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  • L'Album des Six

    L'œuvre pour flûte et piano des "Six" (Intégrale)

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Référence : CDH55386 0034571153865 - 1 CD 73:25 - DDD - Enregistré du 20 au 22 avril 2000 à la Salle Henry Wood de Londres - Notes en français
En vente sur ce site depuis le 29 mars 2012
Date parution numérique : 27 mars 2012
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Recueil de petites pièces pour flûte et piano de Francis Poulenc, Louis Durey , Georges Auric, Germaine Tailleferre, Arthur Honegger et Darius Milhaud

Francis Poulenc (1899-1963) : Sonate pour flûte et piano
Georges Auric (1899-1983) : Aria - Imaginées 1
Germaine Tailleferre (1892-1983) : Pastorale - Forlane
Louis Durey (1888-1979) : Sonatine, op. 25 - Deux dialogues, op. 114
Arthur Honegger (1892-1955) : Danse de la chèvre - Romance
Darius Milhaud (1892-1974) : Sonatine, op. 76

Emily Beynon, flûte
Andrew West, piano

insi nommés par le critique Henri Collet, les Six ne formèrent un vrai groupe que de 1920 à 1921, dont l’activité commune se concrétisa par deux aventures musicales : le divertissement surréaliste “Les Mariés de la Tour Eiffel” et l’”Album des Six” dont ce disque porte le nom comme titre principal. L’œuvre phare de cet album est l’éblouissante Sonate de Poulenc, populaire entre toutes, qui est ici brillamment interprétée par Emily Beynon, flûte solo de l’Orchestre du Concertgebouw d’Amsterdam, et par Andrew West. Le reste du programme illustre la démarche artistique des Six en opposition au wagnérisme et à l’impressionnisme, regroupés autour de Satie et Cocteau. À la recherche d’une musique populaire et simple, où l’humour désabusé, la parodie et l’ironie sont présents, ces compositeurs ont tiré leur inspiration du music-hall, des chansons des cafés-concerts, de la musique de foire et de cirque, ou encore du jazz américain. Le programme a été fort habilement conçu par les interprètes et le résultat en est extrêmement divertissant.


Les «Six» et la flûte: une aventure bien francaise

«Les cinq Russes, les six Francais et Erik Satie»: ainsi Henri Collet – mû par sa volonté de toujours faire mieux que les autres (et peut-être à court d’idées pour sa rubrique dans la revue d’art Comoedia) – lança-t-il le concept des «Six», en janvier 1920. De fait, le rapprochement avec les Russes (à commencer par les «Cinq» russes de la fin du XIXe siècle) n’est pas inopportun car, pour que d’aucuns aimeraient à considérer le «nouveau classicisme» des années 1920 – renouveau du meilleur classicisme à la Couperin –, la culture francaise fut profondément influencée par l’arrivée d’émigrés russes, notamment de Stravinski, arrivée dont résulta l’inéluctable pêle-mêle que fut Le Coq et l’Arlequin.

Pamphlet écrit en 1918 par le dramaturge-animateur Jean Cocteau, Le Coq et l’Arlequin fut bientôt considéré comme une quasi-manifeste pour le «Groupe des Six». Cocteau lui-même chercha à s’imposer comme le porte-parole de ce groupe, qui avait déjà plus ou moins existé, entre 1917 et 1919, sous le nom de «Les Nouveaux Jeunes». Entre-temps, les six compositeurs avaient affectueusement élevé Erik Satie au rang de père. Mais qui étaient-ils donc? S’il est relativement aisé de nommer les trois premiers – Francis Poulenc (1899 – 1963), Arthur Honegger (1892 – 1955) et Darius Milhaud (1892 – 1974) – , citer les trois derniers relève du défi: Geroges Auric (1899 – 1983), Germaine Tailleferre (1892 – 1983, la seule femme du groupe) et, enfin, Louis Durey (1888 – 1979).

Par-delà le jargon journalistique, toujours commode, la validité artistique du groupe a souvent été contestée; Milhaud lui-même déclara que Collet avait choisi six noms sur la seule force et de l’amitié que les musiciens se portaient et des similitudes que leurs programmes présentaient. La notion des «Six» n’en a pas moins lancé avec succès la carrière des compositeurs concernés et résisté à l’épreuve du temps, malgré les doutes.

Dans la mesure où ils offraient une esthétique unifiée, les «Six» symbolisèrent le néoclassicisme francais et, partant, un rejet anarchique de tout ce qui était perçu comme un dérivé de romantisme germanique décadent de Wagner. (Ceci étant, l’héritage musical germanique de Honegger, transmis via sa nationalité suisse, ne fut que plus rarement gommé.) À son tour, ce courant de pensée jeta le doute sur Debussy et sur toutes ces indéfinissables «brumes d’impressionisme» - pour reprendre les propos, si caractéristiques, de Cocteau, dans Le Coq : «Nous avons eu assez de nuages, de vagues, d’aquariums, de naïades et de parfums de la nuit». Généralement, les «Six» épousèrent la simplicité, l’économie, la clarté des contours («la ligne et la mélodie») et l’art accessible dans la vie de tous les jours. Ils célébrèrent la musique populaire – les numéros de comédie musicale du music-hall, les chansons des cafés-concerts, la musique de foire et de cirque, le déferlement du jazz américain (particulièrement important chez Milhaud et Auric) – et virent une nouvelle valeur dans les sons mécanisés de la rue. La recherche de l’humour désabusé, de la parodie et de l’ironie remplaça la quête floue d’idéalisme et de sublime divin.

Quoique le groupe des «Six» n’existât officiellement que de 1920 à 1921, il est deux aventures auxquelles ses membres collaborèrent assez étrangement. Les Mariés de la Tour Eiffel, divertissement merveilleusement surréaliste de 1921 (feignant la maladie, Durey avait cependant déjà refusé d’y participer), et l’Album des Six, miniature pour piano de 1920.

Allègre, le Prélude d’Auric, dédié au général Clapier, est une pièce pleine de bonne humeur, animée, avec d’impertinents effets de «fausses notes» (dont la bitonalité) ajoutant au piquant et une «basse d’Alberti» pseudo-classique, cependant que la méditative Romance sans paroles de Durey, dédiée à Ricardo Viñes, recèle une nostalgique mélodie modale sise au sein d’un dégradé sonore spacieux, orchestral presque. (L’autre Romance celle que Honegger composa en 1953, vers la fin de sa vie, partage la même modalité fluide, délicate, et le même mètre ternaire, pour conclure sur une petite touche pleine d’esprit.) La Sarabande (Honegger) et la Mazurka (Milhaud) suivantes forment le coeur paisible de l’Album des Six, où l’on retrouve des lignes modales doucement dissonantes, de caractère tout à fait romantique – harmonies luxuriantes, syncopes et indications expressives. Extravertie et charmante, la Valse de Poulenc, dédiée à Micheline Soulé, savoure ses plaisirs de cafés parisiens (mêlés de touches de Pétrouchka!) et inclut quelques saisissants effets de cloche. Pour terminer, la Pastorale enjouée de Tailleferre, pour flûte et piano (1942), présente un thème diatonique, délicieusement simple, à la flûte; son paisible apogée est atteint, sans accompagnement, via une série de degrés trillés en gammes.)

Venons-en maintenent à la flûte: bien que sa sonorité ait été importante dans la musique française dès le haut baroque (Marais, Hotteterre, Leclair et Boismortier), la recherche de la «couleur» au tournant du XXe siècle, notamment, a amélioré son statut dans les contextes orchestral et chambriste. Songeons à l’écriture exquissément melliflue du Prelude à l’apres-midi d’un faune de Debussy (1894), où la flûte personifie, à un certain niveau, le faune mythique – mi-homme, mi-bête. Certes, penser aux attirants pipeaux de Pan et à Éros est inévitable, mais seule la flûte, toute de simplicité et de pureté sonores, fait le lien avec ces légendes anciennes – une lointaine genèse. Des associations pastorale similaires infléchissent l’usage de la flûte dans le somptueux ballet ravélien Daphnis et Chloé (1912).

La flûte a également atteint à un statut particulier dans les compositions pour soliste, Syrinx de Debussy (1910) constituant un moment déterminant. Par-delà tout impressionisme, son agilité et sa polyvalence vocale ont assuré à la flûte une primauté ininterrompue, et ce dans divers contextes stylistiques, de l’intensité et de l’obsession motivique de Densité 21, 5 (la densité d’une flûte en platine) de Varèse au espirituel humour néoclassique de la Danse de la chèvre (1921) de Honegger. Ce solo populaire, dedié à René le Roy, partage l’intérêt de Tailleferre pour les choses pastorales. Une ouverture langoureuse, mystérieuse – dotée d’une certaine force d’improvisation et mettant en scène l’intervalle de triton, dit «diabolus in musica» - est transformée jusqu’à devenir les sautillements pleins d’entrain du thème principal de la chèvre (le lubrique Pan, de nouveau?). Originellement destinée à la danseuse Lysana, dans le cadre d’une pièce de théâtre de Sacha Derek intitulée La Mauvaise pensée, et créée au Nouveau Théâtre, à Paris, le 2 décembre 1921, cette oeuvre brève montre bien les qualités de la flûte au moyen d’articulations variées, de trilles et de passages chromatiques (atteignant si bémol aigu). Passé plusieurs fluctuations de tempi, la danse ralentit une nouvelle fois pour se faire distante, désintégrée, avant de conclure sur un harmonique caverneux, comme détaché de ce monde.

Notre voyage dans les années 1920 se poursuit avec deux sonatines. Tout d’abord, la Sonatine, Op. 76 de Milhaud (1922), dédiée à Louis Fleury et à Jean Wiéner, qui la créèrent en janvier 1923, aux Concerts Wiéner. Cette oeuvre jouit à la fois d’une assurance structurale et d’une puissance mélodique expressive, le «Tendre» initial, notamment, suggérant un mélange stylistique: figurations en basse d’Alberti néoclassiques nichées au coeur de complexités debussyesques – lavis fleuris, ornementations et trémolos – et de fluctuations de tempi. Le «Souple» central, de type barcarolle, recourt à une mélodie modale dorienne confiée à la flûte (exécutée, plus tard, en contrepoint entre les instruments) et à de forts contre-rythmes, sa dernière phrase augmentée se mourant dans un petit geste «bluesy». Le finale vif («Clair») utilise une forme sonate modifiée, avec deux thèmes nets et des proportions équilibrées; l’écriture inventive de Milhaud explore les caractères opposés pour le même matériau, ainsi que de pseudo-effets fugués.

Dédiée au critique Roland-Manuel, la Sonatine, Op. 25 (1929) de Durey s’ouvre sur un mouvement marqué, avec à-propos, «Nonchalant»: la ligne de la flûte, détendue et soutenue, acquiert périodiquement un élan qui est ensuite dissipé; comme dans la Sonatine de Milhaud, les indications expressives sont des plus détaillées, cependant que le mètre à 5/8 engendre des regroupements rythmiques inhabituels. Un «Lent et soutenu» très libre, aux ré-inflexions modales, conduit tout droit à un finale espiègle («Assez animé»), dont l’accompagnement piansitique en triolets de croches continus semble presque automatisé. S’ensuit une inversion des rôles: la flûte fournit un déchant arpégé sur une mélodie centrale, au piano; passé une courte reprise, la musique se meurt comme en un rêve.

Au-delà même de la durée de vie stricto sensu du groupe, l’influence des «Six» a continué de résonner comme un puissant symbole de toute la scène parisienne et des séduisantes «Années folles». De surcroît, les principaux membres de ce groupe continuèrent, chacun de leur côté, d’adhérer à la même approche musicale, largement néoclassique, jusque tard dans les années 1930 – en réalité, jusqu’à après la Seconde Guerre mondiale.

Le succès populaire du présent disque, la Sonate de Poulenc (1957), est dédié à la mémoire de cette championne de la musique de chambre du XXe siècle que fut Elizabeth Sprague Coolidge. La cause de cette sonate fut défendue par le magazine Chesterian, qui déclara, au printemps de 1958: «Le médium flûte et piano convient idéalement au style inimitable du Francis Poulenc. Tous les flûtistes souhaiteront inclure cette pièce à leur répertoire.» Pour Poulenc lui-même, la plus forte influence spirituelle fut celle de sa chère amie Raymonde Linossier; sa Sonate achevée, il conclut: «C’est de Poulenc, mais vraiment du Raymonde, comme à chaque composition pour vents.» Le flûtiste Jean-Pierre Rampal donna la première publique de l’oeuvre au festival de Strasbourg, le 18 juin 1957, avec le compositeur au piano.

L’agité «Allegro Malincolico» se focalise sur une idée chromatique descendante, précédée d’une fioriture arpégée, où Poulenc se délecte des inflexions majeures et mineures. Les trilles fréquents et les coups de langue (triples croches) attestent la technique du flûtiste. L’héritage classique est manifeste dans les figurations pianistiques en basse d’Alberti, tandis que la dette envers le baroque transparaît dans les rythmes pointés de la flûte, au sein de la section centrale ralentie. Une «Cantilena» paisible, cantabile, explore les qualités vocales de la flûte avec un contour mélodique en arche: «un grand arc-en-ciel de mélodie». (D’aucuns ont également noté des liens avec l’opéra contemporain de Poulenc, Dialogues des Carmélites.) À l’usage poussé de figures en gammes coulantes répond, par contraste, un matériau rhythmique davantage pointé dans la portion centrale.
Le «Presto giocoso», au caractère léger, alla rondo, de nouveau marqué par une forte identité rythmique, goûte les textures imitatives et les éléments cycliques, avec une figure arpégée et, plus tard, l’idée pointée («mélancolique») du premier mouvement, le tout augmenté d’une allusion thématique au second mouvement (atteignant un ut aigu). Une reprise confiante, extravertie, de l’ouverture sert de conclusion, «strictement en mesure, sans le moindre ralentissement».

Au début des années 1960, Auric prit la direction de deux bastions de "l’establishment" parisien: L’Opéra et l’Opéra-Comique; mais l’homme de musique qu’il était possédait une facette plus radicale, aux tendances compositionelles modernistes, qui s’exprima dès le début des années 1930. En 1968, il composa Imaginées I, premier volet d’une importante série de quatre oeuvres dévolues à differentes combinaisons instrumentales, dans un style clairement contemporain, influencé par ses jeunes compatriotes. Cette pièce épisodique, de conception gestuelle, comporte des tempi fluctuants: Largo, Vivo et Allegro moderato; de fougueuses sections rythmiques émergent des tréfonds lugubres des moments ralentis. Son langage harmonique tire profit de l’ambiguité, des méandres chromatiques et des sauts angulaires conduisant à une atonalité davantage ouverte et à des clusters dissonants. Un «Allegro moderato» à 5/8 présente les mains du pianiste apparemment désynchronisées d’une double croche, cependant qu’une autre section montre une ligne de basse, alla tango, distordue avec humour. Contraste et diversité: tels sont les maîtres mots de ces «imaginées» chimériques.

Pour finir, quelques pièces des années 1970: en guise de nouveau contraste, Auric dit son dernier mot avec la simplicité lyrique d’Aria, achevée en 1976, mais probable refonte d’une pièce datant de la fin des années 1920. À l’identique, Forlane de Tailleferre (1972), dédiée à Jean-Pierre Bourillon, et un peu dans l’esprit de son mentor Ravel, s’épanouit grâce à sa fraïche lucidité tonale, d’insolites phrases de cinq mesures offrant l’indispensable coup de théâtre, sur une formule éprouvée. Peut-être les Deux dialogues, Op. 114 de Durey, pour flûte solo, dédiés à Jacques le Trocquer, constituent-ils la découverte la plus intéressante. Ces pièces explorent divers aspects de la «converstation» musicale, tels la simple répétition de matériau, les effets d’écho, les contrastes de registre, de dynamique, de caractère et de contour, assortis de l’usage d’énonciations mélodiques et simples et ornées. Les pauses servent à séparer et à articuler les «voix». En outre, la seconde pièce introduit une portion de matériau de la première (sous forme d’écho à plus grande échelle) et présente, à la voix supérieure, quelques trilles d’une raillerie malicieuse.

Deborah Mawer © Hyperion, 2000

 

Détail des pistes :

POULENC Francis
1 - 1     I. Allegretto malincolico (4mn 39s )    
1 - 2     II. Cantilena. Assez lent (4mn 16s )    
1 - 3     III. Presto giocoso (3mn 38s )    

AURIC Georges
1 - 4     Aria (2mn 04s )    

TAILLEFERRE Germaine
1 - 5     Pastorale. Allegretto (3mn 55s )    

AURIC Georges
1 - 6     Imaginées 1 (8mn 33s )    
1 - 7     Prélude (1mn 23s )    

DUREY Louis
1 - 8     Romances sans paroles, op. 21 (3mn 27s )    

HONEGGER Arthur
1 - 9     Sarabande (1mn 40s )    

MILHAUD Darius
1 - 10     Mazurka (1mn 22s )    

POULENC Francis
1 - 11     Valse (1mn 39s )    

TAILLEFERRE Germaine
1 - 12     Pastorale. Enjoué (1mn 39s )    

DUREY Louis
1 - 13     I. Nonchalant (3mn 32s )    
1 - 14     II. Lent et soutenu (2mn 28s )    
1 - 15     III. Assez animé (3mn 21s )    

HONEGGER Arthur
1 - 16     Danse de la Chèvre (4mn 14s )    
1 - 17     Romance (2mn 37s )    

TAILLEFERRE Germaine
1 - 18     Forlane (2mn 52s )    

DUREY Louis
1 - 19     N° 1 : Modéré (3mn 44s )    
1 - 20     N° 2 : Animé (3mn 05s )    

MILHAUD Darius
1 - 21     I. Tendre (3mn 52s )    
1 - 22     II. Souple (2mn 26s )    
1 - 23     III. Clair (2mn 45s )    

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