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Référence : CDA67849 0034571178493 - 1 CD 60:22 - DDD - Enregistré du 17 au 20 octobre 2010 à Monmouth - Notes en français, anglais et allemand En vente sur ce site depuis le 28 juillet 2011 Date parution numérique : 26 juillet 2011
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Valses
Mi bémol majeur, op. 18 (1831–2)
La bémol majeur, op. 34 n° 1 (1835)
La mineur, op. 34 n° 2 (1838)
Fa majeur, op. 34 n° 3 (1838)
La bémol majeur, op. 42 (1840)
Ré bémol majeur, op. 64 n° 1 "Minute" (1846–7)
Ut dièse mineur, op. 64 n° 2 (1846–7)
La bémol majeur, op. 64 n° 3 (1846–7)
Ré bémol majeur, op. 70 n° 3 (1829)
Si mineur, op. 69 n° 2 (1829)
Mi majeur, KKIVa/12 (?1829)
La bémol majeur, KKIVa/13 (1830)
Mi mineur, KKIVa/15 (1830)
Sol bémol majeur, op. 70 n° 1 (1832)
La bémol majeur, op. 69 n° 1 (1835)
Fa mineur, op. 70 n° 2 (1842)
La mineur, KKIVb/11 (1847)
Mi bémol majeur, KKIVb/10 (1840)
Mi bémol majeur, KKIVa/14 (1827)
Fa dièse mineur, KKIb/7 "Valse mélancolique"
Nocturne en mi bémol majeur, op. 9 n° 2 (1830–32)
Stephen Hough, piano
e pianiste Stephen Hough cumule les récompenses pour ses enregistrements chez Hyperion, et son dernier album Chopin paru en 2010 a obtenu un Diapason d'Or. Stephen Hough revient à Chopin, avec l'intégrale des Valses, qui poussent cette danse populaire à son plus haut degré de sophistication. Le nom du pianiste est synonyme d'élégance, d'une technique infaillible et d'une immense musicalité, des qualités idéales qui servent à merveille la musique de Chopin.
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Ayant grandi dans la Varsovie des années 1810 et
1820, le jeune Chopin ne put guère échapper aux
sons et aux rythmes des danses urbaines. Les salons
et les salles de danse résonnaient de l’écho des pianos
jouant les rythmes alors à la mode, surtout des mazurkas,
des polonaises et—danse favorite entre toutes—des
valses. Les mazurkas et les polonaises insufflaient aux
salles de musique une pointe de terroir, les compositeurs
ayant passé leurs œuvres simples au tamis des rythmes et
des accents des pratiques paysannes et aristocratiques
locales. (Chopin, qui n’avait rien d’un Bartók avant la
lettre, connaissait probablement mieux les combinaisons
citadines des mazurkas que leurs versions traditionnelles.)
En embrassant la valse, cependant, les Varsoviens participèrent
gaiement à une vogue internationale. Au temps du
jeune Chopin, valser était synonyme de plaisir, avant tout
parce que cela permettait au virevoltant couple de danseurs
de s’enlacer et d’avoir un contact visuel pénétrant.
L’adolescent Chopin semble toutefois avoir d’abord
tenu la valse pour une broutille, comme en témoigne, du
moins, son étonnement—rentré à Varsovie, il s’en ouvrit
à son professeur, Elsner—d’avoir découvert qu’à Vienne
(où il passa quelques mois, en 1831) «les valses étaient
considérées comme des œuvres ! ». Car il faisait la
disctinction entre son fonctionnel—une musique pour
accompagner la danse, une musique de l’instant—et
œuvre—une musique à teneur compositionnelle et
perceptrice, une musique destinée, en principe du moins,
à une plus grande réflexion. Qu’on pût vouloir accorder ce
statut à une valse, la publier en tant qu’opus et s’y attarder
au clavier, voila qui parut résolument nouveau au jeune
Chopin. Reste que le conflit implicitement contenu dans
sa remarque à Elsner—i.e. le conflit entre œuvre durable
et distraction éphémère—définit sa relation à la valse
d’une manière absolument unique.
Ce conflit se manifesta très clairement dans la façon
dont les valses circulèrent du vivant de Chopin, qui
renonça à en publier plus de la moitié, faisant de ce genre
le seul pour lequel il refusa au public l’accès à tant
d’œuvres achevées. Ce qui ne signifie en rien qu’il cachait
ses œuvres inédites. Offrir un manuscrit était un de ses
gestes favoris, un souvenir qu’il laissait à de proches
camarades (ainsi Maria Wodzińska, son éphémère fiancée)
et à des connaissances bien nées (telle Charlotte de
Rothschild, de la célèbre famille de banquiers). Mais avoir
reçu un manuscrit de valse ne signifiait pas posséder
l’œuvre : Chopin trouvait naturel de copier une même
pièce en plusieurs exemplaires pour l’offrir à différents, et
heureux, partenaires. La Valse en fa mineur (ou l’op. 70
n° 2, selon le numéro qu’on lui attribua à sa parution
posthume) fut à l’évidence l’un de ses cadeaux préférés :
il nous en reste cinq manuscrits autographes. Et les
manuscrits d’autres valses abondent tout autant : on en
connaît trois de la Valse en la bémol majeur op. 69 n° 1.
Cette pratique pouvait même perdurer une fois la valse
publiée : Chopin offrit des manuscrits de la Valse en ré
bémol majeur op. 64 n° 1 à trois confrères alors même
qu’il la savait bientôt largement disponible en édition
imprimée.
Cette générosité sociale de Chopin eut une importante
conséquence musicale : ses valses présentent un nombre
de variantes inhabituellement élevé, lié aux particularités
de son tempérament créatif. Car lorsqu’il revenait à une
œuvre pour en préparer un nouveau manuscrit, il ne la
reprenait presque jamais telle quelle et la modifiait de
diverses manières. Certains de ces changements affectent
des détails (avec d’importantes modifications dans des
domaines comme l’articulation ou la dynamique) mais
parfois, ce sont des phrases, voire des sections entières
qui sont ajoutées ou retranchées. Le fait que Chopin ait volontiers laissé des familiers voir et jouer ces versions
suggère une certaine approbation de ces différentes
lectures d’une même œuvre. Les pianistes choisissant
d’exécuter une valse de Chopin disposent donc d’une foule
d’options.
Tout comme certaines caractéristiques compositionnelles,
la variété des différentes versions reflète un peu les
origines sociales des valses chopiniennes. La notion même
de popularité paraît résulter de divers aspects des valses.
Cela vaut tout particulièrement pour les valses que Chopin
publia de son vivant, celles qui, fondées sur des contrastes
entre émotions effervescentes et sentimentalité, concoururent
tant, nous le savons, à la vogue de la valse pour
salles de bal. Ce qui est flagrant dans la première des
valses publiées par Chopin, celle en mi bémol majeur
op. 18. Les thèmes principaux grouillent de l’agitation de
la piste de danse : ainsi l’entraînante invitation à la danse
de l’introduction, ou encore le mouvement ascendant
et descendant des mélodies inaugurales que Chopin
voulait (le musicologue Eric McKee l’a montré de façon
convaincante) comme le reflet du tournoiement des
couples de danseurs. Les thèmes contrastifs (avec des
mélodies en tierces et dans le nouveau ton de ré bémol
majeur), en revanche, présentent des inflexions davantage
réfléchies. (Chopin demande au pianiste de jouer
l’un d’entre eux con anima, et l’émotion de la mélodie
affleure, palpable.) Les valses publiées ultérieurement,
en la bémol majeur et en fa majeur (op. 34 nos 1 et 3),
nous rappellent, par leurs moments de repos sentimental
enchâssés dans un climat de sociabilité enjouée, la Valse
en mi bémol majeur.
Parfois, surtout dans ses valses
coulées dans un mode mineur (celles en la mineur op. 34
n° 2 et en ut dièse mineur op. 64 n° 2), Chopin inversa
la polarité pour faire régner la mélancolie. Mais, à
chaque fois, il parvient à ennoblir l’idée de contraste : le
sentimental approfondit l’expérience du vivace; l’enjoué émousse l’affectif. Ou, pour le dire autrement, des
contrastes chopiniens surgissent des valses qui sont des
œuvres musicales.
Si l’on considère que les valses chopiniennes confèrent
une forme auditive aux pratiques d’un milieu social
donné, on ne s’étonnera guère de voir certains autres
concepts émerger comme des prémices du genre, l’un des
plus séduisants étant l’idée du jeu, l’amusement vivace
qui baigne généralement les valses, mais aussi le jeu en
tant qu’occupation intellectuelle (ce qui nous rappelle les
échanges d’idées animés goûtés par Chopin dans ses
cercles mondains). Les valses publiées se délectent de ces
amusements intelligents. Au niveau le plus basique, les
accompagnements simples peuvent paraître verveux,
l’absolue nécessité que leur propulsion rythmique confère
au genre démentant leur apparente banalité.
Plus
complexe est la fonction de l’instabilité harmonico-mélodique
perceptible dans les très brèves hésitations
provoquées par les inflexions chromatiques des thèmes
des valses, dans le bruissement invasif du fond
chromatique du thème principal de la Valse en la bémol
majeur op. 42, ou dans la manière dont le thème principal
de la Valse en la bémol majeur op. 64 n° 3 emprunte
maladivement le plus de tonalités possible. Et le meilleur
exemple de jeu intellectuel se trouve peut-être dans le
domaine du mètre. On est frappé de voir comment, dans
un genre qui est la quintessence même de la mesure
ternaire, Chopin écrit force thèmes qui, momentanément
du moins, semblent binaires. Certains passages des valses
en mi bémol majeur op. 18, en fa majeur op. 34 n° 3 et
en ré bémol majeur op. 64 n° 1 font ressortir le binaire du
ternaire et, naturellement, il y a toute la section principale
de la Valse en la bémol majeur op. 42 qui dispose
une mélodie binaire par-dessus un accompagnement
constamment ternaire. Impossible de percevoir la verve
de ces passages sans saisir, bien sûr, la drôle de manière chopinienne de déployer l’accompagnement simplet.
Les valses de Chopin traduisent en concept musical un
humour socialement engagé.
Parfois, Chopin étendit ce sens du jeu sophistiqué
à toute une œuvre—la Valse «Minute» op. 64 n° 1 en
est l’exemple même. Ce surnom n’est pas de Chopin—
il détestait les titres descriptifs—mais il véhicule une
idée importante : la valse s’éploie comme si elle ne durait qu’une minute. Peu importe ce que mesure l’horloge :
en ce qui nous semble un instant, nous ressentons la
naissance et la mort d’un monde musical. En cette minute
métaphorique, le temps se tord : mesures et temps
s’étirent (le fameux rubato chopinien), les sections
extrêmes s’agitent, la section centrale chante. Toute
l’idée de la danse, Chopin la condense en quelques brefs
moments.
Les valses que Chopin laissa inédites tendent à être
moins complexes que celles publiées. Malgré des formes
souvent simplifiées (moins de thèmes, modèles basiques
avec da capo), elles dégagent un charme considérable et
nombre des notions explorées dans les valses publiées se
retrouvent dans ces œuvres offertes en cadeau ou cachées
au public. Le thème principal de la Valse en ré bémol
majeur op. 70 n° 3, probablement écrite alors que Chopin
vivait encore à Varsovie, préfigure ainsi le sinueux chromatisme
présent en fond de la Valse en la bémol majeur
op. 42. La Valse en si mineur op. 69 n° 2, la première
valse chopinienne à nous avoir été conservée, joue sur
les vertus déstabilisatrices des notes chromatiques
dissonantes, entendues surtout en début de phrases. La
première copie porte le titre dolente («triste»), suggérant
une affinité initiale de Chopin avec la mélancolie des
valses en mineur. Ce qui attire notre attention sur le grand
nombre de pièces en mineur parmi les valses attribuées
avec certitude (la Valse en si mineur, donc, mais aussi
celle en mi mineur KKIVa/15, celle en fa mineur op. 70
n° 2 et celle, tardive, en la mineur KKIVb/11), signe, peut-être,
des goûts sentimentaux des rares récipiendaires des
cadeaux de Chopin (encore que le style dramatique de
la Valse en mi mineur tempère toute équation simpliste
entre mode et affect).
Deux valses offrent un témoignage inhabituel des
sentiments amoureux de Chopin envers les femmes. Dans
un lettre à un ami, il insista sur un passage expressif paroxystique de la valse en ré bémol majeur op. 70 n° 3
(hélas, le manuscrit en question ne nous ayant pas été
conservé, nous ignorons de quel passage il s’agit au juste),
que lui aurait inspiré la jeune chanteuse Konstancja
Gładkowska. En outre, comme nous l’avons vu, la
première version de la Valse en la bémol majeur op. 69
n° 1 semble avoir été conçue comme un cadeau à Maria
Wodzińska. Ce qui n’empêche pas les valses inédites de
capturer aussi l’allégresse et le chatoiement de la salle
de danse et du salon, comme nous le donnent à entendre
les valses en mi majeur KKIVa/12, en la bémol majeur
KKIVa/13 (l’unique valse chopinienne à 3/8) et, surtout, en
sol bémol majeur op. 70 n° 1.
Les trois œuvres restantes, souvent d’attribution
douteuse, présentent divers degrés d’hésitation. Nous
pouvons être certains de la paternité du Sostenuto en
mi bémol majeur KKIVb/10 : l’unique source dont nous
disposons est un manuscrit que Chopin inséra dans
l’album autographe d’Émile Gaillard, le 20 juillet 1840.
Ici, l’incertitude pèse sur le genre, que Chopin ne précisa pas, mais ce charmant morceau d’album va bien avec les
valses authentiques. Au début du XXe siècle, le biographe
polonais Ferdynand Hoesick identifia un manuscrit de la
valse en mi bémol majeur KKIVa/14 dans l’album
autographe, aujourd’hui perdu, d’Emilia Elsner; sans
accès au manuscrit, et donc incapables d’en confirmer la
provenance, des spécialistes ultérieurs, se fondant sur des
bases stylistiques, ont mis en doute l’authenticité de
cette œuvre. Enfin, Chopin n’écrivit certainement pas la
Valse mélancolique en fa dièse mineur KKIb/7—mais
les auditeurs apprécieront par eux-mêmes comme le
faussaire imita bien son style.
Le Nocturne en mi bémol majeur op. 9 n° 2 accompagne
à merveille les ruminations, dans la forme valse,
auxquelles Chopin se livra sur la popularité musicale.
Dans ce Nocturne, le plus admiré de tous, on entend
de lointains échos des modèles accompagnants de la
valse, rendus ici avec une subtilité accrue, au service de
l’expression lyrique.
Préludes I & II - Images - Pour le piano - Petite Suite - En blanc et noir - Épigraphes antiques - Études - Estampes - Suite bergamasque - Children’s Corner... / Pascal & Amy Rogé, piano
Richard Alexander (The Mikado) - Kanen Breen (Nanki-Poo) - Taryn Fiebig (Yum-Yum) - Mitchell Butel (Ko-Ko) - Warwick Fyfe (Pooh-Bah) - Jacqueline Dark (Katisha) - Opera Australia Chorus - Orchestra Victoria - Brian Castles-Onion, direction