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Référence : CDH55285 0034571152851 - 1 CD 65:23 - DDD - Enregistré du 13 au 17 juillet 1996 - Notes en français, anglais et allemand avec les textes chantés en latin et traduction anglaise En vente sur ce site depuis le 6 janvier 2011 Date parution numérique : 4 janvier 2011
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Anonyme Jesu, fili virginis
Doleo super te
Gaude Maria virgo
Deus creator omnium
Jesu salvator
A solis ortus
Salvator mundi
Christe, qui lux es
To many a well
Sancta Maria virgo
Mater ora filium
Ave maris stella
Pange lingua
Missa Veterem hominem
John Dunstable (v.1390–1453) Beata mater
Gothic Voices
(Catherine King, alto - Steven Harrold, Julian Podger & Leigh Nixon, ténors - Stephen Charlesworth & Donald Greig, barytons)
Direction Christopher Page
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La Missa Veterem Hominem peut être, à juste titre,
considérée comme la messe «sœur» de la Missa Caput,
enregistrée sur le précédent volume de cette même série.
Le présent volume, le cinquième, marque une progression du
répertoire des Gothic Voices dans l’exploration des messes
polyphoniques anglaises du XVe siècle, et inclut également
quelques-uns des plus remarquables chants du riche rite de
Sarum.
Comme la Missa Caput, la Missa Veterem hominem fit
partie d’un des flots de musique anglaise qui engloutirent
l’Europe continentale pendant la première moitié du XVe siècle.
Ces deux messes figurent dans les «Codex de Trente», une
série de sept manuscrits, dont les quelque mille huit cents
pièces constituent de loin le plus grand recueil de musique à
avoir survécu depuis les trois premiers quarts du XVe siècle.
Preuve du remarquable intérêt pour la musique anglaise, la
Veterem hominem voyagea jusqu’en Silésie orientale, ou
Bohême, où elle fut copiée dans le manuscrit «Strahov»; et
le fait qu’elle soit en partie citée dans la Plaine and Easie
Introduction to Practicall Musicke de Morley (1597) atteste
que sa longévité égala l’ampleur de sa transmission, au moins
comme curiosité didactique.
Malheureusement, seul ce dernier fragment permit à la
messe de survivre sur son sol natal : les copies insulaires
qui durent exister jadis furent, de toute évidence, la proie
des changements de mode et finirent par devenir obsolètes,
à l’instar de l’essentiel de la musique anglaise de l’époque.
Excepté une minuscule poignée de manuscrits, la glorieuse
richesse qu’était manifestement la musique anglaise au début
du XVe siècle n’est plus représentée en Angleterre que par de
pitoyables fragments issus de livres reliés du XVIe siècle.
Les similitudes entre la Missa Veterem hominem et
la messe «Caput» vont bien au-delà de leur seule origine
anglaise. En fait, ces deux pièces sont de construction
si identique qu’elles peuvent être qualifiées de messes
«sœurs». Probablement composées vers la fin des années 1440, toutes deux firent partie de la première maturité de la
messe sur cantus firmus, procédé conçu en Angleterre, mais
imité avec enthousiasme en Europe continentale, dans lequel
chaque mouvement est construit sur la même mélodie empruntée.
Toutes deux sont, aussi, écrites pour quatre voix, avec
un contreténor grave (une texture rare à l’époque, mais bientôt
largement adoptée en Europe continentale), et présentent le
cantus firmus deux fois par mouvement, dans un format de
«double cursus»—une fois dans une mesure ternaire, une
fois dans une mesure binaire. En fait, la structure et l’agencement
de ces deux messes devinrent le prototype de toute une
série de messes à quatre voix dans l’Europe continentale des
années 1450; certaines sont de si parfaites imitations qu’il est
difficile, voire impossible, de déterminer si leurs compositeurs
étaient d’Angleterre ou d’Europe continentale.
Même les mélodies empruntées de la Veterem hominem
et de la Caput possèdent des caractéristiques communes,
chacune dérivant d’antiennes et étant en mode 7, sur sol.
Comme dans nombre de messes anglaises anciennes, ces
mélodies se déploient dans des successions rythmiques
identiques dans chaque mouvement, bien que des différences
dans les durées des pauses et des duos impliquent que
certains mouvements sont plus longs que d’autres. Dans les
deux cas, l’un des mouvements les plus longs est le Kyrie, pour
lequel les messes mettent en musique le long texte tropé «Deus
creator omnium», conformément aux prescriptions d’interprétation
pour les fêtes doubles de première classe et les fêtes
doubles majeures, dans les rites de Sarum et les autres rites
anglais.
Sur l’armature rigide imposée par le cantus firmus, les
compositeurs anonymes ont disposé des lignes musicales
étincelantes, avec tantôt une voix, tantôt une autre émergeant
au-dessus de la surface de la texture et véhiculant une
succession de rythmes et de sonorités. Comme le remarqua
John Caldwell, le plain-chant de la Veterem hominem est
drapé dans «un tissu mélodique hardi et ingénieux dans les trois voix d’accompagnement, tricoté de façon serré, sans
aucun sacrifice de clarté».
A l’instar de la Missa Caput, la Missa Veterem hominem
bénéficia d’une écriture à l’assurance aiguë, qui exclut le type
d’interprétation tranquille actuellement appliqué à la musique
anglaise du XVe siècle. Un tel style semble par contre tout à
fait convenir à certaines des antiennes mariales plus brèves
et contemplatives—ainsi Sancta Maria virgo ou Mater ora
filium—, et est désormais presque toujours utilisé pour la
musique de Dunstable; mais, le maître de la Veterem hominem
crée, en maints endroits, une ligne de contreténor (la deuxième
voix des partitions modernes), avec des passages animés
et syncopés, qui rappellent les motets du siècle précédent,
tels Degentis vita (enregistré sur le disque «The Medieval
Romantics», Helios CDH55293), et il semble essentiel que
pareille musique soit présentée avec vélocité et dynamisme.
Au cours de nos répétitions de la Veterem hominem et de
la Missa Caput, nous fûmes de plus en plus convaincus que
notre désir était de rendre la musique comme une clameur
festive, rapide et puissante, capturant ce qui aurait pu être
accompli par quatre solistes fiers de leur contribution experte à une fête liturgique majeure, et démangés, pendant les
passages de plain-chant, par l’envie de se lever et de le faire.
Comme pour la Missa Caput, nous nous sommes prononcés
contre une reconstruction liturgique mais avons intercalé, par
souci de contraste, certaines des plus magnifiques et des plus
contemplatives hymnes du Sarum Use, à même de préserver
l’alternance de polyphonie et de plain-chant—assurément
cruciale pour l’équilibre des mouvements polyphoniques. Les
treize premières pistes du présent enregistrement sont, par
conséquent, conçues comme un tout.
Le programme débute avec Jesu, fili virginis, une mise en
musique, à la tension caractéristique, extraite du répertoire
des carols anglais du XVe siècle, puis se poursuit avec trois
pièces monophoniques, pour accoutumer l’auditeur à la monodie.
Ainsi espérons-nous rendre à la polyphonie de la Veterem
Hominem un peu de l’opulence offerte à son auditoire originel.
L’antienne Doleo super te, la lamentation de David sur
Jonathan, ne fait que nous rappeler combien les livres de
Sarum renferment de beaux plains-chants, des chants qui
devraient être considérés comme bien plus que de simples
curiosités historiques (sur lesquelles se fondent les œuvres polyphoniques ultérieures, mieux connues), des chants qui
méritent d’être interprétés et jugés comme des œuvres
indépendantes, d’une grande splendeur. Doleo super te fut
énormément admiré, et un théoricien médiéval loue sa mélodie
grave, expressive.
Le répons Gaude Maria virgo figure dans un grand nombre
de miracles médiévaux, dont beaucoup circulaient en
Angleterre, du vivant du maître de la Veterem hominem. Cette
pièce fut particulièrement appréciée pour sa tessiture élevée,
et un miracle relate qu’un jeune homme à la belle voix
l’interprétait souvent, conformément aux «canons d’une
certaine église cathédrale d’Italie», comme un chant soliste
virtuose. Nous le faisons suivre d’une mise en musique, selon
le plain-chant de Sarum, du trope de Kyrie Deus creator
omnium, dont les paroles sont reprises dans le Kyrie de la
Missa Veterem hominem. Ce long texte tropé, ou
«prosula»—également utilisé comme Kyrie de la Missa Caput—, apporte la preuve la plus convaincante de l’origine
anglaise, et non continentale, de ces chefs-d'œuvre.
Note sur l’édition
La présente interprétation repose sur l’édition de la Missa
Veterem hominem établie par Margaret Bent, Fifteenth-Century Liturgical Music, 11, Four Anonymous Masses, in
Early Church Music, n° 22 (Londres, 1979). Je suis reconnaissant
au Dr Bent d’avoir discuté certains points avec moi.
L’enregistrement ne se départit de son édition qu’aux égards
suivants : toutes les voix comportent un texte de bout en
bout, et certains changements occasionnels affectent les ficta
éditoriales, qui ne font que refléter ce que les musiciens
impliqués dans le présent enregistrement trouvèrent de plus
gracieux, tant pour la voix que pour l’oreille.