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  • 1 CD Classique - CDA67887
  • Orlande de Lassus

    Prophetiae Sibyllarum


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Référence : CDA67887 0034571178875 - 1 CD 74:14 - DDD - Enregistré du 3 au 5 septembre 2010 à l'Université Oxford Brookes - Notes en français, anglais et allemand avec les textes chantés en latin et traduction anglaise
En vente sur ce site depuis le 28 juillet 2011
Date parution numérique : 26 juillet 2011
  • Pour commander par téléphone :
  • 0892 259 770 (0,34 €/mn)
  • From Outside France (only) please dial +331 49269770
    English spoken
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Orlande de Lassus (1530/32–1594)

Prophetiae Sibyllarum (4 voix)
Prologue "Carmina chromatico quae audis modulata tenore"
Sibylla Persica
Sibylla Libyca
Sibylla Delphica
Sibylla Cimmeria
Sibylla Samia
Sibylla Cumana
Sibylla Hellespontica
Sibylla Phrygia
Sibylla Europaea
Sibylla Tiburtina
Sibylla Erythraea
Sibylla Agrippa


Magnificat Quant’in mille anni il ciel (6 voix)
Iustorum animae (5 voix)
Deficiat in dolore vita me (6 voix)
Tristis est anima mea (5 voix)
Missa Amor ecco colei (6 voix)

The Brabant Ensemble
Direction Stephen Rice


oland de Lassus fut un maître de la musique vocale à la fin de la Renaissance, et fut extraordinairement prolifique. Cet enregistrement présente sa glorieuse messe polyphonique Missa Amor ecco colei et l'une des ses œuvres les plus célèbres, Prophetiae Sibyllarum. Spécialistes des polyphonies de la Renaissance, Stephen Rice et le Brabant Ensemble, avec leur style immaculé et instinctif, leur respiration lumineuse et leur phrasé suave, donnent du souffle à ces œuvres somptueuses.
 

Détail des pistes :

LASSUS Orlande de
Prophetiae Sibyllarum
1 - 1     Prologue "Carmina chromatico quae audis modulata tenore" (1mn 28s )    
1 - 2     Sibylla Persica (2mn 36s )    
1 - 3     Sibylla Libyca (2mn 54s )    
1 - 4     Sibylla Delphica (2mn 24s )    
1 - 5     Sibylla Cimmeria (2mn 22s )    
1 - 6     Sibylla Samia (1mn 58s )    
1 - 7     Sibylla Cumana (2mn 25s )    
1 - 8     Sibylla Hellespontica (2mn 11s )    
1 - 9     Sibylla Phrygia (2mn 01s )    
1 - 10     Sibylla Europaea (1mn 57s )    
1 - 11     Sibylla Tiburtina (2mn 07s )    
1 - 12     Sibylla Erythraea (2mn 05s )    
1 - 13     Sibylla Agrippa (2mn 40s )    
1 - 14     Magnificat Quant’in mille anni il ciel (9mn 26s )    
1 - 15     Iustorum animae (3mn 16s )    
1 - 16     Deficiat in dolore vita me (4mn 08s )    
1 - 17     Tristis est anima mea (4mn 48s )    

Missa Amor ecco colei
1 - 18     Kyrie (3mn 09s )    
1 - 19     Gloria (4mn 22s )    
1 - 20     Credo (7mn 08s )    
1 - 21     Sanctus and Benedictus (4mn 26s )    
1 - 22     Agnus Dei (4mn 10s )    

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Orlande de Lassus
Prophetiae Sibyllarum



    Avec un héritage de quelque soixante messes, cent magnificat, cinq cents motets—un chiffre étonnant—et plusieurs centaines de pièces profanes, Orlande de Lassus est de loin le compositeur le plus prolifique de la Renaissance. Il fut aussi le plus célèbre, connu en son temps comme le princeps musicorum et « le divin Orlande ». À l’époque moderne, la masse de son œuvre a peut-être masqué son importance, car même parmi les spécialistes de la musique du XVIe siècle, rares sont ceux qui peuvent se dire familiers de ses compositions. En outre, la célébrité de son grand contemporain Giovanni Pierluigi da Palestrina, entretenue par l’omniprésente étude du « contrepoint palestrinien » comme par la perpétuation du mythe de la « messe qui sauva la polyphonie », a tendu à éclipser sa renommée, pourtant supérieure en son temps, sûrement, à celle de son rival. La récente publication de l’intégrale des motets de Lassus en clefs modernes (Madison, WI : A-R Editions, 1995–2006, 21 volumes) aura peut-être le mérite, au moins, de rendre ce genre plus visible.

     Né à Mons, dans le Hainaut, en 1530 ou en 1532, Lassus fut d’abord choriste au service d’un membre de la famille Gonzague à Mantoue, en Sicile, et à Milan. En 1549, on le retrouve à Naples, où il commença à composer. Installé à Rome en 1551, il rejoignit la maison de l’archevêque de Florence, Antonio Altoviti, avant d’être nommé maestro di cappella à Saint-Jean-de-Latran, la cathédrale de Rome, en 1553. Les premières musiques imprimées sous son nom apparurent en 1555, lors d’un séjour prolongé en Europe du Nord.

     En 1556, Lassus mit un terme aux pérégrinations de ses débuts et accepta un poste à la cour du duc Albrecht V de Bavière, à Munich. En 1579, le pouvoir revint à son fils Wilhelm mais, malgré la drastique réduction de moyens qui frappa la chapelle en ces années de transition, Lassus demeura à la cour, comme maître de chapelle, jusqu’à sa mort le 14 juin 1594. Lui succédèrent alors ses deux fils Ferdinand et Rudolph, qui publièrent, en 1604, une édition (presque) complète de ses œuvres intitulée Magnum opus musicum.

     Prophetiae Sibyllarum a toujours été l’une des plus célèbres œuvres de Lassus. En 1574, l’éditeur Adrien Le Roy, détenteur du privilège de l’impression musicale pour Charles IX, roi de France, écrivit au compositeur pour lui proposer un salaire de mille deux cents livres annuelles en qualité de « compositeur de la chambre du roi ». Selon Le Roy, Charles IX aurait souhaité l’employer après avoir entendu le prologue de ces Prophetiae Sibyllarum : « Il en a été si ravi que je ne puis vous le décrire.  » À l’époque moderne, cette ouverture audacieuse—qui attire l’attention en passant, en l’espace de quatre mesures, d’un accord d’ut majeur à ut dièse mineur, via sol majeur et si majeur—a suscité chez les analystes musicaux de considérables discussions, portant surtout sur la première phrase du texte, « Carmina chromatico quae audis modulata tenore ». À première vue, cette introduction paraît insinuer que le prologue, voire toute la pièce, est chromatique ; mais comme très souvent dans la poésie latine, l’ordre des mots est subordonné au mètre et, ici, le mot « chromatico » qualifie le « tenore », à l’ablatif comme lui. Ce ne sont donc pas les chants (« carmina ») qui sont chromatiques, mais le ténor ; les chants, eux, sont « modulata » (mis en musique polyphoniquement). En réalité, le ténor du prologue n’est absolument pas chromatique, du moins au sens où l’on entendait ce terme au XVIe siècle : tous ses intervalles mélodiques sont diatoniques.

    Le terme « chromatique » fut souvent évoqué dans les débats sur la musique grecque ancienne, dont la théorie circula durant tout le Moyen Âge, via le De musica de Boèce (ca 480–ca 524) mais dont la pratique fut très controversée au milieu du XVIe siècle. La théorie musicale grecque admet trois genres, le diatonique, le chromatique et l’enharmonique ; mais en 1551, il ressortit d’une dispute notoire entre Nicola Vicentino et Vicente Lusitano que la musique moderne pouvait être écrite dans ces trois genres à la fois et donc utiliser tous les intervalles disponibles. Lassus aurait pu, selon certains, assister à cette dispute, mais rien ne le prouve—toutefois, comme son employeur Altoviti résidait à Rome, il est probable qu’il en ait au moins entendu parler.

     Cette controverse et la multiplication des possibilités de relations d’intervalle reflètent en partie le fait que l’accord de la musique s’était alors éloigné du système pythagoricien exposé par Boèce, où tous les intervalles parfaits (octave, quarte, quinte et leurs composés) étaient purs mais où tierces et sixtes étaient âcres, pour aller vers un système très élégamment codifié par Gioseffo Zarlino (1517–1590), où les tierces et les sixtes étaient également traitées comme des proportions pures (5:4 pour la tierce majeure et 6:5 pour la tierce mineure). En général, ce système d’« intonation juste » est impossible à suivre quand on interprète la musique car il faut accorder purement les intervalles harmonico-mélodiques et qu’une stricte observance éloigne souvent la musique de son diapason original ; reste que, pour l’essentiel, et pour ce qui est de la musique en accords, ce système donne manifestement de meilleurs résultats que le tempérament égal—c’est donc lui que nous avons adopté, dans la mesure du faisable.

     Bien qu’illustrant les complexités de la théorie musicale renaissante, les Prophetiae Sibyllarum comptent parmi les plus saisissantes musiques du XVIe siècle. Chose peut-être surprenante, Lassus les écrivit en début de carrière, possiblement dès 1555—en tout cas, très certainement avant 1560. Elles ne furent pas publiées de son vivant, notre plus ancienne source étant un manuscrit désormais conservé à la Bibliothèque nationale d’Autriche (laquelle abrite aussi le premier des deux corpus des Sacrae lectiones ex propheta Job de Lassus). Ce manuscrit qui renferme un portrait miniature de Lassus et des représentations des douze sibylles, devait peut-être être offert au duc Albrecht.

     À l’origine, il y avait une seule sibylle, Hérophile d’Érythrée, considérée comme une authentique figure historique à partir du VIIIe siècle av. J.C., même si la toute première mention d’une sibylle en littérature se trouve chez Héraclite (Ve siècle av. J.C.), qui en nomme trois, ajoutant à l’Érythréenne la Phrygienne et l’Hellespontienne. Comme chez Lassus, ces sibylles tirèrent leur nom du lieu saint où elles s’exprimaient. La Grèce ancienne en recensa finalement neuf plus une, la Tiburtine, ajoutée par l’auteur latin Lactance (ca 300 ap. J.C., mais prenant modèle sur Marcus Varron, Ier siècle av. J.C.). Les livres sibyllins, refondus en termes chrétiens à partir du IIe siècle ap. J.C., circulèrent abondamment en complément des prophètes de l’Ancien Testament, qui avaient prédit l’avènement du Christ ; saint Augustin mentionne la Sibylle érythréenne dans La cité de Dieu et c’est probablement à elle que renvoie le verset « Teste David cum Sibylla » de la séquence médiévale Dies irae.

     Au XVe siècle, les prophéties des sibylles connurent un regain d’intérêt, signe de la propension de l’humanisme renaissant à déployer des aspects du monde antique pour étayer un message chrétien. La réédition, en 1465, des Divinae institutiones de Lactance fut certainement pour beaucoup dans ce regain d’intérêt. Les douze prophéties mises en musique par Lassus comptent deux sibylles de plus que dans les sources antiques (sont ajoutées la sibylle d’Europe et la sibylle Agrippa), suivant en cela une autre version du XVe siècle, Sibyllarum et prophetarum de Christo vaticinia, de Filippo Barbieri (ca 1426–1487), encore que l’agencement soit apparemment propre à Lassus.

[…]

Stephen Rice
Traduction Hyperion
© Hyperion 2011 – Reproduction interdite


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