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Référence : CDA67836 0034571178363 - 1 CD 65:09 - DDD - Enregistré du 9 au 11 novembre 2009 en la Chapelle Fitzalan du Château d'Arundel - Notes en français, anglais et allemand avec les textes chantés en latin et traduction anglaise En vente sur ce site depuis le 19 août 2010 Date parution numérique : 17 août 2010
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Francisco Guerrero (1528–1599) Missa Congratulamini mihi
Dum esset Rex
Maria Magdalena et altera Maria
Post dies octo
Regina caeli a 4 Ave Maria
Regina caeli a 8
Thomas Crecquillon (v.1505–v.1557) Congratulamini mihi
The Cardinall’s Musick
Direction Andrew Carwood
vec Morales et Victoria, Francisco Guerrero, né à Séville en 1528 et élève de Morales, est l’un des sommets de la Renaissance musicale espagnole. Ce programme rend compte de la diversité d'inspiration de ce musicien, de la volupté exubérante des œuvres pascales à la tendresse des motets à la Vierge.
Après son intégrale William Byrd, l’ensemble The Cardinall’s Musick prête sa somptuosité sonore aux Messes et Motets de ce compositeur essentiel.
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CRECQUILLON thomas 1 - 7 Congratulamini mihi (6mn 57s )
GUERRERO Francisco 1 - 8 Dum esset Rex (3mn )
1 - 9 Maria Magdalena et altera Maria (6mn 33s )
1 - 10 Post dies octo (5mn 22s )
1 - 11 Regina caeli a 4 (2mn 37s )
1 - 12 Ave Maria (4mn 24s )
1 - 13 Regina caeli a 8 (4mn 05s )
Francisco Guerrero Missa Congratulamini mihi et autres œuvres
Au XXe siècle, quand la musique renaissante suscita
un regain d’intérêt, on commença - inévitablement, peut-être - par s’attacher à ceux qui publièrent le plus, qui furent les plus renommés en leur temps. Si Palestrina (resté sur son haut piédestal, même dans les noires heures où la polyphonie avait presque sombré dans l’oubli), Lassus, Victoria et Byrd prirent très vite de l’importance, Francisco Guerrero, pourtant célèbre à son époque et auteur d’un œuvre considérable, dut attendre plus longtemps pour voir son génie reconnu.
Entre 1555 et 1597, sa musique parut à Séville, Louvain, Paris, Rome et Venise et deux «best-sellers» vinrent sceller sa réputation. L’un, musical, fut l’étonnant motet Ave virgo sanctissima : publié pas moins de trois fois, il fut l’objet de messes-parodies d’Esquivel, de Ruimonte et de de Ghersem et il résonnait encore dans les colonies espagnoles du Nouveau Monde plus de deux siècles après la mort de son auteur. L’autre, littéraire, fut un récit dans lequel Guerrero décrivit son voyage en Terre sainte et les aventures qui en découlèrent (El Viaje de Jerusalén ou Le Voyage à Jérusalem). Cette relation de voyage populaire, unique chez les compositeurs de l’époque, constitue une source d’informations biographiques des plus utiles. Francisco Pacheco (futur beau-père du peintre Diego Velázquez) lui rendit également hommage dans un article biographique posthume - le seul consacré à un compositeur - de son Libro de descripción de
verdaderos retratos de illustres y memorables varones (Séville, 1599).
Guerrero naquit en 1528 à Séville, ville qui sera au cœur de toute sa vie. D’abord formé par son frère Pedro, il fut, pense-t-on, choriste à la magnifique cathédrale de
Séville, dotée d’une somptueuse institution musicale. Il précise avoir étudié avec Morales, lequel le recommanda pour le poste de maestro de capilla à la cathédrale de Jaén, en 1546. Mais cette nomination ne fut pas une réussite, même s’il présentait peut-être, déjà, d’évidentes aptitudes musicales. Trop jeune (il avait seulement dix-huit ans), inexpérimenté, il fut apparemment incapable de satisfaire aux exigences d’un poste comprenant la charge d’héberger et d’éduquer les choristes de Jaén. En 1549, lorsqu’il en finit avec cet emploi, il rentra, on ne s’en étonnera guère, dans sa Séville natale, où il fut nommé assistant du maestro de la cathédrale, Pedro
Fernández, de plus en plus infirme. En 1554, pour échapper à l’offre de la cathédrale de Málaga, qui le voulait comme maestro de capilla - il eût alors dû déménager -, il se vit accorder par le chapitre de Séville le droit de succéder au souffrant Fernández, dont il paraît avoir assumé toutes les fonctions. Chose frustrante, Fernández vécut encore vingt ans et ce fut seulement le
9 mars 1574, au terme d’une très patiente attente, que Guerrero devint maestro de capilla à Séville.
En dehors de ses responsabilités à la cathédrale, Guerrero passa beaucoup de temps à publier et à voyager, voire les deux à la fois, ce qui lui permit, à plusieurs reprises, d’offrir en personne sa musique à l’empereur Charles-Quint (1557 ou 1558), au roi Sébastien du Portugal (1566) et au roi Philippe II d’Espagne (1588), dont il aurait baisé la main.
En 1581, il se rendit à Rome, où il resta une bonne année pour s’occuper de deux grands recueils de musique qui parurent en 1582 et en 1584, mais son voyage le plus extraordinaire fut celui qui le mena en Terre sainte, en 1588. Le simple fait qu’il l’ait entrepris témoigne d’un immense courage et, certainement, d’une assez grande dévotion religieuse (adolescent, il fut brièvement formé à la prêtrise, à Séville). On ne connaît aucun autre compositeur qui se soit lancé dans pareil périple. Avec un groupe de voyageurs, il partit d’abord en Italie et quitta Venise le 14 août 1588 pour aller visiter Zakinthos, Jaffa, Jérusalem, Béthléhem et Damas. Puis tous rentrèrent à Venise le 9 janvier 1589, et Guerrero resta sur place pour superviser la publication de deux autres recueils; il gagna ensuite Marseille en bateau, via Gênes, et eut à subir la terrifiante épreuve d’une attaque de pirates, non pas une mais deux fois. Son argent fut volé et une rançon extorquée. Ce malheur, joint au coût de financement de ses publications, fit qu’il était dangereusement désargenté quand il rentra enfin à Séville, à l’été de 1589.
Durant l’Avent de 1590, à soixante-deux ans, il dut redevenir responsable des choristes (probablement pour accroître ses revenus) mais - et c’est là un intéressant parallèle avec son début de carrière - il se révéla incapable de faire face aux exigences de ce poste. Enfermé le 21 août 1591 dans une prison de débiteurs, il fut relâché le 2 septembre, après que les autorités de la cathédrale de Séville, l’ayant pris en pitié, eurent réglé sa dette. En 1599, ses finances s’étaient manifestement améliorées (grâce, peut-être, au succès de son récit de voyage, paru en 1592) car il envisagea de repartir en Terre sainte - un projet approuvé par le chapitre sévillan le 11 janvier - mais, pour une raison obscure, il repoussa son départ. Ce fut là une erreur fatale : à l’été, Séville fut frappée par la peste et Guerrero, trop faible, succomba.
Guerrero produisit dix-huit messes (presque autant que Victoria et plus que Morales), dont cinq fondées sur des œuvres d’autres compositeurs - en l’occurrence
Verdelot, Crecquillon, Janequin et, par deux fois, son vieux maître Morales -, deux messes de requiem et quelque cent cinquante autres pièces liturgiques, y compris des corpus complets de musique pour l’office des vêpres. Contrairement à Morales et à Victoria, il signa aussi beaucoup de chants profanes, souvent influencés par son voyage en Terre sainte.
Globalement, la musique du présent enregistrement est associée au temps de Pâques, cette glorieuse explosion de joie qui suit les sombres reconstitutions des dernières heures du ministère de Jésus ici-bas. Souvent, l’excellence des œuvres pascales est occultée par le drame du triduum, par la musique qui y est associée mais aussi par le fait que rares sont les chœurs actuels à chanter juste après Pâques. L’exubérance et la joie sont clairement perceptibles dans le Congratulamini mihi de Thomas Crecquillon, qui met en scène la rencontre de Marie
Madeleine avec le Christ ressuscité. Le compositeur a un sentiment de joie si total que même les mots «et dum flerem» («et alors que je pleurais») retiennent à peine son attention - une rapide figure en double croche, dans une partie à une voix, suggère on ne peut plus simplement une larme. La secunda pars est plus sombre : Madeleine, déroutée, tente de donner un sens au tombeau vide. Usant d’un procédé courant dans les motets renaissants, Crecquillon achève la seconde section en répétant la fin de la première, faisant par là même revivre le sentiment de joie.
Pour sa Missa Congratulamini mihi, Guerrero refaçonne maints thèmes de Crecquillon, preuve de son art consommé de la composition. On notera que l’unique thème dont il paraît ne pas se servir est le motif associé aux mots «et dum flerem». Le guilleret Hosanna, particulièrement habile, le voit marier deux thèmes - «Congratulamini mihi» et «Vidi Dominum meum» («Réjouissez-vous avec moi» et «J’ai vu mon Seigneur») -, offrant d’un coup le cœur même du sujet. Pour rehausser la joie pascale, et contrairement à Crecquillon, il opte pour deux parties non de basse mais de soprano. Dans l’invocation finale de l’Agnus Dei, il restaure la seconde voix de basse et réitère le mariage des thèmes de l’Hosanna, mais cette fois avec une musique exquisément sereine.
Guerrero ne lâche la texture à cinq parties que pour un trio dans le Gloria et un autre, précédé d’un éloquent duo, dans le Credo. On se délecte aussi quand il prend la liberté de composer un matériau neuf (l’«Et incarnatus est» du Credo et le déprécatoire Benedictus) et qu’il délaisse un instant l’humeur radieuse de la messe.
Maria Magdalena et altera Maria reprend tout le récit de la visite que la Sainte fit au tombeau. Guerrero est là dans une de ses veines les plus descriptives. Les tendres accords répétés, à l’état de premier renversement, aux mots «Ungerent Jesum» («pour oindre Jésus»), par exemple, et l’annonce en appel de clairon de la résurrection du Christ, vers la fin de la deuxième partie, sont clairement madrigalesques. Sans jamais répéter le moindre matériel musical, ce motet propulse l’auditeur dans un voyage spirituel.
L’autre motet narratif de ce recueil, Post dies octo, est, par son climat comme par sa texture, aux antipodes du précédent. Au bout de huit jours, l’euphorie a passé et les disciples sont entassés dans une salle aux portes closes, car on craint pour leur sécurité. Guerrero opte pour un ambitus vocal étroit, peut-être pour refléter la nature clandestine de ce contexte. Le Christ apparaît, prononce sa bénédiction et invite le sceptique Thomas à toucher ses blessures pour enraciner véritablement sa foi. Guerrero souligne nombre des phrases saillantes par de l’homophonie tout en se laissant aller à une écriture qui semble davantage annoncer Monteverdi (à la fin de la première section, par exemple). Toutefois, la nature intime de ce récit demeure constamment préservée, jusque dans les Alléluias conclusifs.
Les quatre autres pièces de ce disque dévoilent diverses facettes de la maîtrise de Guerrero. Dum esset rex (en l’honneur de Marie Madeleine) tient du madrigal spirituel cependant que l’Ave Maria à huit parties est une retentissante supplique à la Vierge, à double chœur. Les deux Regina caeli (l’antienne mariale à chanter durant le temps pascal) partent d’un cantus firmus en plain-chant. Celui à quatre parties, aux sonorités plus vieillottes, utilise un motif en mode mineur, quand celui à huit parties recourt à une mélodie en plain-chant davantage traditionnelle, intégrée à une exubérante et joyeuse énonciation pascale.
Die Mitternachtsmaus – Das ästhetische Wiesel – Das Knie – Die Beichte des Wurms – Improvisation – Die Prozession – Der Tanz... / Barbara Höfling, mezzo-soprano - Elsbeth Moser, bayan – Gergely Bodosky, flûte – Cornelia Monske, percussion...