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  • John Dowland

    Lachrimae

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Référence : CDH55339 0034571153391 - 1 CD 68:33 - DDD - Enregistré du 12 au 14 novembre 1992 - Notes en français, anglais et allemand
En vente sur ce site depuis le 17 juin 2010
Date parution numérique : 15 juin 2010
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John Dowland (1563-1626)
Lachrimae, or Seaven Teares
N° 1. Lachrimae Antiquae
N° 2. Lachrimae Antiquae Novae
N° 3. Lachrimae Gementes
N° 4. Lachrimae Tristes
N° 5. Lachrimae Coactae
N° 6. Lachrimae Amantis
N° 7. Lachrimae Verae
N° 8. Semper Dowland semper dolens
N° 9. M. Nicholas Gryffith his Galiard
N° 10. M. Giles Hobies Galiard
N° 11. Sir John Souch his Galiard
N° 12. Sir Henry Umptons Funerall
N° 13. M. George Whitehead his Almand
N° 14. Mistresse Nichols Almand
N° 15. M. John Langtons Pavan
N° 16. M. Buctons Galiard
N° 17. M. Thomas Collier his Galiard with 2 Trebles
N° 18. Captaine Digorie Piper his Galiard
N° 19. The Earle of Essex Galiard
N° 20. M. Henry Noel his Galiard
N° 21. The King of Denmarks Galiard


Captaine Digorie Piper his Pavan
Lachrimae or Seaven Teares
The Most High and Mightie Christianus the fourth King of Denmarke, his Galliard

Maurice de Hesse-Cassel (1572-1632)
Pavane

The Parley Of Instruments
Direction Peter Holman


oute la mélancolie anglaise confiée aux violons et violes de gambe du Parley of Instruments. Un recueil qui rendit Dowland immortel et fut abondamment imité mais jamais égalé.
Une superbe réalisation qui reçut de nombreuses récompenses lors de sa première parution.
 

Détail des pistes :

DOWLAND John
Lachrimae or Seaven Teares
1 - 1     Lachrimae Antiquae (4mn 03s )    
1 - 2     Lachrimae Antiquae Novae (3mn 39s )    
1 - 3     Lachrimae Gementes (3mn 37s )    
1 - 4     Lachrimae Tristes (4mn 27s )    
1 - 5     Lachrimae Coactae (3mn 32s )    
1 - 6     Lachrimae Amantis (3mn 58s )    
1 - 7     Lachrimae Verae (4mn 17s )    

HESSEN-KASSEL Landgraf Moritz von
A Varietie of Lute Lessons
1 - 8     Pavan (5mn 02s )    

DOWLAND John
Lachrimae or Seaven Teares
1 - 9     Semper Dowland semper dolens (5mn 38s )    
1 - 10     M. Nicholas Gryffith his Galiard (1mn 58s )    
1 - 11     M. Giles Hobies Galiard (1mn 24s )    
1 - 12     Sir John Souch his Galiard (1mn 23s )    
1 - 13     Sir Henry Umptons Funerall (4mn 50s )    
1 - 14     M. George Whitehead his Almand (1mn 18s )    
1 - 15     Mistresse Nichols Almand (40s )    
1 - 16     M. John Langtons Pavan (3mn 28s )    
1 - 17     M. Buctons Galiard (1mn 24s )    
1 - 18     M. Thomas Collier his Galiard with 2 Trebles (1mn 18s )    
1 - 19     Captaine Digorie Piper his Pavan (3mn 34s )    
1 - 20     Captaine Digorie Piper his Galiard (1mn 30s )    
1 - 21     The Earle of Essex Galiard (1mn 23s )    
1 - 22     M. Henry Noel his Galiard (2mn 38s )    
1 - 23     The Most High and Mightie Christianus the fourth King of Denmarke, his Galliard (2mn 39s )    
1 - 24     The King of Denmarks Galiard (40s )    

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John Dowland
Lachrimae, or Seaven Teares (1604)



     On ne compte que deux occasions où des compositeurs anglais ont affecté profondément le cours de l’histoire de la musique européenne. La première remonte au début du XVe siècle, lorsque les motets, les messes et les chansons de John Dunstable et de ses contemporains servirent de modèles à l’épanouissement musical qui suivit en Flandre et en Bourgogne. La seconde eut lieu deux siècles plus tard, au début du XVIIe siècle, lorsqu’un certain nombre de compositeurs et instrumentistes anglais trouvèrent du travail dans les cours d’Europe du Nord.

    Ils s’expatrièrent pour trois raisons majeures. Les uns, comme Peter Philips et Richard Dering, étaient des réfugiés religieux fuyant la persécution des catholiques qui marqua le règne de la reine Élisabeth. D’autres, comme William Brade et Thomas Simpson, furent sans doute attirés par les postes lucratifs qu’offraient les petites cours et les riches états-cités d’Europe du Nord. D’autres enfin suivirent les troupes de théâtre anglaises qui commencèrent à voyager à travers l’Europe dans les années 1580 et 1590, à la suite du décret de 1572 restreignant les activités des « acteurs populaires aux intermèdes et ménestrels », leur interdisant ainsi de travailler en Angleterre à moins de bénéficier de la protection de la reine ou d’un courtisan influent.

     John Dowland avait sans doute plusieurs raisons de quitter l’Angleterre en 1594. Lui qui affirmait sa foi catholique venait en effet de se voir refuser un poste de luthiste à la cour. II partit tout d’abord travailler à Wolfenbüttel puis à Kassel et, en 1598, après avoir à nouveau essayé d’obtenir un poste à la cour, il rejoignit le groupe de musiciens anglais au service de Christian IV, roi de Danemark. II demeura à Copenhague jusqu’en 1606, bien qu’il fît un voyage à Londres durant l’été de l’année 1603 « de son propre chef », comme le précise un secrétaire de la cour.

    En 1603 il était devenu l’un des luthistes les plus célèbres d’Europe, et aurait pu raisonnablement espérer un poste à la cour d’Angleterre après la mort de la reine Élisabeth, en mars de cette même année, puisque la femme du nouveau roi, Jacques ler, était Anne de Danemark, la sœur de Christian IV. Mais il devait lui échapper à nouveau, peut-être, comme l’a suggéré Peter Warlock, parce qu’Anne ne voulait pas qu’on pense qu’elle dépouillât son frère de l’un de ses musiciens ; lorsqu’il devint enfin l’un des luthistes de Jacques ler en 1612, il avait quitté la cour danoise depuis longtemps. Dowland avait sans doute espéré pouvoir attirer l’attention d’Anne en lui dédiant Lachrimae, or Seaven Teares. Dans la dédicace, il déclare avoir « accès à votre Altesse à Winchester » (la cour y séjourna en septembre et octobre 1603), et indique qu’il avait tenté par deux fois de rentrer au Danemark par la mer mais que « les vents contraires et le gel » l’avaient contraint à passer l’hiver en Angleterre.

     Dowland fit œuvre de pionnier avec la publication de Lachrimae. À l’epoque, les danses étaient habituellement écrites ou imprimées en parties séparées in-quarto, mais Lachrimae est un volume in-folio, l’ensemble des parties de chaque pièce apparaissant sur des faces en regard de sorte qu’en théorie l’on pouvait les jouer autour d’une table à partir d’un seul exemplaire. Dowland a vraisemblablement choisi ce format, qu’il utilisait pour ses chansons au luth, du fait qu’il avait fait figurer une partie de luth en tablature, qui n’aurait pas été adaptée à un cahier de format plus petit. Lachrimae est sans doute le premier recueil anglais de danses en cinq parties, manuscrit ou imprimé, où figure une partie de luth— bien que les gravures de l’époque montrent souvent des luths dans les ensembles de violons accompagnant les danses.

     On range généralement Lachrimae dans le répertoire pour consort anglais, mais en fait Dowland l’écrivit, du moins en partie, à Copenhague. Dans la dédicace, il précise à la reine que certains passages furent composés au Danemark : « J’ai pris la liberté de Dédier cette œuvre de Musique a vos mains sacrées, qui fut commencée où vous êtes née, et terminée où vous régnez. » En fait, il est probable qu’elle fût aussi écrite à l’intention d’un groupe de musiciens anglais expatriés à la cour danoise, dont elle reflète la technique, et qui était composé des violonistes et compositeurs William Brade et Daniel Norcombe, du maître de danse (et vraisemblablement violoniste) Henry Sandam, du harpiste « Carolus Oralii » (un Irlandais, Charles O’Reilly ?) et, peut-être, de « Bendix Greebe » (également connu sous le nom de « Benedictus Grep »), qui était sûrement un Anglais, Benedict Greave ou Greaves.

    Lachrimae est caractéristique du répertoire pour consort anglo-allemand en ce sens qu’une place très importante est consacrée aux pavanes. Elles occupent la majeure partie du temps lors d’une exécution complète de l’œuvre, et l’attention se porte inévitablement sur les « pavanes passionnées » sur lesquelles s’ouvre le recueil. Les expatriés anglais avaient tendance à exprimer leurs pensées les plus graves à travers la pavane, peut-être parce que la plupart d’entre eux jouaient des instruments à cordes au lieu d’être organistes ou maîtres de chapelle - qui écrivaient la plupart du répertoire pour consort anglais, et dont la forme de prédilection était la fantaisie.

     Une seconde caractéristique du répertoire anglo-allemand que l’on retrouve dans ce recueil est le fait qu’il soit spécifiquement mis en partition pour instruments à cordes. Selon sa page de titre, il est « établi pour Luth, Violes, ou Violons, en cinq parties ». De nos jours, on le joue normalement sur des violes, mais un groupe de cordes professionnel l’aurait joué soit sur des violes, soit sur des violons, choisissant l’ensemble le plus approprié selon les circonstances. II est peu probable que Dowland ait eu l’intention de combiner les deux familles d’instruments dans le même consort ; la pratique courante consistait en effet à utiliser un ensemble d’instruments complet comme choix possible sur un menu musical, plutôt que comme ingrédient dans un plat particulier.

    Tout le recueil peut être joué tel quel par le consort de violons à cinq parties de l’époque, alors constitué d’un violon, de trois violons alto et d’une basse - une formation encore utilisée en France, en pleine période baroque, par les Vingt-quatre Violons du Roi. Mais l’une des pièces, « M. Thomas Collier his Galiard », possède deux parties aiguës et réclame la mise en partition plus moderne de deux violons, deux violons alto et une basse ; la situation est rendue plus complexe du fait qu’à une exception près, les pièces se divisent en deux groupes, aigu et grave, séparés d’environ une quarte.

    Le premier groupe, qui rassemble toutes les pièces légères sauf « Sir John Souch his Galiard », peut être exécuté tel quel, mais les autres pièces sont dans un registre trop grave pour être bien rendues par les violons. C’est pourquoi nous les avons transposées à la quarte supérieure, ce qui a pour effet de mettre les sept « pavanes passionnées » en ré mineur, le ton des premiers arrangements pour consort de « Lachrimae Antiquae ». L’exception, « M. John Langtons Pavan », se situe à mi-chemin entre les registres des deux groupes, de sorte que nous l’avons transposée au ton supérieur, le ton choisi par Thomas Simpson pour son arrangement pour consort publié en 1610. Les instrumentistes professionnels de l’époque auraient fait ces transpositions de façon tout à fait spontanée, de manière à adapter la musique au registre et au caractère des différents types d’instruments, et un certain nombre de danses du XVIe siècle nous sont parvenues dans plus d’une tonalité, sans doute pour cette raison. Si l’on ne peut pas affirmer avec certitude pourquoi Lachrimae est divisé en pièces aiguës et graves, il est clair que cette dichotomie reflète les différentes exigences de deux groupes instrumentaux particuliers, peut-être à Copenhague et à Londres.

     La musique de Lachrimae s’inspire en grande partie de compositions antérieures de Dowland dans d’autres genres. II n’était pas rare que luthistes et organistes produisent des versions pour consort de pièces qu’ils avaient déjà élaborées pour d’autres instruments. Ainsi, sur les vingt et une pièces que contient le recueil, onze existaient déjà sous forme de solo de luth, parfois sous des titres différents : ainsi, « Mignarda » est devenu « M. Henry Noel his Galiard », tandis que « M. Buctons Galiard » s’appelait « Susanna Galliard » dans une version antérieure, faisant référence au fait que son air est inspiré de la célèbre chanson de Lassus Susanne un jour. « The King of Denmarks Galiard » circulait déjà sous plusieurs versions, comme « Mr. Mildmays Galliard » ou « The Battle Galliard » (cette pièce utilise des idées tirées d’un certain nombre de musiques de bataille du XVIe siècle), et fut finalement publiée par Robert Dowland en 1610 dans son recueil Varietie of Lute-Lessons.

    On trouve également dans cet ouvrage la belle pavane à l’honneur de Dowland du landgrave de Hesse, basée sur « Lachrimae Antiquae ». Robert Dowland indique qu’elle est « de lui adressée à mon Père, avec cette inscription lui faisant suite, et écrite de la propre main de sa GRACE : Mauritius Landgrauius Hessiae fecit in honorem loanni Doulandi Anglorum Orphei » (« Moritz, Landgrave de Hesse, l’a écrite en l’honneur de John Dowland, l’Orphée anglais »). On la considère généralement comme une pièce pour luth originale du landgrave, mais la sophistication et l’audace stylistique des diminutions sont telles qu’il est possible qu’elles fussent rajoutées par le dédicataire lui-même.

     D’autres pièces de Lachrimae étaient quant à elles déjà connues sous forme de chansons. « The Earle of Essex Galiard », « Sir John Souch his Galiard » et « Captaine Digorie Piper his Galiard » correspondent respectivement à « Can she excuse my wrongs », « My thoughts are winged with hope », et « If my complaints could passion move » dans le First Booke of Songes de Dowland (1597), tandis que « M. Henry Noel his Galiard » apparaît sous le titre « Shall I strive with words to move » dans A Pilgrimes Solace (1612). Nous donnons « Captaine Digorie Piper his Galiard » avec sa pavane, d’après un manuscrit récemment découvert à Kassel. II constitue sans doute, avec une version de pré-publication de « Lachrimae Antiquae », un témoignage des activités de Dowland à la cour du landgrave de Hesse dans les années 1590. Nous avons par ailleurs couplé « Sir John Souch his Galiard » et « M. Giles Hobies Galiard » car toutes deux empruntent des éléments harmoniques et mélodiques à une gaillarde de James Harding, une pièce qui était souvent associée avec « Lachrimae Antiquae ».

    Comme la plupart des recueils de danses publiés au XVIe siècle, Lachrimae est organisé par genres, les pavanes étant suivies des gaillardes puis des allemandes. Les sept « pavanes passionnées » doivent être écoutées à la suite, mais nous avons ordonné les autres pièces selon leur tonalité, si bien que les pièces au ton grave précèdent les danses plus légères, suivant l’exemple de plusieurs recueils du répertoire anglo-allemand.

     « Lachrimae Antiquae », la pièce la plus célèbre de Dowland, a circulé sous de nombreuses formes, et fut publiée sous le titre « Flow my tears » dans The Second Book of Songs (1600). On peut cependant penser que les incomparables « pavanes passionnées » qui la suivent furent écrites bien plus tard, peut-être spécialement pour la publication, puisqu’une seule d’entre elles figure dans une autre source. Ces œuvres sont par ailleurs remarquables sur un autre plan : les gaillardes des compositeurs élisabéthains étaient souvent tirées de pavanes, et il était de coutume que ces pavanes fissent allusion à des exemples célèbres du genre. Un bon exemple est le troisième air de « Semper Dowland semper dolens » (« Toujours Dowland, toujours douleur »), qui contient un cantus firmus « synthétique » à la manière de la célèbre Pavane de Peter Philips de 1580. Mais seul Dowland créa une suite de variations de sept pavanes, reliées entre elles par le thème d’ouverture descendant de quatre notes et par un subtil réseau d’interrelations thématiques et harmoniques.

     La signification précise des titres latins n’est pas toujours très claire. « Lachrimae Antiquae » (« Les larmes anciennes ») et « Lachrimae Antiquae Novae » (« Les nouvelles larmes anciennes ») ne posent pas de problème, mais rien dans la musique ne permet d’expliquer pourquoi les autres pavanes sont intitulées « Lachrimae Gementes » (« Les larmes de soupir »), « Lachrimae Tristes » (« Les larmes de tristesse »), « Lachrimae Coactae » (« Les larmes de crocodile »), « Lachrimae Amantis » (« Les larmes de l’amant »), et « Lachrimae Verae » (« Les vraies larmes ») ; « Lachrimae Tristes » apparaît toutefois comme la pièce la plus triste et la plus ardente de la suite, tandis que « Lachrimae Coactae » s’avère en être une parodie harmonique.

     Lachrimae semble n’avoir eu que peu d’influence sur les développements ultérieurs de la musique pour consort en Angleterre. La vogue des pavanes et des gaillardes sérieuses ne dura pas ; elles furent supplantées par des danses plus légères, notamment les allemandes, les courantes et les masques sous le règne de Jacques ler. Mais la mémoire de Dowland devait être perpétuée à travers l’œuvre de Samuel Scheidt, qui fut incontestablement attiré par les imitations guerrières de « The King of Denmarks Galiard », et l’on trouve une version altérée de l’air de « The Earle of Essex Galiard » dans un recueil hollandais du XVIIIe siècle.

Peter Holman
Traduction Jean-Paul Metzger
© Hyperion 2010 – Reproduction interdite


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