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Référence : CDGIM203 0755138120327 - 2 CD Slipcase : 56:50 - 79:36 - DDD - Enregistré en la chapelle du Merton College à Oxford - Notes en français, anglais, allemand avec les textes en latin traduits dans les trois langues En vente sur ce site depuis le 27 août 2004
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Les Tallis Scholars chantent Thomas Tallis 500e Anniversaire de sa naissance
Thomas Tallis (v.1505-1585)
Motets
CD I
Spem in alium
Sancte Deus
Salvator mundi, salva nos I
Salvator mundi, salva nos II
Gaude gloriosa
Miserere nostri
Loquebantur variis linguis
If ye love me
Hear the voice and prayer
A new commandment
O Lord, give thy Holy Spirit
Purge me, O Lord
Verily, verily I say unto you
Remember not, O Lord God
Tunes for Archbishop Parker's Psalter
O Lord, in thee is all my trust
Christ rising again
Blessed are those that be undefiled
CD II
Lamentations of Jeremiah I
Lamentations of Jeremiah II
Absterge Domine
O sacrum convivium
In manus tuas
Salve intemerata
Magnificat pour 4 voix
Ave Dei patris filia
The Tallis Scholars
Direction Peter Phillips
n 2005, on célébrera plus ou moins le cinq centième anniversaire de sa naissance, située vers 1505, mais nous serons sûrs, en tout cas, de fêter le 420e anniversaire de sa mort dont la date est connue avec certitude.
La présente anthologie reprend les enregistrements qui ont fait la gloire des Tallis Scholars, à commencer par le mirobolant motet Spem in aliumpour quarante voix, un miracle de polyphonie parfaitement invraisemblable. Suivent des œuvres représentant les quatre grandes époques du style de Tallis : l’écriture traditionnelle catholique du règne de Henry VIII ; le langage très vertical, en accords stricts, du temps de Edward VI, permettant la totale compréhension du texte en anglais ; le retour au latin et à la manière polyphonique catholique sous Mary, mais avec une technique plus aboutie que sous Henry VIII – Tallis avait alors une cinquantaine d’années et une plume de plus en plus aguerrie – puis le style composite et infiniment complexe qu’il pratiqua pendant vingt-six ans au service de Elizabeth qui lui ficha suffisamment la paix pour qu’il puisse écrire selon ses propres désirs.
Voici donc une sélection Tallis / Scholars à ne pas laisser passer.
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La naissance de Tallis en 1505 – une date hautement conjecturale – nous offre une dernière occasion de célébrer ce compositeur avant bien des années. En 2035, lorsque sera fêté le quatre cent cinquantième anniversaire de sa mort (1585), la situation aura peut-être changé et je me sens donc incité à présenter 1'œuvre de notre compositeur éponyme dans les concerts que nous donnerons au cours de la saison 2004/2005, mais aussi à publier une anthologie des enregistrements que nous lui avons consacrés. Rappelons que The Tallis Scholars durent le lancement londonien de leur carrière, en 1977-78 à quatre concerts exclusivement voués à Tallis ; en 1985, ils enregistrèrent leurs English Anthems (repris en grande partie ici) et multiplièrent les concerts anniversaires au Wigmore Hall, au Queen Elizabeth Hall et au Festival de musique ancienne d'Utrecht.
Ma vision du génie de Tallis n'a fait que s'intensifier avec le temps. Non seulement il fut le principal rescapé de son époque, mais, contrairement à ceux qui changent d'avis pour suivre la tendance du moment et édifient leurs monuments sur des sables mouvants, il avait le don de pouvoir créer des chefs-d'œuvre dans le style en vogue – ce qui ne doit en rien être mésestimé, tant les styles changèrent du tout au tout durant les quelque quatre-vingts ans de son existence. Le style catholique traditionnel du règne d'Henry VIII céda la place au style protestant en accords, tout d'austérité, du règne d'Edward VI ; puis l'écriture latine et catholique fit son retour sous Mary, mais dans un idiome plus abouti que sous Henry (Tallis allait alors sur ses cinquante ans), précédant le style, tout en compromis, destiné à Elizabeth – souveraine qu'il servit vingt-six années durant et qui lui laissa une latitude telle qu'il put écrire certaines de ses plus belles pages.
Bien que l'on n'ait pas jugé souhaitable de proposer la musique de Tallis dans un quelconque ordre chronologique, les deux présents disques permettent d'assez bien repérer les quatre styles susmentionnés.
Le disque I s'ouvre sur une pièce hors norme, Spem in alium, une œuvre si remarquable que l'on se demande encore comment un esprit dépourvu d'ordinateur a pu la concevoir. Écrire pour quarante voix qui ne se répètent pas dans un mouvement consécutif, sans pour autant perdre le contrôle du colossal édifice, c'est relever un défi que même L'Art de la fugue peine à égaler. En fait, le style compositionnel de cette œuvre se situant quelque part entre les caractéristiques inhérentes aux troisième et quatrième étapes susdécrites – tantôt imitatif entre certaines des parties, tantôt recourant à une mise en musique syllabique, sans jamais user des mélismes immodérés si chers à sa musique catholique la plus pure –, nous ignorons si Tallis l'écrivit pour Mary ou pour Elizabeth (toutes deux fêtèrent leur quarantième anniversaire pendant leur règne), ou bien pour quelque autre raison abstraite, peut-être liée au chiffre biblique 40. Mais pour nous comme pour Tallis lui-même, Spem demeure l'ultime défi technique – suprêmement difficile à relever, suprêmement gratifiant quand on s'en approche.
Sancte Deus est un exemple classique du premier style de Tallis, illustrant ce que j'entendais plus haut par «mélismes immodérés». Un mélisme est une ligne mélodique recourant à une seule syllabe, telle «A» d'Amen, et permettant à l'imagination du compositeur de s'envoler sans se soucier de la mise en musique du texte. Cette conception fondamentalement abstraite fit l'admiration des catholiques d'avant la Réforme et suscita, naturellement, de vives réticences chez les protestants. Les mises en musique de Salvator mundi (la seconde est bien moins connue que la première), élisabéthaines, sont davantage compactes, cependant que Gaude gloriosa est l'une des compositions catholiques les plus élaborées de l'époque. Contrairement à Spem, elle est plus colossale en longueur qu'en hauteur et utilise les neuf exclamations («Gaude») du texte pour développer une construction avant tout architecturale. La musique passe d'une distribution vocale à une autre, puis à une autre encore, sans jamais dépasser six voix à la fois, mais avec une telle maîtrise exquise de la mélodie, en tel sens de la direction dans son ensemble que les pages finales donnent à l'auditeur l'impression qu'il vient d'achever le voyage de toute une vie. Guère surprenante, l'influence exercée par Gaude gloriosa – William Mundy en fit la base de son Vox patris caelestis – aurait été plus marquante encore si l'avènement d'Elizabeth n'était bientôt venu renverser le style catholique.
Démonstration de maîtrise technique, le Miserere nostri à sept voix est, de par son côté «musique céleste», doué d'une beauté surnaturelle. Il s'agit d'un double canon à six voix, avec un ténor libre, ce qui signifie qu'il y a deux mélodies canoniques, l'une chantée par les deux parties supérieures, aisément audible l'autre partagée entre quatre des voix restantes. Ce second canon voit ses quatre protagonistes commencer en même temps mais s'en aller à des vitesses différentes (au premier contre-ténor revient la mélodie modèle, que le second contre-ténor chante en double augmentation, tandis que la seconde basse la chante inversée et augmentée et que la première basse en présente une version inversée et en triple augmentation). Écrites pour SSAATBB, les pièces Miserere nostri et Loquebantur variis linguis sont probablement élisabéthaines.
Issues de la deuxième période de Tallis, les autres œuvres du premier disque furent destinées aux protestants du règne d'Edward VI. Rien ne saurait être plus éloigné des splendeurs de Spem ou de Gaude gloriosa. Adieu mélismes, textes latins et entrelacs des lignes dans la polyphonie. L'heure est désormais à la simplicité et à la compréhension – d'où les textes en anglais et le style en accords, gage d'audibilité. L'on imagine ce que Tallis a pu penser en se voyant ainsi rogner les ailes, mais au moins n'était-il pas homme à bouder. Sa connaissance du métier lui permit de vite s'adapter aux nouvelles réalités du moment et, en l'espace d'un an ou deux, il composa certaines des pièces anglicanes les plus célèbres et les plus aimées jamais écrites. Bien que moins fameux que If ye love me, tous ces petits chefs-d'œuvre supportent d'être repris, comme le pensa Vaughan Williams en fondant sa Fantasy on a Thème of Thomas Tallis sur le troisième Tune for Archbishop Parker (élément de la piste 15).
Le disque 2 comporte exclusivement des mises en musique de textes latins datant des première et dernière périodes de Tallis (règnes d'Henry VIII et d'Elizabeth I) : des œuvres d'apprentissage, à la manière de ses prédécesseurs immédiats, côtoient certaines de ses considérations les plus abouties, fruits de sa vieillesse. Les pistes i à 5 correspondent au règne d'Elizabeth, les pistes 6 à 8 à celui d'Henry.
Nulle part le style abouti de Tallis ne s'affiche avec plus de perfection que dans les deux corpus de Lamentations – lesquels furent, à l'époque moderne, l'aune à laquelle on jugea chaque ensemble de Lamentations de cette période (anglaises ou continentales). Comme de coutume, Tallis partagea sa mise en musique entre les lettres hébraïques qui ouvrent chaque verset du texte dans la Bible et la lamentation en tant que telle. Pour être stylistiquement identiques, les Lamentations I et II de Tallis n'en sont pas moins de modes différents, ce qui suggère fortement qu'elles n'étaient pas destinées à être chantées ensemble.
Des trois pièces suivantes, qui illustrent magnifiquement le Tallis dernière manière, 0 sacrum convivium est peut-être la plus renommée. Toutes trois recourent à la technique flamande, alors en vogue, des entrées imitatives entre les voix, Tallis élaborant une sonorité entière à chaque entrée vocale avant de passer au groupe de mots suivant puis à la série d'entrées suivante. Cet idiome transparent met les mots en musique de manière peu ou prou syllabique – satisfaisant ainsi le souci de clarté des protestants – tout en laissant la musique s'éployer et respirer.
Les trois dernières pièces, qui montrent un Tallis en plein apprentissage de son métier, exhalent une influence patente de John Taverner, tandis que de l'arrière-fond transparaissent Robert Fayrfax, John Browne et William Cornysh.
Plus longue pièce en un seul mouvement de Tallis, Salve intemerata ne recèle ni les contrastes ni le brio absolu de Gaude gloriosa, dont elle partage pourtant la compréhension instinctive de l'architecture musicale, une architecture avec pour briques des lignes mélodiques d'une fluidité et d'une grâce mémorables – les grandes pages de Tallis sont parmi les rares œuvres Tudor que l'on fredonne après les avoir entendues. En s'en tenant au seul mode phrygien d'un bout à l'autre de ce colosse (hormis une fois, dans l'«Amen»), Tallis ne s'autorisa aucune cachette harmonique et fut donc contraint de développer son sens mélodique. Cette remarque vaut aussi pour le Magnificat des tout débuts (qui craque un peu par endroits – Tallis ne revint jamais à des instants aussi banals que la gamme descendante à «et sanctum nomen eius») et pour Ave, Dei patris filia, probablement écrit dans les années 1530, sous l'influence évidente de Robert Fayrfax, dont le propre Ave, Dei patris filia servit de modèle à Tallis. En vérité, Tallis colla si étroitement à Fayrfax que David Skinner, qui découvrit récemment assez de nouvelles sources pour pouvoir reconstruire la pièce, put décider de l'endroit où ajouter les parties manquantes en copiant la disposition de la pièce de Fayrfax. Œuvre d'un Tallis trentenaire, Ave, Dei patris filia offre pourtant certaines des plus belles phrases du compositeur, telle «sempervirgo Maria», juste avant l'«Amen». Quitter cette œuvre pour la franchise sans détour de If ye love me, les phrases élancées de Gaude gloriosa, l'univers dense et raffiné des Lamentations et de 0 sacrum convivium, et les sonorités proprement incroyables de Spem in alium, c'est voyager aussi loin qu'un homme ait jamais entraîné son auditoire. Sa longévité ne suffit pas à expliquer comment Tallis y est parvenu.
Ji-Min Park (Rodolfo) - José Carbó (Marcello) - David Parkin (Colline) - Shane Lowrencev (Schaunard) - Takesha Meshé Kizart (Mimì) - Taryn Fiebig (Musetta) - Opera Australia Chorus - Australian Opera and Ballet Orchestra - Shao-Chia Lü, direction