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es deux Quatuors pour piano de Fauré, de la première période, font partie de ses sublimes chefs-d’œuvre. Le premier quatuor, de 1877 (le dernier mouvement fut remanié en 1883) est un ouvrage curieusement brahmsien, à moins que Brahms n'ait composé, à cette époque, d'une plume quelque peu fauréenne... Les harmonies systématiquement fuyantes, diaphanes, impalpables, caractéristiques du Fauré le plus mûr, ne feront vraiment leur apparition que plus tard ; ici, on est encore dans le Fauré “charnu”, beethovénien en propos sinon en architecture – ce qui ne signifie nullement que ce ne soit pas un chef-d’œuvre ! – et tonalement saisissable.
Détail des pistes :
FAURÉ Gabriel
Piano Quartet No. 1 in C minor, Op. 15
1 - 1 Allegro molto moderato (9mn 19s )
1 - 2 Scherzo (Allegro vivo) (5mn 11s )
1 - 3 Adagio (7mn 10s )
1 - 4 Allegro molto (7mn 56s )
Piano Quartet No. 2 in G minor, Op. 45
1 - 5 Allegro molto moderato (10mn 50s )
1 - 6 Allegro molto (3mn 24s )
1 - 7 Adagio non troppo (10mn 21s )
1 - 8 Allegro molto (7mn 57s )
Téléchargez le livret intégral en format PDF (application/pdf : 351 Ko)
Les années 1870 furent pour Gabriel Fauré une période particulièrement fertile en événements. En 1871 son professeur, Saint-Saëns, l'invita à devenir membre de la toute nouvelle Société Nationale de musique française, où il fit la connaissance de Franck, d'Indy, Lalo, Bizet, Duparc et d'autres éminents musiciens français, et entendit beaucoup de ses compositions pour la première fois. Saint-Saëns rendit aussi à Fauré le précieux service de le faire entrer dans la haute société parisienne. Les soirées de la célèbre contralto Pauline Viardot en particulier firent une impression profonde sur le jeune compositeur ; il y rencontra Flaubert, Tourgueniev, George Sand et l'historien et critique Ernest Renan, et s'éprit rapidement de la fille de Madame Viardot, Marianne. Malgré la timidité de Marianne, Fauré persista dans ses attentions pendant près de cinq ans, et ils finirent par se fiancer en juillet 1877. Il semble cependant que l'amour de Fauré n'était pas partagé, car Marianne rompit les fiançailles moins de quatre mois plus tard, et avoua ensuite qu'elle avait trouvé son fiancé plus intimidant qu'attachant.
C'est pendant la dernière phase de ces relations frustrantes que Fauré commença à travailler à son Premier Quatuor avec piano, pourtant malgré la sombre tonalité d'ut mineur, la musique ne donne guère le sentiment de drame personnel. Comme dans l'autre chef-d'œuvre marquant de cette "première période", la Sonate pour violon en la majeur, op. 13, l'intensité de sentiment est compensée par un souci d'élégance et de lucidité formelle. Comme le fit remarquer Fauré lui-même au compositeur Florent Schmitt, le but ultime de l'art doit être d'exprimer ce que l'on ressent avec sincérité, le plus clairement et le plus parfaitement possible.
Le premier mouvement, Allegro molto moderato, est une forme sonate relativement conventionnelle : il ne faut pas s'attendre malgré tout à un drame puissant, minutieusement argumenté à la manière de Beethoven. Fauré est un poète lyrique et non pas un dramaturge : l'évolution mélodique est continue de la première à la dernière mesure et les transitions texturales sont toujours habilement raccordées. Même la dernière apparition du premier thème pointé en majeur est accomplie sans aucune impression de théâtre.
Le Scherzo, "Allegro vivo", est merveilleusement léger. Des accords pizzicato aux cordes, pianissimo, préparent la voie à un ravissant thème aérien au piano qui hésite de façon taquine entre la tonique mi bémol et l'ut mineur du premier mouvement. De fréquentes alternances entre 6/8 et 2/4 ajoutent une touche d'humour, mais la plupart de la musique est légère comme du duvet. Les cordes en sourdine tentent d'introduire un élément de sobriété dans le trio central, mais leurs efforts sont contrecarrés par les triolets perlés et la ligne de basse quasi pizzicato du piano.
L'Adagio, en ut mineur, est l'un des plus beaux mouvements lents de Fauré. On a ici une bonne indication des sentiments de Fauré pendant cette année traumatique de 1877. Néanmoins, l'émotion est toujours noblement contenue, sans le moindre signe de complaisance. Le premier thème solennel ne déparerait pas une œuvre liturgique (certaines parties du Requiem furent ausssi écrites en 1877) ; mais la coda conciliante a une intimité qui ne convient qu'à la musique de chambre.
Fauré était manifestement mécontent de son finale d'origine, car il le récrivit entièrement en 1883, trois ans après la première exécution du Quatuor. Malgré son énergie impétueuse, la continuité mélodique de cet Allegro molto est aussi importante ici que dans les autres mouvements. Le deuxième sujet, présenté d'abord en mi bémol majeur, est particulièrement mémorable, et on n'est guère surpris du fait que Fauré l'utilise pour couronner son exultante coda en ut majeur.
On ignore pratiquement tout de l'histoire du Deuxième Quatuor avec piano. Il fut probablement composé en 1885 ou 1886, juste après que Fauré s'était vu décerner le Prix Chartier de l'Académie des Beaux-Arts pour sa musique de chambre. Le deuxième Quatuor est indubitablement un des sommets de sa musique de chambre, et on comprend mal pourquoi une œuvre aussi superbement ouvragée et d'une aussi grande richesse mélodique n'a jamais atteint la popularité du premier Quatuor. Comme dans la deuxième Sonate pour violon (opus 108), des thèmes du premier mouvement reviennnent dans les mouvements suivants sous des formes variées, mais Fauré utilise les allusions thématiques réciproques de façon plus subtile, moins mélodramatique que Liszt ou Franck dans leurs œuvres dites "cycliques".
Le premier mouvement, Allegro molto moderato, commence par une ardente mélodie à l'unisson aux cordes dont les contours engendrent par la suite de nombreux thèmes. Sur le plan de la forme, ce mouvement ressemble assez à l'Allegro d'ouverture du premier Quatuor, mais Fauré donne ici plus d'importance à la coda, qui contient certaines de ses plus magnifiques écarts harmoniques.
Les deux mouvements intermédiaires offrent le contraste le plus complet ; à un Scherzo "Allegro molto" en ut mineur exceptionnellement violent, avec au piano un thème syncopé et haletant, succède un Adagio serein. Le doux motif ondoyant au piano qui ouvre le mouvement lent est apparemment le souvenir des cloches qui sonnaient le soir au village de Cadirac et que Fauré entendit fréquemment dans son enfance. Pour Aaron Copland, " la beauté [de ce mouvement] est véritablement classique si on définit le classicisme comme l'intensité sur un fond de calme. "
Le Finale, "Allegro molto" donne libre cours, une fois encore, à la passion et la violence. L'énergie implacable de ce mouvement ne se retrouve nulle part ailleurs chez Fauré : même le finale du premier Quatuor s'accorde de temps en temps une pause pour la réflexion. Incroyablement, Fauré réussit à garder quelque chose en réserve pour la coda : un crescendo électrisant, qui s'achève par une massive réexposition "più mosso" du deuxième sujet en sol majeur. Les dernières mesures sont un plaisir sans mélange.
Stephen Johnson
Traduction Elisabeth Rhodes
© Hyperion 2003 - Reproduction interdite
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Teddy Tahu Rhodes (Figaro) - Taryn Fiebig (Susanna) - Peter Coleman-Wright (Almaviva)... Opera Australia Chorus - Australian Opera and Ballet Orchestra - Patrick Summers, direction
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