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Référence : CDA67753 0034571177533 - 2 CD 46:12 - 50:57 - DDD - Enregistré du 8 au 12 novembre 2008 à Wyastone Estate, Monmouth (Royaume Uni) - Notes en français, anglais et allemand avec les textes chantés en langue originale et traudction anglaise En vente sur ce site depuis le 15 juillet 2010 Date parution numérique : 13 juillet 2010
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Lied zum Geburtstage meines guten Vaters (1819) Pauvre Jeanette (?1820) Erster Verlust, op. 99 n° 1 (1841) Des Mädchens Klage (publié en 1866) Sanft weh'n im Hauch der Abendluf (1822) Wanderlied, op. 57 n° 6 (1841) Das Waldschloss (1835) Es weiss und rät es doch Keiner, op. 99 n° 6 (1842) Charlotte to Werther (?1829–30) Sechs schottische National-Lieder (1838–9)
O dinna ask me - Mary’s Dream - We’ve a bonnie wee flower - Saw ye Johnnie comin’ - The Flowers of the Forest - The yellow-hair’d laddie Ave Maria (?1820) Raste, Krieger! Krieg ist aus (1820) Volkslied (?1845) Minnelied, op. 47 n° 1 (1839) Es rauscht der Wald, es springt der Quell (non daté) Frage, op. 9 n° 1 (1827) Geständnis, op. 9 n° 2 (1830) Weiter, rastlos, atemlos (?1827–30) Weihnachtslied (1832) Von allen deinen zarten Gaben (1822) Wiegenlied (1822) Vier trübe Monden sind entflohn (non daté) Lieben und Schweigen (1840–41) Suleika (non daté) So schlaf in Ruh! (1838) Todeslied der Bojaren (1841) Die Erwartung (non daté) Und über dich wohl streut der Wind (1844) Weinend seh' ich in die Nacht (1828) Ch'io t'abbandono in periglio sì grande, air de concert (1825) Volkslied, op. 47 n° 4 (1839)
Katherine Broderick & Hannah Morrison, sopranos Anna Grevelius, mezzo-soprano Finnur Bjarnason, ténor Stephan Loges & James Rutherford, barytons Eugene Asti, piano
oici le dernier volume d’une collection qui a permis de mieux connaître cet aspect de l’œuvre vocale de Felix Mendelssohn. Cet enregistrement rend enfin justice aux Lieder d'un romantique encore sous-estimé.
Un exceptionnel ensemble de chanteurs accompagné par le maître d'œuvre de cette intégrale essentielle : Eugene Asti.
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Le Lied a été l’un des genres les plus prisés de l’ère
romantique et Felix Mendelssohn s’est investi dans
la composition de lieder à intervalles réguliers, de
son enfance jusqu’à sa mort prématurée à l’âge de trente-huit
ans. Son premier lied connu, en fait l’une de ses
premières œuvres existantes, est le Lied zum Geburtstage
meines guten Vaters, composé sur un texte
anonyme pour l’anniversaire d’Abraham Mendelssohn, le
11 décembre 1819 par son fils alors âgé de dix ans. (Il
paraît qu’Abraham a dit à un ami : «Autrefois, j’étais le
fils d’un père célèbre [le philosophe Moses Mendelssohn],
et aujourd’hui je suis le père d’un fils célèbre»; c’est
Abraham qui a pris la décision radicale de ne pas faire
circoncire ses fils et de les faire baptiser à l’église
luthérienne en 1816.) Ce sympathique exemple d’œuvre
de jeunesse annonce l’amour que Mendelssohn a porté
par la suite au chant strophique; simple, sincère et direct
dans un sol majeur comparable à un hymne, ce lied
s’achève par un postlude où l’enfant précoce expérimente
un minimum de chromatisme.
Grâce à la francophilie de leur père, Felix comme
Fanny ont été attirés par les œuvres de Jean-Pierre Claris
de Florian (1755–1794), emprisonné pour sa participation
aux activités républicaines françaises en 1794; bien
qu’il ait échappé à l’exécution et ait été libéré, il est mort
chez lui seulement quelques mois plus tard. Il a écrit
des fables, des romances et des idylles dans le style de
Salomon Gessner (autre poète de Mendelssohn), ainsi
que l’immortel Plaisir d’amour ne dure qu’un instant;
Pauvre Jeanette est une douce complainte pour
une jeune fille qui a préféré un berger à un roi. Le jeune
Mendelssohn met en musique ces paroles presque
folkloriques comme une lamentation simple et ingénieuse
en mode mineur.
Erster Verlust est le seul lied Mendelssohn–Goethe de ce recueil; le jeune prodige de la musique a
passé deux semaines dans la maison du grand écrivain sur
la place Frauenplan, à Weimar, en novembre 1821. «Tous
les matins, je reçois un baiser de l’auteur de Faust et
de Werther», écrivait Felix à son père, «et tous les après-midi
deux baisers de Goethe, ami et père». Les célèbres
phrases du poète sur le premier amour d’antan comme
rite de passage, une source de douleur à ne jamais oublier,
ont été écrites à l’origine pour le deuxième acte du livret
d’opéra inachevé de Goethe, Die ungleichen Hausgenossen
(«Les colocataires mal assortis») et lui ont
été inspirés par les arias de la comtesse Almaviva «Porgi
amor» et «Dove sono» des Noces de Figaro de Mozart,
que Goethe était en train de traduire en allemand à cette
époque. Felix, âgé de douze ans, a emporté avec lui à
Weimar la musique de sa sœur Fanny sur ce poème qu’il
allait lui-même mettre en musique vingt ans plus tard, le
9 août 1841; il a été publié à titre posthume avec cinq
autres lieder sous l’op. 99, en 1852.
Ce poème illustre l’art
de Goethe de l’Erlebnisgedicht, ou poésie tirée de la vie.
Lorsque le personnage de Mendelssohn répète sans arrêt
la question en forme de déclaration rhétorique «Qui
peut ramener les beaux jours du premier amour ? », il ou
elle donne une vie sonore au mélange d’incrédulité et
de résignation que recèlent ces paroles; les répétitions
représentent les façons dont la mémoire fait revivre la
douleur.
Le texte de Friedrich von Schiller (1759–1805) pour
Des Mädchens Klage est tiré du troisième acte de
Die Piccolomini, deuxième pièce de la trilogie dramatique
de Schiller sur Albrecht Wenzel Eusebius von Wallenstein,
le généralissime bohémien des armées Habsbourg
pendant la Guerre de Trente Ans (1618–1648), créature
terrifiante qui avait coutume de tuer tous les chiens et tous
les chats en entrant dans une ville. Max, fils du lieutenant de Wallenstein, Octavio Piccolomini, et la fille de Wallenstein,
Thekla, tombent amoureux, malgré l’hostilité qui
règne entre leurs familles; séparée de Max, Thekla chante
cette célèbre complainte. Schubert s’est débattu avec elle à
trois reprises (D6, D191 et D389, la seconde étant la plus
célèbre), mais Mendelssohn n’a mis qu’une seule fois ce
texte en musique; son lied, riche sur le plan harmonique,
a été publié à titre posthume à Londres, en 1866, sous le
titre The Maiden’s Lament.
Le texte de Sanft weh’n im Hauch der Abendluft
est le fruit du poète du XVIIIe siècle Friedrich von
Matthisson, dont Schiller appréciait les poèmes pour leur
douceur mélancolique et leurs tendres descriptions de la
nature. Schubert a mis ce poème en musique en 1815
sous le propre titre du poète, Totenkranz für ein Kind
(«Guirlande funéraire pour un enfant»), et la musique
de Mendelssohn est de sept ans postérieure (décembre
1822). En écoutant ce lied, on se souvient que le taux
de mortalité infantile aux XVIIIe et XIXe siècles atteignait
un niveau à peine compréhensible de nos jours; l’esprit
frémit loin des statistiques. Vers la fin de ce lied long et
sensible, on perçoit l’influence de la musique baroque
lorsque les parents accablés de douleur chantent une
errance sans fin au travers du chaos du monde; ici, la
ligne vocale ressemble à un cantus firmus de choral sous
lequel le piano sombre par étapes dans une conclusion
d’hymne.
Le Wanderlied, op. 57 n° 6, met en musique
l’un des poèmes les plus célèbres et emblématiques
de Joseph von Eichendorff : Frische Fahrt («Voyage
vivifiant» ; 1810). Dans l’univers de ce poète, les forces
centrifuge et centripète rapprochent ses personnages
de Dieu ou bien les en écartent. Les poètes séduits par
la nature, magie du monde dans toute sa beauté, tous
ses plaisirs sensuels, risquent particulièrement d’errer jusqu’à leur perte; ici, un personnage attiré par la beauté
brillante du printemps part en voyage sans but.
Dans
la magnifique musique de Mendelssohn, les excursions
chromatiques évoquent d’autres lieux qui attendent d’être
explorés et les légères touches occasionnelles d’obscurité
font allusion aux risques de l’aventure.
Das Waldschloss
met en musique Der Kühne («L’audacieux»),
un étrange exercice de folklore romantique avec des
sous-entendus religieux caractéristiques d’Eichendorff
(c’était un catholique romain dogmatique). Un chasseur
audacieux dépasse les limites explorées par d’autres dans
sa recherche de la nature et de la sensualité; dans son
caractère immoral, il disparaît dans les profondeurs de
la forêt (le symbole ancestral du subconscient) après
avoir déclaré son allégeance à l’amour. Pour ce poème
presque médiéval, Mendelssohn utilise le style musical
«alt-Deutsch», plein de sonneries de cors et de rythmes
pointés, que l’on associe aux contes de chevalerie et de
châteaux dans les lieder du XIXe siècle.
Nous connaissons
pour la plupart Es weiss und rät es doch Keiner
dans la version qu’en a donnée Schumann dans les
Liederkreis, op. 39, mais Mendelssohn a également mis ce
poème en musique, probablement en septembre 1842,
pour l’offrir à Antonka Hiller, la belle et talentueuse chanteuse
d’origine polonaise, femme de l’affable compositeur
et chef d’orchestre Ferdinand Hiller, ami de Mendelssohn
depuis 1825. Le poème d’Eichendorff a été publié pour la
première fois dans le Livre 2, chapitre 14 de son roman
Ahnung und Gegenwart (1815), à la suite d’une scène
où le protagoniste Friedrich a été étreint par le jeune
«garçon» Erwin : en réalité une fille nommée Erwine qui,
comme Mignon, meurt jeune. Erwin/Erwine chante cette
mélodie ostensiblement pour elle-même - mais Friedrich
l’entend par hasard. Mendelssohn divise sa magnifique
musique des quatre strophes (Schumann n’en a mis que trois en musique) en une section initiale mélancolique de
mode mineur, remplie d’aspirations chromatiques, et une
section plus longue, plus brillante, pleine de mouvement,
en mode majeur, où elle imagine s’envoler elle-même vers
les cieux. Son désir est bientôt exaucé.
Charlotte to Werther, est écrit sur un texte
de William Frederick Collard, qui était l’associé d’une
manufacture de pianos londonienne; ce lied a peut-être
vu le jour au cours du premier voyage à Londres de
Felix Mendelssohn, en 1829. Le poème de Collard est
un prolongement imaginaire du roman de Goethe Les
souffrances du jeune Werther, publié en 1774 lorsque
son créateur avait environ vingt-cinq ans et qui a fait
aussitôt sensation : Napoléon en a chanté les louanges, et
Frankenstein de Mary Shelley y a trouvé un miroir de
son propre rejet par ceux qu’il aime.
Dans des lettres à
son ami Wilhelm, Werther décrit son séjour à Wahlheim,
où il tombe amoureux de la belle Charlotte, fiancée à
un homme plus âgé nommé Albert. Vers la fin, lorsque
Werther et Charlotte, alors mariée, lisent ensemble
les poèmes d’Ossian de l’écrivain écossais James
Macpherson, Werther, incapable de résister davantage,
l’embrasse; «tremblante entre l’amour et la colère»,
elle lui dit : «Voilà la dernière fois, Werther ! Vous ne
me reverrez plus ! ». Peu après, Werther se tue avec les
pistolets d’Albert.
Les souffrances du jeune Werther ont
souvent été décrites comme la métamorphose artistique
de l’amour sans espoir que portait le jeune Goethe à
Charlotte Buff, âgée de dix-neuf ans, en 1772, lorsqu’il
vivait dans la ville de Wetzlar, mais le spécialiste de Goethe,
Nicholas Boyle, a affirmé à juste titre que ce roman relève
davantage du dilemme d’une génération d’âmes sensibles
pour qui le génie prométhéen était inhérent à tous les
artistes. Incapables de s’y soumettre, ils sont anéantis et
se jettent tête baissée dans la mort. Selon «l’Éditeur» qui
raconte la fin de l’histoire de Goethe : «on ose à peine exprimer en paroles les émotions qui habitaient l’âme de
Charlotte à cette époque», mais Collard et d’autres encore
étaient trop heureux de se précipiter là où les anges
n’osaient s’aventurer. Le reproche de Charlotte au jeune
homme - «How Werther can thy soul endure / To blight
a heart so kind and pure» («Werther, comment ton
âme peut-elle supporter / de briser un cœur si bon et
si pur») - est un mea-culpa mélodramatique, mais la
complainte expressive de Mendelssohn transfigure la
grossièreté en une réelle beauté.
À l’époque de Mendelssohn, de grands compositeurs
entretenaient une tradition vénérable en arrangeant des
chansons traditionnelles : Haydn l’a fait, Beethoven aussi.
Quelques jours seulement avant la mort de son neveu
Felix Dirichlet des complications d’une rougeole, le 17
novembre 1838, Mendelssohn a offert à la contralto Mary
Shaw (1814–1876) son arrangement d’une chanson
traditionnelle écossaise connue, «O dinna ask me» (qui
commence, assez judicieusement, par une figure rythmique
de «Scotch snap», en rythme lombard).
Devant
le succès remporté, l’éditeur Friedrich Kistner a alors
demandé à Mendelssohn d’autres chansons écossaises.
Malgré le chagrin familial, Mendelssohn lui a rendu ce
service en décembre avec cinq autres lieder, le groupe de
six lieder étant publié en février 1839 sous le titre Sechs
schottische National-Lieder sans mention
de la main de Mendelssohn en la matière. Et la fascination
du romantisme pour tout ce qui touchait au monde
celtique a aussi alimenté une industrie artisanale de
traductions en allemand des œuvres de Walter Scott; en
fait, la musique de Mendelssohn pour l’Ave Maria
à partir du poème narratif de Scott The Lady of the Lake
(«La Dame du lac»; traduit en allemand par Adam
Storck) précède de cinq ans le célèbre Ellens Gesang III,
D839, de Schubert. Schubert connaissait le contexte du
récit de Scott, où Roderick Dhu, chef du clan d’Alpine et éperdument amoureux d’Ellen Douglas, entend par
hasard son chant à la Vierge accompagné à la harpe, mais
Felix, qui n’a que onze ans, se réfère à Bach et Haendel
pour son chant semi-sacré, entièrement sur une «walking
bass» renforcée à l’octave.
Raste, Krieger! Krieg ist
Aus («Repose-toi, Guerrier, la guerre est finie») a
également été mis en musique par Schubert sous le titre
Ellens Gesang I, D837; dans le poème de Scott, Ellen
enjôle le roi Jacques V (1512–1542) déguisé, qui est
tombé sur le lieu où se cachait le clan Douglas, avec ce
chant apaisant d’une sirène écossaise. Le lied-rondo de
Schubert est un chef-d'œuvre de complexité enchanteresse; il avait alors entre vingt-cinq et trente ans et était
donc beaucoup plus âgé que l’enfant Mendelssohn, qui
traite une version écourtée du poème, amputé de ses
quatre dernières strophes, comme quelque chose de plus
simple, plus robuste, plus folklorique.
Vient ensuite un lied qui résume en un mot Mendelssohn,
avec sa forme strophique, sa chaleur et sa douceur,
ainsi que des détails subtils, précisément les caractéristiques
pour lesquelles ce compositeur est surtout connu
au royaume du lied : le Volkslied sur un poème
du poète écossais Robert Burns («Le Poète laboureur»
ou «Le Barde de l’Ayrshire») traduit en allemand par
Ferdinand Freiligrath, célèbre en son temps pour sa poésie
politique et nationaliste. Le duo de Mendelssohn sur ce
texte, op. 63 n° 5, est très connu, mais le compositeur a
également écrit des versions à une voix en 1842 et dans le
livre de chant de sa femme Cécile à Noël 1845.
Pour son Minnelied, op. 47 n° 1, publié en
1839, Mendelssohn s’est tourné vers la poésie de Ludwig
Tieck, l’un des pères fondateurs du romantisme allemand.
Le poème est un compliment d’amoureux - «Minne»
est la version germanique de l’amour courtois au
Moyen-Âge - à sa bien-aimée qui éclipse toute la beauté
du printemps et de l’été. Le catalogue des beautés de la nature commence par une comparaison avec un ruisseau,
et Mendelssohn saisit l’opportunité de créer un murmure
de ruisseau doucement chromatique au piano avec, en
toile de fond, la tonalité printanière de la majeur (qui
est aussi la tonalité de Der Blumenstrauss, op. 47 n° 5,
Sonntagslied, op. 34 n° 5 et O Jugend, o schöne Rosenzeit!,
op. 57 n° 4), transposée en fa majeur pour baryton
dans la présente exécution.
Es rauscht der Wald, es
springt der Quell, non daté, met en musique
un autre poème de Tieck intitulé «Der Junggesell» («Le
célibataire»). Le poème commence par une célébration
de la nature et du Wanderlust romantique avant de
moduler en protestation contre la pauvreté et contre les
difficultés à obtenir un divorce, le tout formulé dans une
joyeuse farce sur ce que l’on pourrait aujourd’hui appeler
«la peur masculine de l’engagement». Mendelssohn
ignore la sociologie du milieu et compose le chant de
marche le plus allègre que l’on puisse imaginer, plein de
bonds de chèvres chamoisées et d’exubérance ornementale
pour le chanteur.
Les trois lieder suivants sont liés par leur contenu
poétique et par des échos musicaux de l’un à l’autre.
Frage («Question»), sur un poème du professeur
et ami de Mendelssohn Johann Gustav Droysen qui se
faisait passer pour «J. N. Voss», résume en une seule page
de musique toutes les émotions que ressentent la plupart
des êtres humains au moment où ils comprennent pour
la première fois que l’amour qu’ils portent à un autre
pourrait être payé de retour. «Est-ce vrai ? » («Ist es
wahr? »), demandons-nous, et plus d’une fois : le personnage
de Mendelssohn utilise les mêmes mots pour
évoquer tour à tour le doute, une touche de frayeur,
l’urgence et la douceur.
Mendelssohn avait étudié la
composition avec Carl Friedrich Zelter, tout comme, dans
sa jeunesse, le baryton, acteur et réformateur de théâtre
Eduard Devrient, qui a fourni à Mendelssohn le texte du lied suivant, Geständnis («Confession»).
(Devrient a chanté le rôle du Christ dans la reprise par
Mendelssohn en 1829 de la Passion selon saint Matthieu
de Bach.) Dans ce lied, celui qui est éperdument amoureux
continue à s’interroger, avec la même question
initiale de trois notes qu’auparavant dans la partie du
chanteur mais, cette fois, plus chaleureusement. Le cliché
mendelssohnien du compositeur froid et classicisant,
tenant des valeurs abstraites, est à nouveau battu en
brèche par la force d’expression presque violente de ce
lied ; il fait tenir en une seule page autant de nuances
différentes de prières que pourrait en concevoir un jeune
amoureux désespéré en puissance.
Les mots familiers
«Ist es wahr ? » reviennent dans le lied suivant, Weiter,
rastlos, atemlos («Encore, sans répit, à bout de
souffle»), à une vitesse à couper le souffle et, ce qui
n’est pas étonnant, la bien-aimée «Maria» de Geständnis
est maintenant accusée de trahison. L’histoire d’amour
qui a commencé par cette question timide et fervente deux
lieder plus tôt s’achève dans le désespoir.
Le Weihnachtslied (Noël) a été composé en
1832 comme cadeau de Noël pour sa jeune sœur Rebecka
Henriette (1811–1858), qui avait épousé le mathématicien
Peter Dirichlet au mois de mai de la même année.
Mendelssohn a aussi envoyé cette œuvre au théologien
Albert Bauer, le 20 décembre 1832. Bauer avait félicité
Mendelssohn pour avoir faire revivre la Passion selon
saint Matthieu de Bach, et ce noël révérencieux, qui se
déroule en partie sur un ostinato dans le style de Bach,
était fait pour lui. Mendelssohn a trouvé son texte dans les
54 Geistliche Oden und Lieder («Odes et chants spirituels») du pieux philosophe de Leipzig Christian Fürchtegott
Gellert; ces poèmes, alliant religiosité et rationalisme
du Siècle des lumières, ont été très populaires chez les
compositeurs, notamment C. P. E. Bach (qui a mis ce texte
en musique sous forme de cantate) et Beethoven.
Von allen deinen zarten Gaben - le poète n’a
pas encore été retrouvé - a été composé le 18 septembre
1822 au cours d’un voyage familial en Suisse; Mendelssohn
allait encore s’y rendre à trois reprises par la suite. Pour ce
lied strophique, Mendelssohn n’a écrit que les paroles de
la première strophe, mais il voulait clairement que les vers
suivants soient aussi chantés. En l’absence du poème
original complet, Waldemar Weinheimer a écrit deux autres
strophes à la gloire d’un jour de mai, aussi douces et
pleines d’amour et de musique que la première strophe.
Le Wiegenlied, avec ses tendres inflexions de mi
majeur à ut majeur dans sa partie centrale a été composé
le même jour; il est également strophique et son poète tout
aussi inconnu; Waldemar Weinheimer a une fois encore
écrit deux strophes supplémentaires pour parfaire le lied.
Dans ces deux lieder, on peut remarquer que Mendelssohn
travaillait avec certaines idées musicales identiques,
comme les flots de tierces parallèles et le chromatisme
linéaire, et qu’une douceur analogue à celle de l’Andante
imprègne les deux lieder, bien que chaque strophe de la
mélodie du printemps s’achève sur un élan de joie.
Pour son lied sombre et dramatique Vier trübe
Monden sind entflohn, Mendelssohn n’a mis en
musique que les trois premières strophes du «Lied eines
Mädchens auf den Tod ihrer Gespielin» («Chant d’une
jeune fille sur la mort de sa camarade de jeu») de Ludwig
Hölty. On ignore quand ce lied a été composé, car on n’a
retrouvé aucun manuscrit autographe; Louis Weissenborn
a copié cette œuvre, ainsi que Weinend seh ich in die
Nacht, Erwartung et Lieben und Schweigen. Vier trübe
Monden a été publié en 1882 par le compositeur Carl
Reinecke (professeur d’Edvard Grieg, Leoš Janácvek, Max
Bruch et d’autres encore) et la version que l’on entend
dans ce disque repose sur le manuscrit de Weissenborn.
Lieben und Schweigen date de 1840 ou 1841.
C’était un cadeau à un ami, le spécialiste de la Bible Konstantin von Tischendorf, qui a découvert ce qui
fut pour un temps le plus ancien exemplaire connu de
la Septante dans un tas d’ordures dans un monastère
du Mont Sinaï. Son unique anthologie de poésie, les
Maiknospen («Bourgeons de mai», 1838), est assez
anodine, mais on éprouve de la sympathie envers
l’amoureux de ce poème qui, comme un élève timide,
n’avoue jamais son amour. Mendelssohn lui donne une
musique mélodieuse et éloquente pour exprimer ce qu’il
ne saurait dire autrement.
Suleika met en musique
un célèbre poème de Marianne von Willemer (née Jung);
adoptée par un banquier de Francfort, elle est devenue
sa troisième épouse en 1814. Le couple a rendu visite
à Goethe à Wiesbaden; le grand poète, immédiatement
attiré par Marianne, s’est rendu chez eux un peu plus tard
en 1814 et à nouveau en août et en septembre 1815. Bien
que Goethe et Marianne ne se soient jamais revus par la
suite, ils ont correspondu jusqu’à la mort de Goethe, et les
poèmes de Marianne comme «Suleika» jusqu’au poème
de Goethe «Hatem» ont été inclus dans le West-östlicher
Divan de 1819 de l’auteur de Faust, inspiré par la poésie
du grand poète perse du XIVe siècle Hafiz de Shiraz,
comme si Goethe les avaient lui-même écrits. La vérité
n’a été révélée que quelques années avant la mort
de Marianne en 1860; Mendelssohn a dû penser qu’il
s’agissait d’un poème de Goethe, ce génie célèbre dans
le monde entier, et non de l’une de ses muses les plus
douées. Cette musique non datée est complètement
différente de celle publiée sous l’op. 34 n° 4, une création
rapide motivée par les énergies joyeuses de l’amour. Ici,
le lied est introduit par une brève figure ascendante et
croissante au piano, qui évoque à merveille le mouvement
du vent et la passion grandissante.
So schlaf in Ruh ! a été composé le 22 mars
1838, précision qui figure sur un exemplaire de la sœur
de Cécile Mendelssohn, Julie Jeanrenaud. Ce lied met en musique un poème d’August Heinrich Hoffmann von
Fallersleben, célèbre pour ses poèmes révolutionnaires
comme pour ses chansons enfantines. Il n’y a aucun
canon dans cette tendre berceuse pour un enfant; dans le
refrain, on peut presque voir les paupières de l’enfant se
baisser doucement jusqu’à ce qu’elles se ferment dans
le sommeil.
Le Todeslied der Bojaren («Chant
funèbre du boyard») vient de l’acte 5, scène 5 de Die
Bojaren, première pièce de la trilogie Alexis (1832)
de Karl Leberecht Immermann, qui s’est battu contre
Napoléon à Waterloo (les boyards étaient des aristocrates
qui possédaient des serfs et venaient juste après la famille
du tsar dans les sociétés féodales slaves du Xe au XVIIe
siècle). L’écrivain plus âgé et le jeune compositeur
s’étaient rencontrés pour discuter d’une collaboration
lyrique éventuelle; si Alexis n’a pas inspiré d’opéra à
Mendelssohn, il a composé ce lied quelques années plus
tard, le 13 octobre 1841, sans doute les deux pages
les plus austères et glaciales de toute l’œuvre de
Mendelssohn. Et ce n’est pas étonnant : dans la pièce, il est
chanté par les boyards Stephan Gleboff, Basilius Dolgoruki
et Abraham Lapouchine pendant qu’ils attendent leur
exécution pour avoir trahi le tsar Pierre le Grand (la
trilogie se concentre sur le fils unique de Pierre, Alexei ou
Alexis, qui a été torturé et tué sur ordre de Pierre en
1718).
Erwartung est l’un des lieder copiés par Louis
Weissenborn et publiés par Carl Reinecke en 1882, et c’est
un mystère : on ne sait ni à quelle date, ni pour quelle
raison il a été composé, ni qui en est le poète. Cette complainte
en mi mineur d’une femme dont le bien-aimé est
parti est si belle qu’on aimerait en savoir davantage
(Mendelssohn semble avoir préféré cette tonalité pour les
mélodies tristes, notamment Warum sind denn die Rosen
so blass?, Glosse, Schlafloser Augen Leuchte et Winterlied,
ainsi que Das Waldschloss et le «Chant funèbre du boyard»). Chacune de ses trois strophes s’achève sur une
cadence plagale feutrée en mode majeur parallèle au
piano, symbolisant peut-être des prières intérieures pour
une heureuse conclusion à son chagrin ou le rêve de
l’assouvissement du désir du retour du bien-aimé.
Und
über dich wohl streut der Wind est, comme le
Tischendorf Lied, un cadeau fait en juillet 1844 à un ami,
le pianiste Walter Cecil Macfarren, qui a enseigné pendant
de nombreuses années à la Royal Academy of Music et
dont le frère était le compositeur Sir George Alexander
Macfarren. Chaque strophe de ce lied miniature commence
et s’achève dans une résignation presque
philosophique au passage du temps, de la jeunesse et
des rêves, mais l’intensité croissante de la partie centrale
indique que le chagrin n’est pas encore banni.
Weinend
seh’ ich in die Nacht, sur un texte non encore
indentifié à ce jour, a été composé le 22 décembre 1828 et
n’a été publié qu’en 1882 sous le titre Warum ich weine !
(«Pourquoi je pleure !»).
Si certains lieder figurant dans ces disques sont d’une
modestie désarmante, Ch’io t’abbandono in periglio sì
grande est un air de concert élaboré qui met
à l’épreuve le chanteur. Il a été composé le 5 septembre
1825, probablement pour Franz Hauser (1794–1870),
une «basse pas mal du tout», selon Felix Mendelssohn, et lui aussi un passionné de Bach qui a procuré à Mendelssohn
des œuvres encore inédites de Bach. Le texte vient du
livret de Pietro Métastase (pseudonyme de Pietro Antonio
Domenico Trapassi) pour l’opera seria Achille in Sciro, un
inventif remaniement brouillé de la mythologie grecque
où la mère d’Achille cache son fils sur l’île de Scyros. Là,
il met des vêtements de femme pour tenter d’échapper à
l’armée, mais Ulysse repère le déguisement et ils partent
tous deux pour Troie. Mendelssohn réunit deux passages
distincts du texte déjà démodé - le spécialiste de
Mendelssohn, R. Larry Todd, résume cette œuvre comme
appartenant à la quête éternelle et vaine de Mendelssohn
d’un livret d’opéra adéquat - pour former un récitatif
dramatique, une section lyrique Andante con moto et
un assez long Molto allegro et Più presto en guise de
conclusion.
Nous terminons par un adage approprié pour la circonstance
: le Volkslied op. 47 n°4, publié en 1839,
sur un poème d’Ernst von Feuchtersleben, psychiatre,
philosophe et poète viennois. «Es ist bestimmt in Gottes
Rat’» («C’est décrété dans la loi de Dieu») a été publié
dans ses Gedichte de 1836. Après trois vers mélancoliques
sur le temps qui nous dérobe ceux que nous aimons, ce
lied s’achève sur ces paroles de consolation «Jusqu’à ce
que nous nous revoyions».
Alan Opie (Rigoletto) - Emma Matthews (Gilda) - Paul O’Neill (Duke of Mantua) - David Parkin (Sparafucile)... - Opera Australia Chorus - Australian Opera and Ballet Orchestra - Giovanni Reggioli, direction