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ernsheim ? Serait-ce le rejeton des coupables amours entre Gershwin et Bernstein, me demande-t-on ? Que nenni, facétieux interlocuteur : Friedrich Gernsheim n’avait rien d’un musicien états-unien, et s’il s’est légèrement frotté au XXe siècle, ce n’est que par les seize premières années dudit siècle, puisqu’il est né en 1839 (à quelques mois près, donc, de Dvořák, Moussorgski, Tchaïkovski ou Bizet), et mort en 1916, peu avant Debussy et Scott Joplin. Une vie qui a donc couvert une portion phénoménalement intéressante de l’ère musicale, du romantisme à la naissance de l’époque moderne : il a pu assister, à Leipzig, à l’éclosion de Brahms, l’explosion de Wagner, puis rencontra Saint-Saëns et Liszt à Paris. Curieusement, il resta à l’écart du grand schisme entre la nouvelle école allemande, les liszto-wagnériens, et la mouvance brahmsienne.
La carrière de Gernsheim se développa surtout dans le domaine de la direction d’orchestre, sous l’impulsion de Hermann Levi : Cologne, Rotterdam, puis Berlin. Berlin où le jeune Mahler lui demanda de prêter son concours à la création de sa Seconde ; en échange, Gernsheim voyait sa propre Troisième donnée à Hambourg par Mahler, juste retour d’ascenseur.
Le Premier quatuor avec piano, écrit à Paris aux alentours de 1859-1864, respire encore le romantisme le plus échevelé, mais il ne fait aucun doute que si la texture harmonique porte l’empreinte de l’école de Leipzig, l’esprit mélodique appartient au Paris de Rossini. Quant au Second quatuor avec piano, il date de son époque à Rotterdam, vers 1883. La profonde amitié de Gernsheim avec Brahms s’y voit comme le nez au milieu de la figure, même si le langage de Gernsheim semble souvent plus sombre et, à la fois, plus scintillant dans l’écriture de cordes particulièrement libre, polyphonique. En réalité, il est impossible de confondre Brahms et Gernsheim, et encore plus impossible de voir en l’un l’imitateur de l’autre. Sans doute est-il temps de renouer avec ce musicien qui, vers les années 1933, vit son nom gommé de la face de la Terre en même temps que celui de tant d’autres artistes juifs allemands.
BRIL93784 - Paru le 19/11/2009
Détail des pistes :
GERNSHEIM Friedrich
Piano Quartet No. 3 in F, Op. 47
1 - 1 I. Allegro tranquillo (12mn 12s )
1 - 2 II. Allegro energico e appassionato (6mn 43s )
1 - 3 III. Andante cantabile (9mn 34s )
1 - 4 IV. Tema con Variazioni (6mn 45s )
Piano Quartet No. 1 in E flat, Op. 6
1 - 5 I. Allegro ma non troppo (10mn 33s )
1 - 6 II. Allegro vivace (6mn 25s )
1 - 7 III. Andante con moto (8mn 20s )
1 - 8 IV. Allegro con brio (6mn 23s )
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