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Référence : CDH55226 0034571152264 - 1 CD 78:30 - DDD - Enregistré à Renswoude (Pays-Bas) & *à la Salle Philips de Eindhoven (Pays-Bas) - Notes en français, anglais, allemand En vente sur ce site depuis le 14 septembre 2006
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Six Sonates pour violon seul, op. 27
Sonate n° 1 en sol mineur (dédiée à Joseph Szigeti)
Sonate n° 2 en la mineur (dédiée à Jacques Thibaud)
Sonate n° 3 en ré mineur "Ballade" (dédiée à Georges Enesco)
Sonate n° 4 en mi mineur (dédiée à Fritz Kreisler)
Sonate n° 5 en sol majeur "Pastorale" (dédiée à Mathieu Crickboom)
Sonate n° 6 en mi majeur (dédiée à Manuel Quiroga) Poème élégiaque en ré mineur, op. 12 * Rêve d'enfant, op. 14 *
Philippe Graffin, violon
* Pascal Devoyon, piano
l serait fort dommage de voir dans les Six Sonates magistrales pour violon seul d’Ysaÿe la simple production d’un violoniste-compositeur : loin d’avoir écrit là des sortes de pièces lui permettant de faire l’éloge de sa propre virtuosité, il les a dédiées à six violonistes de son temps pour lesquels il éprouvait une sincère admiration. Ainsi, Szigeti, Jacques Thibaud, Enesco, Kreisler, Matthieu Crickboom (son collègue au quatuor, en particulier lors de la création du Quatuor de Debussy) et Manuel Quiringa se virent-ils chacun offrir une œuvre représentative de leurs talents respectifs, de leurs techniques respectives et de leurs sensibilités personnelles. Notons que la Troisième Sonate, dédiée à Enesco, fut créée par Joseph Gingold – lui-même professeur de Philippe Graffin, le violoniste du présent enregistrement ! La ligne est donc on ne peut plus directe entre le compositeur et l’interprète.
Pour finir, deux œuvres plus anciennes mais déjà éloignées de la simple virtuosité des toutes premières pièces de Ysaÿe qui, ici, souhaite écrire de la musique de son époque. Ernest Chausson admirait particulièrement le Poème élégiaque.
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Né à Liège, célèbre pour sa tradition violonistique, Ysaÿe n’est pas un enfant prodige mais deviendra vite l’élève de Henryk Wieniawski à Bruxelles et surtout de Henry Vieuxtemps à Paris. Ce dernier, d’origine belge comme lui, l’invita à Paris pour un premier séjour de trois ans à la fin des années 1870. Wieniawski et Vieuxtemps sont tous deux des figures légendaires de l’histoire du violon. Virtuoses–compositeurs comme Paganini : Ysaÿe sera leur fils spirituel. Compositeur autodidacte, ses premières œuvres sont, dans la pure tradition de ses maîtres, écrites avant tout pour son propre usage. Pièces de genre, comme des tarentelles, des mazurkas, et même des concerti qui, pour la plupart, restèrent à l’état de manuscrits. En 1878 un premier voyage en Allemagne pour jouer avec Clara Schumann lui ouvre des horizons nouveaux, il est introduit auprès du grand Joseph Joachim, qui après l’avoir entendu déclare : « Je n’avais encore jamais entendu personne jouer comme cela. » Cette remarque, quoique ambiguë, a le mérite de souligner la nouveauté du jeu d’Ysaÿe par rapport à son époque. En particulier en ce qui concerne le vibrato. Joachim l’utilise très peu, considérant qu’il s’agit d’un effet de mauvais gout reservé aux violonistes de café. Le vibrato d’Ysaÿe est constant, varié, libre. Son jeu est moderne avec une grande palette de couleurs, ce qui ne sera pas sans influence sur son rôle dans le renouveau de la musique française. En 1879, Ysaÿe prend des leçons avec Joachim et s’installe à Berlin où il devient Konzertmeister de l’orchestre de la Brasserie Bilse, qui un peu plus tard devint l’Orchestre Philharmonique de Berlin. Joachim eut une grande
influence sur Ysaÿe, il aida le jeune virtuose à devenir un vrai musicien et sa carrière lui servira d’exemple.
En 1882 il rentre à Paris et renoue avec les compositeurs de la Société Nationale. À l’instar de Joachim, il va créer son propre
quatuor à cordes et s’investir dans la musique de son temps. Il inspire des œuvres, d’abord la Sonate de Franck, qu’il reçut en cadeau de mariage en 1886, puis le Quatuor à cordes n° 1 de d’Indy, celui de Debussy, le Concert et le Poème de Chausson, la Sonate de Lekeu, le Quatuor à cordes de Saint-Saëns, le Quintette avec piano n° 1 de Fauré, les sonates de Magnard, Vierne, Lazzari, Raff, Ropartz, la liste est longue encore : toutes ces œuvres lui sont dédiées.
À Bruxelles, avec « Le groupe des vingts » qui organisait des concerts dans le cadre de salons de peinture, il crée de nombreuses
oeuvres françaises, et devient professeur au conservatoire. Bientôt il crée sa propre société de concerts qui porte son nom et acquièrt de l’expérience comme chef d’orchestre. Pendant la première guerre mondiale il doit s’exiler à Londres où il donne un grand nombre de concerts au profit des Alliés. On lui propose la direction de l’Orchestre de New York ; il refuse, mais accepte plus tard celle de l’orchestre de Cincinatti, poste qu’il occupe de 1918 à 1922. La musique française y sera ardemment representée. Il revient alors en Belgique où ses fils l’aident à reprendre la Société des Concerts Ysaÿe. Il continue d’enseigner, compose même un opéra en dialecte wallon (Pier ly Houyeu) et meurt à Bruxelles en 1931 après l’avoir entendu à la radio sur son lit de mort.
Avec le Poème élégiaque, op. 12, écrit en 1892/93, Ysaÿe s’eloigne des simples pièces virtuoses de violoniste de sa
jeunesse. Seul héritage des compositions virtuoses reste la scordatura où la corde de sol est ici accordée fa, ce qui donne une couleur sombre, le violon sonnant parfois comme un alto. D’abord écrite pour violon et piano, il l’orchestrera plus tard ; l’œuvre est dediée à Gabriel Fauré, à qui il a déjà commandé un Quintette avec piano, op. 89, que le compositeur mettra encore une dizaine d’années à terminer. C’est cependant sur Ernest Chausson que ce Poème élégiaque aura une grande influence, lui servant d’exemple pour son célèbre Poème qu’il écrira trois ans plus tard. L’interprète Ysaÿe participe ici pleinement au processus créatif, les similitudes sont frappantes entre les deux œuvres : l’atmosphère générale, son wagnérisme, sa forme, les
trilles paradisiaque à la fin … Ysaÿe aidera à écrire la partie de violon, la cadence en particulier, du Poème de Chausson que celui-ci finira par appeler « mon–ton poème ».
À peu près à la même époque, pendant une longue tournée, Ysaÿe écrit son Rêve d’enfant, op. 14, qu’il dédie à son fils
cadet Antoine. C’est une berceuse, proche de celle de Fauré (op. 16), et sa courte durée permit à son auteur, au début de l’ère des enregistrements, de nous en laisser un témoignage émouvant et inimitable.
Les Six Sonates pour violon seul, op. 27, constituent le testament violonistique d’Ysaÿe. Chacune des Six sonates est dediée à un ami violoniste de la génération suivante. Elles sont écrites en pensant à la personalité de leur dédicataire, mais gardent une grande unité de style. Il les ébaucha en vingt-quatre heures à la suite d’un récital de Joseph Szigeti, à qui la première sonate est dédiée. Ysaÿe fut impressionné par la manière dont Szigeti jouait Bach, qui vit dans l’opus 27 « une tentative probablement inconsciente de la part d’Ysaÿe d’interpréter cette musique ». Je crois en effet que ces sonates sont imprégnées de l’interprétation d’Ysaÿe de l’œuvre de Bach autant que par l’œuvre elle-même.
La Première sonate, dediée à Szigeti, adopte la forme des sonates de Bach : quatre mouvements dont une fugue, forme que reprendra Bartók, grand ami de Szigeti, plus tard dans sa Sonate pour violon seul.
Toute entière basée sur le « Dies irae » grégorien, la Deuxième sonate est dédiée à Jacques Thibaud, qui fut son élève et protégé. Les deux premiers mouvements sont inspirés de la troisième Partita en mi majeur, et on peut faire un rapprochement dans cette sonate avec le principe des collages des peintres cubistes commencé quinze ans plus tôt environ.
La Troisième Sonate, « Ballade » (une référence aux ballades de Chopin), s’inspire du caractère libre et profondément roumain de son dédicataire Georges Enesco, pour qui Ysaÿe voue une grande admiration, tant au violoniste qu’au compositeur. Josef Gingold, pendant qu’il étudiait avec Ysaÿe à Bruxelles, créa l’œuvre au cours d’un dîner en l’honneur de la reine Elisabeth de Belgique. Pendant ce repas, le jeune violoniste qui travaillait dans une pièce à part, et qui avait oublié le manuscrit chez lui, se rend compte avec effroi qu’il ne se souvient plus du commencement de la sonate. Il se résigna à déranger Ysaÿe, dont le pied avait déjà été amputé et qui se deplaçait avec difficultés. Il expliqua au maître sa situation, mais à sa grande surprise, Ysaÿe ne s’en souvenait plus non plus ! Il lui conseilla de commencer par le thème et se remit à table de fort mauvaise humeur. Un peu plus tard, en rentrant sur scène Gingold retrouva sa memoire et ne put réprimer un fou rire pendant qu’il jouait. L’œuvre connaîtra un grand succès, elle est maintenant une pièce essentielle du répertoire pour violon seul. On peut aussi remarquer l’influence de La Mer de Debussy dans le
developpement.
La Quatrième sonate est dédiée à son ami Fritz Kreisler. La Sarabande est d’une grande tendresse, tout autour de quatre notes ostinato, et le Finale est caracteristique du jeu de Kreisler et de ses petites pièces comme son Tambourin chinois. À son tour,
pour le remercier, Kreisler lui dédia son Recitatif et scherzo caprice pour violon seul écrit « à la Ysaÿe ».
La Cinquième Sonate est dédiée à son élève Mathieu Crickboom, qui fut le second violon de son quatuor et donc
créateur du quatuor de Debussy et du Concert de Chausson. Le premier mouvement d’une grande poésie est parsemé d’éléments autobiographiques. Un souvenir de vacances studieuses, où pour éviter la chaleur de l’été les violonistes se lèvent tôt, « L’aurore » est ici aussi violonistique, celle des
exercises matinaux, les sons filés (notes très longues, interminables, exercises pour le contrôle de l’archet dont Ysaÿe était l’avocat), puis le travail de l’intonation, en verifiant avec pizzicato les cordes à vide, puis les arpèges, et le lever du soleil. Suit un picnic et une « Danse rustique », sorte de farandole
wallonne.
La Sixième sonate est écrite pour Manuel Quiroga, virtuose espagnol dont la carrière fut interrompue brusquement à la
suite d’un accident. L’œuvre n’est pas sans rappeler les pièces de Sarasate ; ce caprice espagnol clôture brillamment ce cycle, comme une ultime bravade.
Je dédie ce disque à la mémoire de mes professeurs Josef Gingold et Philipp Hirschhorn, tous deux récemment disparus et
qui m’ont tant appris.
Préludes I & II - Images - Pour le piano - Petite Suite - En blanc et noir - Épigraphes antiques - Études - Estampes - Suite bergamasque - Children’s Corner... / Pascal & Amy Rogé, piano