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  • Johann Schelle

    Les contemporains de Bach, volume 3

5 de Diapason
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Référence : CDH55373 0034571153735 - 1 CD DDD - 78:56 - enregistré du 8 au 10 novembre 2000 en l'église de St Jude-on-the-Hill de Hampstead, Londres - notes en français, textes en allemand & en anglais
En vente sur ce site depuis le 25 août 2011
Date parution numérique : 23 août 2011
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    English spoken
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Lobe den Hernn, meine Seele - Wohl dem, der den Herren fürchtet - Aus der Tiefen - Herr, lehre uns bedenken - Gott, sende dein Licht - Komm, Jesu komm - Christus, der ist mein Leben - Christus ist des Gesetzes Ende - Vom Himmel kam der Engel Schar

The King's Consort, direction Robert King

llustre prédécesseur de Bach à St-Thomas de Leipzig, choriste sous Schütz, Schelle était l'un des compositeurs les plus estimés de son temps : son écriture, particulièrement riche, tranche avec bon nombre de pièces plus austère de ses contemporains. Le présent CD comporte, entre autres, un psaume à 25 voix (!) foisonnant à souhait : en tout, 1 heure 20 de musique à nos oreilles inconnues et qui pourrait faire entrer Schelle dans le grand groupe des S — Schütz, Schein, Scheidt — même s'il est vrai qu'il le précédèrent d'une ou deux générations. Ne boudez pas votre plaisir, essayez ce compositeur qui vous ménagera bien des surprises, toutes agréables. Et ne serait-ce que pour la qualité incomparable de ce chœur anglais, le King's Consort, qui ne peut que rassembler tous les suffrages.

Retrouvez la collection Les Contemporains de Bach chez Hyperion


Musique sacrée de Schelle

Dans la nécrologie d’une grande érudition et d’une éloquence remarquable qu’il consacra à son prédécesseur et cousin, Johann Schelle, le cantor de l’église Saint-Thomas de Leipzig, Johann Kuhnau soulignait que celui-ci apportait rarement «une pièce pour l’église ou autre de sa composition» qui ne rencontrât l’approbation générale. Pour cette raison, écrivait Kuhnau, l’œuvre de Schelle serait «préservée pendant longtemps comme document et attestation de ses merveilleux talents dans l’entendement de la composition» et «jamais le son louable de sa gloire ne quitterait nos oreilles». Aussi touchantes et confiantes que ses prophéties puissent être, elles ne sont qu’en partie véridiques. En juillet 1712, le conseil municipal de Leipzig acheta à la veuve de Schelle le fonds musical de son défunt époux pour le chœur de Saint-Thomas ; pourtant, dès l’inventaire de 1723 – l’école en dressait un chaque année – il est indiqué que ces manuscrits «ont été endommagés par leur usage constant et sont devenus pratiquement inutilisables». A partir de 1731, la référence aux «Choses musicales de Schelle» a complètement disparu. Personne n’avait songé à recopier ces compositions devenues aussi superflues que du vieux papier usagé afin de les préserver.

La destruction du matériau musical passé correspondait au changement de goût musical de l’époque lequel s’accordait immanquablement aux dernières compositions du jour. Les remarques désobligeantes de Jean Sébastien Bach à propos de l’exécution de la musique de ses prédécesseurs se situent également dans ce contexte. A ses yeux, «l’actuel status musices diffère largement de celui d’antan» et «l’art s’est considérablement élevé» ; «le gusto a étonnamment changé», et c’est pourquoi «la manière ancienne de composer ne satisfait plus nos oreilles». Fort heureusement, les compositions de Schelle étaient largement diffusées dans toute l’Allemagne centrale et nordique ; et il est des lieux qui ne se débarrassèrent point des vieilles partitions une fois révolu l’intérêt pour la musique de la fin du XVIIe siècle. Une soixantaine des cantates de Schelle a survécu – un corpus qui nous permet d’apprécier les jugements enthousiastes de ses contemporains.

La carrière musicale fructueuse de Schelle fut favorisée par la découverte précoce de ses dons extraordinaires et secondée par une éducation soignée. Né en 1648 dans le village de Geising, dans le Erzgebirge, ce fils d’un maître de chapelle entra lui-même à la chapelle électorale de Dresde – alors dirigée par Heinrich Schütz – à l’âge de sept ans. A la mue, le jeune garçon de seize ans rejoignit l’alumnat de l’école Saint-Thomas grâce à une recommandation de Schütz, avant de s’inscrire à l’Université de Leipzig trois ans plus tard. Son intérêt principal demeurait pourtant la musique qu’il étudia avec diligence sous la direction du cantor de l’époque, Sebastian Knüpfer. Il commença rapidement à gagner sa vie comme professeur de musique auprès de l’aristocratie. Jouissant d’une renommée croissante, le jeune homme se vit confier le poste de cantor dans la ville voisine d’Eilenburg en 1670, à l’âge de vingt-deux ans. A la mort de son professeur, Knüpfer, en 1676, il brigua sa succession et fut choisi parmi un large nombre de postulants par la municipalité de Leipzig. Il demeura à ce poste – estimé de tous comme compositeur, organiste et enseignant – durant pratiquement un quart de siècle, jusqu’à sa mort, le 10 mars 1701.

Exécutées les dimanches à Saint-Thomas et Saint-Nicolas, les deux églises les plus importantes de Leipzig, les cantates de Schelle étaient connues d’un public nombreux. Au cours des deux dernières décennies du XVIIe siècle, il n’est pas un visiteur de Leipzig nourrissant un certain intérêt pour la musique qui aurait manqué d’assister à ces exécutions. Un témoin de l’époque rapporte que les auditeurs «se pressaient comme des abeilles» autour du «doux miel» afin d’entendre la musique sacrée de Schelle. C’est que le public venait y découvrir un style nouveau – une sonorité douce et délicieuse associée à des textes soigneusement choisis et une exécution polie secondée par un sens poussé des grands effets et des superbes raffinements sonores. Au même titre que les plus experts, Schelle disposait de cet intime secret : il savait fixer et retenir l’attention du grand public. La fascination que ses compositions exerçaient alors est toujours bien vivante de nos jours. Leur succès est dû à son éloignement de la stricte polyphonie de ses prédécesseurs et à son aspiration à un style léger et agile cultivé à la cour de Dresde par deux maîtres de chapelle, Vicenzo Albrici et Marco Peranda, un style qui exerça une influence de plus en plus grande en Allemagne centrale à la fin du XVIIe siècle. Dans son œuvre, Schelle privilégie les qualités mélodiques, les structures simples et aisément perceptibles même dans des compositions à plusieurs parties de grande envergure.

Lobe den Herrn, meine Seele [Loue le Seigneur, mon âme], une œuvre imposante à 25 voix sur les cinq premiers versets du Psaume 103, en est une illustration probante. La nature glorieuse et solennelle de la musique est certainement le signe d’un événement particulier. Etant donné qu’elle est répertoriée dans l’inventaire de 1688, elle a probablement été composée durant les dix premières années de son poste de cantor à l’église Saint-Thomas. Un des événements marquants de cette période se déroula le 16 septembre 1683 quand une action de grâces fut rendue pour la victoire sur l’armée turque qui avait assiégé Vienne pendant neuf semaines. Le Prince électeur de Saxe, Johann Georg III avait pris part à la libération de la capitale impériale et avait pour son retour à Dresde ordonné à tous une fête nationale. Un chroniqueur leipzigois rapporte que durant le service commémoratif de Saint-Thomas, après la solennité du sermon officiel, on joua «une musique d’une grande beauté» – peut-être le psaume de Schelle (dont cet enregistrement est une première mondiale au disque). Les sections tutti et solo alternent à la manière des psaumes vénitiens de Johann Rosenmüller. Peu avant la conclusion, le texte et la musique du premier verset sont repris, parachevant ainsi la forme avant que ne soit finalement entonné un alléluia-fugue concis.

C’est une facette très différente de l’art de Schelle qui apparaît avec le psaume Wohl dem, der den Herren fürchtet [Loué soit celui qui craint le Seigneur]. Cette œuvre conçue pour voix seule et ensemble instrumental à cinq parties s’inscrit dans la tradition des arrangements des psaumes pour voix seule établie par le professeur de Schelle, Heinrich Schütz et cultivée à Leipzig entre autres par Rosenmüller et Johann Theile. Elle semble être une composition très ancienne de Schelle comme en témoignent les nombreuses sections et l’utilisation de maints «madrigalismes» illustrant musicalement le texte (par exemple sur les mots «Finsternis» [ténèbres], «barmherzig» [charitable] et «Den Armen» [le pauvre]), une technique dont il se servit de manière moins radicale par la suite.

Le texte de Aus der Tiefen [Des profondeurs] a été élaboré à partir du Psaume 131. Dans sa version originale, Schelle n’exploita pas le texte dans son intégralité. Celui-ci n’apparaît au contraire que dans trois sections tutti au début, au milieu et à la fin de l’œuvre. Pour les autres sections, le compositeur s’est servi d’une paraphrase rimée qui lui permit de mettre en musique ces versets comme des arias strophiques suivis de ritournelles, donnant ainsi à cette page l’apparence d’une cantate.

Dans ses cantates, Schelle accordait une attention particulière à l’excellence de ses textes. Un volume de textes de cantates pour l’année liturgique (de la plume de David Elias Heidenreich, poète à la cour de Halle) était alors très populaire. De nombreux compositeurs s’en servirent. Schelle le mit en musique à deux reprises au moins – une première fois sous la forme de cantates modestes pour voix seule et accompagnement instrumental de deux violons et basse continue essentiellement et la seconde sous la forme d’un cycle d’amples compositions conçues pour trois à six voix et un effectif instrumental complet. On a de bonnes raisons de croire que les œuvres de chambre furent écrites durant la période passée à Eilenburg tandis que celles plus importantes virent le jour à Leipzig. Les deux cantates Herr, lehre uns bedenken et Gott, sende dein Licht font partie du cycle leipzigois. Suivant les modèles italiens, les libretti de Heidenreich sont composés d’une citation biblique énoncée au début et à la fin de l’œuvre au tutti, et d’un poème de plusieurs strophes placé en son centre qui commente poétiquement la citation. La forme musicale engendrée par ce genre de livret est également dénommée concerto-aria-cantate.

La cantate Herr, lehre uns bedenken [Seigneur, apprends-nous à réfléchir] a été composée pour le Seizième Dimanche après la Trinité. Son texte fait allusion à la section de l’évangile de ce dimanche faisant le récit d’un jeune homme de Naïn rappelé des morts. Il l’associe à une réflexion sur la propre mort de l’écrivain. La partition que Schelle conçut pour ce livret possède un charme extraordinaire. Avec ses trois voix et trois instruments seulement, cette œuvre gagne une intimité comparable à celle de la musique de chambre dont la sonorité distinctive est créée par la scordatura des instruments à cordes accordés en mi bémol majeur. Aux deux niveaux du texte de la cantate (citation biblique et vers libres), Schelle ajoute un aspect supplémentaire : il cite les strophes de chorals dans les ritournelles instrumentales. Dans la première ritournelle après le tutti initial, le violon joue le choral «Christus, der ist mein Leben» [Christ est ma vie] tandis que la viole de gambe entonne la mélodie de «Wenn mein Stündlein vorhanden ist» [Quand mon heure est venue] après les première et quatrième strophes de l’aria. A la suite des deuxième et troisième strophes de l’aria, le violon et l’alto jouent les mélodies de «Herzlich lieb hab ich dich, o Herr» [De tout mon cœur je t’aime, ô Seigneur] et «Herzlich tut mich verlangen, nach einem sel’gen End» [De tout mon cœur j’aspire à une fin bénie].

La cantate Gott, sende dein Licht [Seigneur, envoie ta lumière] est écrite pour l’Epiphanie : dans l’aria, Heidenreich fait plusieurs fois allusion à l’histoire biblique (comme par exemple la métaphore de l’étoile dont la lumière indique le chemin à suivre). Conçue pour quatre voix et cinq instruments, cette œuvre possède une texture relativement riche ; pourtant le compositeur parvient à garder le matériau musical transparent d’une part en réduisant le nombre de parties et d’autre part en doublant les voix et instruments. Les motifs musicaux de Schelle conviennent parfaitement au rythme inhérent du texte et donnent l’impression d’une simplicité totalement naturelle. Ces détails soulignent à quel point il soutint de bonne heure des principes esthétiques qui ne furent communément acceptés dans la pratique musicale que bien après sa mort.

Le motet à cinq voix Komm, Jesu, komm [Viens, Jésus, viens] vit le jour à l’occasion des funérailles du Professeur de l’Université de Leipzig et Doyen de l’Ecole Saint-Thomas, Jakob Thomasius. Il fut exécuté en l’église Sainte-Pauline «le 14 septembre 1684, au cours d’une cérémonie de présentation du corps pleine de respect». Le poète leipzigois Paul Thymich dont le nom apparaît à plusieurs reprises au titre de librettiste de Schelle, écrivit le texte. Ce simple verset strophique fut mis en musique sous la forme d’un aria pour chœur simple et émouvant. Aux environs de 1730, Jean Sébastien Bach a dû éprouver une émotion telle en la découvrant qu’il choisit de se servir du texte pour son motet du même nom BWV229, et même de reprendre quelques tournures mélodiques de Schelle.

Christus ist des Gesetzes Ende [Christ est la fin de la loi] est un autre motet de lamentation de Schelle, écrit pour les funérailles d’un habitant de Leipzig, Gottfried Egger, le 13 juillet 1684. Cette composition s’inscrit dans la tradition des motets de l’Allemagne centrale telle que Heinrich Schütz, le professeur de Schelle, et ses prédécesseurs Hermann Schein et Tobias Michael l’avait cultivée.

Deux cantates chorales d’amples proportions Christus, der ist mein Leben et Von Himmel kam der Engel Schar trouvent leurs origines dans un volume de la liturgie annuelle composé en 1688/89 et constitué exclusivement d’hymnes adaptés de la même manière. Le pasteur de l’église Saint-Thomas, Johann Benedikt Carpzow, en est à l’origine. Dans ses sermons, il avait comme lui-même le souligne «toujours expliqué un hymne protestant ou luthérien, ancien, beau et bon et intimé à l’assemblée de le chanter immédiatement après la fin du sermon.» Schelle avait accepté de «réaliser pour chaque hymne une musique gracieuse pour la faire entendre avant le sermon».

La cantate Christus, der ist mein Leben [Christ est ma vie] fut probablement composée pour la fête de la Purification de Marie, le 2 février. Avec quatre violons et quatre altos en plus des cinq voix, cette partition dévoile une certaine profusion festive. Les huit strophes de l’hymne sur lesquelles est élaborée la cantate sont énoncées selon deux versions différentes, la première avec des combinaisons changeantes des parties solos sans référence au cantus firmus, puis avec la mélodie accompagnée par des figurations libres aux quatre violons. Ceci crée une structure proche du rondo qui inscrit le simple énoncé de l’hymne en son centre.

Epousant une structure semblable, la cantate de Noël Vom Himmel kam der Engel Schar [Du Ciel vint une ribambelle d’anges] oppose les trois chœurs instrumentaux (trompettes et timbales, cornets à bouquin et trombones, cordes) au chœur vocal à cinq parties. Cette partition en six mouvements développe la mélodie du célèbre hymne luthérien avec des techniques variées. En modelant les versets I et VI, et II et V de manière pratiquement identique, Schelle parvint à ciseler un cadre symétrique avec en son centre les versets III et IV, une version dansante, transportée de joie apparaissant alors avec un arrangement monumental du cantus firmus. Répondant à ses ambitions artistiques, Schelle emploie des techniques de composition élaborées si bien que cette œuvre donne non seulement l’impression d’être aisément perceptible mais dévoile aussi une immense gloire empreinte de naturel.

Dr Peter Wollny © Hyperion 2001
Traduction : Isabelle Battioni

 

Détail des pistes :

SCHELLE Johann
1 - 1     Lobe den Herrn, meine Seele (11mn 03s )    
1 - 2     Wohl dem, der den Herren fürchtet (7mn 47s )    
1 - 3     Aus der Tiefen (10mn 24s )    
1 - 4     Herr, lehre uns bedenken (9mn 46s )    
1 - 5     Gott, sende dein Licht (11mn 04s )    
1 - 6     Komm, Jesu, komm (5mn 47s )    
1 - 7     Christus, der ist mein Leben (9mn 33s )    
1 - 8     Christus ist des Gesetzes Ende (4mn 55s )    
1 - 9     Vom Himmel kam der Engel Schar (8mn 32s )    

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