Référence : CDD22059 0034571120591 - 2 CD 50:25 - 70:33 - DDD - Enregistré en la Cathédrale St Paul de Londres en mars 1986 & *janvier 1998 - Notes en français, anglais, allemand En vente sur ce site depuis le 14 septembre 2006
Préludes et Fugues, op. 7
Prélude et Fugue n° 1 en si majeur
Prélude et Fugue n° 3 en sol mineur
Prélude et Fugue n° 2 en fa mineur Esquisses, op. 41
"N° 1" en mi mineur (op. 41 n° 2)
"N° 2" en si bémol mineur (op. 41 n° 3) Le tombeau de Titelouze, seize chorals sur des hymnes liturgiques, op. 38
N° 5 - Te lucis ante terminum
N° 16 - Placare Christe servulis Choral et Fugue, op. 57 Variations sur un vieux Noël, op. 20 Symphonie-Passion, op. 23 *
Le monde dans l'attente du Sauveur - Nativité - Crucifixion - Résurrection Cortège et Litanie, op. 19 n° 2 * Deuxième Symphonie pour orgue, op. 26 * Allegro deciso, extrait de Évocation, op. 37 *
John Scott, orgue de la Cathédrale Saint Paul de Londres
’un des très grands monuments instrumentaux au monde, le grand orgue de St. Paul’s à Londres, fut certes construit en 1697 (c’est Christopher Wren en personne qui exécuta les boiseries), mais tellement remanié et reconstruit (1872, 1925, 1960, 1977 et 1992) qu’il ne reste pratiquement plus rien de l’instrument original : c’est maintenant un véritable grand orgue symphonique, extraordinairement adapté à la musique de Marcel Dupré – qui joua d’ailleurs la grande majorité de ses œuvres à Londres lors des tournées annuelles qu’il y fit toute sa vie –.
Successeur de son professeur Widor à Saint-Sulpice en 1934, après avoir été son assistant pendant 30 ans, Dupré ne pouvait pas ne pas bénéficier de l’inestimable enseignement de son maître : ses propres œuvres témoignent donc du même sens de l’architecture, du contraste, de la sonorité, de la couleur, hérité des Symphonies de Widor. L’on entend d’ailleurs ici la Deuxième Symphonie de Dupré, un monument de la littérature d’orgue ; ainsi que maints autres ouvrages qui donneront une idée fort complète de son art de 1914 à 1967, soit la majeure partie de sa vie créatrice…
C’est le titulaire de l’orgue de St. Paul’s, John Scott, qui nous permet de découvrir ces monuments de la littérature.
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Natif de Rouen, Marcel Dupré fut l’un des plus célèbres organistes du monde, se rendant, à partir de 1920, presque chaque année à Londres (excepté pendant les années de guerre). Il eut pour maîtres Alexandre Guilmant (1837–1911) et Charles-Marie Widor (1844–1937), auquel il succéda au poste d’organiste à Saint-Sulpice, en 1934, presque trente ans après être devenu son assistant. Professeur d’orgue au Conservatoire de Paris de 1926 à 1954, il assuma la direction de ce même établissement de 1954 à 1956. Mais il fut plus qu’un organiste virtuose qui voyagea beaucoup, plus qu’un professeur éminent : il fut un compositeur majeur du XXe siècle pour son instrument. Son maître Widor avait, dans ses dix symphonies pour orgue, conçu un modèle d’écriture pour orgue de style concert. Dupré et ses contemporains développèrent ce style dans leurs propres symphonies pour orgue ; plus tard, Dupré l’appliqua à des poèmes symphoniques, des suites et des pièces indépendantes.
En 1914, Dupré remporta le Premier Grand Prix de Rome, mais la guerre l’empêcha de profiter de son prix — l’habituelle période de résidence à la Villa Médicis de Rome. En lieu et place, le lauréat occupa ce funeste été à la composition de trois Préludes et Fugues, op. 7 ; publiés peu après la guerre, ils
demeurent la plus belle contribution de Dupré au répertoire pour orgue.
Chaque Prélude et Fugue est dédié à la mémoire d’un collègue organiste, mais seul le premier fait suivre l’inscription dédicatoire (à René Vierne) des mots « Mort pour la France ». Et, de fait, écrite dans la tonalité perçante, étincelante de si majeur, cette pièce est la plus vibrante des trois. Le Prélude s’ouvre animato à 3/4 sur une figure retentissante, de type toccata et double fortissimo, partagée aux deux mains. En dessous, aux pédales, le thème principal avance à grands pas. Il s’élève jusqu’au soprano, puis une fin à la dominante lance un nouveau départ de la toccata, pianissimo en la bémol majeur. Un retour symbolique à si majeur conduit au développement du matériau dans d’autres tonalités avant une reprise triomphale de la toccata initiale, le thème principal étant alors présenté en canon entre la partie de manuel la plus aiguë et les pédales. La Fugue qui vient juste après prolonge ce climat animé, dans une mesure à quatre temps et avec un sujet dont les contours sont affiliés à la figuration de type toccata du Prélude. Cette Fugue présente, elle aussi, des glissements tonals, au demi-ton inférieur (si bémol majeur) ; partant de là, elle atteint, via d’autres centres tonals, un apogée double fortissimo avec un canon entre les parties extrêmes, pendant que le sujet en doubles croches (au soprano), avec son augmentation de croches, rôde en dessous, aux pédales. La page finale est un étincelant carillonnement,
non sans glissements harmoniques.
Le paisible et retenu Prélude et Fugue en fa mineur, le moins connu du corpus, est dédié à la mémoire d’Augustin Barié, ancien compositeur-organiste à Saint-Germain-des-Prés. Par-dessus un accompagnement pianissimo émerge une mélodie cantabile, dont les trois premières notes — qui
débutent également le sujet de la Fugue — reviennent, tel un motto, tout au long du Prélude.
Contre un mouvement tournoyant animé mais paisible, aux manuels, les pédales entonnent en longues le thème principal du Prélude en sol mineur. Plus loin, lorsque cet air est doucement harmonisé à sept parties, la main droite de l’interprète en assume quatre et — par un procédé presque acrobatique — ses pieds trois, la main gauche assumant seule le tourbillon. La Fugue puissamment rythmique à 6/8 introduit ingénieusement l’air du Prélude au soprano, juste après un renversement, tout aussi ingénieux, du sujet de la Fugue aux pédales. La mélodie est finalement exposée sous forme de choral, entre deux strettes qui aiguillonnent la Fugue jusqu’à ses trois accords conclusifs.
Les Trois Esquisses, op. 41, furent composées en 1945, mais seules les n° 2 et n° 3 furent publiées l’année suivante sous le titre « Deux Esquisses ». Le manuscrit relié contenant ces trois pièces fut découvert en 1975, année où la première Madame Stéphane Bornemann, la femme de l’éditeur de
Dupré. Dans une introduction à la première Esquisse, Rolande Falcinelli, la plus proche élève de Dupré, écrivit : « La lecture puis une analyse plus minutieuse de la première "Esquisse" confirment que les trois pièces furent conçues comme un tout homogène, quoique libre, s’équilibrant et se complétant mutuellement. Certes, chaque panneau de ce triptyque possède son entité mais, les esquisses en "notes répétées" (n° 1) et en "octaves" (n° 2) étant rarement séparées, il serait tentant de leur adjoindre cette "sœur", demeurée inconnue durant vingt-sept ans … en effet, le caractère tourmenté et troublé de la nouvelle venue contraste avec les dentelles cristallines de la "première" esquisse ; quant à l’envergure colossale de la dernière pièce, elle conclut dans le feu d’artifice de sa diabolique toccata une authentique suite d’études transcendentales. »
La vraie première Esquisse s’éploie avec une gêne chromatique en un ut majeur nominal, la tonalité dans laquelle elle finit par s’achever paisiblement. La registration s’adresse à plusieurs regroupements de fonds dans les portions extrêmes andante de cette pièce tripartite, avec le tutti tempêtant dans la section centrale agitato.
La deuxième Esquisse, celle publiée sous le n° 1, est un exercice vivace en notes répétées staccato. Modelé par des séquences conjointes de sixtes, de quintes et de tierces, le mi mineur chromatique de Dupré est ici rehaussé par la délicatesse de la registration spécifiée, notamment la combinaison bourdon/tierce. La troisième Esquisse, publiée sous le n° 2 et indiquée "deciso", est une étude d’octaves, intimidante et implacable, en si bémol mineur, adressée au tutti.
Dupré vit sa renommée mondiale s’affirmer peu après la Première Guerre mondiale, conséquence directe de ses talents d’improvisateur, notamment sur des thèmes grégoriens. En décembre 1920, il créa au Royal Albert Hall, les Quinze versets pour les Vêpres du commun des Fêtes de la Sainte Vierge, publiés cette année-là à Londres, inaugurant une forme de composition fondée sur le plain-chant, à laquelle il revint tout au long de sa carrière, avant, pendant et après la Seconde Guerre mondiale. En 1943, il acheva Le tombeau de Titelouze, seize chorals sur des hymnes liturgiques, op. 38, dont sont
extraites deux des présentes pièces. Lors d’une Semaine d’orgue organisée à Rouen en 1942, l’abbé Robert Delestre, maître de chapelle de la cathédrale de Rouen, montra à Dupré le tombeau anépigraphe de Jean Titelouze, le père fondateur de la musique d’orgue française. Ce qui inspira immédiatement au compositeur ce Tombeau dédié à l’abbé. Placare Christe servulis, la dernière pièce de ce recueil, fait de la mélodie de l’hymne une toccata (ré majeur, 12/8) pour la Toussaint. Te lucis
ante terminum, la cinquième pièce du corpus, est dévolue à l’office de complies. Cette œuvre à quatre parties, pour deux manuels et pédalier, présente la mélodie de l’hymne au soprano et s’éploie en un ut dièse mineur modal, dans une mesure à quatre temps.
Le Choral et Fugue, op. 57 (1962), fondé lui aussi sur le plain-chant, est dédié « À Monsieur Jean Gillet, curé de Saint-Sulpice. En souvenir du centenaire du Grand Orgue. » Le Choral est une pièce à quatre parties, au canon ingénieux, sur le Salve regina (Andante en fa dièse mineur, 2/4). La Fugue (Allegro en la majeur), de type gigue mais au contrepoint tout aussi astucieux, repose sur l’Alléluia pascal.
En 1923, l’op. 20 de Dupré parut sous le titre de « Variations sur un Noël ». Depuis, on le connaît mieux sous le nom de Variations sur un vieux Noël, titre sous lequel il apparaît dans la liste des œuvres jointe à l’ouvrage autobiographique Marcel Dupré raconte… (1972). La mélodie est, bien sûr, celle de Noël nouvelet, vieux noël français dont l’ouverture, à l’évidence sur le premier mode, insinue une origine liturgique ancienne — elle commence exactement
comme l’Ave maris stella grégorienne. Chez Dupré, elle consiste en un thème de six phrases de quatre mesures, à 2/4 moderato, où l’air modal en ré est simplement harmonisé à quatre parties. Dans les mouvements suivants, les variations contrapuntiques alternent avec des variations plus libres.
La Variation 1, un larghetto sis dans une mesure à quatre temps, partage le thème entre ténor et soprano sur un jeu de trompette, maintenant un contrepoint en croches par-dessus ou en dessous.
La Variation 2 perd de vue le thème dans les torsions chromatiques d’un poco animato à 6/8.
La Variation 3 présente le thème, cantabile, en canon à l’octave, entre le soprano et la basse, sur un accompagnement berçant à la voix
céleste.
La Variation 4 affiche le thème staccato aux pédales, sous d’acerbes accords aux manuels.
La Variation 5 est une étude de la main droite précipitée, vivace, à 6/8, avec des triolets de doubles croches accompagnés de légers accords staccato à la main gauche et aux pédales.
La Variation 6 est un trio ingénieusement strict, qui expose le thème en canon, à la quarte et à la quinte.
La Variation 7 est encore un vivace, mais grouillant d’appoggiatures.
La Variation 8 propose le thème, cantabile, en canon à la seconde, entre les pédales et la voix humaine au soprano.
La Variation 9, à 3/8, est une brillante étude en tierces.
La Variation 1 est un fugato présentant le thème en diminution et en augmentation avant d’aboutir à une toccata. Ici, le thème rugit aux pédales, en mineur, puis en majeur, sous un carillon d’accords dissonants.
Dupré effectua la première de ses nombreuses visites en Amérique en 1921. Dans ses mémoires, il évoque ce soir du 8 décembre et ce récital au Wanamaker Auditorium de Philadelphie, où il se vit proposer plusieurs thèmes liturgiques sur lesquels improviser — Iesu redemptor omnium, Adeste fideles, Stabat mater dolorosa et Adoro te devote. Aussitôt, il décida d’improviser une symphonie pour orgue, à quatre mouvements, dépeignant en musique la vie de Jésus : « Le monde dans l’attente du Sauveur », « Nativité », « Crucifixion », « Résurrection ». Tel fut le fondement de sa Symphonie-Passion, op.23, entreprise à son retour en France.
Le premier mouvement, « Le monde dans l’attente du Sauveur » présente Iesu redemptor omnium comme second sujet paisible, qui contraste avec le rythme agité du thème principal d’ouverture, duquel le plain-chant triomphe ultimement. Nativité semble décrire la mangeoire puis l’approche des Rois mages, avant de finalement proposer Adeste fideles contre un fond doux. Les rythmes ostinato et les harmonies cinglantes, déchiquetées, de Crucifixion se résolvent en un traitement simple, paisible, du Stabat mater dolorosa, cependant que « Résurrection » est un vaste crescendo totalement bâti sur l’hymne eucharistique Adoro te devote.
Bien que typique d’un compositeur savant, expert dans la réalisation du contour formel d’une pièce où deux thèmes contrastés se combinent en une péroraison, Cortège et Litanie, op. 19 n° 2 (écrite en 1922), présente un second thème évoquant un motif mélodique spécifiquement russe. Les compositeurs parisiens de la génération de Dupré s’étaient familiarisés avec la musique russe, sacrée comme profane. Alexandre Glazounov, compositeur expatrié à Paris — il y vécut
ses dernières années —, était, de surcroît, un ami de Dupré, auquel il dédia sa Fantaisie pour orgue (1934). Cortège et Litanie prit vie sous la forme de cinq pièces de musique de scène, composées à la requête d’un ami dramaturge. L’œuvre fut originellement écrite pour petit orchestre mais, au cours de l’une de ses tournées américaines, Dupré fut surpris en train de la jouer, en privé, au piano ; un autre ami,
l’impresario américain Alexander Russell, l’encouragea alors à la transcrire pour orgue : « Tu auras le temps … pendant le voyage en train. Ce sera superbe ! » Ainsi fut-il fait. Plus tard, Dupré en écrivit une version pour orgue et orchestre, dont il donna la première en Amérique, sur l’énorme orgue du Wanamaker, avec le Philadelphia Orchestra, sous la direction de Stokowski.
Dupré assura lui-même la première anglaise de la Deuxième Symphonie, op. 26, à l’Alexandra Palace, le 16 mars 1930. Composée en 1929, soit cinq ans après sa première symphonie pour orgue, elle développe le chromatisme et le staccato, sceaux du style de Dupré déjà manifestes dans la Symphonie-Passion.
Quatre éléments contribuent à la réalisation du « Preludio » : le thème rigoureux et brillant entendu au début ; le motif de doubles croches suivant, délayé à la manière d’une toccata au cours du mouvement ; un thème nerveux écrit pour les Voix Célestes ; et une brève phrase de type fanfare, qui fournit ultérieurement la page finale.
Le chromatisme de l’« Intermezzo », en si mineur, est, en réalité, tout sauf luxuriant, et confère plutôt un goût piquant à son thème déjà
vif. À l’introduction du mouvement de doubles croches, le thème est repris en sol, les pédales doublant la mélodie. À son retour en si mineur, il est accompagné d’un rythme anapestique.
La « Toccata », l’un des mouvements les plus embrasés et éloquents de Dupré, voit son thème principal martelé, au début, sous de simples quintes. L’une des caractéristiques de ce mouvement et, en définitive, de toute l’œuvre, tient à l’altération chromatique de divers degrés de la gamme. Les intervalles augmentés résultants confèrent une tournure quasi orientale à certaines des formes mélodiques.
Composé en 1941, Évocation, op. 37, est le premier des deux poèmes symphoniques pour orgue solo de Dupré. La musique est hérissée de difficultés comme des passages en tierces, pour les pieds et pour les doigts, et des accords de pédale de quatre notes. La dédicace à la mémoire de son père
explique son inspiration : « Dédiée à la mémoire d’Albert Dupré, Organiste du grand-orgue de la Basilique de Saint-Ouen de Rouen de 1911 à 1929. » L'œuvre fut donnée pour la première fois par Dupré lui-même, à Rouen, le 26 octobre 1942, pour la seconde inauguration de l’instrument, après restauration. (L’inauguration initiale avait été assurée par Widor, le 17 avril 1890.)
Le troisième mouvement de cette pièce tripartite commence Allegro deciso, avec un insistant staccato au plein-jeu. Le thème principal qui suit revient plusieurs fois sous une forme de type rondo, en alternance avec des réminiscences des deux mouvements précédents. Le centre tonal change fréquemment pour finalement atteindre l’« Allegro con moto (alla breve) » et le « Largamente », qui s’achève dans un ut majeur sans équivoque.
Préludes I & II - Images - Pour le piano - Petite Suite - En blanc et noir - Épigraphes antiques - Études - Estampes - Suite bergamasque - Children’s Corner... / Pascal & Amy Rogé, piano