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  • The Spirits of England and France

    Volume 5

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Référence : CDH55285 0034571152851 - 1 CD 65:23 - DDD - Enregistré du 13 au 17 juillet 1996 - Notes en français, anglais et allemand avec les textes chantés en latin et traduction anglaise
En vente sur ce site depuis le 6 janvier 2011
Date parution numérique : 4 janvier 2011
  • Pour commander par téléphone :
  • 0892 259 770 (0,34 €/mn)
  • From Outside France (only) please dial +331 49269770
    English spoken
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Anonyme
Jesu, fili virginis
Doleo super te
Gaude Maria virgo
Deus creator omnium
Jesu salvator
A solis ortus
Salvator mundi
Christe, qui lux es
To many a well
Sancta Maria virgo
Mater ora filium
Ave maris stella
Pange lingua
Missa Veterem hominem


John Dunstable (v.1390–1453)
Beata mater

Gothic Voices
(Catherine King, alto - Steven Harrold, Julian Podger & Leigh Nixon, ténors - Stephen Charlesworth & Donald Greig, barytons)
Direction Christopher Page

Détail des pistes :

ANONYMOUS
1 - 1     Jesu, fili virginis (2mn 48s )    
1 - 2     Doleo super te (1mn 41s )    
1 - 3     Gaude Maria virgo (3mn 07s )    
1 - 4     Deus creator omnium (3mn 02s )    

Missa Veterem hominem
1 - 5     Kyrie ‘Deus creator omnium’ (5mn 35s )    
1 - 6     Gloria (4mn 52s )    
1 - 7     Jesu salvator (2mn 23s )    
1 - 8     Credo (4mn 53s )    
1 - 9     A solis ortus (3mn 33s )    
1 - 10     Sanctus and Benedictus (5mn 29s )    
1 - 11     Salvator mundi (2mn 42s )    
1 - 12     Agnus Dei (5mn 02s )    
1 - 13     Christe, qui lux es (2mn 12s )    
1 - 14     To many a well (5mn 27s )    
1 - 15     Sancta Maria virgo (1mn 37s )    
1 - 16     Mater ora filium (1mn 28s )    
1 - 17     Ave maris stella (2mn 31s )    

DUNSTABLE John
1 - 18     Beata mater (2mn 52s )    

ANONYMOUS
Pange lingua
1 - 19     Pange lingua (3mn 56s )    

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L’Âme de l’Angleterre et de la France – 5



    La Missa Veterem Hominem peut être, à juste titre, considérée comme la messe « sœur » de la Missa Caput, enregistrée sur le précédent volume de cette même série. Le présent volume, le cinquième, marque une progression du répertoire des Gothic Voices dans l’exploration des messes polyphoniques anglaises du XVe siècle, et inclut également quelques-uns des plus remarquables chants du riche rite de Sarum.

     Comme la Missa Caput, la Missa Veterem hominem fit partie d’un des flots de musique anglaise qui engloutirent l’Europe continentale pendant la première moitié du XVe siècle. Ces deux messes figurent dans les « Codex de Trente », une série de sept manuscrits, dont les quelque mille huit cents pièces constituent de loin le plus grand recueil de musique à avoir survécu depuis les trois premiers quarts du XVe siècle. Preuve du remarquable intérêt pour la musique anglaise, la Veterem hominem voyagea jusqu’en Silésie orientale, ou Bohême, où elle fut copiée dans le manuscrit « Strahov » ; et le fait qu’elle soit en partie citée dans la Plaine and Easie Introduction to Practicall Musicke de Morley (1597) atteste que sa longévité égala l’ampleur de sa transmission, au moins comme curiosité didactique.

     Malheureusement, seul ce dernier fragment permit à la messe de survivre sur son sol natal : les copies insulaires qui durent exister jadis furent, de toute évidence, la proie des changements de mode et finirent par devenir obsolètes, à l’instar de l’essentiel de la musique anglaise de l’époque. Excepté une minuscule poignée de manuscrits, la glorieuse richesse qu’était manifestement la musique anglaise au début du XVe siècle n’est plus représentée en Angleterre que par de pitoyables fragments issus de livres reliés du XVIe siècle.

    Les similitudes entre la Missa Veterem hominem et la messe « Caput » vont bien au-delà de leur seule origine anglaise. En fait, ces deux pièces sont de construction si identique qu’elles peuvent être qualifiées de messes « sœurs ». Probablement composées vers la fin des années 1440, toutes deux firent partie de la première maturité de la messe sur cantus firmus, procédé conçu en Angleterre, mais imité avec enthousiasme en Europe continentale, dans lequel chaque mouvement est construit sur la même mélodie empruntée. Toutes deux sont, aussi, écrites pour quatre voix, avec un contreténor grave (une texture rare à l’époque, mais bientôt largement adoptée en Europe continentale), et présentent le cantus firmus deux fois par mouvement, dans un format de « double cursus »—une fois dans une mesure ternaire, une fois dans une mesure binaire. En fait, la structure et l’agencement de ces deux messes devinrent le prototype de toute une série de messes à quatre voix dans l’Europe continentale des années 1450 ; certaines sont de si parfaites imitations qu’il est difficile, voire impossible, de déterminer si leurs compositeurs étaient d’Angleterre ou d’Europe continentale.

     Même les mélodies empruntées de la Veterem hominem et de la Caput possèdent des caractéristiques communes, chacune dérivant d’antiennes et étant en mode 7, sur sol. Comme dans nombre de messes anglaises anciennes, ces mélodies se déploient dans des successions rythmiques identiques dans chaque mouvement, bien que des différences dans les durées des pauses et des duos impliquent que certains mouvements sont plus longs que d’autres. Dans les deux cas, l’un des mouvements les plus longs est le Kyrie, pour lequel les messes mettent en musique le long texte tropé « Deus creator omnium », conformément aux prescriptions d’interprétation pour les fêtes doubles de première classe et les fêtes doubles majeures, dans les rites de Sarum et les autres rites anglais.

     Sur l’armature rigide imposée par le cantus firmus, les compositeurs anonymes ont disposé des lignes musicales étincelantes, avec tantôt une voix, tantôt une autre émergeant au-dessus de la surface de la texture et véhiculant une succession de rythmes et de sonorités. Comme le remarqua John Caldwell, le plain-chant de la Veterem hominem est drapé dans « un tissu mélodique hardi et ingénieux dans les trois voix d’accompagnement, tricoté de façon serré, sans aucun sacrifice de clarté ».

     A l’instar de la Missa Caput, la Missa Veterem hominem bénéficia d’une écriture à l’assurance aiguë, qui exclut le type d’interprétation tranquille actuellement appliqué à la musique anglaise du XVe siècle. Un tel style semble par contre tout à fait convenir à certaines des antiennes mariales plus brèves et contemplatives—ainsi Sancta Maria virgo ou Mater ora filium—, et est désormais presque toujours utilisé pour la musique de Dunstable ; mais, le maître de la Veterem hominem crée, en maints endroits, une ligne de contreténor (la deuxième voix des partitions modernes), avec des passages animés et syncopés, qui rappellent les motets du siècle précédent, tels Degentis vita (enregistré sur le disque « The Medieval Romantics », Helios CDH55293), et il semble essentiel que pareille musique soit présentée avec vélocité et dynamisme.

     Au cours de nos répétitions de la Veterem hominem et de la Missa Caput, nous fûmes de plus en plus convaincus que notre désir était de rendre la musique comme une clameur festive, rapide et puissante, capturant ce qui aurait pu être accompli par quatre solistes fiers de leur contribution experte à une fête liturgique majeure, et démangés, pendant les passages de plain-chant, par l’envie de se lever et de le faire. Comme pour la Missa Caput, nous nous sommes prononcés contre une reconstruction liturgique mais avons intercalé, par souci de contraste, certaines des plus magnifiques et des plus contemplatives hymnes du Sarum Use, à même de préserver l’alternance de polyphonie et de plain-chant—assurément cruciale pour l’équilibre des mouvements polyphoniques. Les treize premières pistes du présent enregistrement sont, par conséquent, conçues comme un tout.

     Le programme débute avec Jesu, fili virginis, une mise en musique, à la tension caractéristique, extraite du répertoire des carols anglais du XVe siècle, puis se poursuit avec trois pièces monophoniques, pour accoutumer l’auditeur à la monodie. Ainsi espérons-nous rendre à la polyphonie de la Veterem Hominem un peu de l’opulence offerte à son auditoire originel.

    L’antienne Doleo super te, la lamentation de David sur Jonathan, ne fait que nous rappeler combien les livres de Sarum renferment de beaux plains-chants, des chants qui devraient être considérés comme bien plus que de simples curiosités historiques (sur lesquelles se fondent les œuvres polyphoniques ultérieures, mieux connues), des chants qui méritent d’être interprétés et jugés comme des œuvres indépendantes, d’une grande splendeur. Doleo super te fut énormément admiré, et un théoricien médiéval loue sa mélodie grave, expressive.

     Le répons Gaude Maria virgo figure dans un grand nombre de miracles médiévaux, dont beaucoup circulaient en Angleterre, du vivant du maître de la Veterem hominem. Cette pièce fut particulièrement appréciée pour sa tessiture élevée, et un miracle relate qu’un jeune homme à la belle voix l’interprétait souvent, conformément aux « canons d’une certaine église cathédrale d’Italie », comme un chant soliste virtuose. Nous le faisons suivre d’une mise en musique, selon le plain-chant de Sarum, du trope de Kyrie Deus creator omnium, dont les paroles sont reprises dans le Kyrie de la Missa Veterem hominem. Ce long texte tropé, ou « prosula »—également utilisé comme Kyrie de la Missa Caput—, apporte la preuve la plus convaincante de l’origine anglaise, et non continentale, de ces chefs-d'œuvre.

    Note sur l’édition
    La présente interprétation repose sur l’édition de la Missa Veterem hominem établie par Margaret Bent, Fifteenth-Century Liturgical Music, 11, Four Anonymous Masses, in Early Church Music, n° 22 (Londres, 1979). Je suis reconnaissant au Dr Bent d’avoir discuté certains points avec moi. L’enregistrement ne se départit de son édition qu’aux égards suivants : toutes les voix comportent un texte de bout en bout, et certains changements occasionnels affectent les ficta éditoriales, qui ne font que refléter ce que les musiciens impliqués dans le présent enregistrement trouvèrent de plus gracieux, tant pour la voix que pour l’oreille.

Andrew Kirkman et Christopher Page
Traduction Hyperion
© Hyperion 2011 – Reproduction interdite


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