Suite pour violon & piano, WV 18 (op. 1) Sonate pour violon & piano n° 1, WV 24 (op. 7) Sonate pour violon solo, WV 83 Sonate pour violon & piano n° 2, WV 91
Tanja Becker-Bender, violon Markus Becker, piano
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SCHULHOFF Erwin Suite for violin and piano, WV 18 1 - 1 I. Präludium: Stürmisch (3mn 15s )
1 - 2 II. Gavotte: Mäßig (3mn 08s )
1 - 3 III. Menuetto (3mn 27s )
1 - 4 IV. Walzer (4mn 09s )
1 - 5 V. Scherzo: Schnell (5mn 48s )
Sonata No. 1 for violin and piano, WV 24 1 - 6 I. Wuchtig (6mn 16s )
1 - 7 II. Ruhig (4mn 51s )
1 - 8 III. Scherzo: Bewegt (2mn )
1 - 9 IV. Rondo: Nicht zu schnell (7mn 07s )
Sonata for solo violin, WV 83 1 - 10 I. Allegro con fuoco (1mn 31s )
1 - 11 II. Andante sostenuto (5mn 49s )
1 - 12 III. Scherzo: Allegretto grazioso (2mn 07s )
1 - 13 IV. Allegro risoluto (2mn 21s )
Sonata No. 2 for violin and piano, WV 91 1 - 14 I. Allegro impetuoso (5mn 55s )
1 - 15 II. Andante (3mn 37s )
1 - 16 III. Burlesca: Allegretto (2mn 17s )
1 - 17 IV. Allegro risoluto (3mn 23s )
Erwin Schulhoff Musique pour violon et piano
Passionné de jazz, un temps dadaïste, surréaliste
et communiste convaincu. Violà quelques-uns des
clichés commodes qui viennent à l’esprit à propos
d’Erwin Schulhoff. Mais cet être extraordinaire, né à
Prague le 8 juin 1894 dans une famille juive et germanophone,
était un musicien bien plus complexe et complet
que ne le laissent entendre toutes les belles étiquettes. Il
venait d’une famille très musicienne et son plus célèbre
ancêtre, son grand-oncle le pianiste Julius Schulhoff, avait
reçu, dans sa jeunesse, les encouragements de Chopin,
avant de s’installer à Dresde et à Berlin, où il était devenu
un professeur de piano et un compositeur fort respecté.
Dans la nouvelle de Tolstoï intitulée Le bonheur familial,
il eut le douteux honneur de voir l’un des personnages se
livrer à une comparaison, tournant à sa défaveur, entre
son musique de salon et celui de Mozart; son jeu, en revanche,
stupéfia le grand pianiste Theodor Leschetizky—
«un splendide son rond … comme je n’en avais encore
jamais entendu. Je rentrai chez moi, résolu à obtenir
la même perfection sonore». Julius ne fut pas le seul
musicien de la famille : le grand-père maternel d’Erwin
était le violoniste Heinrich Wolff, qui marqua la vie
musicale de Francfort-sur-le-Main.
Avec de tels antécédents, guère surprenant que le jeune
Erwin ait montré des dons de musicien dès sa tendre
enfance. Malgré sa forte aversion pour les enfants
prodiges, Antonín Dvorák l’encouragea à développer ses
talents musicaux : en 1901, il lui fut présenté et, à l’issue
de deux tests auditifs réussis, il reçut du grand homme
deux barres de chocolat. «Voilà comment Dvorvák me
promut musicien», se rappellera-t-il (cité in Josef Bek :
Erwin Schulhoff: Leben und Werk, Hambourg, 1994,
p. 12). Avant ses dix ans, il entreprit une longue phase
d’intenses études musicales enracinées dans la tradition
austro-allemande. Après avoir séjourné à Prague et à Vienne, où il devint rapidement pianiste, il intégra, à
quatorze ans, le Conservatoire de Leipzig (1908). Quoique
auditionné comme interprète, il s’intéressa de plus en
plus à l’écriture musicale et développa une relation
chaleureuse avec son premier professeur de composition,
Max Reger, dont l’influence transparaît dans certaines de
ses toute premières pièces. De Leipzig, il gagna Cologne,
où Fritz Steinbach, directeur du Conservatoire et chef
de l’Orchestre du Gürzenich, lui enseigna la composition
et la direction d’orchestre. (Steinbach avait été un remarquable
interprète de la musique de Brahms, son intime—
surtout pendant les années 1886–1903, qu’il passa avec
l’orchestre de la cour de Meiningen.)
Schulhoff rédigea sa Suite pour violon et piano
WV18 en 1911, durant ses études avec Steinbach, à
Cologne. À l’évidence, il y attacha de l’importance puisqu’il
en fit son opus 1 officiel (remplaçant une ancienne série
de numéros d’opus utilisée pour des juvenilia). Ce fut sa
première œuvre écrite dans une forme musicale étendue.
Cette Suite en cinq mouvements repose en partie sur des
formes de danse baroques, mais aussi plus tardives—
influence, peut-être, des diverses suites «en style ancien»
qui étaient alors en vogue. Schulhoff devait tout
particulièrement connaître la Suite im alten Stil op. 93 de
son ancien professeur Reger, plus célèbre dans sa version
ultérieure pour orchestre, mais qui fut d’abord publiée
pour violon et piano (1906). Nul faux baroque, assurément,
dans le premier mouvement rhapsodique, un
Präludium sensuellement expressif dans un ardent style
romantique tardif, marqué Stürmisch (tempétueux)—
l’un des deux mouvements de la Suite à présenter des
inscriptions en tête du manuscrit autographe, où il est
décrit comme «Erotik» («érotique»). Voilà qui pourrait
paraître un rien anormal pour entamer une œuvre essentiellement
fondée sur des formes de danse anciennes, mais c’est là un mouvement fort efficace, témoignant d’un
immense sens de l’écriture violonistique. La Gavotte
qui suit est un mouvement élégamment troussé, aux
évidentes racines baroques, même si Schulhoff introduit
un contraste dans la section centrale, où un bourdon
de violon soutient le piano. Le troisième mouvement est
un Menuetto (avec trio) qui, là encore, montre combien
Schulhoff pouvait écrire avec charme et singularité,
même quand il s’agissait foncièrement d’un pastiche. Le
quatrième mouvement est une valse, où l’écriture semble
beaucoup plus libre, avec une certaine fluidité, mais aussi
une invention mélodique nuée de mélancolie et des
harmonies romantiques tardives agréablement expressives.
Ce mouvement assez lancinant est suivi du finale
de la Suite, un Scherzo (encore avec trio) que précèdent
sur le manuscrit les mots «Danse des diablotins»,
probablement suggérés par le thème principal chatouilleux
et agité. Cette œuvre inventive et séduisante ne fut pas
publiée avant 2004.
Achevée en juin 1913, alors que Schulhoff marchait
sur ses dix-neuf ans, la Sonate n°1 pour violon et
piano WV24 (op. 7) provient une nouvelle fois des années
d’études à Cologne. Dans la préface de son édition,
Vlastimil Musil la dépeint «comme une œuvre marquée
au coin de la quête d’expression musicale de Schulhoff»,
et c’est certainement vrai : les deux premiers mouvements
sont bien plus complexes, harmoniquement, que les deux
suivants, moins développés. Mais le langage harmonique
y est nettement plus avancé que dans la Suite, et cela
tient en grande partie à une découverte faite par Schulhoff
en 1912 : la musique de Claude Debussy. Le premier
mouvement, coulé dans une forme sonate, est riche en harmonies à la Debussy tandis que le deuxième (Ruhig)
atteste le don de Schulhoff pour filer de longues lignes
lyriques. Le Scherzo est capricieux et un brin nerveux
dans ses inquiètes sections extrêmes comme dans sa
section en trio évoquant une mélodie de choral difforme.
L’idée initiale du finale domine une large part de l’argument
musical, interrompue par des sections contrastives
plus lentes (où l’esprit de Debussy n’est jamais bien loin).
Cette Sonate dut attendre une bonne décennie pour être
créée, au Festival de la Société internationale de musique
contemporaine (Prague, 29 mai 1924), par la violoniste
Ervina Brokešová et un Schulhoff devenu, entre-temps, un
tout autre compositeur.
Impossible de cerner stylistiquement Schulhoff, fût-ce
à un moment précis de sa carrière. À la fin de la
Première Guerre mondiale, il fut attiré par le surréalisme
et le dadaïsme. Parmi ses œuvres expérimentales les plus
intrigantes figurent la Sonata erotica for solo mother-trumpet
(1919), une partition imagée où la «mère-trompette» est une voix de femme simulant un orgasme
noté, et les Fünf Pittoresken pour piano dédiées «Au
peintre et dadaïste George Grosz», avec pour troisième
mouvement «In Futurum», une page de silence minutieusement
noté. Dans Bass Nightingale (1922), pour
contrebasse solo, le plus improbable des instruments doit
imiter un chant d’oiseau et jouer une fugue avec lui-même
(finale). Tout au long des années 1920, Schulhoff
composa aussi beaucoup pour orchestre et pour
ensembles de chambre. Son ballet Ogelala (1922) fut créé
à Dessau en 1925. Conçu dans le même esprit que le
Sacre du Printemps de Stravinski et le Mandarin
Merveilleux de Bartók, il parle de violence, de frénésie sexuelle et de sacrifice, dans une langue influencée par
la musique des Amérindians; la partition comprend
un mouvement novateur entièrement pour percussion.
Mais Schulhoff signa également quantité de musiques
purement abstraites. En 1925, il rédigea un Duo pour
violon et violoncelle (dédié «au maestro Leos Janácek, en
très profonde admiration !»), son Quatuor à cordes n° 2
et sa Symphonie n° 1 (dédiée à un grand chef d’orchestre,
Václav Talich, elle sera créée par un autre grand chef, Erich
Kleiber, avec l’Orchestre de l’opéra national de Berlin, en
1928).
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