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Référence : CDA67887 0034571178875 - 1 CD 74:14 - DDD - Enregistré du 3 au 5 septembre 2010 à l'Université Oxford Brookes - Notes en français, anglais et allemand avec les textes chantés en latin et traduction anglaise En vente sur ce site depuis le 28 juillet 2011 Date parution numérique : 26 juillet 2011
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Magnificat Quant’in mille anni il ciel (6 voix) Iustorum animae (5 voix) Deficiat in dolore vita me (6 voix) Tristis est anima mea (5 voix) Missa Amor ecco colei (6 voix)
The Brabant Ensemble
Direction Stephen Rice
oland de Lassus fut un maître de la musique vocale à la fin de la Renaissance, et fut extraordinairement prolifique. Cet enregistrement présente sa glorieuse messe polyphonique Missa Amor ecco colei et l'une des ses œuvres les plus célèbres, Prophetiae Sibyllarum. Spécialistes des polyphonies de la Renaissance, Stephen Rice et le Brabant Ensemble, avec leur style immaculé et instinctif, leur respiration lumineuse et leur phrasé suave, donnent du souffle à ces œuvres somptueuses.
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Avec un héritage de quelque soixante messes,
cent magnificat, cinq cents motets—un chiffre
étonnant—et plusieurs centaines de pièces
profanes, Orlande de Lassus est de loin le compositeur le
plus prolifique de la Renaissance. Il fut aussi le plus
célèbre, connu en son temps comme le princeps
musicorum et «le divin Orlande». À l’époque moderne, la
masse de son œuvre a peut-être masqué son importance,
car même parmi les spécialistes de la musique du XVIe
siècle, rares sont ceux qui peuvent se dire familiers de ses
compositions. En outre, la célébrité de son grand contemporain
Giovanni Pierluigi da Palestrina, entretenue
par l’omniprésente étude du «contrepoint palestrinien»
comme par la perpétuation du mythe de la «messe qui
sauva la polyphonie», a tendu à éclipser sa renommée,
pourtant supérieure en son temps, sûrement, à celle de
son rival. La récente publication de l’intégrale des motets
de Lassus en clefs modernes (Madison, WI : A-R Editions,
1995–2006, 21 volumes) aura peut-être le mérite, au
moins, de rendre ce genre plus visible.
Né à Mons, dans le Hainaut, en 1530 ou en 1532,
Lassus fut d’abord choriste au service d’un membre
de la famille Gonzague à Mantoue, en Sicile, et à Milan.
En 1549, on le retrouve à Naples, où il commença à
composer. Installé à Rome en 1551, il rejoignit la maison
de l’archevêque de Florence, Antonio Altoviti, avant d’être
nommé maestro di cappella à Saint-Jean-de-Latran, la
cathédrale de Rome, en 1553. Les premières musiques
imprimées sous son nom apparurent en 1555, lors d’un
séjour prolongé en Europe du Nord.
En 1556, Lassus mit un terme aux pérégrinations de
ses débuts et accepta un poste à la cour du duc Albrecht V
de Bavière, à Munich. En 1579, le pouvoir revint à son fils
Wilhelm mais, malgré la drastique réduction de moyens
qui frappa la chapelle en ces années de transition, Lassus
demeura à la cour, comme maître de chapelle, jusqu’à sa mort le 14 juin 1594. Lui succédèrent alors ses deux
fils Ferdinand et Rudolph, qui publièrent, en 1604, une
édition (presque) complète de ses œuvres intitulée
Magnum opus musicum.
Prophetiae Sibyllarum a toujours été l’une des plus
célèbres œuvres de Lassus. En 1574, l’éditeur Adrien Le
Roy, détenteur du privilège de l’impression musicale pour
Charles IX, roi de France, écrivit au compositeur pour lui
proposer un salaire de mille deux cents livres annuelles
en qualité de «compositeur de la chambre du roi». Selon
Le Roy, Charles IX aurait souhaité l’employer après avoir
entendu le prologue de ces Prophetiae Sibyllarum : «Il en
a été si ravi que je ne puis vous le décrire. » À l’époque
moderne, cette ouverture audacieuse—qui attire l’attention
en passant, en l’espace de quatre mesures, d’un
accord d’ut majeur à ut dièse mineur, via sol majeur et si
majeur—a suscité chez les analystes musicaux de
considérables discussions, portant surtout sur la première
phrase du texte, «Carmina chromatico quae audis
modulata tenore». À première vue, cette introduction
paraît insinuer que le prologue, voire toute la pièce, est
chromatique; mais comme très souvent dans la poésie
latine, l’ordre des mots est subordonné au mètre et, ici,
le mot «chromatico» qualifie le «tenore», à l’ablatif
comme lui. Ce ne sont donc pas les chants («carmina»)
qui sont chromatiques, mais le ténor ; les chants, eux,
sont «modulata» (mis en musique polyphoniquement).
En réalité, le ténor du prologue n’est absolument pas
chromatique, du moins au sens où l’on entendait ce
terme au XVIe siècle : tous ses intervalles mélodiques sont
diatoniques.
Le terme «chromatique» fut souvent évoqué
dans les débats sur la musique grecque ancienne, dont la
théorie circula durant tout le Moyen Âge, via le De musica
de Boèce (ca 480–ca 524) mais dont la pratique fut très
controversée au milieu du XVIe siècle. La théorie musicale
grecque admet trois genres, le diatonique, le chromatique et l’enharmonique; mais en 1551, il ressortit d’une
dispute notoire entre Nicola Vicentino et Vicente Lusitano
que la musique moderne pouvait être écrite dans ces trois
genres à la fois et donc utiliser tous les intervalles disponibles.
Lassus aurait pu, selon certains, assister à cette
dispute, mais rien ne le prouve—toutefois, comme son
employeur Altoviti résidait à Rome, il est probable qu’il en
ait au moins entendu parler.
Cette controverse et la multiplication des possibilités
de relations d’intervalle reflètent en partie le fait que
l’accord de la musique s’était alors éloigné du système
pythagoricien exposé par Boèce, où tous les intervalles
parfaits (octave, quarte, quinte et leurs composés) étaient
purs mais où tierces et sixtes étaient âcres, pour aller vers
un système très élégamment codifié par Gioseffo Zarlino
(1517–1590), où les tierces et les sixtes étaient également
traitées comme des proportions pures (5:4 pour la tierce
majeure et 6:5 pour la tierce mineure). En général, ce
système d’«intonation juste» est impossible à suivre quand
on interprète la musique car il faut accorder purement les
intervalles harmonico-mélodiques et qu’une stricte observance
éloigne souvent la musique de son diapason original ;
reste que, pour l’essentiel, et pour ce qui est de la musique
en accords, ce système donne manifestement de meilleurs
résultats que le tempérament égal—c’est donc lui que
nous avons adopté, dans la mesure du faisable.
Bien qu’illustrant les complexités de la théorie
musicale renaissante, les Prophetiae Sibyllarum comptent
parmi les plus saisissantes musiques du XVIe siècle. Chose
peut-être surprenante, Lassus les écrivit en début de
carrière, possiblement dès 1555—en tout cas, très
certainement avant 1560. Elles ne furent pas publiées de
son vivant, notre plus ancienne source étant un manuscrit
désormais conservé à la Bibliothèque nationale d’Autriche
(laquelle abrite aussi le premier des deux corpus des
Sacrae lectiones ex propheta Job de Lassus). Ce manuscrit qui renferme un portrait miniature de Lassus et des
représentations des douze sibylles, devait peut-être être
offert au duc Albrecht.
À l’origine, il y avait une seule sibylle, Hérophile
d’Érythrée, considérée comme une authentique figure
historique à partir du VIIIe siècle av. J.C., même si la
toute première mention d’une sibylle en littérature se
trouve chez Héraclite (Ve siècle av. J.C.), qui en nomme
trois, ajoutant à l’Érythréenne la Phrygienne et
l’Hellespontienne. Comme chez Lassus, ces sibylles
tirèrent leur nom du lieu saint où elles s’exprimaient. La
Grèce ancienne en recensa finalement neuf plus une, la
Tiburtine, ajoutée par l’auteur latin Lactance (ca 300 ap.
J.C., mais prenant modèle sur Marcus Varron, Ier siècle av.
J.C.). Les livres sibyllins, refondus en termes chrétiens à
partir du IIe siècle ap. J.C., circulèrent abondamment en
complément des prophètes de l’Ancien Testament, qui
avaient prédit l’avènement du Christ; saint Augustin
mentionne la Sibylle érythréenne dans La cité de Dieu et
c’est probablement à elle que renvoie le verset «Teste
David cum Sibylla» de la séquence médiévale Dies irae.
Au XVe siècle, les prophéties des sibylles connurent un
regain d’intérêt, signe de la propension de l’humanisme
renaissant à déployer des aspects du monde antique pour
étayer un message chrétien. La réédition, en 1465, des
Divinae institutiones de Lactance fut certainement pour
beaucoup dans ce regain d’intérêt. Les douze prophéties
mises en musique par Lassus comptent deux sibylles de
plus que dans les sources antiques (sont ajoutées la sibylle
d’Europe et la sibylle Agrippa), suivant en cela une autre
version du XVe siècle, Sibyllarum et prophetarum de Christo
vaticinia, de Filippo Barbieri (ca 1426–1487), encore que
l’agencement soit apparemment propre à Lassus.
[…]
Œuvres de Tchaïkovski, Schumann & Liszt / Bavarian Radio Orchestra - Munich Philharmonic Orchestra - Gika Zdravkovitch, Robert Heger & Edmund Nick, direction