conditions, la seule chose dont on puisse être certain, c’est de la provenance de son langage spécifiquement italien : mélodie ou thème systématiquement au dessus, basse continue purement harmonique, recours quasi-inexistant au contrepoint, ornementation très fleurie et violonistique.
    Le flûtiste (à bec) Thomas Kröger est un émule de Jed Wentz et s’est déjà fait remarquer sur toutes les scènes baroques d’Europe.
(P.S. : pour ceux d’entre vous qui, munis d’une loupe, lirez le livret en français, il convient de remplacer le mot “séquence”, un abominable faux ami musical franco-allemand, par “marche harmonique”. Sinon, cela ne veut strictement rien dire.)
 

Détail des pistes :

SIEBER Ignazio
1 - 1     I. Largo (1mn 31s )    
1 - 2     II. Allegro (2mn 49s )    
1 - 3     III. Andante (2mn 30s )    
1 - 4     IV. Allegro (2mn 34s )    
1 - 5     I. Adagio (2mn 24s )    
1 - 6     II. Allegro (2mn 48s )    
1 - 7     III. Largo (2mn 21s )    
1 - 8     IV. Allegro (2mn 40s )    
1 - 9     I. Preludio: Largo (4mn 31s )    
1 - 10     II. Corrente: Allegro (3mn 32s )    
1 - 11     III. Siciliana: Largo (2mn 51s )    
1 - 12     IV. Capriccio: Allegro (2mn 31s )    
1 - 13     I. Preludio: Largo (3mn 23s )    
1 - 14     II. Corrente: Allegro (2mn 16s )    
1 - 15     III. Sarabande: Largo (1mn 44s )    
1 - 16     IV. Allemande: Allegro (2mn 17s )    
1 - 17     I. Adagio (1mn 31s )    
1 - 18     II. Allegro (2mn 49s )    
1 - 19     III. Adagio (1mn 34s )    
1 - 20     IV. Gigue: Allegro (2mn 22s )    
1 - 21     I. Cantabile (2mn 01s )    
1 - 22     II. Allegro (2mn 16s )    
1 - 23     III. Andante (1mn 53s )    
1 - 24     IV. Allegro (2mn 05s )    

Ignazio Sieber



Sieber, musicien demeurant à Rome, a composé 6 sonates pour flûte et basse continue que l'on trouve imprimées chez M. Gaillard à Amsterdam.
(Johann Gottfried Walther, Leipzig 1732)


    Même 300 ans après la création de ces six sonates pour flûte à bec, nous ne possédons guère plus de détails biographiques du compositeur que ceux que Johann Gotttried Walther nous transmet dans son Musikalisches Lexikon de 1732. La recherche bibliographique à propos de Sieber et de ses six sonates s'épuise finalement avec l'indice dans le Historisch-biographisches Lexicon der Tonkfinstler de Ernst Ludwig Gerber (1790) qui mentionne que Sieber "était un compositeur allemand vivant à Rome vers l'an 1725". Seules les listes de rémunération des professeurs de musique exerçant à l'Ospedale Veneziano della Pietà nous fournissent quelques données biographiques supplémentaires : Ignazio Siber [sic] y est mentionné en sa qualité de Maestro di oboe de 1713 à 1715, puis – visiblement après une interruption de cette activité pendant plusieurs années – comme Maestro di flaute traverso en 1730 et de 1750 à 1757. Il a donc travaillé à l'institut où Antonio Vivaldi (1678-1741) détenait la position du Maestro di violino depuis 1703, puis, après de brèves interruptions, celle du Maestro de' concerti à partir de 1716.

    Plusieurs indices nous incitent à croire que Ignazio Sieber est identique à ce Monsieur Sieber mentionné dans le titre original des six sonates même s'il n'est pas forcément l'auteur de toutes ces œuvres. Tout d'abord le style et les moyens musicaux employés dans la composition confirment le fait que Sieber a vécu et travaillé un certain temps en Italie. Chacune de ses six sonates est composée sur le modèle de la Sonata da chiesa, genre typiquement italien de la fin du 17e et du début du 18e siècle, où se succèdent quatre mouvements : lent-vif-lent-vif. Comme son équivalent, la Sonata da camera, la Sonata da chiesa devient avec Arcangelo Corelli la sonate type. Sieber adopte ce modèle en y apportant quelques modifications : il fait précéder par exemple une sonate en trois mouvements par un mouvement d'ouverture (Preludio) sans forme fixe. De même, il insère des mouvements libres qui s'écartent du modèle d'une danse et dont la prosodie mélodique est agrémentée, selon le goût de l'époque, d'indications d'affetti.

    L'emphase, portant la plupart du temps sur les voix les plus hautes, est rarement remplacée par une structure de contrepoint ou par quelques mesures d'introduction fuguée, comme par exemple dans le Preludio de la Sonate I en la mineur (n° 9) ou dans les deux mouvements (Allegro) de la Sonate V en ut majeur (n° 22 et 24). Les caractéristiques de ce recueil de sonates – et en général de la musique italienne de cette époque – sont les mouvements de danse bipartites très rythmiques, l'apparition fréquente de séquences [il faudrait dire "marches harmoniques", ndlr] ou de mouvements lents d'une ravissante simplicité qui laissent au musicien toutes les libertés d'interprétation. C'est surtout dans ces mouvements lents que Sieber ne se limite pas à cette stylistique conventionnelle mais ose parfois des techniques plus individuelles. À citer le remarquable Adagio de la Sonate II en sol mineur (n° 19), construit a la manière de Corelli, où s'épanouit sur une ligne de basse harmonique une mélodie élégante : Sieber se plaît à tromper l'oreille du musicien et celle de l'auditeur en ne dissolvant pas les enchaînements cadentiels de quatre hémioles. De plus, il termine le mouvement en ré majeur, tonalité plagale de si bémol majeur, sans moduler comme attendu par sol mineur, la tonalité mineure. On pourrait comparer ce procédé-là à la suspensio ou à la dubitatio, figures utilisées en rhétorique. Autre curiosité a souligner : dans le premier mouvement de cette Sonate II (n° 17), la voix basse s'efface sur la dominante tandis que la voix supérieure se poursuit en séquences jusqu'à l'accord de la septième. C'est à ce moment-là que la voix basse la rejoint, pour finir après une pause générale sur la tonalité de base en sol mineur.

    À cette époque, l'Italie étant avant tout le pays des chanteurs et des violonistes, il n'est donc pas étonnant que les sonates clé Sieber comportent de nombreux motifs ressemblant plus à des tournures écrites pour le violon que pour la flûte à bec. Une pièce nettement violonistique – comme le Capricio [sic] de la Sonate I en la mineur (n° 12) nous en donne un exemple. Sur une simple ligne de basse, la flûte à bec exécute une séquence d'un motif en doubles croches comme dans une étude de violon. De même que, dans les mouvements vifs de la Sonate III en ut majeur (n° 6 et n° 8), la flûte à bec doit maîtriser des passages répétés sur différents registres et des phrases de longueur inhabituelle pour un instrument à vent. En dépit de ces "incommodités" que l'on trouve dans toutes ces sonates, Sieber respecte tout de même les particularités idiomatiques de la flûte à bec et exploite toutes les possibilités sonores et techniques qu'offre l'instrument à l'époque. Il paraît donc évident que le compositeur maîtrisait non seulement le hautbois, mais aussi la flûte à bec. C'est particulièrement dans les mouvements lents se distinguant par leur caractère mélodique de style italien que l'on trouve cet accent "languissant" de la flûte évoqué par Johann Gottfried Walther en 1732.

    L'assignation des sonates a Ignazio Sieber se justifie par deux autres arguments. Le premier : l'imprimerie Jeanne Roger d'Amsterdam a publié ces six sonates à la même époque que les Sonates op. 5 et les Concerts op. 6 et 7 d'Antonio Vivaldi, demeurant à Venise. Le deuxième : les douze Sonate a Violino, o Flauto solo, e Basso […] de Francesco Maria Veracini (1690-1768) ont été terminées le 26 juillet 1716 à Venise, c'est-à-dire dans l'entourage d'Ignazio Sieber qui occupait la fonction de Maestro di oboe à la Pietà jusqu'en 1715. Le recueil manuscrit de Veracini contient entre autres la Sonata quinta en ut majeur, probablement une version remaniée de la Sonata V en ut majeur de Sieber (n° 21-24). En s'appropriant l'œuvre imprimée de Sieber, Veracini en a modifié entre autres le titre et le mètre des mouvements lents (chez Sieber : Largo/Largo 3/2, chez Veracini : Cantabile/Andante 3/4. Quelques motifs plutôt simples chez Sieber sont ornementés chez Veracini de notes supplémentaires, comme dans le 3e mouvement (n° 23), dans lequel la voix basse est une ligne mélodieuse chez Veracini tandis que Sieber y met un basso continuo, donc une voix basse harmonique. À partir de la 16e mesure, Veracini y insère encore quatre mesures de plus, qui manquaient peut-être dans la version imprimée. L'emploi différent de liaisons dans le deuxième mouvement (n° 22) est un autre détail frappant. Chez Veracini, ils ont plutôt une allure de violon, chez Sieber, en revanche, ils sont écrits pour la flûte à bec, respectant les différents registres de cet instrument.

    De surprenantes concordances se trouvent dans le Preludio/Largo de la Sonate I en la mineur de Sieber (n° 9) et le Preludio/Andante de la Sonata III/Opera seconda de Vivaldi. (La première édition imprimée de ces Sonate a Violino e Basso per il Cembalo […] a paru en 1709 à Venise sans numérotation, la deuxième en 1711 à Amsterdam en tant qu'opus 2.) Dans ce Preludio, les premières notes du thème sont identiques à celles du thème du Dominus Deus, Agnus Dei, mouvement dans le Gloria de Vivaldi (RV 589). La Sarabande de la Sonate II en sol mineur (n° 15) fait penser à une autre œuvre sacrée de Vivaldi, le Stabat mater dolorosa/Largo et le Quis est homo/Largo, extraits de son Stabat mater ( RV 621 ).

    Compte tenu de tous ces indices, il n'est pas faux de conclure que ce "Monsieur Sieber", mentionné sur le frontispice des sonates, est vraisemblablement identique au prénommé Ignazio Sieber, Maestro di oboe/flauto traverso.

Thomas Kügler
Traduction française : Dr. Anne Sophie Meine
© Coviello Classics – Reproduction interdite

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