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Référence : CDA67802 0034571178028 - 1 CD 68:10 - DDD - Enregistré du 12 au 16 avril 2010 à l'Auditorium Stelio Molo à Lugano - Notes en français, anglais et allemand En vente sur ce site depuis le 3 février 2011 Date parution numérique : 1 février 2011
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A l’été de 1843, quand Louis Spohr, alors âgé de cinquante-neuf ans, se rendit en Angleterre
pour diriger ses compositions, le Musical World
s’enflamma : «Spohr—le grand Spohr—, immortel et
pourtant vivant, fondateur d’une nouvelle sensibilité,
sinon d’une nouvelle école musicale—Spohr, le formidable
maître … a été salué par les gens d’une manière qui
leur fait, non moins qu’à lui, le plus grand et le plus fier
honneur». «Spohr, renchérit le Musical Examiner, est
arrivé parmi nous. Que de choses ce nom honoré éveille
en tout véritable artiste ! Spohr—le grand Spohr—, le
compositeur de Le pouvoir du son [Symphonie n° 4] et de
Le Jugement dernier est en Angleterre—à Londres—,
parmi nous.» Et The Times de se joindre à eux en
affirmant que ses œuvres «vivront tant que la musique
sera rangée parmi les arts». De tels jugements extatiques
n’avaient rien de rare à l’époque car, depuis la mort
de Beethoven, en 1827, beaucoup, en Allemagne comme
en Grande-Bretagne, tenaient Spohr pour le plus grand
compositeur vivant, que seul Mendelssohn, bien plus
jeune, égalera.
Cette admiration ne se bornait pas aux mélomanes :
ses confrères aussi le tenaient en haute estime. De
Jessonda, son opéra le plus couronné de succès, Brahms
dit : «Je trouve l’opéra magnifique … Jessonda a conquis
mon cœur et, jusqu’à la fin de mes jours, c’est ce
que j’éprouverai pour lui»; Schumann consacra à la
Symphonie n° 7 de Spohr un article dithyrambique qu’il
conclut sur cet appel de clairon : «Suivons-le dans l’art,
dans la vie … Qu’il soit, avec nos plus grands Allemands,
un lumineux exemple ! » Mendelssohn déclara : «Enfant
déjà, j’avais pour lui un immense respect qui, le discernement
de la maturité venu, ne s’est en rien amolli. »
Chopin trouva l’Octuor de Spohr «charmant, exquis».
Bruckner aurait confié au chef d’orchestre Hans Richter que le thème principal de son grand Te Deum lui venait de
Spohr, apparu en rêve. Quant à l’hommage nécrologique
de Wagner, il se terminait ainsi : «Il fut, en son art, un
maître sérieux et honorable; la croyance en son art
fut le dogme au centre de sa vie et ses plus profondes
aspirations vinrent de la force qu’il tira de cet article de foi.
Honneur au nom de Spohr ! Que sa mémoire soit révérée
et son admirable exemple chéri !»
Si Spohr se retrouva sur un tel Olympe, c’est que,
comme ses grands devanciers inscrits dans la tradition allemande,
il sut s’imposer dans tous les genres majeurs—
opéras, oratorios, symphonies, concertos, ouvertures,
musiques de chambre pour divers ensembles et lieder.
Né à Brunswick, dans le nord de l’Allemagne, le 5 avril
1784, Spohr était le premier enfant de Carl Heinrich
Spohr, un médecin pionnier de l’homéopathie, et de sa
femme Juliane Ernestine Luise, fille du pasteur luthérien
du grand temple de la ville. Tous deux étaient des
musiciens amateurs passionnés et, à cinq ans, le petit
Louis reçut son premier violon, un instrument que l’on
peut encore admirer au musée régional de Brunswick.
Ayant accompli d’immenses progrès dans son enfance,
Spohr intégra, à quinze ans, l’orchestre de cour du duc
de Brunswick avant de s’affirmer comme le principal
violoniste allemand de son temps. Nommé directeur
musical à la cour de Gotha à seulement vingt et un ans—
son premier grand poste (1805–1812)—, il occupa
ensuite des fonctions à Vienne (1813–15), Francfort
(1817–19) et enfin Kassel (1822–57), où il mourut le 22
octobre 1859, deux ans à peine après avoir pris sa retraite.
Il multiplia aussi les tournées en Europe avec sa première
femme, la harpiste virtuose Dorette Scheidler—notamment
un périple en Italie (1816–17), très attendu, et un
séjour à Paris (1820–21).
Son histoire d’amour avec les Anglais démarra en 1820, quand il vint se produire aux concerts de la
Philharmonic Society, à Londres—où il composa sa
Symphonie no 2, dédiée à la Society. Le séjour de 1843,
celui qui lui valut les acclamations évoquées plus haut,
était son troisième en Angleterre; le deuxième datait
de 1839 et trois autres suivirent, en 1847, 1852 et 1853.
Ce fut en 1847, alors que la Sacred Harmonic Society
l’avait invité à venir diriger sa musique chorale, que la
Philharmonic Society lui commanda la huitième de ses dix
symphonies.
Bien qu’esquissée en août, elle fut surtout rédigée en
septembre et en octobre. Dans une lettre du 9 novembre
1847, il indiqua à son ancien collègue Moritz Hauptmann
qu’il venait de la terminer. La Philharmonic Society
l’interpréta sous la baguette de Sir Michael Costa aux
Hanover Square Rooms de Londres, le 1er mai 1848,
non sans avoir autorisé Spohr à la créer à Kassel, le 22
décembre 1847. Toutefois, même si cette œuvre fut
accueillie avec le respect dû à un compositeur aussi
réputé, beaucoup parurent déçus de le voir renouer avec
une structure plus conservatrice que celle de ses sept symphonies
précédentes. Même les troisième et cinquième,
non programmatiques, contenaient des rudiments de
forme cyclique, absents de la huitième.
Avec le recul, il apparaît que d’autres compositeurs
utilisèrent leur huitième symphonie pour projeter une
atmosphère plus détendue après une forte septième—à
l’instar de Spohr qui, dans sa septième, avait choisi le
double orchestre pour aborder l’Irdisches und Göttliches
in Menschenleben («le terrestre et le divin dans la vie
des hommes»); quant aux différence entre la puissante
septième et la huitième, plus légère, de Beethoven, elles
avaient déjà suscité bien des commentaires. Plus tard,
Dvorvák écrivit sa mélodieuse huitième (en sol majeur,
comme celle de Spohr) après une septième en ré mineur qui devait, selon lui, «ébranler le monde». Au XXe siècle,
Vaughan Williams fit oublier son épique Sinfonia
Antartica par sa «petite huitième».
Le climat plus détendu de la Symphonie no 8 en
sol mineur de Spohr (op. 137) ne s’impose cependant
pas sans résistance. D’abord, une lente introduction
dramatique en sol mineur, Adagio, semble présager de
graves événements—des nuages aussitôt balayés par le
lyrique thème qui inaugure l’Allegro. Le second sujet est
de la même étoffe, mais les ponts viennent saper cette
stabilité, le motif du pont s’avérant d’une importance
thématique plus large puisqu’il forme le fugato au cœur
du développement. Les deux climats ne se réconcilient
jamais pleinement et le mouvement s’achève dans une
trève malaisée.
Avec son usage considérable des trombones, le très
expressif Poco adagio a un pas funèbre mais, vers la fin,
il vire au majeur. L’air semble avoir été purifié pour
permettre à une atmosphère bonhomme de dominer les
deux derniers mouvements qui introduisent des éléments
de la sérénade. Le Scherzo préfigure l’intermezzo-scherzo
brahmsien, avec son tempo Allegretto et son signe de la
mesure à 2/4, tandis que le Trio, Un poco meno allegro,
présente un violon virtuose qui revient dans la coda pour
avoir le dernier mot. Le finale Allegro, au thème principal
bizarre, confie un rôle important aux vents, surtout pour
le second sujet; à la fin, la musique se meurt doucement,
laissant les conflits passés loin derrière elle.
L’histoire de la dernière symphonie de Spohr—la
N° 10 en mi bémol majeur, WoO8, achevée en avril
1857—présente un intrigant parallèle avec celle de
la huitième, et dernière, symphonie de Sibelius, à
cette importante différence près que le maître finlandais,
pense-t-on, détruisit la sienne. Considérant leurs
symphonies passées, tellement acclamées, les deux compositeurs s’inquiétaient, semble-t-il, de la manière
dont leur ultime testament symphonique résisterait à la
scrutation du public. Ce sentiment, Spohr le confia à son
ami Wilhelm Speyer, banquier à Francfort et compositeur
de lieder, dans une lettre du 27 novembre 1857 : «J’ai
été récemment invité par la Société philharmonique de
Londres à écrire une symphonie ou une grande œuvre
orchestrale pour la saison prochaine. J’ai refusé car, même
si j’ai composé ces derniers temps quelques quatuors qui
s’enchaînent bien avec les précédents, je ne me sens pas le courage d’écrire une symphonie qui puisse faire suite
aux précédentes, à partir de la deuxième, et je dois aussi
veiller à ne pas déchoir dans l’opinion des gens, surtout
des Anglais.»
D’après cette lettre, il semblerait que Spohr ait reçu
la commande de la Philharmonic Society après avoir
abandonné sa dixième symphonie, qu’il ne mentionne pas
à Speyer. Peu après l’avoir achevée, il la répéta avec son
orchestre de Kassel et, à en croire le paragraphe ajouté à
ses mémoires par sa seconde femme Marianne Pfeiffer :
«Malgré les multiples splendeurs et idées nouvelles
qu’elle renfermait, elle ne lui parut pas digne de clore
l’imposante série de symphonies qu’il avait écrite et ce fut
donc lui qui condamna cette symphonie—sa dixième—
non pas certes à la destruction, mais à une perpétuelle
dissimulation.» Marianne était si dévouée à la mémoire
de Spohr qu’une fois veuve, elle ne détruisit pas la
symphonie mais la conserva sans la faire jouer ni publier
jusqu’à ce que la partition finisse par atterrir à l’ancienne
Bibliothèque nationale de Prusse, à Berlin, où elle est
toujours. Elle fut créée le 22 mars 1998 seulement, au
Carnegie Hall de New York, par le Bergen Youth Orchestra
du New Jersey placé sous la baguette d’Eugene Minor, le
chef d’orchestre américain qui l’avait examinée et en avait
préparé une version d’exécution. Elle fut finalement
publiée en 2006.
La question éthique est de savoir s’il faut ou non faire
fi des souhaits du compositeur mais, maintenant que cette
symphonie est dans le domaine public, les auditeurs
peuvent se faire leur propre opinion et dire si Spohr avait
raison de vouloir la supprimer. D’ordinaire, ce sont les
œuvres de jeunesse qui sont exhumées contre la volonté
manifeste de leur auteur—ainsi, la symphonie en ut
mineur de Grieg, voilà trente ans. Dans le cas présent, le
problème est aggravé par la tentative de Spohr de revoir
radicalement son style musical pour aller dans une nouvelle voie. Comme le dit le musicologue allemand
Hans Glenewinkel dans son étude des deux quatuors à
cordes rédigées par Spohr à cette époque, le compositeur
«se donna pour principe de retrouver les idéaux musicaux
de sa jeunesse».
La dixième est la plus concise de toutes les symphonies
de Spohr, sans rien d’épisodique et avec juste le minimum
de ponts. Elle mélange, en outre, l’ancien et le nouveau :
une structure formelle néoclassique y côtoie une langue
harmonique chromatique totalement au goût du jour et,
pour la première fois, Spohr inclut dans son orchestre des
cors à pistons, des trompettes et un tuba. Le premier
mouvement abandonne l’habituelle introduction lente
pour s’élancer d’emblée, forte, dans l’Allegro. Ce premier
groupe thématique est ponctué de passages plus légers se
focalisant sur les instruments à vent en bois, soutenus par
des cordes en pizzicato, avant l’apparition du bref second
sujet lyrique. Tous ces éléments sont traités au cours du
développement et, passé une reprise simple, la musique
termine puissamment.
Le Larghetto, d’une seule coulée, est dominé par le
thème inaugural, nué de mélancolie, le contraste principal
survenant avec le motif conclusif, d’orientation classique.
Le Scherzo Allegretto dévoile une influence haydnienne,
avec des pauses inattendues et des contrastes de dynamique
nous rappelant qu’à l’origine, le mot «scherzo»
désignait une plaisanterie. Le lyrisme reprend le pas dans
le Trio, où les instruments à vent en bois chantent une
ample mélodie, accompagnés d’incessantes croches aux
premiers violons, les cors et les trompettes venant ensuite
ajouter une tendre fanfare.
Haydn, nous revient en tête au début du finale Allegro,
où le thème principal comprend des unités de trois
mesures au lieu des quatre attendues—le genre même
de choses que le vieux génie d’Esterházy se délectait à
faire. Avec son second sujet, Spohr boucle sa production
symphonique, ce motif à base de triolets renvoyant à
celui, au même endroit, du finale de sa toute première
symphonie, écrite quarante-six ans auparavant, qui utilisait
aussi des triolets et était dans la même tonalité de
mi bémol majeur. Enfin, quelques mesures exubérantes
viennent clore cette ultime symphonie.
En mars 1810, Spohr, compositeur plein de
promesses, fut l’un des quatre musiciens invités à
mettre en musique un livret d’opéra pour le théâtre de
Hambourg. Son Der Zweikampf mit der Geliebten («Le
duel avec la bien-aimée», son premier opéra représenté)
fut créé le 15 novembre 1811, un an jour pour jour après
avoir été achevé. Peut-être Spohr ne fut-il jamais aussi
proche de la tradition du Sturm und Drang, telle que nous
la connaissons à travers plusieurs symphonies en mineur
de Haydn, que dans sa belle ouverture compacte dont
la tonalité de mi mineur vire au majeur juste avant la
fin, pour refléter l’heureux dénouement de l’opéra. Cette
musique est un prélude approprié à l’intrigue à suspens
dans laquelle l’héroïne, travestie en homme, s’apprête à
se battre en duel contre son amoureux avant que tout soit
éclairci, à point nommé, et que tous deux se tombent dans
les bras.
Verdi : Requiem - Rossini : Ouvertures / Galina Vishnevskaya, soprano - Nina Isakova, mezzo-soprano - Vladimir Ivanovsky, ténor - Ivan Petrov, basse - State Academy Chorus & Moscow Philharmonic Orch. - Orchestre National de l'ORTF - Igor Markevitch, dir.