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  • 2 CD Classique - CDGIM201
  • The Essential Tallis Scholars

    L'Essentiel des Tallis Scholars

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Référence : CDGIM201 0755138120129 - 2 CD Slipcase : 77:06 - 78:31 - DDD - Notes en français, anglais, allemand. Textes chantés donnés en latin avec traduction dans les trois langues
En vente sur ce site depuis le 27 février 2004
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The Tallis Scholars : 30 ans d'existence

Gregorio Allegri (1582-1652) : Miserere mei
Tomas Luis de Victoria (1548-1611) : Ave Maria
Giovanni Pierluigi da Palestrina (v.1525-1594) : Sicut lilium
Josquin des Prés (v.1440-1521) : Praeter rerum seriem
Thomas Crecquillon (v.1505/10-1557) : Pater peccavi
Jacob Clemens non Papa (v.1510-v.1555) : Ego flos campi
Heinrich Isaac (v.1450-1517) : Tota pulchra es
Cipriano de Rore (v.1515-v.1565) : Descendi in hortum meum
Orlando di Lasso (Roland de Lassus, 1532-1594) : Alma redemptoris mater - Salve Regina - Ave Regina
Antoine Brumel (v.1460-v.1520) : Gloria
John Sheppard (v.1515-1558) : Media vita
Thomas Tallis (v.1505-1585) : In manus tuas - O nata lux - Audivi vocem
Robert White (v.1538-1574) : Exaudiat te Dominus
William Cornysh the Younger (?-1523) : Ah, Robin
William Cornysh the Elder (?-1502) : Salve regina
William Byrd (1543-1623) : Messe pour cinq voix

The Tallis Scholars
Direction Peter Phillips

rente ans d’existence, et quinze ans d’enregistrements des Tallis Scholars, ça se fête ! Depuis 1973, Peter Phillips explore sans relâche le monde de la musique de la Renaissance et du début du baroque, avec toujours autant d’enthousiasme et de bonheur. Le succès est d’ailleurs au rendez-vous, puisque l’ensemble est couronné de nombreux prix internationaux et se produit dans le monde entier.
On attaque ce panorama vocal, illustrant la quintessence de leur répertoire, par le fameux Miserere d’Allegri dont on dit que Mozart l’a restitué de mémoire (la partition étant interdite à la diffusion par le clergé), puis de superbes œuvres appartenant presque toutes à la Renaissance flamande.
Le second CD honore les compositeurs anglais, dont naturellement Tallis à qui l’ensemble emprunte le nom, mais surtout Byrd avec la grande Messe à cinq voix.
L'exécution est somptueuse, les prises de son excellentes, et l'authenticité historique indiscutable.
Voilà un témoignage sur trente ans de passion musicale et chorale que l’on devrait transmettre de génération en génération.
 

Les trente premières années




    Le premier concert que j'ai dirigé a eu lieu le 3 novembre 1973, en l'église de Sainte Madeleine à Oxford. Dans la mesure où le programme de ce concert était entièrement consacré à des œuvres sacrées de la Renaisance (œuvres de Lassus, Ockeghem, Josquin et Obrecht) et où quatre des dix musiciens participant au concert (Philip Cave, Julian Walker, Ashley Stafford et moi-même) sont toujours associés au groupe, je crois pouvoir dire que cet événement fut le point de départ des Tallis Scholars.

    Ce premier concert était dans la lignée de beaucoup d'ensembles vocaux expérimentaux composés d'étudiants, qui existaient déjà et existent toujours, et qui attirent de jeunes chanteurs de talent faisant partie des chorales : le nombre de répétitions étaient sans fin, mais le seul moment où tous les participants se trouvaient réunis était le concert. Quant au public, il était plus que réduit. J'ai du mal à me rappeler précisément ce que j'avais en tête il y a trente ans. Si l'on avait prétendu alors qu'un groupe qui chantait exclusivement la musique sacrée de la Renaissance sur des textes latins célèbrerait un jour son trentième anniversaire, et que cet événement aurait un écho dépassant le strict cadre local, cela aurait fait rire. De même, affirmer aujourd'hui que j'avais repéré un manque sur le marché musical et que je m'étais attelé à le combler de façon méthodique serait me prêter une vision de l'avenir que je n'avais pas du tout. En réalité, l'une des questions qui me semblent les plus intéressantes est de comprendre comment le fait d'entamer une vraie carrière ait été apparemment notre dernier souci, à moi et aux premiers chanteurs du groupe. Je faisais simplement ce que j'aimais le plus faire : explorer la musique sacrée de la Renaissance, en compagnie des meilleurs chanteurs que je pouvais trouver.

    En 1973, les ensembles a cappella semblaient de fait avoir bien peu d'avenir, surtout ceux qui se consacraient uniquement à la polyphonie de la Renaissance. Pratiquement tous ces groupes étaient amateurs. La musique de la Renaissance ne constituait pas une voix sérieuse et je ne pensais pas du tout que cela puisse devenir le cas.
    D'un autre côté, je ne pensais pas non plus que cela ne puisse pas être le cas. Je croyais naturellement en cette musique et je croyais avec passion – je le crois encore – que le son que nous nous efforcions de créer pouvait donner lieu aux interprétations les plus émouvantes. Puisque j'avais cette conviction profonde – dont je m'aperçus vite qu'elle était partagée par certains chanteurs – je ne voyais pas pourquoi elle ne serait pas aussi partagée par les amateurs de musique en général. Et c'est ainsi que, forts de notre espoir et sans expérience, nous avons donné des concerts partout où cela était possible, souvent dans des conditions chaotiques et pour un public restreint. Pendant de longues années, j'ai gagné ma vie en enseignant, ce qui permettait d'organiser les concerts et de faire des enregistrements. Une telle attitude était bien peu représentataive des années 80 : j'attendais en effet de voir ce qui se passerait. De fait, rien de spectaculaire ne se produisit jusqu'à ce que nous recevions en 1987 le prix décerné par Gramophone, le Gramophone Record of the Year.
    Naturellement, une telle récompense ne tombait pas du ciel. Pendant des années, nous avions poli et raffiné le son que j'avais en tête depuis les tout débuts du groupe. Pour l'essentiel, ce son n'avait pas changé, et je pris alors conscience que notre choix de ne chanter aucun autre type de musique faisait toute notre force. Steve Smith et moi-même avions en particulier passé un nombre d'heures incalculable à mettre au point les enregistrements, ce qui a contribué peu à peu, à mon avis, à familiariser le public avec une approche nouvelle des sonorités chorales et avec des ambitions nouvelles quant à leur exécution en public. Nos concerts bénéficièrent naturellement de ce qui nous parut possible lors des enregistrements, et cela devint une référence pour de plus jeunes chanteurs qui finirent par chanter ce répertoire.

    Cette musique a connu un très grand succès durant les dix dernières années. Le son de la polyphonie de la Renaissance a retenti dans les endroits les plus inattendus et, ne l'ayant pas prévu, j'ai trouvé que le vaste écho qu'il suscitait était surprenant. Rien ne m'étonne plus que de voir, dans des pays de culture très différente de la nôtre, des salles de concert où se presse un public venu entendre de la polyphonie sacrée sur des textes latins. Toute aussi étonnante a été la tension créée par le fait d'être constamment en tournée, tension qui a retenti sur notre vie de famille et qui a eu des effets douloureux pour certains d'entre nous – y compris moi-même –. Faire régulièrement des voyages peut sembler plaisant, mais la principale récompense reste le plaisir que procure le fait de chanter cette musique. Malgré les possibilités inattendues qui se sont offertes en terme de carrière, ce plaisir est, pour l'essentiel, exactement le même qu'il y a trente ans.


La musique


    Les œuvres qui figurent sur ces deux CD appartiennent à des enregistrements faits par les Tallis Scholars sur plus de quinze ans avec, pour commencer, le désormais célèbre Miserere d'Allegri réalisé en 1980. Au fil des années, le groupe a enregistré plus de 40 disques, presque toujours dans les deux mêmes lieux : la chapelle de Merton College à Oxford et l'église de Salle dans le Norfolk. Ces deux bâtiments furent choisis pour la pureté de leur acoustique.

    Toute la musique proposée ici bénéficie de cette pureté, tant dans l'exécution et la construction qui l'entoure, que dans la sonorité incluant des notes très hautes, comme c'est le cas pour une partie du répertoire anglais ou comportant des textures denses, comme dans l'écriture flamande et en particulier le Gloria à douze voix de Brumel. La nature même de la polyphonie – c'est-à-dire un grand nombre de voix qui s'entrelacent – réclame cette pureté. Toutefois, les différences de sonorité entre les deux CD sont fascinantes. L'école anglaise (CD 2) a développé un usage caractéristique des voix dans la première moitié du XVIe siècle, comportant une voix haute de treble et quatre registres de voix indépendants en-dessous (que l'on entend de manière spectaculaire dans le Media vita de Sheppard et le Salve regina de Cornysh), alors que toute l'écriture continentale proposée sur le CD 1 s'en tient à une répartition de nos jours plus familière des voix : soprano, alto, ténor et basse (et, dans l'école flamande, une voix de soprano vraiment basse, comme dans le Praeter rerum seriem de Josquin). Ainsi, la musique anglaise a tendance à être plus légère et brillante que les œuvres flamandes écrites de façon plus dense. Palestrina et Victoria se trouvent quelque part entre les deux. Cependant, vers la fin du XVIe siècle, les deux traditions s'étaient beaucoup rapprochées, comme on peut le constater dans la Messe à cinq voix de Byrd.

    Pour l'essentiel, le Miserere d'Allegri occupe une place à part, car il n'appartient pas à la polyphonie de la Renaissance. Allegri lui-même vécut à l'époque baroque et mourut en 1652, ce qui se sent dans la structure harmonique de sa musique. Les célèbres ornementations, qui causèrent de telles spéculations et émotions à partir du moment où Mozart les transcrivit de mémoire à l'âge de quatorze ans, appartiennent encore moins à cette période, ayant été improvisées sur place jusque vers la fin du siècle dernier, où cette tradition disparut peu à peu. La version qui est chantée ici fut établie au début du XXe siècle, et représente pour plusieurs générations d'auditeurs "le" Miserere d'Allegri.

    Mis à part le Miserere, les seules autres œuvres du CD 1 qui ne soient pas flamandes sont le Ave Maria à huit voix de Victoria et le Sicut lilium de Palestrina, deux œuvres d'atmosphère contemplative, la première faisant directement référence à la Vierge Marie, la seconde y faisant sans doute indirectement référence à travers la poésie rhapsodique du Cantique des Cantiques. Sinon, le CD conserve la sonorité intense et dense de la polyphonie flamande extrêmement complexe dans le cas du Pater peccavi à huit voix de Crecquillon, du Descendi à sept voix de Rore et du Gloria à douze voix de Brumel, et d'une séduisante transparence dans le Tota pulchra es à quatre voix de Isaac. Les trois œuvres de Lassus offrent un style plus moderne, presque baroque, deux d'entre elles (le Alma redemptoris et le Salve regina) annonçant le style antiphonal vénitien de Gabrieli et de Monteverdi.

    Le CD 2 comporte deux parties. Les œuvres de Sheppard, Tallis, White et Cornysh appartiennent à la première moitié du XVIe siècle ou, dans le cas des motets de Tallis, rappellent le style de la pré-Réforme. Ici, la musique est faite de lignes assez longues, avec plus de notes que de syllabes, et l'accent est mis sur les voix et non sur le fond harmonique. Media vita est probablement l'œuvre en un seul mouvement la plus importante de l'école anglaise. Composée pour une voix de treble haute, une voix de mean, deux contreténors et une basse, c'est sans doute le chef-d'œuvre de Sheppard. S'il y a de la virtuosité dans cette œuvre, il y en a également, mais de manière un peu différente, dans le Salve regina de Cornysh, qui se termine sur certaines des ornementations parmi les plus éprouvantes, opéra compris, avec lesquelles un chanteur puisse espérer se mesurer.

    La seconde partie du CD 2 reprend la messe à cinq voix de Byrd, qui fut écrite dans les années 1590. C'est l'une des trois mises en musique de la messe que Byrd écrivit pour une communauté catholique réfractaire, en étant contraint de la publier sans page de titre afin d'éviter des poursuites. Le style musical de Byrd s'est rapproché du style flamand – imitatif entre les voix, et largement syllabique dans la composition, avec quelques exemples de mise en valeur des mots (comme sur "Et ascendit" dans le Credo), et les registres des voix sont plus proches les uns des autres que chez Sheppard et ses contemporains. Mais l'atmosphère est d'une intensité différente de celle du disque 1, plus sombre et interrogative, reflétant ainsi l'état incertain de l'église catholique en Angleterre. Jamais la polyphonie ne s'est exprimée avec plus de passion que dans les messes de Byrd, et la messe à cinq voix en est le couronnement.

Peter Philipps

Traductions de Myrna Brasey
© GIMELL 2003 – Reproduction interdite

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