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Référence : CDA67829 0034571178295 - 1 CD 68:53 - DDD - Enregistré du 28 au 30 novembre 2009 à Monmouth - Notes en français, anglais et allemand En vente sur ce site depuis le 17 juin 2010 Date parution numérique : 15 juin 2010
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Sonate pour violoncelle seul, op. 8 (1915) Sonatine pour violoncelle & piano (éd. Lev Ginzburg / 1922) 9 Epigrammes pour violoncelle & piano (1954) Romance lyrique pour violoncelle & piano (1898) Adagio pour violoncelle & piano (1905, rév. 1910)
Natalie Clein, violoncelle Julius Drake, piano
epuis sa victoire en 1994 au concours BBC Young Musician, la violoncelliste Natalie Clein mène une brillante carrière internationale. Pour son premier enregistrement pour Hyperion, elle a choisi un compositeur proche de son cœur, Zoltan Kodaly. De la poignante sonate pour violoncelle seul de 1915 aux Epigrammes de 1954, Kodaly fait du violoncelle le chantre de sa nostalgie et de son attachement à une tradition musicale renouvelée.
Julius Drake est le partenaire attitré de Natalie Clein au concert et leur dialogue est un exemple de musicalité et de raffinement sonore.
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Zoltán Kodály fut à la Hongrie ce que Vaughan
Williams fut au Royaume-Uni : le grand compositeur
national qui, par sa découverte et par son utilisation
créative de la musique populaire, mais aussi par le rôle
d’éducateur et de pourvoyeur de biens culturels qu’il
assuma dans la société, forgea les standards à l’aune
desquels on doit juger la musique hongroise du XXe siècle.
Il fut le protégé et le collègue d’Ernő Dohnányi ainsi que
l’ami indéfectible de Béla Bartók (au début des années
1900, ils entreprirent des expéditions de prospection pour
collecter des chants populaires dans les villages hongrois
les plus reculés). Mais, plus qu’eux, il s’attacha à restituer
aux Hongrois la réalité de leur héritage musical, sans
chercher à le projeter sur la scène européenne au
transatlantique. Comme il le déclara lui-même : «On ne
peut appréhender ce qui appartient à toute l’humanité
qu’à travers nos propres caractéristiques nationales» - et, paradoxalement, sa musique est connue et aimée dans
le monde entier, comme s’il parlait une langue intelligible
à chaque auditoire. Surtout célèbre pour ses partitions
chorales, il créa tout un répertoire de pièces à petite
échelle pour l’enseignement et le concert, ponctué, cependant,
de remarquables musiques de chambre, d’œuvres
orchestrales et chorales témoignant d’une puissante
maîtrise.
Par musique «hongroise», Liszt ou Brahms n’entendaient
pas les chants et les danses des paysans mais la
musique cosmopolite développée par les violonistes et les
artistes tziganes : le style verbunkos pseudo-folklorique,
qui amalgamait des traits issus de diverses traditions
(les danses de cour et de recrutement du XIXe siècle,
par exemple) et dont la mesure caractéristique était la
csárdás, farouche ou sentimentale. Ethnomusicologues
professionnels, Bartók et Kodály découvrirent la musique
folklorique hongroise plus ancienne, plus authentique, en battant la campagne armés d’un phonographe pour
enregistrer les vraies mélodies, celles que les gens chantaient
et sur lesquelles ils dansaient. Ce fut une découverte
capitale, la récupération d’un héritage national, d’une
identité nationale, alors que la Hongrie, affranchie de
l’empire autrichien moribond, venait de recouvrer la
liberté.
En 1906, année où il publia, conjointement avec
Bartók, son premier recueil de chants populaires hongrois,
Kodály composa pour son diplôme de l’Académie
de musique de Budapest Soir d’été, un poème orchestral
déjà baigné des mélodies modales, des arabesques fleuries
et des rythmes typiques du folklore hongrois. Ce tableau
impressionniste de la nature, touffu et subtilement
évocateur, est un poème symphonique comparable aux
premières pages orchestrales de Dohnányi ou aux mouvements,
davantage contemplatifs, des suites orchestrales
alors composées par Bartók. Mais au lieu de poursuivre
dans cette veine orchestrale, Kodály—après sa décisive
découverte de la musique debussyste et sa nomination
comme professeur de composition à l’Académie royale
de Budapest - bifurqua et enchaîna avec une étonnante
série d’œuvres de chambre pour instruments à cordes,
qui accapara son énergie créatrice pendant plus de dix
ans, le faisant accéder à la maturité artistique. Toutes
sont conçues à une échelle héroïque et toutes repoussent
les limites des instruments. Leurs formes abstraites - quatuor, sonate, duo - donnent à voir une fusion unique
et originale entre les principes formels classiques et les
nouvelles ressources harmonico-mélodiques que Kodály
et Bartók avaient assimilées pendant leurs collectes de
chants populaires.
On n’avait encore jamais rien vu de tel dans la musique
hongroise, voire européenne. En se concentrant sur ce
seul pan du répertoire, Kodály se montra encore plus acharné que Bartók et, à ce moment-là de leurs carrières,
il est difficile de dire lequel des deux était le plus radical.
Kodály obtint, semble-t-il, de plus puissants résultats
avec un plus petit nombre d’instruments. Il dévoile une
élégante compréhension formelle et une sophistication
structurelle dans ses deux quatuors à cordes, œuvres
généreuses que son Duo pour violon et violoncelle (1914)
supplante cependant en passion et en envergure épique,
sa brillante technique lui permettant de faire sonner les
deux interprètes comme un véritable orchestre à cordes.
Suprême, la Sonate pour violoncelle solo (1915),
surprenante, ardente et pugnace, compte parmi les plus
grandes pages ressortissant à ce genre exigeant entre tous
depuis J. S. Bach et ses Suites pour violoncelle solo. (Toute
sa vie durant, Kodály s’inspira évidemment de Bach, dont
il arrangea pour cordes diverses pièces pour clavier, reflet
de ses préoccupations compositionnelles.)
Déclaré inapte au service militaire lors de la Première
Guerre mondiale, Kodály travailla avec un groupe de
volontaires chargés de défendre les principaux monuments
de Budapest, tout en continuant d’étudier la
musique populaire hongroise et de composer. Il ne faut
pas oublier que la Sonate fut écrite en temps de guerre, ce
qui donne une dimension tragique à la notion d’énonciation
prophétique, surtout dans les deux premiers
mouvements. À cause de la guerre, l’œuvre attendit trois
ans avant d’être créée. Elle est dédiée au violoncelliste
Jenő Kerpely, du Quatuor Waldbauer-Kerpely, un ensemble
qui défendit la musique hongroise contemporaine - il
créa les deux quatuors de Kodály et les deux premiers
quatuors de Bartók. Kerpely créa la Sonate à Budapest le
7 mai 1918.
Elle compte trois mouvements d’envergure
et Kodály étend audacieusement sa palette tonale grâce à
la scordatura, un procédé consistant à changer l’accord
des cordes de l’instrument pour permettre un nouvel éventail d’harmonies et une autre couleur sonore. La
corde d’ut est baissée à si, celle de sol à fa dièse et, comme
la notation de la musique est normale, ces «désaccords»
font que le son produit diverge souvent des notes
imprimées. Ils paraissent aussi aider Kodály à obtenir
des passages d’une intense polyphonie, où chaque corde
semble avoir sa propre couleur, et il est vrai que, par
moments, le violoncelle sonne comme tout un orchestre
ou comme plusieurs instruments différents.
La Sonate s’ouvre sur un majestueux et fervent Allegro
maestoso ma appassionato, gorgé de gestes hardis,
autoritaires, et d’exclamations truculentes. Impossible de
ne pas avoir l’impression d’un monologue très émouvant.
Le sujet liminaire utilise beaucoup d’accords massifs en
triples et quadruples cordes, cependant qu’un second
thème implorant, fort ardent, a une base davantage
mélodique et exploite à fond une veine lyrique contrastive.
Ces deux thèmes couvrent toute l’étendue de l’instrument
et rappellent, chacun à leur manière, une musique
populaire hongroise sublimée. Le développement culmine
en un passage de trilles déchaînés, dans les aigus du
violoncelle, tandis que le mouvement s’achève en une
mélancolique coda fondée sur le second thème.
L’Adagio central, marqué con grand’ espressione, part
sur une ligne mélodique sombre et flexueuse, dans les
graves du violoncelle, qui s’épanouit en une mélodie des
plus ornées, avec un caractère de chant populaire désolé,
et accompagnée d’occasionnels pizzicati résonants. Ces
éléments alternent puis cèdent la place à une section
centrale Con moto bien plus agressive, apparentée à une
danse fantasque, débridée. À son retour, la musique de
la section d’ouverture est développée toute en fioritures
et subit de profondes transformations, avec plus qu’un
soupçon de virtuosité en style tzigane, les figurations
rapides évoquant un cymbalum. La coda est morne et lancinante, la ferveur n’est plus et le glissando final
descendant est un lointain gémissement de désespoir.
Le finale Allegro molto vivace nous plonge, lui, dans
une sorte de pot-pourri de danses folkloriques, mais
sublimement métamorphosées. Le violoncelle se fait tantôt
cornemuse, ensemble bourdon et chalumeau, tantôt
cithare, voire clarinette de folklore. Les deux premiers
mouvements étaient virtuoses mais ce tumultueux finale
les surpasse en bravoure, qui use brillamment de
pizzicati, de doubles cordes, de rapides notes répétées et
de vertigineux passages arpégés. Les nombreux thèmes,
qui sont comme conçus de l’intérieur de l’instrument,
font référence à plusieurs sortes de musique folklorique
hongroise. Une vaste et sinistre construction en tremolandi
sul ponticello spectraux et finalement hurleurs
nous ramène au thème liminaire du mouvement et à un
superbe passage en revue de presque tout son matériau,
avec des exigences techniques encore plus ahurissantes.
Les bravaches dernières mesures couvrent cinq octaves
complètes, du si le plus aigu au plus grave. S’il n’avait écrit
que cette magnifique sonate, Kodály mériterait de figurer
parmi les plus grands génies musicaux que la Hongrie ait
jamais produits.
Avant cette sonate, Kodály avait composé une Sonate
pour violoncelle et piano op. 4 (1909–10). Elle comportait
à l’origine trois mouvements mais, insatisfait du premier,
Kodály autorisa une exécution sous forme de diptyque - un usage toujours en vigueur aujourd’hui. En 1922, à
l’heure de la publication, il réessaya de composer un
premier mouvement mais, de nouveau mécontent - cette
fois parce que, à ses yeux, son style s’était développé trop
avant dans de nouvelles directions -, il décida de ne pas
l’amalgamer aux deux autres. La Sonatine pour violoncelle
et piano, parue en 1969 dans une édition établie
par le violoncelliste et musicologue Lev Ginzburg (1907–1981), pourrait être ce mouvement écrit en 1922.
S’ouvrant sur un impressionniste solo de piano avant
l’entrée du violoncelle, cette œuvre très lyrique est nettement
influencée par la Sonate pour violoncelle (1915) de
Debussy, malgré une invention mélodique d’inspiration
folklorique hongroise, de la première à la dernière
mesure. Le titre «Sonatine» renvoie à une forme sonate
rognée, sans développement formel mais avec une reprise
fort modifiée du matériau initial constituant la seconde
partie de la structure. Cette reprise démarre par le
premier thème pianistique au violoncelle pour atteindre
à un fervent apogée. L’invention est fluide, et parfois
capricieusement à l’improvisade, le piano offrant un
remarquable éventail de modèles accompagnants, quand
ce n’est pas lui qui attire toute l’attention. La coda finit par
accéder à une sorte de sérénité mélancolique.
Concernant les autres pièces de ce disque, la Romance
Lyrique est une authentique page de jeunesse, composée
en 1898 par un Kodály adolescent vivant encore à
Nagyszombat, le village où son père travaillait. Cette œuvre,
qu’on peut trouver immature et pas totalement affranchie
du salon, a une mélodie principale dulcifiante et un
merveilleux lyrisme ardent, dans l’esprit de Brahms, de
Dohnányi et de Dvořák (dont le Concerto pour violoncelle
paraît cité à la fin de la section centrale).
Après être allé étudier au Conservatoire de Budapest,
Kodály garda sa Romance lyrique au fond d’un tiroir et
l’Adagio pour violoncelle et piano fut l’une des premières
œuvres de chambre qu’il reconnut officiellement. Il le
composa pour violon et piano en 1905 avant de l’arranger
pour violoncelle et piano en 1910 (il en existe aussi une
version pour alto). Dédié au violoniste Imre Waldbauer,
du Quatuor Waldbauer-Kerpely, cet Adagio, montrant
encore un Kodály postbrahmsien, est grosso modo de
forme ternaire, les lentes sections extrêmes romantiques
encadrant une section centrale un peu plus rapide, de
style plus ouvertement hongrois. La troisième portion, qui voit la mélodie resurgir dans les registres aigus sur un
fond sonore modifié, se meurt en une conclusion paisible,
mais pas avant d’avoir laissé exploser une fervente
récrimination.
Les neuf Épigrammes (Epigrammák) furent composées
en 1954, en même temps que plusieurs autres
œuvres pédagogiques conçues pour illustrer la méthode
d’éducation musicale de Kodály. Ce sont, à l’origine, des
vocalises (voix sans paroles, avec accompagnement de piano) mais leur partie vocale peut être adaptée à n’importe
quel instrument ou presque. Dans ces œuvrettes
graves, gaies ou lyriques, aux discrètes imitations polyphoniques
entre la mélodie et l’accompagnement, l’accent
hongrois est si parfaitement intégré au discours de Kodály
qu’on peine à y déceler le moindre soupçon d’exotisme :
elles disent juste une rare sérénité d’esprit et un plaisir à
faire de la musique.
Zoltán Kodály est le genre de
musicien que j’aurais adoré connaître; il était profondément
passionné par son identité culturelle (sans les
dangereuses implications que le nationalisme allait
prendre dix ou vingt ans plus tard) et tout aussi dévoué à
l’éducation musicale et à l’importance de la musique
considérée comme un élément vivant, comme le souffle
d’une société heureuse et cultivée.
Je rêve depuis longtemps d’enregistrer la Sonate, op. 8,
l’un des chefs-d’œuvre de la littérature pour violoncelle
seul du XXe siècle. J’imagine Kodály (lui-même violoncelliste
amateur) passant des heures avec son violoncelle
en essayant de recréer l’ambiance des lieux qu’il
avait connus dans ses voyages ethnomusicologiques. Ce
morceau n’a pas un caractère solitaire comme peut l’être une sonate pour instrument seul - j’entends vraiment
des échos de cordes tziganes, de flûtes, de cithares, de
chalumeaux et de voix humaine. L’une des plus grandes
réussites de Kodály a été d’associer «l’art folklorique» à
une approche plus intellectuelle et érudite, et le résultat
est très enrichissant à jouer.
Le reste du disque montre d’autres aspects de la vie
de Kodály - de l’une de ses premières œuvres connues, la
Romance lyrique, au célèbre Adagio et à la Sonatine
moins connue. Les Épigrammes ont été une merveilleuse
découverte pour Julius et moi et, un instant, j’ai eu
l’impression que j’étais aussi en train d’apprendre les
chansons traditionnelles avec tous leurs défis comme
Kodály l’avait voulu à l’origine.
Verdi : Requiem - Rossini : Ouvertures / Galina Vishnevskaya, soprano - Nina Isakova, mezzo-soprano - Vladimir Ivanovsky, ténor - Ivan Petrov, basse - State Academy Chorus & Moscow Philharmonic Orch. - Orchestre National de l'ORTF - Igor Markevitch, dir.